Biodiversité : la MAIF transforme progressivement l’assurance climatique française

l’assurance climatique française

Pendant longtemps, la biodiversité a occupé une place relativement marginale dans le monde financier. Le sujet apparaissait essentiellement dans les rapports RSE, dans quelques politiques de mécénat environnemental ou dans des engagements institutionnels souvent considérés comme périphériques face aux véritables priorités économiques des entreprises. La finance parlait surtout carbone, émissions, transition énergétique et climat. Le vivant, lui, restait souvent relégué à un rôle secondaire, presque décoratif, dans les stratégies ESG.

Mais cette hiérarchie commence progressivement à s’effondrer.

L’annonce par la MAIF du financement de seize nouveaux projets via son Fonds MAIF pour le vivant, portant désormais à quarante le nombre total de projets soutenus depuis 2023, illustre précisément ce changement profond de paradigme. Ce qui était encore perçu il y a quelques années comme une démarche environnementale relativement philanthropique devient progressivement un sujet de résilience territoriale, de prévention des risques climatiques et même de stabilité économique pour les assureurs.

Car derrière la biodiversité se cache en réalité l’une des infrastructures invisibles les plus essentielles de l’économie mondiale.

L’eau, les sols, les forêts, les zones humides, les littoraux, les écosystèmes agricoles ou encore les continuités écologiques jouent un rôle central dans la régulation climatique, la protection contre les catastrophes naturelles, la résilience alimentaire et la limitation des dégâts physiques liés au dérèglement climatique. Pendant des décennies, ces mécanismes naturels ont été considérés comme acquis, gratuits et quasiment inépuisables. Or leur dégradation progressive commence désormais à produire des conséquences économiques très concrètes.

Et les assureurs figurent probablement parmi les premiers acteurs à le constater directement.

Inondations répétées, sécheresses, incendies géants, érosion des sols, submersions marines, stress hydrique ou effondrement de certaines capacités naturelles de protection transforment progressivement la cartographie des risques assurantiels. Le changement climatique ne constitue plus uniquement une problématique environnementale abstraite ou une trajectoire de transition énergétique à horizon 2050. Il devient un sujet physique immédiat, avec des impacts directs sur les coûts de sinistralité, les indemnisations, les infrastructures et la viabilité économique de certains territoires.

Dans ce contexte, la biodiversité cesse progressivement d’être un sujet de communication verte pour devenir un levier opérationnel d’adaptation climatique.

C’est précisément la logique portée par le Fonds MAIF pour le vivant.

Créé dans le cadre du dividende écologique de la MAIF, ce fonds vise à financer des projets de restauration et de régénération des écosystèmes afin d’améliorer la résilience des territoires face aux conséquences du dérèglement climatique. Le modèle repose sur une idée relativement simple mais de plus en plus stratégique : certaines solutions naturelles peuvent parfois protéger les territoires de manière plus efficace, plus durable et moins coûteuse que certaines infrastructures artificielles traditionnelles.

Le fonds est directement alimenté par le dividende écologique mis en place par la MAIF et ses filiales. Depuis 2023, près de 4,27 millions d’euros ont déjà été attribués à travers les différents projets soutenus.  

Les financements accordés varient généralement entre 80 000 et 500 000 euros par projet, selon leur ampleur et les besoins territoriaux identifiés. 

À première vue, ces montants peuvent sembler relativement modestes à l’échelle des grands investissements climatiques mondiaux. Pourtant, le sujet ne doit pas être lu uniquement à travers la taille financière brute du fonds. Son importance réside surtout dans le signal stratégique envoyé par un grand assureur mutualiste français : la biodiversité devient progressivement un outil concret de prévention du risque climatique.

Depuis 2023, quarante projets ont ainsi été soutenus à travers le territoire français. Les seize nouveaux lauréats annoncés en 2026 viennent accélérer une dynamique déjà engagée autour de solutions fondées sur la nature. 

Le terme peut paraître technique, mais son principe est relativement simple : utiliser les capacités naturelles des écosystèmes pour protéger les populations, limiter les catastrophes climatiques et restaurer les équilibres écologiques.

Concrètement, les projets financés couvrent des domaines extrêmement variés. Certains concernent la restauration de zones humides afin d’améliorer la capacité des sols à absorber les excès d’eau lors des épisodes de fortes pluies. D’autres visent à restaurer des continuités écologiques, à reconstituer des haies bocagères, à protéger des écosystèmes côtiers ou encore à favoriser des modèles agricoles plus résilients face aux sécheresses.

