
Venezuela, Groenland : quand la puissance redessine la carte
Et si le droit international n’était plus qu’un langage… quand il sert les gagnants ?
On connaît la formule : “les vainqueurs écrivent l’Histoire.”
Ce qui change depuis quelques semaines, c’est que certains semblent vouloir écrire aussi le droit, en temps réel, à coups d’opérations, d’ordres exécutifs et de “faits accomplis”.
Deux dossiers, a priori éloignés, Venezuela et Groenland, racontent pourtant la même histoire : ressources stratégiques, domination politique, et mise sous tension des règles internationales.
Trump et Maduro ?
Début janvier 2026, Donald Trump a affirmé que les États-Unis avaient mené une opération en territoire vénézuélien ayant abouti à la capture de Nicolás Maduro (et de son épouse), puis à leur transfert hors du pays.
Cette séquence a été immédiatement décrite par de nombreux observateurs comme un basculement : non plus une pression par sanctions, mais une logique d’action directe, assumée comme instrument de politique étrangère.
En parallèle, Washington a pris des mesures visant à sécuriser des revenus pétroliers liés au Venezuela sous contrôle/gestion américaine, selon des articles de presse rapportant un ordre d’urgence sur des fonds dérivés des ventes de pétrole.
L’intérêt et la “vision” de Trump sur le Venezuela : pétrole, levier, vitrine
Le fil rouge, difficile à ignorer, c’est l’accès aux ressources, notamment au pétrole lourd vénézuélien. Stratégique pour certaines capacités de raffinage américaines.
Dans les jours suivants, des informations ont circulé sur l’extension attendue de licences permettant à des acteurs américains, dont Chevron, d’augmenter leurs opérations/exportations.
Autrement dit : le Venezuela est présenté comme un enjeu de sécurité énergétique. Mais aussi comme un test de puissance, la démonstration qu’un État peut “reconfigurer” un autre État au nom de ses objectifs.
La version “officielle” sur la capture de Maduro
Dans la narration dominante, on retrouve trois piliers :
- Opération ciblée présentée comme “réussite tactique” ;
- Justification politico-judiciaire (allégations de criminalité / trafic, selon la communication américaine relayée) ;
- Retour de la “stabilité” et réouverture économique via l’énergie.
Mais plusieurs analyses de journalistes pointent des zones d’ombre, risques de désinformation, et angles morts dans la couverture et la vérification indépendante des faits.
Remise en cause du droit international : la mécanique du précédent
Le point central, pour un lecteur “Green Finance”, n’est pas seulement moral : il est systémique.
Quand une grande puissance revendique une action coercitive extraterritoriale comme outil normal, cela :
- fragilise la prévisibilité du cadre international,
- augmente la prime de risque géopolitique,
- et rend la notion de souveraineté plus contingente qu’universelle.
Le “droit” devient alors un vocabulaire d’accompagnement : on “justifie”, on “encadre”, on “légalise après coup”. Et ce sont, effectivement, les acteurs dominants qui fixent la narration.
Ce que Trump envisage avec le Groenland : la pression ouverte
Sur le Groenland, la posture est plus ancienne, mais elle a repris une intensité inédite. Plusieurs sources rapportent que des responsables américains ont évoqué différents scénarios pour faire basculer le Groenland sous contrôle américain, y compris des paiements aux Groenlandais pour encourager une séparation d’avec le Danemark.
Trump a répété que les États-Unis “avaient besoin” du Groenland et a mis en cause la capacité du Danemark à le défendre.
En réaction, on observe une accélération européenne/NATO : discussion d’un renforcement de présence en Arctique et déploiements annoncés/rapportés.
L’intérêt stratégique : Arctique, minerais, routes, souveraineté
Le Groenland concentre quatre enjeux “Green Finance” majeurs :
- Arctique = théâtre géopolitique (Russie/Chine/États-Unis/Europe) ;
- routes maritimes et logistique ;
- ressources minières (métaux critiques, chaînes de valeur énergétiques) ;
- infrastructures et défense.
La question n’est donc pas “acheter une île” : c’est verrouiller une position géostratégique et des ressources, dans une course qui mélange sécurité, industrie et transition.
La version “mainstream” sur “prendre” le Groenland
Le récit dominant côté pro-américain se structure ainsi :
- “nécessité” de sécurité arctique ;
- “incapacité” danoise ;
- “solution” par arrangement politique/financier (paiements, autonomie encouragée, etc.).
Mais le fait que seule une minorité d’Américains soutienne ces efforts montre que même “au centre”, le projet divise.
Le lien Venezuela-Groenland/US & Russie/Ukraine : le même logiciel
Le point commun avec l’Ukraine n’est pas une équivalence morale terme à terme. C’est une logique de précédents :
- Quand des frontières, des souverainetés, ou des ressources deviennent “négociables” par puissance,
- le message envoyé est : la règle dépend du rapport de force.
Dans un monde où la force redevient une grammaire politique, chaque épisode nourrit le suivant : on teste les réactions, on mesure le coût diplomatique, puis on pousse un peu plus loin.
Europe : beaucoup de paroles, peu d’actes ?
L’Europe apparaît ici dans une posture défensive : elle réagit, renforce symboliquement, discute, tente d’aligner… mais peine à imposer une vision commune, rapide, dotée d’outils de puissance comparables.
Les signaux autour du Groenland — renforcement de posture NATO/Europe — illustrent une prise de conscience, mais aussi une réalité : on s’active quand la pression devient frontale.
Pour les acteurs de la finance responsable, ces crises rappellent une vérité :
la transition et la souveraineté industrielle reposent sur des chaînes d’approvisionnement, et ces chaînes reposent sur un ordre international… qui se fissure.
Quand le plus fort gagne, le capital s’adapte :
- il demande plus de rendement,
- réduit la durée d’engagement,
- renchérit le coût du risque,
- et privilégie les juridictions “protégées”.
Et au final, c’est la transition (qui exige stabilité et horizon long) qui paie la facture.
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