14e étude annuelle de Tennaxia : les clients ont pris le relais de la réglementation

14e étude annuelle de Tennaxia

La 14e étude annuelle de Tennaxia, publiée le 30 septembre 2026, dessine un paysage à plusieurs vitesses. L’Omnibus a bien ralenti une partie des démarches RSE. Mais les clients (63 %) et les investisseurs (48 %) sont désormais des moteurs plus puissants que l’obligation réglementaire (52 %), et la décarbonation progresse.

Un cadre réglementaire devenu illisible

La réforme Omnibus a réduit le nombre d’entreprises soumises à un reporting ESG obligatoire, modifiant en profondeur l’architecture réglementaire européenne. L’étape suivante de simplification, restée longtemps en suspens, a prolongé l’incertitude sur les travaux à conduire et les moyens à y consacrer.

Cette situation produit un effet mesurable sur le niveau d’information des entreprises. La proportion de répondants se jugeant mal informés sur la CSRD a triplé entre 2025 et 2026, passant de 5 % à 15 %.

Le contexte de l’enquête explique largement ce décrochage : au moment où elles répondaient, les entreprises ne disposaient ni des nouveaux ESRS, ni d’une visibilité complète sur leur calendrier d’application. La transposition devant fixer le périmètre définitif des organisations concernées restait elle aussi attendue.

Des préoccupations qui ont changé de nature

Le déplacement des questions posées par les entreprises est révélateur. L’an dernier, les sujets prioritaires étaient d’ordre opérationnel : collecte des données, modalités d’audit, mise en œuvre du plan de transition.

Cette année, les interrogations portent sur le contenu des ESRS à appliquer, le balisage ESEF et le budget à mobiliser. Autrement dit, sur le périmètre même de l’exercice plutôt que sur son exécution.

Ce qui pousse réellement les entreprises à produire un rapport

C’est le résultat le plus frappant de l’étude. Interrogées sur leurs motivations, les entreprises placent les demandes de leurs clients en tête, à 63 %. Les investisseurs suivent de près : près d’une entreprise sur deux (48 %) produit un rapport ESG pour répondre à leurs sollicitations.

L’obligation réglementaire, elle, n’est citée que par 52 % des répondants. La pression économique est donc passée devant la contrainte juridique.

À ces sollicitations externes s’ajoutent des motivations internes de nature opérationnelle. Le reporting sert d’outil de pilotage de la démarche, de support pour rendre compte des avancées aux parties prenantes, et de réponse aux exigences formulées dans les appels d’offres. Certaines entreprises hors périmètre CSRD l’utilisent par ailleurs pour anticiper une obligation future.

Cette pluralité de motivations traduit un basculement : le reporting extra-financier déborde du champ de la conformité pour devenir un instrument de dialogue, de pilotage et de transparence.

L’effet Omnibus : un quart de ralentissements, un quart d’arrêts

L’impact de la réforme est contrasté. Près de deux tiers des entreprises n’ont pas interrompu leurs travaux. Dans le même temps, environ un quart des répondants a ralenti ses démarches, et un autre quart les a suspendues en attendant la publication des nouveaux ESRS.

26 % des répondants estiment que l’Omnibus a provoqué un recul des démarches RSE dans leur organisation. Les conséquences citées dessinent un inventaire précis :

  • une relégation de la RSE au rang de sujet essentiellement réglementaire
  • une réduction des budgets, mentionnée par 11 % des répondants
  • une réduction des moyens humains, citée par 8 %
  • la dépriorisation ou le report de certains projets
  • un allègement des demandes émanant des clients
  • une diminution du nombre de thèmes matériels et d’indicateurs suivis

Les équipes RSE elles-mêmes ont été touchées : près de 40 % déclarent avoir subi des conséquences directes, pouvant aller jusqu’à une modification de leur rattachement hiérarchique.

Un contrepoint important nuance toutefois ce tableau. L’engagement des directions générales résiste : 4 entreprises sur 5 indiquent que l’implication de leur direction générale n’a pas évolué.

Directions financières et DSI consolident leur position

Le mouvement était déjà perceptible les années précédentes sous l’effet de la CSRD. Il se confirme.

L’appropriation du sujet a pu soulever des interrogations au sein de ces directions, mais sa présence dans leur périmètre est désormais acquise. Déploiement des outils, structuration des processus, fiabilisation des informations destinées aux parties prenantes financières : ces chantiers restent d’actualité pour une majorité d’entreprises.

L’implication des directions financières progresse dans un tiers des entreprises interrogées.

Décarbonation : la trajectoire se maintient

Le volet climatique résiste particulièrement bien au flou réglementaire.

Parmi les entreprises qui mesurent leur empreinte carbone, 95 % mesurent désormais leur Scope 3, en totalité ou partiellement. La part d’entreprises disposant d’une trajectoire de réduction a gagné 10 points en deux ans pour s’établir à 68 %. Parmi celles-ci, 54 % ont une trajectoire compatible avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C.

Une motivation de plus en plus économique

Cette dynamique ne relève pas uniquement de considérations environnementales. La moitié des entreprises qui mesurent leur empreinte carbone invoquent des raisons économiques.

Deux facteurs reviennent en particulier : la volatilité des prix de l’énergie et la nécessité de renforcer la résilience des chaînes de valeur. La réduction des émissions se mue progressivement en enjeu de performance, de maîtrise des coûts et de robustesse, au-delà de la seule réponse aux exigences réglementaires ou climatiques.

Une RSE qui se déplace plutôt qu’elle ne recule

L’étude décrit une situation à plusieurs vitesses. L’évolution du cadre réglementaire a indéniablement conduit une partie des entreprises à réviser le rythme, les moyens ou l’ambition de leur démarche. Mais le désengagement généralisé n’a pas eu lieu.

Les sollicitations des clients et des investisseurs, les besoins de pilotage interne, la structuration des données et les enjeux de décarbonation continuent d’alimenter ces démarches. La RSE glisse ainsi d’une logique principalement réglementaire vers une logique davantage intégrée aux enjeux économiques et opérationnels — ce qui constituait, au fond, l’objectif initial de la CSRD.

Solène Garcin-Charcosset, Directrice Conseil ESG – Carbone chez Tennaxia, tire de ces résultats une conclusion nette : le reporting RSE ne peut plus être tenu pour un simple exercice de conformité. L’évolution de la CSRD et l’Omnibus ont créé de l’incertitude et conduit certaines entreprises à ralentir, mais les attentes des clients et des investisseurs demeurent fortes. Les entreprises poursuivent donc la structuration de leurs données ESG parce qu’elles en ont besoin pour répondre à leurs parties prenantes, piloter leur propre transformation et éclairer leurs décisions.

Méthodologie

L’enquête a été menée de mai à juillet 2026 auprès d’un panel de plus de 200 entreprises, représentatif de différents secteurs et tailles d’organisation. Dans ce panel, 25 % des entreprises sont cotées, 78 % ont leur siège social en France et 77 % disposent d’une présence internationale.

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