Davos est terminé. Place au bruit. Puis au réel.

Davos

Le Forum économique mondial de Davos vient de se refermer. Comme chaque année, il aura fallu moins de 24 heures pour que le débat public se résume non pas aux sujets discutés… mais aux polémiques les plus grotesques.

Petit florilège de polémiques.

D’abord, Christine Lagarde, dont l’acte le plus commenté n’aura pas été un mot sur l’inflation, la stabilité financière ou la fragmentation monétaire mondiale, mais le courage de quitter une table. Un geste devenu viral, analysé au ralenti, commenté comme s’il s’agissait d’un tournant géopolitique majeur.

Ensuite, les fameuses lunettes de “Top Gun”. À Davos, certains parlent souveraineté énergétique, guerre commerciale et sécurité mondiale pendant que d’autres scrutent la monture, la marque, la forme et le symbole caché derrière une paire de lunettes. Priorités, quand tu nous tiens.

Puis, bien sûr, le désormais légendaire “for sûr” d’Emmanuel Macron, répété, disséqué, remixé. À croire que l’avenir économique de l’Europe se joue désormais sur l’accent anglais d’un président français qui parle aussi bien anglais que son predecesseur Francois Hollande, plutôt que sur la capacité du continent à financer son industrie, son énergie et sa défense.

Et pour compléter le trio : le ballet des jets privés, devenu l’argument moral universel permettant de disqualifier toute discussion sérieuse tenue à Davos, quelle que soit sa nature. 

Peu importe ce qui s’y dit : si quelqu’un est arrivé en avion, alors tout est annulé. Rideau.

Pendant ce temps, à Davos, les vrais sujets étaient ailleurs

Car pendant que l’espace médiatique s’emballait sur ces anecdotes, les discussions de fond ont été d’une gravité et d’une clarté rarement atteintes.

Voici les 6 véritables points structurants qui ont dominé les derniers jours du Forum, et que nous allons analyser ici, loin du folklore :

1. Le retour brutal de la géopolitique

La fin de l’illusion d’un monde uniquement régi par les marchés et les règles multilatérales.

2. L’indépendance stratégique européenne

Énergie, défense, industrie, numérique : l’Europe n’a plus le luxe de l’attentisme.

3. La fragmentation du commerce mondial

Tarifs, protectionnisme, accords régionaux : le commerce devient un outil politique.

4. La sécurité globale et l’Ukraine

Financement, garanties, reconstruction : la sécurité n’est plus un sujet abstrait, mais un poste budgétaire massif.

5. L’intelligence artificielle comme infrastructure

L’IA n’est pas un gadget : c’est de l’énergie, du capital, des data centers, de l’eau, du foncier.

6. Le retour de l’État investisseur

Partout, les gouvernements reprennent la main sur les flux, les priorités et les risques.

Dans cet article, nous laisserons donc les lunettes, les jets et les “for sûr” aux réseaux sociaux.

Et nous ferons ce que Davos est censé provoquer :

parler sérieusement d’économie, de finance, de souveraineté et de transition, dans le monde réel.

Green Finance commence ici.

1) Géopolitique : fin de “l’ancien monde” et retour de la puissance

Le fil rouge le plus lourd à Davos 2026, c’est l’idée que l’ordre international se durcit : rivalités de puissances, pression sur les alliances, et logique de rapport de force.

Mark Carney parle d’une rupture nette : « the end of a pleasant fiction… the beginning of a harsh reality ». 

Friedrich Merz est encore plus frontal : « We have entered a time of great power politics. » 

Quand la géopolitique prime, les investisseurs demandent :

plus de prime de risque, plus de résilience supply chain, plus de capex défense/énergie, et moins de dépendances (de-risking ≠ découplage total).

2) Europe : “indépendance” = stratégie industrielle + énergie + défense + digital

Le message européen le plus structurant, c’est que l’UE veut transformer les chocs géopolitiques en accélérateur de souveraineté. Ursula von der Leyen : « geopolitical shocks can and must serve as an opportunity for Europe… to build a new form of European independence. » 

Elle insiste que le changement est durable : « if this change is permanent, then Europe must change permanently too. » retour d’une logique politique industrielle (subventions, simplification, chaînes critiques), grands besoins de financement (infrastructures, énergie, data centers, défense). Enjeu clé : éviter “sur-régulation” vs accélérer investissements.

3) Commerce mondial : tarifs, protectionnisme, “guerres commerciales”

Sujet sensible parce que derrière, il y a : inflation, croissance, profits, devises.

He Lifeng (Chine) alerte sur la dynamique : « Rising unilateralism and protectionism… tariff and trade wars have inflicted significant shocks. » Et il martèle : « tariff and trade wars have no winners. » 

Von der Leyen oppose « fair trade over tariffs, partnership over isolation » (dans le cadre de nouveaux accords). Tout ce qui ressemble à tarifs/fragmentation : risque sur marges, chaînes d’approvisionnement, et croissance. En contrepartie : opportunité sur nearshoring, logistique, infrastructures, et “green industrialization”.

4) Sécurité : Ukraine, OTAN, Arctique/Greenland

La sécurité est montée d’un cran, avec un discours beaucoup plus “opérationnel” : budgets, garanties, investissements. Zelenskyy : « no security guarantees work without the US » (dans la transcription WEF). 

Il formule un appel très “investisseur” : « real support – jobs, money, investment. » Merz rappelle la ligne rouge : « any threat to acquire European territory by force would be unacceptable. » hausse durable des dépenses de défense, cybersécurité, infrastructures critiques. Montée des sujets Arctique / routes maritimes / ressources ;

Ukraine : pivot entre reconstruction, capitaux privés, garanties publiques.

5) IA & infrastructure : “industrial scale”, data centers, compétitivité

Même quand Davos parle “IA”, ça parle surtout infrastructures et puissance de calcul (donc énergie, réseau, foncier, eau, acceptabilité).

Merz : « Artificial intelligence requires industrial scale. » 

Il enchaîne sur une logique d’investissement : « investing in high-performance AI, gigafactories… expansion of data centres. »  Parmelin (ouverture) met l’IA dans le même panier que tensions & protectionnisme : « risks and opportunities of AI » + défense du commerce/règles. 

IA = capex massif + énergie ; donc arbitrages ESG réels : mix énergétique, refroidissement, sobriété numérique, localisation.

6) États-Unis : discours “transactionnel” et sécurité/économie liées

Le discours de Trump est politiquement inflammable, mais utile pour comprendre l’orientation : sécurité = économie, et logique de contreparties. Trump : « national security requires economic security » 

Sur OTAN/Ukraine, le ton est explicitement transactionnel (l’extrait sur “one-way street” etc.). 

Lecture marchés :

Plus d’incertitude sur architecture transatlantique, risque de volatilité sur commerce/tarifs, mais aussi accélération de l’industrie domestique (défense, énergie, tech).

Ce qui est le plus sensible, le plus important

1. Retour durable de la géopolitique : re-pricing du risque, fragmentation, capex souveraineté. 

2. Europe : indépendance (énergie/defense/digital) : énormes besoins de financement. 

3. Commerce : le spectre “tarifs/guerres commerciales” pèse sur inflation et croissance. 

4. Ukraine & sécurité : l’appel est clair : garanties + investissements + production. 

5. IA : c’est d’abord une histoire d’infrastructures, d’énergie… et donc de finance durable “dans le réel”. 

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