Banquiers, prenez peur !

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L’’amende de 7,55 millions infligée à Crédit Agricole marque le début d’une nouvelle ère

Le 13 février 2026, la Banque centrale européenne (BCE) a infligé une amende de 7 551 050 € à Crédit Agricole, une sanction qui, bien au-delà de son montant, marque un tournant historique dans la supervision bancaire européenne. 

Ce n’est pas le montant qui doit inquiéter les banques. C’est le message.

Pour la première fois à ce niveau, un établissement systémique est sanctionné pour défaut d’évaluation adéquate de ses risques climatiques et environnementaux, considérés désormais comme des risques prudentiels à part entière, au même titre que le risque de crédit ou de liquidité. 

Pourquoi Crédit Agricole a été sanctionné : un manquement structurel, pas une fraude

Contrairement aux scandales bancaires traditionnels, Crédit Agricole n’a pas été sanctionné pour fraude, manipulation ou malversation. La sanction repose sur un reproche plus profond, et plus inquiétant pour l’ensemble du secteur :

La banque n’a pas respecté dans les délais une obligation formelle d’identification et d’évaluation de ses risques climatiques.

La BCE avait exigé, dans une décision contraignante de février 2024, que Crédit Agricole réalise une analyse de matérialité complète de ses risques climatiques et environnementaux avant le 31 mai 2024.

Or, selon le régulateur :

  • la banque est restée en situation de non-conformité pendant 75 jours complets,
  • elle n’avait pas suffisamment identifié ni évalué l’impact réel de ces risques sur son bilan,
  • elle n’a pas été capable de démontrer qu’elle maîtrisait ces risques de manière satisfaisante. 

La sanction n’est donc pas liée à une perte financière, mais à une incapacité à démontrer la maîtrise d’un risque futur.

C’est une révolution silencieuse :
le régulateur ne sanctionne plus uniquement les erreurs passées. Il sanctionne l’incapacité à anticiper l’avenir.

Crédit Agricole n’est pas le mauvais élève. C’est celui qui s’est fait prendre la main dans le sac.

Il serait profondément erroné d’interpréter cette sanction comme la preuve que Crédit Agricole serait la banque la plus défaillante du système européen.

Ce n’est pas le cas.

Crédit Agricole est une banque systémique, robuste, largement conforme aux exigences prudentielles traditionnelles. Mais dans un environnement où la supervision s’intensifie, il fallait un premier signal fort.

Crédit Agricole n’est pas le pire élève.
C’est simplement le premier élève que le régulateur a surpris en situation de non-conformité.

Et dans une classe entière, cela change tout.

Car cette sanction établit un précédent juridique et prudentiel. Elle transforme un principe, la gestion du risque climatique,en obligation opposable et sanctionnable.

Le message est clair :

les risques climatiques ne sont plus une question d’image ou de communication ESG.
Ce sont désormais des obligations réglementaires strictes.

Société Générale et HSBC : les prochains sous pression (?)

Ce signal ne concerne pas uniquement Crédit Agricole. Il concerne l’ensemble du système bancaire.

Comme nous l’avons déjà analysé dans nos précédents articles,

Les grandes banques systémiques européennes, notamment HSBC et Société Générale, font déjà l’objet d’une surveillance accrue.

HSBC, en particulier, reste fragilisée par un passif lié à des controverses fiscales, des accusations de greenwashing et des risques de gouvernance, qui alimentent la défiance des régulateurs et des investisseurs. (Green Finance)

Société Générale, de son côté, continue d’être confrontée à des fragilités internes, comme l’a illustré récemment une fraude de 65 000 € impliquant un alternant, révélant des failles dans les contrôles d’accès aux données sensibles et dans la surveillance interne. (Green Finance)

Ces événements, pris individuellement, peuvent sembler mineurs. Pris collectivement, ils dessinent une tendance :

les régulateurs ne tolèrent plus aucune approximation dans la gestion du risque.

Ce que les banques doivent faire immédiatement : les nouveaux points de vigilance

L’amende infligée à Crédit Agricole n’est pas une exception. C’est un avertissement.

Les banques doivent désormais agir sur cinq axes prioritaires :

1. Cartographier précisément les risques climatiques

Les établissements doivent être capables d’identifier, mesurer et quantifier leurs expositions, secteur par secteur, client par client.

2. Intégrer les risques ESG dans les modèles de risque de crédit

Le climat, la transition énergétique et les transformations industrielles doivent être intégrés dans les modèles financiers traditionnels.

3. Renforcer les systèmes d’information

Les banques doivent investir massivement dans la donnée, les outils d’analyse et les systèmes de reporting.

4. Responsabiliser les comités exécutifs

La gestion du risque ESG ne peut plus être déléguée à des équipes spécialisées. Elle doit être pilotée au plus haut niveau.

5. Passer d’une logique déclarative à une logique démonstrative

Il ne suffit plus d’annoncer des engagements. Il faut prouver, documenter et démontrer leur mise en œuvre effective.

À peine avons-nous terminé de rédiger un article sur la sanction infligée au Crédit Agricole que l’actualité nous rattrape déjà ( ce jour meme ). 

Cette fois, c’est un géant mondial qui est frappé : JP Morgan. La Banque centrale européenne vient d’infliger à la banque américaine une amende record de 12,2 millions d’euros la plus élevée jamais prononcée par l’institution pour avoir transmis des données erronées concernant ses besoins en capitaux. La BCE parle explicitement de « négligence grave ». Derrière ce terme, c’est un signal clair adressé à l’ensemble du système bancaire : la rigueur réglementaire n’est plus une option, mais une obligation absolue. Même les institutions les plus puissantes, disposant d’armées d’analystes, de juristes et de systèmes de contrôle sophistiqués, ne sont plus à l’abri. Le message est limpide : l’ère de la tolérance implicite est révolue. Banquiers, prenez peur car désormais, ce ne sont plus seulement les petites défaillances qui sont sanctionnées, mais toute faille dans la chaîne de fiabilité des données, pilier central de la stabilité financière et de la crédibilité du système.

( Cette nouvelle affaire ne change pas loin du monde notre conclusion, mais la renforce )

Une nouvelle ère : les banques ne sont plus seulement évaluées sur leur solidité financière, mais sur leur capacité à anticiper

Pendant des décennies, les banques ont évalué le risque des autres.

Aujourd’hui, ce sont elles qui sont évaluées.

L’amende de 7,55 millions d’euros infligée à Crédit Agricole n’est pas une sanction isolée. C’est un signal de transformation systémique.

Crédit Agricole n’est pas la cible, c’est le premier exemple.

Les prochaines décisions du régulateur concerneront d’autres établissements.

La question n’est plus de savoir si d’autres banques seront sanctionnées.

La question est : lesquelles, et quand.

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