UE-Mercosur : signature imminente

UE-Mercosur

Où nous en sommes aujourd’hui

Le véritable paradoxe de ce débat réside dans le fait que ceux qui dénoncent l’agriculture industrielle et réclament des fraises en Décembre soutiennent simultanément des accords comme le Mercosur, sans reconnaître que l’agriculteur français est avant tout un artisan du vivant, et non un industriel de l’agriculture. » Bruno Boggiani, Green Finance

  • Après plus de 25 ans de négociations, l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay, avec la Bolivie associée) ont finalisé un accord de libre-échange historique qui doit être signé le 17 janvier 2026 à Asunción (Paraguay) par Ursula von der Leyen (Commission européenne) et António Costa (Président du Conseil européen).
  • Ce traité découle de l’accord d’association UE-Mercosur conclu sur le plan politique fin 2024 et confirmé par une majorité qualifiée au Conseil de l’UE le 9 janvier 2026.

Cette signature ne marque pas la mise en vigueur immédiate : elle constitue un acte formel engageant les parties mais soumis à ratification (notamment du Parlement européen et des parlements nationaux).

Contenu et portée de l’accord

Libre-échange élargi

L’accord prévoit :

  • Suppression progressive de la majorité des droits de douane entre l’UE et le Mercosur (jusqu’à environ 90 % des lignes tarifaires) ;
  • une ouverture accrue des marchés pour biens industriels, agricoles et produits manufacturés ;
  • des mécanismes de dialogue politique, de coopération et de normes communes sur certains sujets.

Ce champ d’application est très vaste : ensemble, les territoires UE + Mercosur représentent plusieurs centaines de millions de consommateurs et forment l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde en termes de PIB et de population.

Points de tension et opposition

Résistance politique

  • En France, plusieurs élus et partis (La France insoumise, RN) ont tenté de déposer des motions de censure liées à l’accord, objet de vives critiques, mais elles ont été rejetées à l’Assemblée nationale.
  • La France, la Pologne, l’Irlande, l’Autriche et la Hongrie se sont opposés à l’accord au point de voter contre lors de son approbation au Conseil.

Manifestations et préoccupations sociétales

Protestations agricoles

L’accord est fortement contesté par des organisations agricoles dans plusieurs États européens :

  • Des tracteurs ont circulé dans Paris et ailleurs pour protester contre l’accord, les agriculteurs craignant une concurrence accrue et des normes environnementales jugées inégales.
  • Des blocages ont aussi eu lieu aux ports et sur des axes logistiques (France, Belgique, etc.), mettant en évidence l’ampleur du mécontentement dans certains secteurs.

Suite du processus : ratification et défis

Ratification parlementaire

La signature n’est pas suffisante pour mettre l’accord en application :

  • Le Parlement européen doit encore donner son consentement avant que l’accord n’entre en vigueur.
  • Des parlementaires envisagent même des recours juridiques (examen par la Cour de justice de l’UE) pour contester la légalité du texte.

Points géopolitiques plus larges

L’accord Mercosur s’inscrit dans un contexte international où :

  • l’UE cherche à diversifier ses partenaires commerciaux
  • et où des tensions croissantes existent avec des puissances comme les États-Unis et la Chine sur des questions de commerce et de réciprocité.

En bref — Où en sommes-nous au 16 janvier 2026

Signature prévue le 17 janvier 2026 à Asunción.
Accord désormais adopté par une majorité qualifiée des États membres de l’UE et en voie de conclusion.
Opposition notable des agriculteurs européens et de certains gouvernements nationaux.
Acte signé mais toujours sous réserve de ratification par le Parlement européen et les parlements nationaux.
Des défis politiques et juridiques subsistent avant une application définitive.

L’accord UE-Mercosur franchit en janvier 2026 l’une de ses dernières étapes politiques, avec la signature imminente après plus de deux décennies de négociations.
Dans un contexte de montée des enjeux commerciaux, géopolitiques et sociétaux, c’est un tournant majeur pour le commerce transatlantique. Mais le chemin vers l’entrée en vigueur reste conditionné à des processus de ratification et à des arbitrages politiques internes importants.

L’accord peut-il encore être arrêté ?

