Coupe du monde 2026 : pourquoi le plus grand tournoi de football jamais organisé pourrait aussi devenir le plus polluant

Coupe du monde 2026

La Coupe du monde 2026 s’annonce déjà comme une édition historique. Pour la première fois, la compétition réunira 48 équipes, se déroulera dans trois pays et comptera plus de cent matchs. Mais derrière cette ambition sportive inédite se cache une réalité beaucoup moins célébrée : son impact climatique.

Selon une analyse réalisée par Greenly, spécialiste de la comptabilité carbone, le tournoi pourrait générer près de 7,8 millions de tonnes de CO₂ équivalent. Un niveau d’émissions jamais atteint pour une compétition de football. Ce chiffre représente plus du double de l’empreinte officiellement annoncée pour la Coupe du monde 2022 au Qatar et soulève de nombreuses questions sur la compatibilité entre événements sportifs mondiaux et transition écologique.

Un tournoi hors normes aux conséquences environnementales inédites

La Coupe du monde 2026 marquera un changement d’échelle sans précédent dans l’histoire du football. Organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, elle s’étendra sur 39 jours et mobilisera 16 villes hôtes réparties sur un immense territoire nord-américain.

Une compétition beaucoup plus vaste que les éditions précédentes

L’élargissement du format constitue l’une des principales raisons de cette hausse des émissions. Alors que le Mondial 2022 comptait 64 rencontres, l’édition 2026 en proposera 104, soit une augmentation de plus de 60 %. Le nombre d’équipes participantes passera de 32 à 48, tandis que les ventes de billets devraient atteindre environ 6 millions, contre 3,4 millions au Qatar.

Cette croissance spectaculaire implique davantage de déplacements, davantage de spectateurs et une logistique plus complexe. À elle seule, l’augmentation de la taille du tournoi entraîne une hausse mécanique de son empreinte carbone.

Trois pays, des milliers de kilomètres à parcourir

Contrairement au Qatar, où l’ensemble des stades se trouvait dans un périmètre relativement restreint, la Coupe du monde 2026 se déroulera sur un territoire immense. Les distances entre certaines villes hôtes se comptent en milliers de kilomètres.

Cette dispersion géographique multiplie les besoins en transport aérien, aussi bien pour les supporters que pour les équipes, les médias et les partenaires commerciaux. Elle constitue l’un des principaux facteurs expliquant le niveau exceptionnel des émissions estimées.

Les supporters au cœur du problème climatique

L’étude met en lumière une réalité souvent sous-estimée dans les débats sur la durabilité des événements sportifs : les infrastructures ne représentent plus la principale source d’émissions.

Près de 90 % des émissions proviendraient des déplacements

Selon les estimations de Greenly, 87 % de l’empreinte carbone totale du tournoi serait directement liée aux voyages des spectateurs. Cela représente environ 6,82 millions de tonnes de CO₂e.

Autrement dit, les émissions générées par les supporters dépasseraient très largement celles liées aux stades, à l’hébergement ou à l’organisation opérationnelle de la compétition.

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, ce volume d’émissions correspond à l’empreinte annuelle de plusieurs centaines de milliers de personnes. À lui seul, le transport des supporters représenterait l’équivalent des émissions produites par une grande métropole européenne sur une année.

Le poids considérable des visiteurs internationaux

L’analyse révèle également un déséquilibre particulièrement marqué entre les différents profils de spectateurs.

Les supporters internationaux représenteraient environ 35 % des présences dans les stades. Pourtant, ils seraient responsables de près des trois quarts des émissions liées aux déplacements.

Cette situation s’explique par les distances considérables à parcourir pour rejoindre l’Amérique du Nord. Un supporter voyageant depuis l’Inde vers un stade américain peut générer plus de 3 tonnes de CO₂e pour un simple aller-retour. En moyenne, un spectateur international parcourrait près de 19 400 kilomètres pour assister à la compétition.

C’est précisément cette explosion des trajets aériens longue distance qui fait basculer le bilan carbone du tournoi à un niveau inédit.