L’un des projets soutenus consiste par exemple à restaurer plus de 3,4 hectares de zones humides via le bouchage de drains artificiels, tout en recréant plusieurs centaines de mètres de cours d’eau naturels et en replantant des talus végétalisés afin de ralentir le cycle de l’eau et limiter les risques d’inondation. 

Derrière ces initiatives locales se cache en réalité une évolution extrêmement importante de la logique assurantielle.

Pendant des décennies, le modèle économique classique de l’assurance reposait essentiellement sur l’indemnisation des sinistres après leur survenance. Mais avec l’accélération des catastrophes climatiques, cette logique devient progressivement insuffisante. Les coûts augmentent, les événements extrêmes se multiplient et certains territoires deviennent de plus en plus vulnérables.

Les assureurs commencent donc progressivement à comprendre qu’ils ont également intérêt économiquement à investir dans la prévention et la résilience des territoires.

Et c’est précisément là que la biodiversité devient stratégique.

Une zone humide restaurée peut limiter les inondations. Une forêt préservée peut ralentir l’érosion des sols et réduire certains risques de glissements de terrain. Des haies agricoles peuvent limiter le ruissellement et préserver l’humidité des terres. Des littoraux renaturés peuvent mieux absorber certaines submersions marines.

Autrement dit, les écosystèmes deviennent progressivement des infrastructures naturelles de protection climatique.

Cette approche marque une rupture importante avec certaines visions historiques de l’ESG. Pendant longtemps, les investissements biodiversité étaient principalement justifiés par des considérations éthiques, environnementales ou réputationnelles. Désormais, ils commencent également à être analysés sous un angle économique et prudentiel.

Le sujet devient particulièrement important pour les assureurs mutualistes.

Car leur modèle économique repose historiquement sur une logique de solidarité territoriale et de long terme. Or le dérèglement climatique fragilise précisément certains équilibres historiques de mutualisation du risque. Dans plusieurs régions, la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles augmentent fortement, rendant certaines couvertures de plus en plus coûteuses.

Dans ce contexte, financer des projets de résilience territoriale peut progressivement devenir un enjeu de stabilité économique autant qu’un engagement environnemental.

Le Fonds MAIF pour le vivant s’inscrit également dans une logique plus large portée par le programme Nature 2050 de CDC Biodiversité, partenaire scientifique et technique du dispositif.  

Ce programme vise à accompagner des projets de renaturation et d’adaptation climatique sur le très long terme, avec des suivis pouvant aller jusqu’en 2050.

Cette dimension temporelle est particulièrement importante.

Car l’un des grands défis de la biodiversité réside précisément dans le décalage entre les temporalités économiques et les temporalités écologiques. Les marchés financiers raisonnent souvent à court ou moyen terme. Les écosystèmes, eux, nécessitent parfois plusieurs décennies pour retrouver leurs capacités naturelles de résilience.

La logique portée par la MAIF traduit donc aussi une évolution culturelle de la finance durable : accepter progressivement que certains investissements environnementaux ne produisent pas uniquement des retours financiers immédiats mais participent à la robustesse future des territoires et des systèmes économiques.

Le sujet devient d’autant plus stratégique que les régulateurs européens commencent eux-mêmes à intégrer de plus en plus fortement les risques liés à la biodiversité dans leurs analyses prudentielles. La BCE, l’EIOPA ou encore plusieurs institutions internationales considèrent désormais que la dégradation du vivant peut produire des risques macroéconomiques, financiers et assurantiels significatifs.

Stress hydrique, fragilisation agricole, effondrement de certains écosystèmes, raréfaction des ressources naturelles ou dégradation des capacités de stockage du carbone peuvent progressivement devenir des facteurs majeurs d’instabilité économique.

La biodiversité cesse ainsi d’être un simple sujet environnemental. Elle devient progressivement une variable financière.

Et c’est probablement ce qui rend le positionnement actuel de la MAIF particulièrement intéressant dans le paysage français. Le groupe ne traite plus la biodiversité uniquement comme un sujet de compensation écologique ou de mécénat vert. Il commence à la considérer comme un élément concret de résilience territoriale et de prévention des risques climatiques.

Cette évolution pourrait préfigurer une transformation beaucoup plus large du secteur assurantiel européen dans les prochaines années.

Car à mesure que les coûts climatiques augmentent, les assureurs pourraient être amenés à jouer un rôle croissant dans le financement de solutions naturelles capables de réduire certains risques physiques à long terme.

Autrement dit, la biodiversité pourrait progressivement devenir non seulement un sujet ESG, mais aussi un véritable outil de gestion du risque climatique et de stabilité économique pour les institutions financières.

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