Ralentissement économique en France : le climat des affaires envoie des signaux d’alerte début 2026

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En février, les indicateurs conjoncturels français ont confirmé un net affaiblissement de la dynamique économique. L’analyse publiée par ING et rédigée par Charlotte de Montpellier met en évidence une détérioration marquée du climat des affaires, en particulier dans les services. Alors que certains observateurs espéraient une accélération progressive de l’activité, les dernières données suggèrent au contraire une phase de ralentissement, avec des perspectives de croissance plus limitées pour le début de l’année 2026.

Une nouvelle dégradation du climat des affaires

L’indicateur synthétique du climat des affaires a reculé en février pour s’établir à 97, un niveau désormais inférieur à sa moyenne de long terme. Ce chiffre traduit un affaiblissement généralisé de la confiance des entreprises. Presque tous les grands secteurs d’activité sont concernés. Seul le bâtiment parvient à maintenir une stabilité relative, sans toutefois afficher de véritable amélioration.

Cette évolution est significative. Lorsque l’indicateur passe sous sa moyenne historique, il signale un environnement jugé moins porteur par les dirigeants. Les anticipations d’activité se modèrent, les perspectives de commandes se réduisent et les décisions d’investissement deviennent plus prudentes. Autrement dit, le tissu productif entre dans une phase d’attentisme.

Les services en première ligne du ralentissement

La situation est particulièrement préoccupante dans les services. L’indice sectoriel chute à 95, bien en deçà de sa moyenne de long terme. Tous les sous-indicateurs sont orientés à la baisse. Les chefs d’entreprise expriment un pessimisme accru concernant la demande future et l’évolution de leur activité.

Ce recul est d’autant plus sensible que les services constituent un pilier central de l’économie française. Ils concentrent une large part de l’emploi et de la valeur ajoutée. Lorsque ce secteur ralentit, l’impact se diffuse rapidement à l’ensemble de l’économie.

Les anticipations d’embauche se replient également. Les entreprises prévoient de réduire le rythme de leurs recrutements. Cette prudence pèse sur le climat de l’emploi, qui atteint son plus bas niveau depuis mars 2021. Moins d’embauches signifie une dynamique salariale potentiellement moins soutenue et, à terme, un risque d’affaiblissement supplémentaire de la consommation.

Une industrie contrastée mais fragilisée

Dans l’industrie, le climat des affaires recule lui aussi, tout en restant légèrement au-dessus de sa moyenne historique. La situation n’est donc pas encore critique, mais les signaux de fragilité se multiplient.

Certaines branches souffrent davantage, notamment la chimie et la métallurgie, confrontées à un ralentissement des commandes et à des perspectives de production moins favorables. À l’inverse, la fabrication de matériels de transport hors automobile conserve une dynamique plus robuste, soutenue par des carnets de commandes encore bien orientés.

Malgré ces disparités, l’ensemble du secteur industriel fait face à un affaiblissement de ses perspectives. La contraction progressive des carnets de commandes laisse présager une production moins dynamique dans les prochains mois. Cela pourrait freiner l’investissement et peser sur l’emploi industriel.

Une croissance sous pression au premier trimestre 2026

La dégradation observée en février est plus marquée qu’anticipé. Elle suggère que l’économie française est moins résiliente qu’espéré. Alors que des signes de redressement apparaissent dans certaines économies européennes, notamment grâce aux mesures de soutien budgétaire en Allemagne, la France semble entrer dans une phase de décélération.

La demande intérieure montre des signes d’essoufflement. Pourtant, le contexte pourrait sembler favorable : l’inflation est très faible et la propension des ménages à épargner diminue. En théorie, ces éléments devraient soutenir la consommation. En pratique, celle-ci peine à se raffermir durablement.

Dans ce contexte, la croissance du PIB au premier trimestre 2026 pourrait difficilement dépasser les 0,2 % enregistrés au quatrième trimestre 2025. Un rythme encore plus modeste ne peut être exclu. Cela placerait l’économie française sur une trajectoire de croissance atone en début d’année.

Des perspectives annuelles modérément positives

Malgré ce début d’année fragile, le scénario central demeure celui d’une croissance autour de 1% sur l’ensemble de 2026. Plusieurs facteurs pourraient soutenir l’activité.

L’industrie française devrait bénéficier indirectement du plan de relance allemand ainsi que de l’augmentation des dépenses de défense en Europe. Ces impulsions extérieures peuvent contribuer à redynamiser certains segments industriels, en particulier ceux orientés vers l’exportation.

Par ailleurs, la progression attendue des salaires réels pourrait soutenir le pouvoir d’achat des ménages. Si la confiance se stabilise, la consommation et l’investissement résidentiel pourraient retrouver un peu d’élan. Tout dépendra cependant du climat psychologique et de la perception des ménages quant à leur situation future.

Des risques toujours élevés à moyen terme

Les incertitudes demeurent nombreuses. Certains secteurs clés de l’économie française sont fortement exposés au commerce international. Ils restent sensibles aux fluctuations de la demande mondiale et aux variations du taux de change de l’euro. Une dégradation de la conjoncture internationale pourrait rapidement affecter les exportations et la production.

À l’inverse, un environnement mondial plus dynamique que prévu pourrait permettre un redressement plus rapide des carnets de commandes et soutenir l’investissement industriel. L’évolution du contexte européen jouera donc un rôle déterminant.

Sur le plan intérieur, la confiance reste fragile. Un nouveau choc (politique, budgétaire ou externe) pourrait freiner davantage la consommation et retarder toute reprise solide. À l’horizon 2027, une croissance légèrement supérieure, autour de 1,1 %, est envisageable. Mais cet objectif reste conditionné à une stabilisation des équilibres budgétaires et à une réduction des incertitudes politiques.

En définitive, les signaux envoyés par le climat des affaires appellent à la prudence. L’économie française ne bascule pas dans la récession, mais elle avance désormais sur une ligne de crête, entre ralentissement marqué et reprise incertaine.

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