
L’économie mondiale se trouve à un carrefour crucial, influencée par une combinaison complexe de facteurs géopolitiques, économiques et sociaux. À l’approche de 2025, de nombreuses incertitudes pèsent sur les prévisions économiques des grandes puissances mondiales. Des éléments comme la croissance des pays émergents, les tensions commerciales entre les grandes puissances, les ajustements budgétaires et les réformes structurelles en Allemagne, ainsi que la politique monétaire américaine, représentent des enjeux stratégiques majeurs. Ce contexte global, marqué par des risques baissiers, offre toutefois des opportunités à travers des politiques économiques ciblées et des réformes ambitieuses. Cet article explore ces dynamiques en profondeur, en mettant en lumière les perspectives de croissance, les facteurs d’incertitude, et les ajustements nécessaires pour maintenir un équilibre économique mondial.
Ralentissement des grandes économies : vers une croissance plus modérée
La Chine, deuxième économie mondiale, continue de peser lourdement sur les dynamiques globales. Cependant, la période de forte croissance semble désormais derrière elle. En 2025, le taux de croissance devrait ralentir à +4,7 %, une baisse notable par rapport aux 5,0 % de 2024. Ce ralentissement est attribué à plusieurs facteurs, dont les tensions commerciales avec les États-Unis et la nécessité pour la Chine de rééquilibrer son modèle de croissance, historiquement axé sur les exportations et l’investissement, vers un modèle plus centré sur la demande intérieure.
Les effets de la guerre commerciale, avec notamment des droits de douane américains supplémentaires et des contre-mesures chinoises, risquent de perturber davantage l’activité. Toutefois, un soutien budgétaire et monétaire plus important, en particulier dans les secteurs de la consommation privée, devrait offrir un tampon, bien que ces mesures ne soient probablement pas suffisantes pour inverser la trajectoire de ralentissement. À moyen terme, le succès de la Chine dans la réorientation de son économie vers la consommation dépendra de la capacité des autorités à stimuler la demande interne tout en maintenant la stabilité macroéconomique.
Une Inde en phase de ralentissement contrôlé
L’Inde, autre grand moteur de la croissance asiatique, traverse une phase de ralentissement après une performance exceptionnelle en 2023 (+7,8 %). En 2024/2025, la croissance devrait se modérer à +6,2 %, un signe des défis auxquels l’économie indienne est confrontée. Les incertitudes politiques liées aux élections et un ralentissement des investissements publics, particulièrement dans le secteur des infrastructures, pèsent sur la dynamique de croissance. Cependant, le début d’une politique monétaire plus souple à partir de 2025 pourrait soutenir la demande intérieure, compensant en partie les effets négatifs des tensions géopolitiques et de la politique monétaire restrictive de la Fed.
Malgré une légère reprise attendue en 2025/2026 (+6,5 %), l’Inde devra naviguer entre les tensions internes, notamment liées à la liquidité bancaire et à la gestion de la roupie, et les contraintes externes imposées par des partenaires commerciaux moins réceptifs à l’exportation indienne.
Les économies émergentes : des ajustements nécessaires face à des risques accrus
Le Brésil, qui a connu une dynamique de croissance supérieure à 3 % en 2024, devrait voir son activité se normaliser en 2025, avec une prévision de croissance à +2,4 %. Bien que la récolte céréalière exceptionnelle et l’exportation de produits agricoles devraient soutenir l’économie, les moteurs traditionnels de la croissance brésilienne – à savoir la consommation des ménages et les investissements – se heurteront à une politique monétaire plus stricte mise en place par la Banque centrale. Ce resserrement monétaire, couplé à un contexte budgétaire plus contraint, freinera la demande interne et ralentira la croissance au-delà de 2025.
Le pays pourrait se retrouver dans une situation où l’incertitude électorale et la nécessité de maintenir un contrôle sur l’inflation et la dette publique freineront les investissements nécessaires pour maintenir un rythme de croissance soutenu. En 2026, la croissance devrait encore ralentir à +2,2 %, dans un contexte économique plus tendu.
La Turquie : un rééquilibrage économique sous pression
La Turquie, confrontée à des défis économiques internes après des années d’inflation galopante et des ajustements monétaires difficiles, voit son économie se rééquilibrer sous l’effet d’un ensemble de politiques restrictives. En 2025, la croissance turque devrait rester modeste, à +2,6 %, malgré un assouplissement monétaire récemment entamé par la Banque centrale turque pour faire face à l’inflation. Cependant, des taux d’intérêt réels positifs sont maintenus pour éviter une dévaluation excessive de la monnaie et soutenir l’épargne nationale.
