
L’économie mondiale entre en 2026 dans un climat paradoxal. La croissance tient. Mais la pression s’intensifie. Selon la dernière Risk Review publiée par Coface, l’activité mondiale devrait progresser de +2,6 % en 2026, après +2,8 % en 2025. Un léger ralentissement, certes, mais qui confirme une résilience inattendue dans un environnement saturé de risques géopolitiques, financiers, sociaux et climatiques. L’année 2026 pourrait ainsi constituer un véritable moment de vérité pour l’économie mondiale.
2025 : la résilience inattendue de la mondialisation
L’année 2025 aura déjoué de nombreux scénarios pessimistes. Malgré les tensions commerciales, les incertitudes politiques et les conflits géopolitiques, la croissance mondiale a atteint +2,8 %, conforme aux prévisions initiales.
Deux facteurs majeurs expliquent cette résistance :
- Les chocs économiques se sont révélés moins violents que les craintes anticipées, notamment sur le front des droits de douane.
- Les entreprises internationales ont démontré une capacité d’adaptation remarquable, confirmant que la mondialisation reste une dynamique puissante et profondément interconnectée.
Autre surprise : le commerce mondial a progressé de +3,9 % en 2025, défiant les pronostics les plus prudents. Les importations américaines ont fortement contribué à cette dynamique, tandis que les hausses de tarifs douaniers ont finalement été moins drastiques que redouté.
Le taux tarifaire effectif moyen aux États-Unis s’est établi à 9,4 % en novembre 2025, loin des 36 % redoutés lors des pics de tension avec la Chine.
2026 : une année sous haute tension
Si 2025 a montré la résilience du système, 2026 démarre sous un nuage beaucoup plus dense.
Les risques géopolitiques se matérialisent, avec des tensions en Amérique latine, en Iran ou encore au Groenland. Les risques financiers se renforcent dans un contexte de taux d’intérêt durablement élevés, où les niveaux d’endettement et les valorisations d’actifs suscitent des interrogations croissantes.
Aux États-Unis, les défaillances d’entreprises ont bondi de +15 % au second semestre 2025, signalant un environnement de crédit plus contraint.
Les risques macroéconomiques restent également prégnants : incertitudes sur la politique économique américaine, menace persistante de nouvelles frictions commerciales, compétition internationale exacerbée et coopération mondiale affaiblie.
À cela s’ajoutent des tensions sociales et politiques dans de nombreux pays, notamment en Europe, ainsi que des risques climatiques et sanitaires toujours plus visibles.
Une croissance mondiale fragmentée
La dynamique économique mondiale reste hétérogène.
États-Unis : consommation solide, mais fragilité sous-jacente
La croissance américaine devrait atteindre +2,2 % en 2026, soutenue par une consommation robuste. Toutefois, la hausse des faillites et un environnement financier plus contraint constituent des signaux d’alerte.
Zone euro : reprise allemande, fragilité française
Dans la zone euro, la croissance attendue avoisine +1 %.
L’Allemagne bénéficie d’un rebond lié à un important plan d’investissement, tandis que la France devrait progresser autour de +0,9 %, dans un contexte budgétaire délicat, marqué par un déficit public supérieur à 5 % du PIB.
L’Europe centrale affiche une dynamique plus soutenue, avec la Pologne en tête à +3,8 %.
Asie : ralentissement chinois, dynamisme indien
En Asie, la Chine devrait voir sa croissance ralentir à +4,4 %, pesant sur la dynamique régionale.
À l’inverse, l’Inde confirme son rôle de moteur mondial avec une croissance attendue de +6,1 %, soutenue par une demande domestique forte et des politiques publiques volontaristes.
Énergie et inflation : un facteur stabilisateur ?
Les prix du pétrole devraient reculer, passant de 68 dollars le baril de Brent en 2025 à environ 60 dollars en 2026.
Cette baisse s’explique par une croissance modérée de la demande et une augmentation significative de l’offre.
Malgré des épisodes de volatilité liés aux tensions géopolitiques, les prix de l’énergie devraient rester globalement neutres pour l’inflation, laquelle continue de se modérer dans la plupart des régions.
Commerce mondial : la surprise vietnamienne
La réorganisation des chaînes d’approvisionnement se poursuit.
Le Vietnam a été l’un des grands bénéficiaires de ces ajustements, avec une hausse de +43 % des importations américaines en provenance du pays entre janvier et novembre 2025.
L’Europe, de son côté, a stabilisé son commerce extérieur.
Pour 2026, un ralentissement progressif est attendu, accompagné d’une baisse des taux de fret en raison de surcapacités et d’une possible réouverture de routes maritimes traditionnelles.
Risque pays : un bilan globalement positif
Coface a procédé à sept ajustements de notation pays, dont six relèvements.
Pays reclassés à la hausse
- Chili (A4 → A3) : investissements en cuivre et énergie, environnement institutionnel stabilisé.
- Pologne (A4 → A3) : dynamique d’investissement soutenue par les fonds européens.
- Suède (A3 → A2) : demande privée robuste et marché du travail amélioré.
- Chypre (A4 → A3) : performance touristique record.
- Barbade (C → B) : consolidation budgétaire efficace.
- Équateur (D → C) : reprise solide après la crise énergétique de 2024.
Pays dégradé
- Sénégal (B → C) : dérive budgétaire et dette préoccupante compliquant les discussions avec le FMI.
Ces ajustements traduisent un environnement global plus résilient qu’anticipé, malgré des poches de vulnérabilité.
Le vrai enjeu : la dette et la valorisation des actifs
Au-delà des chiffres de croissance, la question centrale reste financière.
Dans un environnement de taux élevés persistants, la soutenabilité des dettes publiques et privées devient un sujet critique. Les niveaux de valorisation de nombreux actifs soulèvent des interrogations.
La croissance tient, mais elle repose sur des équilibres fragiles.
2026 : stabilité ou rupture ?
L’économie mondiale n’est pas en récession. Elle ne s’effondre pas. Elle ralentit légèrement mais tient.
Pour autant, le système fonctionne sous tension maximale :
- tensions géopolitiques persistantes,
- dette élevée,
- incertitudes commerciales,
- risques sociaux croissants,
- pressions climatiques et sanitaires.
La question n’est plus de savoir si la mondialisation résiste — elle a prouvé sa capacité d’adaptation — mais si le système financier global peut absorber durablement l’accumulation de risques.
2026 pourrait être l’année où l’économie mondiale confirme sa robustesse… ou révèle ses failles structurelles.
Une chose est certaine : la croissance est toujours là, mais la marge d’erreur se réduit.
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