Groupama AM crée un pôle Absolute / Total Return et en confie la direction à Nicolas Leprince

groupama am

Groupama Asset Management a annoncé le 17 septembre la création d’un pôle dédié aux stratégies Absolute / Total Return au sein de ses gestions obligataires. Nicolas Leprince, CFA, en a pris la responsabilité le 1er septembre. Une nomination discrète en apparence, mais qui dit quelque chose du retour en grâce de la gestion obligataire flexible.

Le nouveau responsable rapporte directement à Stéphan Mazel, Directeur des Gestions Obligataires du gestionnaire. La société, filiale du groupe mutualiste d’assurance Groupama, revendiquait 111,3 milliards d’euros d’actifs sous gestion au 30 juin 2026.

Un profil venu de l’assurance et de la gestion flexible

Le parcours de Nicolas Leprince, qui totalise plus de vingt ans dans la gestion d’actifs, mérite d’être détaillé, parce qu’il éclaire le type de mandat qui lui est confié.

Depuis 2019, il occupait les fonctions de Senior Fixed Income Portfolio Manager chez Edmond de Rothschild Asset Management. Il y gérait notamment une stratégie d’allocation obligataire flexible, construite sur une lecture macroéconomique et une gestion active à la fois des taux et du crédit. C’est très précisément le savoir-faire qu’exige un pôle Absolute / Total Return.

Avant cela, il a passé plus de quinze ans chez BNP Paribas Cardif, dont trois années comme Responsable des investissements obligataires, entre 2016 et 2019. À ce poste, il pilotait une équipe en charge d’environ 90 milliards d’euros d’actifs obligataires.

Ce passage par la filiale d’assurance d’un grand groupe bancaire n’est pas un détail. Gérer le portefeuille obligataire d’un assureur suppose de composer avec des contraintes que ne connaît pas un gérant de fonds ouvert : adossement actif-passif, exigences prudentielles de Solvabilité II, horizon de détention long et sensibilité à la volatilité comptable des résultats. Pour une société de gestion qui est elle-même l’affilié d’un assureur mutualiste et dont la clientèle est largement institutionnelle, cette familiarité avec le point de vue du passif est un actif en soi.

Pourquoi l’absolute return obligataire revient au premier plan

La création d’un pôle dédié à ces stratégies ne relève pas du hasard de calendrier, et c’est probablement l’information la plus utile derrière l’annonce.

Rappelons la mécanique. Une stratégie obligataire dite Absolute ou Total Return ne cherche pas à répliquer un indice, mais à dégager une performance positive quelle que soit l’orientation des marchés de taux. Le gérant y dispose d’une latitude large : moduler fortement la sensibilité du portefeuille, jouer la pente de la courbe, arbitrer entre crédit et souverain, prendre des positions de duration négative, utiliser des instruments dérivés. Sa performance dépend de ses décisions bien plus que de celle de la classe d’actifs.

Ces stratégies ont traversé une longue période difficile. Pendant les années de taux nuls ou négatifs, leur promesse s’est heurtée à une réalité arithmétique : avec un portage proche de zéro, il ne reste pas grand-chose pour absorber les frais de gestion, et générer une performance absolue exige de prendre des risques mal rémunérés. Beaucoup de fonds de cette catégorie ont déçu, et la collecte s’est tarie.

La normalisation des taux a changé la donne. Un portage redevenu significatif offre un coussin de rendement, les mouvements de courbe sont redevenus une source de performance exploitable, et la dispersion entre émetteurs recrée des occasions d’arbitrage sur le crédit. Surtout, l’incertitude sur la trajectoire des banques centrales rend la gestion indicielle de la duration moins confortable pour un investisseur qui ne veut pas subir passivement les mouvements de taux.

Dans ce contexte, la demande institutionnelle pour des poches obligataires décorrélées de l’indice s’est reconstituée. Créer un pôle spécifique, plutôt que de laisser ces stratégies réparties entre gérants, permet d’y consacrer une gouvernance de risque et une allocation de ressources propres. C’est un signal d’intention commerciale autant qu’organisationnel.

La question que l’annonce laisse ouverte

Pour un lecteur de finance durable, un point reste en suspens, et le communiqué ne l’aborde pas.

Groupama Asset Management revendique une gestion « activement responsable », de long terme et adossée à une forte capacité de recherche. Or les stratégies Absolute / Total Return posent aux démarches extra-financières une difficulté particulière, rarement discutée publiquement.

Une gestion flexible utilise massivement les instruments dérivés — futures de taux, swaps, indices de CDS — pour ajuster son exposition. Ces instruments ne confèrent aucune propriété d’un titre, donc aucun droit de vote, aucun levier d’engagement actionnarial, et ils se prêtent mal au calcul d’une empreinte carbone de portefeuille. Une stratégie qui tourne rapidement ses positions s’accorde également mal avec l’idée d’accompagner la trajectoire de transition d’un émetteur dans le temps.

Autrement dit, la question n’est pas de savoir si un fonds absolute return peut respecter une politique d’exclusion — il le peut sans difficulté sur sa poche obligataire physique. Elle est de savoir ce que signifie une démarche d’investissement responsable sur un portefeuille dont une part de l’exposition est synthétique et dont l’horizon de détention est court.

C’est un débat méthodologique que la place financière n’a pas tranché, et sur lequel les référentiels de labellisation restent peu explicites. Il gagnerait à être posé, d’autant que la question se reposera à chaque fois qu’un gestionnaire affichant une gestion responsable renforcera ses capacités sur des stratégies de performance absolue.

Le communiqué n’annonce ni véhicule nouveau, ni objectif de collecte, ni renforcement d’effectif au-delà de cette nomination. C’est donc une première étape organisationnelle, dont la portée réelle se mesurera au lancement de produits — ou à leur absence — dans les prochains trimestres.

À découvrir aussi sur Green Finance : Ces chercheurs veulent transformer nos déchets plastiques en cookies pour aller sur Mars