
La transition climatique mondiale et l’objectif de neutralité carbone traversent une période d’incertitude politique et géopolitique. Pourtant, selon la dernière édition du Climate Transition Forecast 2026 publiée par Inevitable Policy Response (IPR). L’objectif d’atteindre la neutralité carbone au cours du siècle demeure le scénario le plus probable. Fondée sur l’analyse des anticipations de 375 experts internationaux. Cette étude annuelle met en lumière une dynamique de décarbonation plus robuste que ne le laissent penser certains signaux politiques à court terme. Derrière les hésitations réglementaires, les forces économiques, technologiques et climatiques. Continuent de pousser le monde vers un réchauffement contenu autour de 2°C.
Une méthodologie unique basée sur le sentiment des experts
Contrairement aux scénarios énergétiques traditionnels élaborés par des institutions comme l’International Energy Agency ou aux analyses d’écart d’ambition publiées par le Programme des Nations Unies pour l’environnement. L’IPR adopte une approche différente. Son modèle ne repose pas sur des trajectoires normatives ou des hypothèses technico-économiques descendantes. Il synthétise les convictions d’un panel mondial d’experts de la transition climatique.
L’enquête 2026, menée en partenariat avec Deloitte et le Principles for Responsible Investment. Couvre 19 grandes économies représentant environ les trois quarts de l’activité économique mondiale. Elle analyse six secteurs clés : production d’électricité, transport, bâtiments, industrie, usage des terres et nature. Ainsi que les trajectoires nationales vers le net zéro.
Cette approche fondée sur les anticipations permet de dégager non pas ce qui devrait arriver. Mais ce que les spécialistes jugent le plus probable compte tenu des dynamiques politiques, économiques et technologiques en cours.
Une stabilisation des anticipations après les turbulences politiques
L’édition précédente du rapport, publiée en 2025, traduisait un regain de pessimisme. Les grandes élections de 2024 et certains revirements politiques. Notamment aux États-Unis, avaient alimenté des doutes sur la solidité des engagements climatiques.
En 2026, le ton change. Les attentes se stabilisent. Les réponses plus optimistes (23 %) et plus pessimistes (24 %) s’équilibrent presque parfaitement. Autrement dit, malgré des reculs réglementaires dans certains marchés, la vision d’ensemble ne se dégrade plus.
Les experts estiment que les cycles politiques à court terme n’inversent pas la tendance structurelle. Les investissements, la compétitivité croissante des technologies propres et l’intensification des impacts climatiques créent une pression durable en faveur de la décarbonation.
Une décarbonation accélérée dans les grandes économies
Les perspectives sectorielles sont particulièrement marquantes. Dans la majorité des pays du G20, les experts anticipent qu’à l’horizon 2050, plus de 90 % des technologies utilisées dans l’énergie, le transport et l’industrie seront bas carbone.
Énergie et transport en tête
Le secteur électrique reste le moteur principal. La baisse des coûts des renouvelables et du stockage renforce leur compétitivité. Le transport suit, porté par l’électrification et l’évolution des infrastructures. L’industrie, longtemps considérée comme plus difficile à transformer, montre des signaux d’accélération, notamment grâce à l’innovation et aux investissements stratégiques.
Les marchés émergents plus dynamiques que prévu
L’un des résultats les plus notables concerne les économies émergentes. Des pays comme l’Indonésie, l’Inde, le Nigeria, l’Arabie saoudite, le Mexique et le Brésil pourraient atteindre la neutralité carbone cinq ans plus tôt que ce qui était envisagé dans l’édition 2025 du rapport.
Cette évolution est majeure. Ces économies représentent une part croissante des émissions mondiales. Leur accélération modifie profondément la trajectoire globale.
Par ailleurs, la Chine aligne désormais ses perspectives de neutralité carbone sur celles des États-Unis. Ce rattrapage symbolise l’émergence d’une dynamique multipolaire de la transition, où aucun récit unique ne domine. Les progrès sont régionaux, différenciés, mais réels.
Forêts et biodiversité : le talon d’Achille de la transition
Si l’énergie et l’industrie avancent, la nature reste en retard. Les objectifs de réduction de la déforestation à l’horizon 2030 apparaissent largement hors d’atteinte.
Toutefois, les experts jugent désormais probable la fin de la déforestation nette d’ici la fin des années 2030 au Brésil et en Indonésie. C’est un signal encourageant, mais tardif.
À l’échelle internationale, les politiques de protection des écosystèmes stagnent. Le décalage entre engagements officiels et mise en œuvre concrète s’accentue. La biodiversité devient ainsi un indicateur critique des limites actuelles de l’action climatique.
Cette faiblesse augmente la pression sur les décideurs publics et sur les investisseurs, sommés de traduire les promesses en mesures effectives.
Un outil stratégique pour les investisseurs
Le Climate Transition Forecast ne s’adresse pas uniquement aux analystes climatiques. Il constitue un instrument d’aide à la décision pour les investisseurs institutionnels.
Dans un contexte de transformation systémique, les signaux prospectifs de qualité sont essentiels. Le rapport offre une lecture indépendante de la convergence entre politiques publiques, maturité technologique et forces de marché. Il aide à anticiper les risques liés à la transition, mais aussi les opportunités de création de valeur.
Pour les acteurs financiers, intégrer ces anticipations dans la gestion des portefeuilles et l’allocation du capital devient une condition de résilience à long terme.
Une transition déjà engagée, mais inégale
Le message central du rapport 2026 est clair : la transition est en marche. Elle n’est ni linéaire ni uniforme. Elle varie selon les régions et les secteurs. Mais elle progresse. La neutralité carbone au cours du siècle reste l’issue la plus crédible selon la majorité des experts interrogés. Cette perspective correspondrait à un réchauffement limité à environ 2°C.
La trajectoire n’est pas exempte de risques, notamment sur la nature et les écosystèmes. Pourtant, les dynamiques technologiques, économiques et financières semblent désormais suffisamment puissantes pour maintenir le cap, même lorsque les signaux politiques vacillent. La transition climatique ne dépend plus uniquement des déclarations gouvernementales. Elle est désormais portée par une transformation structurelle des systèmes énergétiques et productifs mondiaux.
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