Les dépenses publiques en Turquie, en particulier dans le domaine de la reconstruction post-séisme, continuent de peser sur le budget, limitant la capacité du gouvernement à investir davantage dans d’autres secteurs. À partir de 2026, une légère reprise de la consommation privée et des investissements, combinée à une baisse de l’inflation, devrait permettre une croissance modérée de +3,4 %, mais la situation reste fragile.
Les tensions commerciales mondiales : un contexte incertain
Les tensions commerciales entre les grandes puissances économiques, notamment entre les États-Unis et la Chine, continuent de façonner les échanges mondiaux. Une hausse supplémentaire des droits de douane, particulièrement en provenance des États-Unis, a des implications directes sur la dynamique commerciale et sur les prévisions économiques mondiales. Cette situation entraîne une hausse des coûts de production, un ralentissement du commerce international et une augmentation de l’inflation dans de nombreuses économies.
Les premières anticipations suggèrent que les hausses des droits de douane aux États-Unis pourraient entraîner une réduction de la croissance économique mondiale de 0,1 % en 2025 et 0,2 % en 2026, avec un impact encore plus marqué sur la croissance du commerce mondial. Les économies européennes, particulièrement l’Allemagne et l’Italie, en raison de leur exposition commerciale plus importante aux États-Unis, seraient particulièrement vulnérables, alors que les pays comme le Royaume-Uni et l’Espagne, moins dépendants de ces échanges, seraient relativement moins affectés.
Une Europe plus vulnérable aux tensions commerciales et à l’inflation
L’Union européenne, bien que globalement moins affectée par les tensions commerciales que les États-Unis ou la Chine, se trouve néanmoins confrontée à un contexte économique difficile. En 2025, les effets de la guerre commerciale sur l’inflation, combinés à un ralentissement général des échanges mondiaux, risquent de freiner la reprise économique. En particulier, la persistance de l’inflation aux États-Unis entraînera des divergences de politique monétaire entre la Fed et la Banque centrale européenne (BCE), ce qui compliquera la gestion de la politique économique en Europe.
L’impact des hausses de droits de douane se fera également sentir dans la zone euro à travers une augmentation des prix à la consommation, ce qui pourrait freiner la consommation privée et, par conséquent, la demande intérieure. La BCE devra gérer prudemment ses politiques monétaires pour éviter de durcir davantage les conditions financières et d’aggraver la situation économique.
Les réformes économiques en Allemagne : un levier potentiel pour l’Europe
L’Allemagne, moteur de la croissance économique européenne, se prépare à un changement significatif de sa politique budgétaire avec la réforme du dispositif constitutionnel de frein à la dette. Les discussions actuelles entre la CDU/CSU et le SPD visent à exclure certaines dépenses, notamment celles liées à la défense, du calcul du déficit autorisé par la Constitution. Cette réforme permettrait de libérer des fonds pour financer des investissements stratégiques, en particulier dans les infrastructures, avec un fonds spécial de 500 milliards d’euros prévu sur une période de 10 ans.
Cette évolution pourrait stimuler la demande intérieure en Allemagne et favoriser la croissance économique, avec des répercussions positives sur l’ensemble de la zone euro. Si cette réforme se concrétise, elle pourrait ajouter jusqu’à 1 % au PIB allemand en 2025, avec des effets positifs également sur les économies voisines. Les hausses des dépenses publiques en défense et en infrastructure dans toute l’Europe pourraient constituer un catalyseur pour une reprise économique régionale, renforçant ainsi la coopération et la solidarité économiques au sein de l’UE.
Les risques économiques mondiaux : vers une gestion prudente et proactive
L’un des plus grands défis pour les prévisions économiques mondiales réside dans les risques politiques et commerciaux qui menacent la stabilité. En particulier, l’instabilité politique aux États-Unis, notamment la politique commerciale de l’administration Trump, pourrait exacerber les tensions géopolitiques et créer un environnement économique incertain. Les hausses de droits de douane supplémentaires et les politiques protectionnistes risquent de perturber davantage les chaînes d’approvisionnement mondiales, affectant la croissance dans de nombreuses régions.
De plus, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les conséquences du changement climatique et les éventuelles crises financières augmentent l’incertitude, ce qui rend difficile toute prévision économique à moyen terme. Les gouvernements et les institutions internationales devront travailler en étroite collaboration pour anticiper et gérer ces risques.
Alors que l’économie mondiale entre dans une phase de ralentissement, les prévisions pour 2025 sont marquées par des incertitudes majeures et des risques accrus. Toutefois, des réformes économiques judicieuses, comme celles en Allemagne, ainsi qu’une gestion proactive des tensions commerciales et des défis internes, pourraient ouvrir la voie à des opportunités économiques. Dans ce contexte mondial complexe, les gouvernements devront équilibrer prudence et audace pour naviguer vers un avenir économique plus stable et durable.
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