Une différence majeure avec le Qatar 2022

À première vue, la comparaison avec le Mondial qatari peut sembler paradoxale. En effet, l’édition 2022 avait été fortement critiquée pour la construction de nouveaux stades et infrastructures.

Pourtant, le principal facteur d’émissions n’est plus le même.

Moins de construction, mais davantage d’avions

Au Qatar, sept stades avaient été construits spécialement pour accueillir la compétition. Les infrastructures représentaient alors près d’un quart du bilan carbone total.

La situation est différente en 2026. Les pays organisateurs disposent déjà de nombreux équipements sportifs existants, notamment des enceintes utilisées par les franchises de NFL. Par conséquent, la part des émissions liée à la construction tomberait à environ 3 %.

Cette réduction est significative mais ne suffit pas à compenser l’explosion du trafic aérien généré par la dispersion géographique de la compétition.

Des infrastructures plus sobres mais un impact global plus élevé

L’étude souligne également que certains postes d’émissions devraient être moins importants qu’au Qatar. Les hôtels nord-américains affichent notamment une empreinte carbone inférieure à celle des établissements fortement climatisés du Golfe.

Malgré ces améliorations, les gains réalisés sur les bâtiments et les infrastructures sont largement annulés par la hausse des déplacements internationaux. Le transport aérien devient ainsi le principal déterminant du bilan environnemental global.

Des estimations qui interrogent la stratégie climatique de la FIFA

L’évaluation publiée par Greenly met également en lumière un important écart avec les projections historiques associées à la candidature du tournoi.

Un bilan carbone potentiellement deux fois supérieur aux prévisions initiales

Lors du dépôt de la candidature conjointe des États-Unis, du Canada et du Mexique en 2018, une estimation réalisée par le cabinet ARUP évaluait l’empreinte du tournoi à environ 3,7 millions de tonnes de CO₂e.

Or, cette projection reposait sur un format à 80 matchs. Depuis, la FIFA a décidé d’étendre la compétition à 104 rencontres sans publier de nouvelle estimation globale actualisée.

Selon Greenly, le bilan réel pourrait finalement atteindre 7,8 millions de tonnes de CO₂e, soit plus du double des prévisions initiales.

La question des déplacements reste largement absente

Depuis plusieurs années, la FIFA affiche des ambitions environnementales importantes. L’organisation s’est notamment engagée à réduire ses émissions de moitié d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2040.

Toutefois, les observateurs soulignent que les stratégies présentées jusqu’à présent mettent principalement l’accent sur la gestion des déchets, l’efficacité énergétique ou les opérations logistiques.

Le transport des supporters, qui représente pourtant l’écrasante majorité des émissions estimées, demeure relativement peu abordé dans les documents publics consacrés à la durabilité du tournoi.

Repenser l’organisation des grands événements sportifs

Au-delà du seul cas de la Coupe du monde 2026, cette étude relance un débat plus large sur l’avenir des compétitions internationales dans un contexte d’urgence climatique.

Le défi de la concentration géographique

Pour de nombreux experts, la réduction de l’empreinte carbone des grands événements passera nécessairement par une meilleure concentration géographique des compétitions.

Des villes hôtes plus proches les unes des autres, des réseaux ferroviaires performants et une organisation limitant les trajets aériens pourraient permettre de réduire significativement les émissions sans remettre en cause l’expérience sportive.

Faire de la durabilité un critère d’attribution

La question ne concerne plus uniquement les infrastructures ou la performance énergétique des stades. Elle touche désormais à la conception même des compétitions.

Le choix des pays organisateurs, les distances entre les sites, l’accessibilité en transports collectifs ou encore la capacité à limiter les vols internationaux pourraient devenir des critères déterminants dans l’attribution des futurs événements sportifs mondiaux.

À mesure que les objectifs climatiques se renforcent, les organisateurs devront trouver un nouvel équilibre entre ambition sportive, attractivité internationale et responsabilité environnementale. La Coupe du monde 2026 pourrait bien devenir le symbole de cette transition encore inachevée.

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