Quand la signature d’un Big Four ne suffit plus

signature d’un Big Four

L’effondrement du hedge fund Mars FX remet au premier plan une question fondamentale pour les investisseurs institutionnels : jusqu’où peut-on considérer l’audit comme une garantie de fiabilité des données financières — et, demain, extra-financières ?

Lancé en 2020, Mars FX présentait un profil particulièrement attractif : une clientèle composée notamment d’investisseurs fortunés et de family offices, un ticket d’entrée d’environ 250 000 dollars et des performances annuelles annoncées proches de 18 %. Selon une communication adressée aux investisseurs en 2023, le fonds n’aurait alors enregistré aucun mois négatif.

La situation s’est depuis brutalement inversée. Après des difficultés de liquidité, Mars FX est entré en procédure de faillite. Environ 600 millions de dollars seraient aujourd’hui manquants, pour quelque 500 investisseurs concernés.

Deloitte au cœur du débat sur la confiance

Les investisseurs ont engagé une procédure contre Deloitte, auditeur du fonds. Leur grief est particulièrement sensible : la certification des comptes aurait contribué à conforter la crédibilité de Mars FX alors que certains actifs seraient aujourd’hui difficiles, voire impossibles, à retracer.

L’un des sujets examinés concerne notamment des actifs liés à TRFX, une structure offshore désormais au centre des investigations portant sur les flux financiers.

L’affaire dépasse donc la seule question de la performance d’un hedge fund. Elle interroge directement la chaîne de confiance sur laquelle repose l’investissement institutionnel : gestionnaire, administrateur, dépositaire, valorisateur, auditeur et régulateur.

Le FBI, les procureurs américains ainsi que la SEC et la CFTC ont été saisis du dossier, tandis que plusieurs juridictions sont concernées. À ce stade, les éléments rapportés ne permettent pas de conclure à une responsabilité pénale des dirigeants cités.

De la finance traditionnelle à l’ESG, le risque est le même : certifier sans maîtriser la donnée

C’est précisément ici que l’affaire Mars FX devient particulièrement intéressante sous l’angle de la Green Finance.

Avec la CSRD, la taxonomie européenne, les indicateurs climatiques, les trajectoires de décarbonation ou encore les données relatives aux portefeuilles d’investissement, les acteurs financiers produisent une quantité croissante d’informations destinées à être contrôlées, auditées ou assorties d’un niveau d’assurance.

Mais une certification ne peut jamais compenser une data lineage insuffisante.

Une donnée ESG peut être parfaitement intégrée dans un reporting et pourtant reposer, en amont, sur une source externe insuffisamment documentée, une méthodologie modifiée, une estimation, un proxy ou une information impossible à reproduire plusieurs mois plus tard.

Le véritable enjeu n’est donc plus seulement : « la donnée a-t-elle été auditée ? »

Il devient : « peut-on démontrer son origine, sa transformation, ses contrôles et sa reproductibilité ? »

L’assurance raisonnable ne remplacera jamais une gouvernance robuste de la donnée

Cette distinction devient stratégique à mesure que les exigences de vérification des informations de durabilité se renforcent.

Dans ce nouvel environnement, la présence d’un grand cabinet d’audit constitue un élément de contrôle important, mais elle ne doit jamais être interprétée comme une délégation intégrale de la due diligence.

Pour les asset managers, assureurs et investisseurs institutionnels, plusieurs dimensions deviennent ainsi déterminantes : traçabilité des sources, historisation des données, contrôles de cohérence et de volumétrie, gouvernance des corrections, documentation méthodologique, séparation des responsabilités et capacité à reconstituer une donnée publiée.

C’est probablement l’enseignement le plus intéressant de l’affaire Mars FX pour la finance durable : la confiance ne doit pas reposer sur un logo, mais sur une chaîne de preuves.

Et à mesure que les données ESG acquièrent une importance financière, réglementaire et réputationnelle croissante, leur auditabilité pourrait devenir aussi importante que leur contenu.

À lire aussi sur notre média Green Finance : Interview de Jean-Christophe Couvy, membre du jury du Concours Green Finance 2026