
BBVA Mobilise 145 Milliards $ en Finance Durable : Un Tournant pour la Banque Verte ( et là, nous ne parlons pas d’une amande comme Crédit Agricole ou JP Morgan )
En 2025, la banque espagnole BBVA a réalisé un pas significatif vers la finance durable, en canalisant environ 145 milliards de dollars (134 milliards d’euros) vers des financements considérés comme durables, soit une croissance de 44 % par rapport à l’année précédente.
Cette performance record s’inscrit dans une stratégie plus large : BBVA vise à mobiliser 700 milliards d’euros entre 2025 et 2029 dans des activités liées à la transition environnementale et sociale, plus du double de ses objectifs antérieurs, atteints un an plus tôt que prévu.
Un virage stratégique : finance durable comme moteur de croissance
BBVA ne se contente pas de « verdir » une partie de son portefeuille : elle a fait de la finance durable un levier de croissance stratégique.
Selon la banque, 77 % des flux mobilisés en 2025 ont soutenu des initiatives liées au climat et au capital naturel, couvrant des secteurs tels que :
- Energies renouvelables
- Efficacité énergétique
- Gestion durable de l’eau
- Agriculture responsable
- Économie circulaire
Les 23 % restants ont financé des objectifs sociaux, tels que l’inclusion financière, l’éducation, l’accès à des services de santé et le soutien aux PME et micro-entreprises.
Cette orientation illustre une tendance importante : la finance durable ne se limite plus aux crédits « verts classiques », elle englobe désormais des volets sociaux et de capital naturel, reflétant une approche ESG intégrée.
BBVA dans le contexte bancaire global
Pour mesurer l’importance de cette dynamique, il faut prendre du recul et situer BBVA dans le contexte plus large du secteur bancaire mondial.
Taille du marché mondial de la finance durable
Selon des estimations récentes, le marché global de la finance durable représentait environ 5,87 billions de dollars en 2024, et devrait continuer de croître à près de 20 % par an dans la décennie à venir.
Cela signifie que les engagements des banques dans la finance durable s’insèrent dans une expansion générale des capitaux alloués à des projets respectueux de l’environnement et des objectifs de développement durable (ODD).
Comparaisons concrètes avec d’autres banques
BBVA n’est pas seule dans la transformation du secteur financier, mais son approche est notable par l’ampleur et la rapidité de son déploiement.
BNP Paribas – un engagement solide mais différent
Le groupe français BNP Paribas s’est également imposé comme un acteur majeur de la finance durable, avec des engagements spécifiques pour les prêts verts, les obligations durables et l’accompagnement d’entreprises dans leur transition. Le groupe publie régulièrement des indicateurs détaillés sur son impact et ses financements verts, avec une croissance soutenue de ses “green & sustainability-linked loans”.
Alors que BBVA met l’accent sur un objectif global très ambitieux (700 milliards d’euros en cinq ans), BNP Paribas adopte une stratégie qui combine crédits structurés, produits innovants et engagement auprès de clients institutionnels, souvent avec une forte dimension « reporting » et alignement réglementaire.
Banques spécialisées et acteurs éthiques
D’autres acteurs, souvent plus petits mais emblématiques, montrent une autre vision de la finance durable :
- Triodos Bank (Pays-Bas) se positionne comme une banque 100 % orientée vers les projets sociaux et environnementaux, refusant de financer toute activité jugée non durable.
- Umweltbank (Allemagne) concentre son modèle autour de prêts exclusivement écologiques, valorisant des investissements locaux dans la transition énergétique et les infrastructures durables.
Ces banques ne visent pas des volumes gigantesques comme les grands groupes commerciaux, mais leur modèle illustre une approche « mission-first », où chaque euro financé répond directement à des critères ESG stricts.
Un contraste avec les financements fossiles
Il est essentiel de rappeler que, malgré ces engagements durables, une partie du secteur bancaire reste très exposée aux énergies fossiles.
Les dernières évaluations montrent que les grandes banques mondiales ont financé des industries fossiles à hauteur de centaines de milliards de dollars — avec une tendance à la hausse des financements de projets d’expansion des combustibles fossiles en 2024.
Ce contraste souligne que la finance durable progresse, mais qu’elle coexiste encore avec des flux financiers importants vers des activités incompatibles avec les objectifs climatiques de Paris.
Pourquoi l’effort de BBVA est significatif
Plusieurs points rendent la démarche de BBVA particulièrement intéressante pour le secteur :
1. Croissance rapide des volumes verts
Un bond de +44 % en un an montre que la finance durable n’est pas seulement une aspiration mais une réalité croissante.
2. Objectif ambitieux à moyen terme
Un objectif de 700 milliards d’euros en 5 ans positionne BBVA parmi les banques les plus actives sur des engagements structurants, bien au-delà d’objectifs volontaires traditionnels.
3. Diversification des produits
BBVA finance non seulement des projets environnementaux, mais aussi des volets sociaux (inclusion, santé, PME), ce qui reflète une approche ESG holistique.
Ce que cela signifie pour les acteurs financiers
La trajectoire de BBVA vient avec plusieurs implications pour les banques, les investisseurs et les régulateurs :
Les banques doivent renforcer l’intégration ESG
La finance durable devient un axe stratégique et commercial, pas seulement un créneau annexe.
La transparence et les standards comptent
Avec une croissance rapide des volumes verts, la nécessité d’indicateurs harmonisés et fiables (taxonomie européenne, normes de reporting) est renforcée.
Les investisseurs attendent des impacts mesurables
Les institutions publiques et privées veulent des preuves tangibles que les financements verts contribuent réellement à la transition climatique.
Un signal fort pour la finance verte
La performance 2025 de BBVA en finance durable est plus qu’un record : elle illustre une transformation profonde des modèles bancaires.
Elle montre que des volumes significatifs de capitaux peuvent être réorientés vers des secteurs cruciaux pour le climat et la société, tout en maintenant des objectifs commerciaux solides.
Si BBVA trace une voie ambitieuse, la comparaison avec d’autres banques montre que le secteur est encore hétérogène : certains acteurs adoptent des stratégies agressives en matière ESG, tandis que d’autres maintiennent des positions plus conservatrices.
Pour les investisseurs, les régulateurs et les parties prenantes, l’enjeu désormais n’est plus seulement d’augmenter les montants durables, mais d’assurer que ces financements s’accompagnent de résultats mesurables, transparents et alignés avec les objectifs climatiques globaux, un défi qui restera au cœur de la finance verte dans les années à venir.
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