Préfon place les obligations durables au cœur du débat : quelle trajectoire pour la finance verte et sociale ?

Le 16 juin 2026, Préfon organisait à Paris un déjeuner-débat consacré à un sujet devenu incontournable pour les investisseurs institutionnels : « La finance durable : obligations vertes, obligations sociales : quel avenir ? ». Autour de la table, gestionnaires d’actifs, investisseurs institutionnels, spécialistes ESG et professionnels de la finance sont venus échanger sur l’évolution d’un marché qui représente désormais plusieurs centaines de milliards d’euros d’émissions chaque année.

Pour nourrir les échanges, Préfon avait réuni deux intervenants particulièrement qualifiés :

  • Sanda Molotcov, CFA, Responsable de l’équipe Recherche Crédit et Durabilité chez Ostrum Asset Management ;
  • Arnaud Dumas, Rédacteur en chef Finance Durable chez Novethic, qui assurait l’animation du débat.

Au-delà des aspects techniques liés aux obligations vertes ou sociales, les discussions ont surtout permis de prendre du recul sur le rôle croissant de la finance dans les grandes transitions environnementales, énergétiques et sociales.

Une finance durable entrée dans une nouvelle phase de maturité

En introduction, les représentants de Préfon ont rappelé combien la finance durable avait profondément évolué ces vingt-cinq dernières années.

Les premiers dispositifs d’investissement socialement responsable reposaient essentiellement sur des engagements de moyens. Les investisseurs se dotaient de chartes, d’exclusions sectorielles ou de politiques ESG visant à intégrer progressivement de nouveaux critères dans leurs décisions d’investissement.

Aujourd’hui, la logique a changé.

La question n’est plus simplement de démontrer que l’on prend en compte les critères ESG, mais bien de savoir si les capitaux investis contribuent réellement à répondre aux défis auxquels nos sociétés sont confrontées.

Le changement climatique, les inégalités sociales, la gouvernance des entreprises, la préservation des ressources naturelles ou encore la biodiversité sont désormais devenus des sujets qui dépassent largement le cadre de la conformité réglementaire.

Pour les investisseurs de long terme, ils touchent directement à la pérennité des modèles économiques eux-mêmes.

La biodiversité, sujet encore sous-estimé de la finance durable

L’un des moments les plus intéressants de cette introduction fut sans doute la place accordée à la biodiversité.

Alors que le climat monopolise souvent l’attention médiatique, les intervenants ont souligné que la biodiversité constitue probablement l’un des sujets les plus complexes à appréhender pour le monde financier.

La réflexion proposée allait bien au-delà de la simple protection des espèces.

La biodiversité a été présentée comme un ensemble de relations entre les êtres vivants, les territoires, les infrastructures, les activités économiques et les sociétés humaines.

L’idée développée était simple mais puissante : lorsqu’une activité économique modifie un territoire, elle modifie également le vivant qui y évolue.

Dès lors, la préservation de la biodiversité devient une question centrale pour tous les acteurs financiers engagés sur le long terme.

Cette réflexion a conduit à une autre notion importante qui reviendra plusieurs fois durant les échanges : celle de la soutenabilité.

Selon les intervenants, le terme anglais sustainability traduit davantage la réalité recherchée que l’expression française « développement durable ».

La question n’est pas uniquement celle de la durabilité d’un projet mais de la capacité d’un modèle économique à rester viable sur plusieurs décennies.

Pour des acteurs comme Préfon, dont les engagements s’étendent parfois sur plusieurs dizaines d’années, cette réflexion n’a rien de théorique.

Comme cela a été rappelé durant les échanges :

« Si le monde n’est pas stable, n’est pas soutenable, nous ne réaliserons jamais les rendements financiers promis à nos affiliés. »

Obligations vertes, sociales et durables : de quoi parle-t-on réellement ?

Après cette mise en perspective, Arnaud Dumas a invité Sanda Molotcov à revenir sur les fondamentaux du marché.

Son premier message fut volontairement simple :

Une obligation durable reste avant tout une obligation.

Il s’agit toujours d’un titre de dette émis par un État, une entreprise ou une institution financière. La différence réside dans l’utilisation des fonds levés.

L’émetteur s’engage à affecter le produit de l’émission à des projets présentant une utilité environnementale, sociale ou les deux simultanément.

Sanda Molotcov a également insisté sur un point qui caractérise désormais l’approche d’Ostrum Asset Management.

Historiquement, les équipes analysaient séparément le risque de crédit et les enjeux ESG.

Cette séparation a progressivement disparu.

Comme elle l’a expliqué :

« On ne peut pas regarder la partie financière et la partie extra-financière séparément. C’est un tout. »

Cette vision illustre l’évolution de toute une industrie : la qualité financière d’un émetteur et sa capacité à gérer ses enjeux ESG sont désormais perçues comme deux dimensions d’une même réalité.

