
Le départ anticipé de François Villeroy de Galhau de la Banque de France, annoncé pour 2026 alors que son mandat courait jusqu’à fin 2027, a d’abord été présenté comme un choix personnel : prendre la présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. L’explication est plausible et respectable.
Pourtant, il serait réducteur de s’en tenir à cette seule dimension. Dans un contexte politique incertain, à un an d’une présidentielle potentiellement très disputée, cette sortie “en avance de phase” ouvre surtout une fenêtre décisive : celle qui permet à Emmanuel Macron de nommer le prochain gouverneur avant 2027.
Or, à la Banque de France, un gouverneur n’est pas un simple administrateur. Il coiffe l’ACPR (supervision des banques et assurances), participe aux décisions sur la stabilité financière, dialogue avec la BCE, et pèse de plus en plus sur l’intégration des risques climatiques et environnementaux dans la régulation. En clair : ce choix façonnera la trajectoire de la finance durable française pour six ans.
Un départ “personnel”… ou un verrou institutionnel ?
Officiellement, rien ne relie ce départ à une stratégie politique. Mais l’incitation est trop évidente pour être ignorée : en nommant maintenant, l’Élysée s’assure qu’un futur président, quel qu’il soit, héritera d’un gouverneur déjà installé, pour un mandat long.
Si l’on pousse l’hypothèse, on peut lire ce timing comme un coup préventif : éviter qu’une alternance, notamment si elle venait du Rassemblement National, puisse placer à la tête de la Banque de France une personnalité plus critique vis-à-vis de l’euro, de la BCE ou des exigences ESG européennes.
Dans cette lecture, Macron chercherait moins à “politiser” l’institution qu’à sécuriser sa doctrine économique et financière au-delà de son propre quinquennat.
Qui pourrait remplacer Villeroy ?
4 scénarios (risqués, mais plausibles)
À ce stade, aucun nom n’est officiel. Mais si l’on anticipe le calcul macronien , pro-européen, technocratique, rassurant pour les marchés, et compatible avec une transition climatique “ordonnée”, quatre profils se détachent comme hypothèses crédibles.
1) Agnès Bénassy-Quéré — le choix “crédibilité + climat”
(Sous-gouverneure de la Banque de France, économiste reconnue)
C’est sans doute le profil le plus cohérent avec une Banque de France moderne, consciente des risques climatiques et alignée sur la BCE.
Pourquoi Macron pourrait la choisir ?
Elle incarne la compétence technique et l’indépendance. Elle est respectée à Francfort et dans les cercles académiques. Et elle donnerait une image très “sérieuse” et européenne de la France.
Impact probable sur la Green Finance :
- Renforcement des stress tests climatiques.
- Exigences plus claires sur la gouvernance ESG des banques et assureurs.
- Moins de politique, plus de régulation.
Scénario préféré si Macron veut laisser une empreinte durable sur la supervision verte.
2) Denis Beau — le choix “maison Banque de France”
(Autre sous-gouverneur, très proche des dossiers prudentiels)
Ici, l’idée serait la continuité totale : même culture institutionnelle, même ligne générale, mais avec une touche personnelle.
Pourquoi Macron pourrait le préférer ?
- Zéro risque de rupture.
- Parfaitement accepté par les équipes internes.
- Profil discret, mais solide.
Impact Green Finance :
- Pas de révolution, mais une consolidation des dispositifs existants.
- Approche prudente, progressive, sans bras de fer avec les banques.
- Scénario de stabilité maximale.
3) Bertrand Dumont — le choix “Bercy / État stratège”
(Directeur général du Trésor)
C’est le profil le plus “politico-économique” de la short-list implicite.
Pourquoi Macron pourrait miser sur lui ?
- Coordination parfaite avec Bercy.
- Vision macroéconomique claire, maîtrise de la dette et des marchés.
- Capacité à arbitrer entre stabilité financière et financement de la transition.
Impact Green Finance :
- Transition climatique encadrée par des critères financiers stricts.
- Moins d’idéologie, plus de pragmatisme budgétaire et macro.
- Scénario du technocrate d’État, loyal et efficace.
4) Benoît Cœuré — le choix “BCE + stature internationale”
(Ancien membre du directoire de la BCE, aujourd’hui à l’Autorité de la concurrence)
C’est le profil le plus “eurosystème”.
Pourquoi Macron pourrait l’adosser à ce poste ?
- Crédibilité maximale à Francfort et auprès des marchés.
- Parfaite lisibilité internationale.
- Capacité à peser dans les débats européens sur finance et climat.
Impact Green Finance :
- Alignement fort avec les cadres européens (BCE, EBA, EIOPA).
- Standardisation accrue des règles prudentielles vertes.
- Scénario du choix le plus “géopolitique” et européen.
Le pari possible de Macron (si l’on accepte l’hypothèse politique)
En nommant avant 2027, Macron pourrait chercher à :
1. Verrouiller l’orthodoxie financière française : garantir une Banque de France pro-européenne, indépendante et compatible avec la BCE.
2. Sécuriser la trajectoire climatique du secteur financier : éviter qu’un futur gouvernement remette en cause les exigences ESG prudentielles.
3. Rassurer les marchés : montrer que, quoi qu’il arrive politiquement, la France restera “prévisible” sur la régulation bancaire.
Dans cette logique, le choix le plus cohérent serait sans doute Agnès Bénassy-Quéré ou Benoît Cœuré : deux profils très lisibles, très européens, et très crédibles sur les risques climatiques.
Plus de Green pour Agnès Bénassy-Quéré et plus de docilité Europeen pour Benoît Cœuré. ( vu le niveau de Green de la Macronie, Benoît Cœuré prend la tête du classement )
Ce que cela change pour la Green Finance
Quel que soit le nom retenu, la succession aura des conséquences concrètes sur :
- la rigueur des stress tests climatiques,
- les exigences de gouvernance ESG pour banques et assureurs,
- la place de la France dans la régulation financière européenne,
- et la manière dont la transition écologique sera financée (marchés vs État).
En conclusion
Derrière une succession apparemment administrative se joue peut-être une partie bien plus stratégique : celle de l’orientation du système financier français face aux chocs climatiques, géopolitiques et économiques à venir.
Si Macron a effectivement voulu “prendre les devants”, alors son geste dépasse le simple calcul politique : il engage, volontairement ou non, la trajectoire de la finance durable française pour la prochaine décennie.
À lire aussi : Epstein et le foulard rouge








