Marchés privés et gestion d’actifs : la fin d’un cycle d’euphorie, le début d’un nouvel équilibre

gestion d’actifs

L’année 2025 a marqué un net coup d’arrêt pour les marchés privés et, plus largement, pour l’industrie de la gestion d’actifs en Europe et aux États-Unis. Après plusieurs années d’euphorie, la réalité économique a repris ses droits. Les levées de fonds ont fortement ralenti. Les performances ont déçu. Et les écarts de valorisation entre gestionnaires spécialisés dans le non coté et acteurs traditionnels se sont resserrés. Le dernier rapport de Morningstar dresse le portrait d’un secteur en pleine phase d’ajustement, où les investisseurs deviennent plus exigeants et où les équilibres se redessinent progressivement.

2025, l’année du ralentissement brutal des marchés privés

Le choc est venu d’abord des levées de fonds. En Europe, les montants collectés par le capital-investissement ont atteint leur plus bas niveau depuis dix ans. Un phénomène largement expliqué par l’absence de grands fonds dits « méga-fonds ». En 2025, aucune levée majeure n’a dépassé les 5 milliards d’euros. Un contraste saisissant avec l’année précédente, où près de la moitié des capitaux provenaient de véhicules bien plus imposants.

Aux États-Unis, la tendance est similaire. La collecte a continué de reculer, avec une baisse d’environ 17 % sur un an. Le marché souffre d’un double frein. D’un côté, la consolidation du secteur limite le nombre de nouveaux projets attractifs. De l’autre, le manque de sorties réduit les retours de liquidités vers les investisseurs. Résultat, ces derniers hésitent à réengager massivement leur capital.

Ce ralentissement met en lumière une réalité simple. Le modèle des marchés privés dépend fortement de la fluidité des cycles d’investissement et de désinvestissement. Quand les sorties se bloquent, toute la mécanique se grippe.

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Des performances en retrait qui changent la perception du secteur

Au-delà de la collecte, les rendements ont aussi déçu. En 2025, les performances des fonds de private capital européens se sont situées autour de la moitié de leurs moyennes de long terme. Les contraintes de liquidité ont pesé lourd. Les distributions de cash aux investisseurs ont été limitées. Et cela a mécaniquement affecté l’attractivité du secteur.

Cette sous-performance a eu un effet visible en Bourse. L’écart de valorisation entre les gestionnaires de marchés privés et les gestionnaires traditionnels s’est nettement réduit. Pendant longtemps, les acteurs du non coté bénéficiaient d’une prime liée à leurs perspectives de croissance supérieures. Aujourd’hui, cette prime s’est érodée.

Pour autant, tout n’est pas négatif. Cette phase de correction a aussi permis de « réinitialiser » les attentes. Les valorisations redeviennent plus raisonnables. Et certains analystes estiment que 2026 pourrait offrir un point d’entrée plus intéressant pour les investisseurs de long terme.

Des sorties toujours trop faibles pour relancer la machine

Le cœur du problème reste le même : le manque de sorties. Dans le capital-investissement, la performance dépend autant de la capacité à investir que de la capacité à vendre au bon moment. Or, l’environnement actuel reste peu favorable aux cessions, qu’il s’agisse de ventes industrielles ou d’introductions en Bourse.

Les multiples payés lors des grandes opérations de 2021 et 2022 pèsent encore sur le marché. Beaucoup d’actifs ont été acquis à des niveaux de valorisation élevés. Les revendre aujourd’hui sans perte significative est difficile. D’autant plus que les valorisations des petites et moyennes capitalisations, souvent comparables aux sociétés détenues par les fonds, restent sous pression, surtout en Europe.

Tant que ce blocage persistera, les flux de capitaux vers les nouveaux fonds resteront contraints. Moins de sorties signifie moins de liquidités redistribuées. Et donc moins de capacités à relancer un nouveau cycle d’investissement.

Taux d’intérêt en baisse : un soutien progressif pour le non coté

Un élément pourrait toutefois changer la donne. La perspective de taux d’intérêt plus bas. La baisse des rendements et le resserrement des spreads sur les prêts à effet de levier rendent le financement des opérations plus accessible. Cela facilite à la fois les nouvelles acquisitions et les refinancements.

Pour le private equity, des coûts de financement plus faibles peuvent soutenir l’activité et, à terme, les performances. Pour le private credit, l’augmentation attendue des volumes d’émissions pourrait aussi doper les encours sous gestion. Autrement dit, même si 2025 a été une année difficile, les conditions financières pourraient devenir plus favorables à moyen terme.

Cela ne signifie pas un retour immédiat à l’euphorie passée. Mais plutôt l’ouverture d’une phase de normalisation, plus saine et plus sélective.

Les gestionnaires traditionnels reprennent des couleurs

Pendant que les marchés privés traversaient cette zone de turbulence, les gestionnaires d’actifs traditionnels ont montré des signes de résistance. Les flux vers les fonds européens sont restés globalement positifs, même si les marchés ont parfois pesé sur la croissance des encours.

Un point notable concerne le retour progressif de l’intérêt pour la gestion active. Certes, les stratégies passives continuent de capter une grande partie des flux. Mais la seconde moitié de 2025 a vu un regain d’entrées sur les fonds actifs. Un signal encourageant pour un secteur souvent sous pression face à la montée en puissance des produits indiciels à bas coûts.

Par ailleurs, les investisseurs ont massivement privilégié les fonds obligataires, dans un contexte où ils cherchent à sécuriser des rendements attractifs. Cette dynamique soutient les revenus des gestionnaires, même si la concurrence reste intense.

Des valorisations désormais plus équilibrées entre les acteurs

La conséquence de ces évolutions est claire. Aujourd’hui, les gestionnaires d’actifs, qu’ils soient positionnés sur les marchés privés ou sur les marchés cotés traditionnels, affichent des niveaux de valorisation jugés globalement raisonnables. Les primes dont bénéficiaient les spécialistes du non coté se sont réduites. Et les acteurs traditionnels apparaissent parfois décotés, malgré une rentabilité toujours solide.

Dans ce paysage, certains groupes se distinguent. Amundi reste une référence côté gestion traditionnelle, grâce à sa taille, à son efficacité opérationnelle et à la force de son réseau de distribution. Du côté des marchés privés, Partners Group tire son épingle du jeu avec un modèle économique qui capte pleinement les revenus de gestion et offre des marges supérieures à la moyenne.

Vers un nouveau cycle, plus exigeant et plus sélectif

En définitive, 2025 ressemble à une année de transition. Le secteur sort d’une période d’excès et entre dans une phase de normalisation. Les investisseurs sont plus prudents. Ils exigent de meilleurs rendements et plus de visibilité. Les gestionnaires, eux, doivent composer avec un environnement plus contraignant, mais aussi plus sain.

Si les conditions de liquidité s’améliorent et si les taux continuent de baisser, 2026 pourrait marquer le début d’un nouveau cycle. Un cycle moins spectaculaire, sans doute. Mais aussi plus équilibré, plus sélectif, et potentiellement plus durable pour l’ensemble de l’industrie de la gestion d’actifs.

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