 Oui. L’accord UE-Mercosur n’est pas encore irréversible.
Même si une majorité qualifiée des États membres de l’UE a donné son feu vert à la signature début janvier 2026, l’accord n’est pas encore applicable et peut être bloqué sur la suite du processus :

Ratification au Parlement européen

  • Après la signature, l’accord dépendra obligatoirement du vote des députés européens. Sans approbation du Parlement, l’accord ne peut pas entrer en vigueur.
  • Certains parlementaires européens prévoient même des votes ou des recours qui pourraient retarder ou rejeter l’accord lors de ce vote de ratification.

 Possibilité de blocage juridique ou parlementaire

  • Le Parlement européen pourrait demander plus d’examen sur certains aspects légaux, notamment des clauses de rééquilibrage, et envisager un recours à la Cour de justice de l’UE, ce qui pourrait retarder l’application provisoire ou définitive de l’accord.

La signature prévue (par exemple prévue autour du 17 janvier 2026) est une étape importante, mais pas une entrée en vigueur automatique. L’accord peut encore être bloqué si :

  • le Parlement européen refuse de le ratifier, ou
  • des défis juridiques ralentissent ou interrompent le processus.

Pourquoi il n’est pas encore définitif

Processus en plusieurs étapes

L’accord UE-Mercosur suit une procédure longue :

  1. Négociations politiques et techniques (terminées),
  2. Approbation politique des États membres (restaurant validé au Conseil),
  3. Signature officielle,
  4. Ratification parlementaire – étape décisive avant mise en vigueur.

La signature n’est donc pas la fin : c’est une formalité qui ouvre le calendrier de ratification, mais le Parlement européen et les parlements nationaux peuvent encore bloquer l’accord.

Réactions politiques récentes

Emmanuel Macron

Le président français a joué un rôle très visible dans le débat :

  • La France s’est opposée à l’accord au Conseil de l’UE, refusant de le soutenir formellement avec plusieurs autres États membres (Pologne, Hongrie, Irlande, Autriche, etc.).
  • Sur le plan intérieur, Macron a dû faire face à une forte mobilisation agricole (tracteurs à Paris, protestations variées) et à des tensions politiques autour de l’accord.
  • Officiellement, il a qualifié le projet d’accord de « deal d’une autre époque » ; selon certaines sources, il a essayé d’empêcher le pacte, sans toutefois parvenir à former une minorité de blocage qualifiée.
    Officieusement…moins sur
  • Il est également accusé par certains observateurs politiques et critiques, notamment à droite et à gauche, de ne pas avoir réussi à stopper l’accord malgré son opposition et les pressions agricoles.

Macron s’est opposé politiquement à l’accord, mais face à la dynamique européenne et au changement de position d’États comme l’Italie, il n’a pas réussi à bloquer  sa progression ( ou voulu… ) jusqu’à la signature.

Ursula von der Leyen

La présidente de la Commission européenne a été la figure principale de la défense du Mercosur côté UE :

  • Elle a porté et défendu l’accord au nom de l’Union, mettant en avant ses bénéfices géopolitiques et commerciaux face à une montée du protectionnisme mondial.
  • Von der Leyen a proposé des mesures d’accompagnement et des garanties (notamment un “paquet” pour répondre aux préoccupations agricoles) qui ont permis à des États comme l’Italie de changer de position et d’abandonner l’idée d’un blocage.
  • Elle a affirmé que l’accord est une démonstration de la crédibilité de la politique commerciale de l’UE, et a poussé pour qu’il soit finalisé rapidement.

Cependant, il est important de noter que, juridiquement, la Commission ne peut pas imposer seule la signature ou la ratification : ce sont les États membres et leurs parlements qui ont la compétence finale dans ce domaine.

Pourquoi l’accord suscite encore le débat

Opposition agricole

  • Les agriculteurs européens, notamment en France, sont parmi les opposants les plus visibles, craignant une concurrence accrue avec des produits agricoles sud-américains jugés moins stricts sur les normes.

Parlement européen

  • Une partie des eurodéputés, notamment les Verts et les groupes de gauche, sont opposés à l’accord pour des raisons environnementales ou de normes sanitaires, et peuvent bloquer la ratification

Impact du Mercosur pour l’agriculteur français

Quand l’agriculture est un métier artisanal, pas une industrie lourde

L’accord UE–Mercosur est structurellement défavorable à l’agriculteur français tel qu’il existe aujourd’hui, c’est-à-dire :

  • exploitations petites à moyennes,
  • souvent familiales,
  • intégrées dans un tissu rural,
  • soumises à des normes élevées,
  • avec des marges déjà faibles.

