
Nous avons enfin trouvé le coupable de la crise de l’eau (spoiler : ce sont les golfeurs… enfin, presque)
Bonne nouvelle : le débat est clos. Après des semaines d’articles alarmistes, de posts LinkedIn indignés et de titres racoleurs, nous savons enfin qui assèche la planète. Les terrains de golf. Les méchants golfeurs. Et pendant qu’on y est, l’IA, évidemment. Car oui, ces dernières semaines, une information a circulé massivement : « Les terrains de golf consomment plus d’eau que l’intelligence artificielle, et l’agriculture serait finalement bien en dessous de ces deux monstres. » C’est simple, efficace, moralement satisfaisant. Un coupable identifiable, une élite facile à pointer du doigt, une technologie anxiogène à accuser.
Bref : la fake news parfaite. Reprenons calmement. Avec des chiffres. Tous dans la même unité. (millions de m³ par an)
France
Agriculture : 3 000 – 4 000
Industrie (incl. data centers) : 150 – 300
IA / data centers (part estimée) : 200 – 500
Terrains de golf : 10 – 20
En France, le golf représente moins de 1 % de la consommation agricole.
Europe
Agriculture : 150 000 – 250 000
Industrie : 100 000 – 160 000
IA / data centers : 1 000 – 5 000
Terrains de golf : 100 – 200
Même constat : le golf est statistiquement marginal, malgré sa visibilité médiatique.
États-Unis
Agriculture : 400 000 – 600 000
Industrie : 300 000 – 450 000
IA / data centers : 10 000 – 30 000
Terrains de golf : 300 – 500
Oui, les golfs consomment plus d’eau aux USA qu’en Europe. Non, ils ne dépassent ni l’agriculture, ni l’industrie, ni l’IA à l’échelle nationale.
Monde
Agriculture : 2 800 000
Industrie : 800 000
IA / data centers (estimé) : 50 000 – 150 000
Terrains de golf : 700 – 1 000
À l’échelle mondiale :
L’agriculture est le vrai poids lourd. L’IA est un enjeu émergent, et le golf, un sujet symbolique… mais quantitativement secondaire.
Alors d’où vient cette information virale ?
Elle n’est pas totalement inventée. Elle est malhonnête par changement d’échelle. Dans certaines zones locales très spécifiques (ex. Arizona, Nevada, Californie) : beaucoup de golfs, peu de data centers, stress hydrique extrême, Oui, localement, l’eau pour les golfs peut dépasser celle utilisée par les data centers.
Mais…
ce n’est pas généralisable, ce n’est pas proportionnel ce n’est pas extrapolable au monde, à l’Europe ou à la France. C’est comme dire : « Les trottinettes consomment plus d’énergie que les trains » … dans un quartier sans gare.
Et l’IA dans tout ça ?
Oui, l’IA consomme de l’eau. Oui, les data centers doivent être optimisés. Oui, le sujet mérite un débat sérieux.
Mais non : l’IA ne dépasse pas l’agriculture, l’IA n’est pas le principal facteur de stress hydrique mondial, l’IA n’est pas responsable des 70 % d’eau douce utilisée par l’irrigation. Et franchement, heureusement : si une technologie numérique consommait plus d’eau que l’agriculture mondiale, nous aurions un problème bien plus grave que ChatGPT.
Conclusion : bienvenue à l’ère de la fake news hydrique
Nous vivons une époque où : une statistique locale devient une vérité globale, un chiffre hors contexte devient une croisade morale et où l’on préfère couper l’eau quand on se rase plutôt que de parler sérieusement d’irrigation, de rendement agricole et de recyclage industriel.
Oui, il faut optimiser l’eau. Oui, tous les secteurs doivent progresser. Mais non, le problème ne se résout pas à coups de coupables caricaturaux. Green Finance, ne cherche pas un ennemi… ( même si la liste est longue ) C’est remettre les ordres de grandeur au centre du débat. Et maintenant, s’il vous plaît : laissez-nous finir de nous raser avec le robinet ouvert
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