
L’océan chauffe, les écosystèmes marins se fragilisent et les besoins de financement explosent. Pourtant, malgré l’urgence climatique et l’accumulation des alertes scientifiques, la gouvernance mondiale de l’océan reste fragmentée et les capitaux peinent encore à atteindre les projets capables de transformer durablement l’économie maritime.
C’est précisément dans ce contexte que Monaco accueillera, les 27, 28 et 29 mai 2026, deux rendez-vous internationaux devenus stratégiques pour l’avenir de la Blue Economy : la Monaco Blue Initiative (MBI) et le Blue Economy and Finance Forum (BEFF). Coorganisés par la Fondation Prince Albert II de Monaco et l’Institut océanographique de Monaco, ces événements poursuivent un objectif commun : rapprocher la science, la gouvernance et la finance afin d’accélérer concrètement la transition vers une économie bleue durable.
Un contexte climatique de plus en plus préoccupant
L’organisation de cette édition 2026 intervient alors que les indicateurs océaniques atteignent des niveaux particulièrement alarmants. En mars 2026, la température moyenne de surface des océans a atteint près de 21°C, soit environ 0,5°C au-dessus de la moyenne observée entre 1993 et 2022 selon les données provisoires du programme européen Copernicus.
Cette hausse rapide des températures n’est pas seulement un indicateur climatique abstrait. Elle perturbe déjà profondément les écosystèmes marins, accentue les pressions sur les ressources océaniques et fragilise un espace devenu central pour les équilibres climatiques, alimentaires, économiques et géopolitiques mondiaux.
Face à cette situation, les organisateurs du forum dressent un constat clair : malgré la multiplication des signaux d’alerte, les financements restent encore insuffisants, les mécanismes de gouvernance demeurent dispersés et les projets innovants peinent souvent à changer d’échelle. L’enjeu n’est donc plus simplement de constater l’urgence climatique, mais d’identifier les leviers capables d’accélérer réellement l’action.
Monaco Blue Initiative : faire dialoguer science et gouvernance
Le premier temps fort se déroulera le 27 mai avec la Monaco Blue Initiative, organisée au Musée océanographique de Monaco. Créée en 2010, cette plateforme s’est progressivement imposée comme un espace de dialogue majeur entre scientifiques, décideurs publics, ONG, institutions internationales et acteurs économiques autour des grands enjeux liés à la protection des océans.
Cette édition 2026 réunira plus d’une centaine d’experts et de décideurs internationaux autour de plusieurs sujets stratégiques.
Les discussions porteront notamment sur :
- l’agenda océanique post-2025,
- la gouvernance et le financement de l’océan dans un contexte géopolitique fragmenté,
- ainsi que l’accord BBNJ relatif à la protection de la biodiversité en haute mer et aux aires marines protégées.
L’objectif est d’analyser les avancées réalisées ces dernières années, mais aussi les blocages persistants qui freinent encore la mise en œuvre des politiques océaniques internationales.
Parmi les personnalités déjà annoncées figurent notamment :
- Razan Khalifa Al Mubarak, présidente de l’UICN,
- Jennifer Nordquist, directrice générale adjointe de l’OMC,
- Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce,
- Valerie Hickey de la Banque mondiale,
- ou encore Pavan Sukhdev, économiste et fondateur de GIST Impact.
Le BEFF veut connecter finance et solutions concrètes
Dans le prolongement direct de cette approche scientifique et institutionnelle, le Blue Economy and Finance Forum prendra le relais les 28 et 29 mai au Grimaldi Forum avec une ambition beaucoup plus économique : faire se rencontrer les capitaux et les solutions capables de transformer l’économie bleue mondiale.
Le forum réunira plus de 300 décideurs, investisseurs, institutions financières, entreprises et responsables politiques autour de plusieurs grands thèmes :
- le financement de l’économie bleue,
- la décarbonation du transport maritime,
- les ressources alimentaires durables issues de la mer,
- ou encore l’intégration de l’économie bleue dans les stratégies financières internationales.
L’édition précédente, organisée en 2025 dans le cadre de la Conférence des Nations unies sur l’Océan à Nice, avait déjà envoyé des signaux importants :
- 1 800 participants issus de près de 100 pays,
- plus de 25 milliards d’euros d’investissements identifiés,
- et 8,7 milliards d’euros d’engagements supplémentaires annoncés pour soutenir la transition vers une économie bleue durable.
En 2026, le BEFF souhaite aller encore plus loin en favorisant des connexions plus directes entre investisseurs et projets innovants.
Des startups qui illustrent la nouvelle économie bleue
L’un des éléments les plus intéressants de cette édition 2026 réside dans le hub innovation du forum, qui mettra en avant plusieurs entreprises développant des solutions technologiques liées à la Blue Economy.
Parmi les sociétés présentées figurent notamment :
Bound4Blue
L’entreprise développe des systèmes automatisés de propulsion assistée par le vent pour les navires commerciaux, avec l’objectif de réduire la consommation de carburant et les émissions du transport maritime.
Flocean
Cette société norvégienne travaille sur des systèmes de dessalement sous-marin capables de produire de l’eau potable à partir des eaux profondes océaniques.
Sinay
Leader mondial de l’intelligence des données océaniques, Sinay utilise l’intelligence artificielle afin d’aider les acteurs maritimes à améliorer leurs décisions environnementales et opérationnelles.
Marble
La startup développe des systèmes de surveillance maritime automatisés reposant sur des flottes de dispositifs ISR capables d’assurer une surveillance continue des zones côtières à un coût fortement réduit.
Sea6 Energy
Basée en Inde, l’entreprise est spécialisée dans la culture industrielle d’algues rouges tropicales afin de produire des alternatives durables aux produits issus des énergies fossiles.
Oyster Heaven
L’organisation mène plusieurs projets de restauration d’huîtres plates à grande échelle afin de renforcer les écosystèmes côtiers et offshore.
Hullbot
Cette entreprise de robotique développe des robots sous-marins autonomes capables de nettoyer les coques des navires afin de réduire la consommation énergétique des flottes maritimes.
D’autres entreprises comme Seprify, Traceless, Circ ou encore A&B Smart Materials présenteront également des innovations liées aux matériaux biosourcés, au recyclage industriel et à la réduction des plastiques fossiles.
La Blue Economy entre dans une nouvelle phase
Au-delà des annonces et des conférences, ces événements traduisent surtout une évolution beaucoup plus profonde : l’économie bleue devient progressivement un sujet stratégique pour la finance internationale.
Pendant longtemps, les océans ont essentiellement été abordés sous l’angle environnemental ou scientifique. Désormais, ils deviennent aussi :
- un sujet d’investissement,
- de résilience climatique,
- de souveraineté économique,
- de sécurité alimentaire,
- et de stabilité géopolitique.
La montée en puissance de la Blue Economy illustre également une transformation de la finance durable elle-même. Les investisseurs ne cherchent plus uniquement des engagements ESG théoriques, mais des projets capables de démontrer une véritable capacité de transformation industrielle, technologique et environnementale.
Et c’est précisément ce que Monaco tente aujourd’hui d’accélérer : faire émerger une finance capable de soutenir des solutions concrètes pour l’océan à une échelle compatible avec l’urgence climatique actuelle.