388 milliards d’euros sous gestion et 47 milliards investis en obligations durables

Sanda Molotcov a ensuite présenté quelques chiffres illustrant le poids pris par ces stratégies au sein d’Ostrum Asset Management.

La société gère aujourd’hui près de 388 milliards d’euros d’encours, avec une intégration ESG présente à tous les niveaux de l’organisation.

Parmi ces actifs, environ 47 milliards d’euros sont investis dans des obligations durables, ce qui témoigne du changement d’échelle opéré ces dernières années.

Les obligations vertes financent la transformation de l’économie réelle

Pour illustrer concrètement les obligations vertes, plusieurs exemples ont été évoqués.

On retrouve naturellement :

  • les infrastructures ferroviaires ;
  • les transports collectifs ;
  • les réseaux électriques ;
  • les énergies renouvelables ;
  • les programmes de rénovation énergétique des bâtiments.

Parmi les émetteurs cités figurent notamment :

  • la SNCF ;
  • la RATP ;
  • Iberdrola ;
  • les grands producteurs et distributeurs d’électricité européens.

Pour Sanda Molotcov, ces investissements constituent l’un des principaux leviers permettant d’accompagner la transformation énergétique de l’économie européenne.

Les fonds levés servent concrètement à financer des parcs éoliens, des installations solaires, des infrastructures hydroélectriques ou encore des projets de rénovation thermique.

Le marché social, un univers encore plus riche et plus diversifié

Mais c’est probablement lorsqu’elle a abordé les obligations sociales que l’intervenante a livré l’une des réflexions les plus marquantes de la journée.

Selon elle :

« L’histoire est beaucoup plus hétérogène. Je dirais même plus intéressante que les obligations vertes. »

Contrairement aux obligations vertes, souvent concentrées sur quelques secteurs bien identifiés, les obligations sociales couvrent une grande variété de projets :

  • financement des hôpitaux ;
  • soutien aux PME ;
  • infrastructures publiques ;
  • logement ;
  • reconstruction après catastrophes naturelles ;
  • développement régional ;
  • accès aux services essentiels.

L’exemple d’Intesa en Italie a notamment été cité pour illustrer le financement de la reconstruction de territoires touchés par des séismes.

Les obligations sociales apparaissent ainsi comme un outil particulièrement souple permettant d’accompagner des besoins économiques et sociétaux très variés.

Un marché mondial de 1 800 milliards devenu mature

La seconde partie du débat s’est concentrée sur la taille et l’évolution du marché.

Les chiffres présentés montrent à quel point ce segment s’est imposé dans le paysage financier mondial.

Aujourd’hui :

  • le marché mondial représente environ 1 800 milliards de dollars d’émissions ;
  • l’Europe génère près de 400 milliards d’euros d’émissions annuelles ;
  • environ 22 % à 25 % des nouvelles émissions obligataires européennes relèvent désormais de la finance durable.

Après une croissance extrêmement rapide jusqu’en 2021, le marché semble être entré dans une phase de stabilisation.

Pour Sanda Molotcov, il ne s’agit pas d’un ralentissement inquiétant mais plutôt du signe qu’un marché jeune est désormais arrivé à maturité.

Europe et États-Unis : deux visions de la finance durable

Les échanges ont également mis en lumière les différences entre les approches européennes et américaines.

En Europe, près de 73 % des émissions durables sont des obligations vertes.

Cette domination reflète l’importance accordée à la transition énergétique et à la décarbonation de l’économie.

Aux États-Unis, la situation est presque inversée.

Les obligations sociales occupent une place beaucoup plus importante, notamment en raison du poids du financement immobilier et de certains dispositifs publics liés au logement.

Cette comparaison illustre parfaitement la manière dont les priorités économiques, sociales et politiques influencent le développement des marchés de la finance durable.

Une conviction partagée : la finance durable n’est plus un marché de niche

À l’issue de ce déjeuner-débat organisé par Préfon, un constat s’imposait.

La question n’est plus de savoir si les obligations vertes et sociales ont un avenir.

Elles constituent déjà une composante structurelle des marchés financiers.

Les montants investis, la sophistication croissante des méthodologies d’analyse, l’intégration des critères ESG dans les processus de crédit et l’implication grandissante des investisseurs institutionnels démontrent que la finance durable est entrée dans une phase de normalisation.

Pour Préfon, qui gère une épargne destinée à financer les retraites sur plusieurs décennies, cette évolution apparaît parfaitement cohérente.

La recherche de performance financière et la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux ne sont plus perçues comme contradictoires.

Elles constituent désormais les deux faces d’une même ambition : construire des portefeuilles capables de créer de la valeur dans un monde dont la stabilité économique, sociale et environnementale devient elle-même un facteur de performance à long terme.

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