Ce n’est pas un problème idéologique, c’est un problème d’asymétrie économique et réglementaire.

Une concurrence profondément asymétrique

L’agriculteur français = artisan de l’agriculture

  • Exploitations de quelques dizaines à quelques centaines d’hectares
  • Forte intensité en main-d’œuvre
  • Normes élevées :
    • bien-être animal
    • traçabilité
    • environnement
    • phytosanitaires
  • Charges fixes élevées
  • Faible capacité d’absorber des chocs de prix

 Il vend un produit normé, tracé, coûteux à produire.

Mercosur = agriculture industrielle à très grande échelle

  • Fermes de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’hectares
  • Économie d’échelle massive
  • Coûts de production nettement inférieurs
  • Normes environnementales et sanitaires moins contraignantes
  • Logistique ultra-optimisée
  • Production pensée pour l’export massif

Il vend un volume, pas un territoire.

Ce que change concrètement l’accord Mercosur

Pression directe sur les prix

  • Ouverture de contingents supplémentaires pour :
    • viande bovine
    • volaille
    • sucre
    • soja
  • Entrée de produits à prix inférieurs sur le marché européen

Même sans “inonder” le marché, le simple signal prix suffit à tirer les prix vers le bas.

Une concurrence jugée “déloyale” par les agriculteurs

Les agriculteurs français ne dénoncent pas la concurrence en soi, mais :

  • l’absence de réciprocité des normes
  • l’impossibilité de produire au même coût sans renoncer à leurs obligations

Ils sont coincés entre des règles européennes strictes et un marché ouvert.

Pourquoi l’agriculteur français est le plus exposé

Il n’est pas assez grand pour rivaliser

  • Trop petit pour absorber des baisses de prix durables
  • Trop structuré socialement pour “industrialiser” à l’extrême

Pas assez protégé

  • Les aides PAC compensent partiellement, mais :
    • ne couvrent pas les pertes de revenu liées à une pression structurelle sur les prix
    • ne remplacent pas une rentabilité économique saine

Pas positionné sur le modèle “export industriel”

  • Contrairement à certains acteurs européens (Pays-Bas, Allemagne, Espagne),
    l’agriculture française est historiquement territorialisée, pas hyper-industrialisée.

Le risque réel : une disparition silencieuse

Le danger n’est pas un effondrement brutal, mais :

  • une érosion progressive des revenus,
  • une accélération des cessations d’activité,
  • une concentration des exploitations,
  • la disparition de l’agriculture “artisanale”.

Ce modèle est pourtant celui que :

  • les consommateurs disent vouloir,
  • les politiques mettent en avant,
  • l’Europe prétend défendre.

Ce que disent les défenseurs de l’accord (et leurs limites)

Argument officiel

« Le Mercosur est une opportunité d’export pour l’industrie européenne. »

Réalité

Vrai pour : l’automobile ; la chimie ; les biens industriels

Faux pour : l’agriculture française de proximité ;  l’élevage extensif ; les filières de qualité

 L’agriculture devient la variable d’ajustement géopolitique.

Pourquoi la colère agricole est structurelle (pas conjoncturelle)

Les agriculteurs français ont le sentiment :

  • d’être sacrifiés au nom du commerce international,
  • de subir une transition écologique sans protection économique,
  • de voir leur métier devenir incompatible avec les règles du marché mondial.

Le Mercosur cristallise un malaise déjà existant, il ne le crée pas.

L’impact du Mercosur est structurellement négatif pour l’agriculteur français artisanal, sauf :

  • compensation massive,
  • clauses miroirs strictes,
  • protection renforcée des filières sensibles.

Ce débat n’oppose pas le progrès au conservatisme.
Il oppose deux modèles agricoles incompatibles dans un marché unique sans garde-fous suffisants.

Tant que l’agriculteur français restera :

  • un artisan du vivant,
  • soumis à des normes élevées,
  • inséré dans un territoire,

Le Mercosur représentera un risque existentiel, pas une opportunité.

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