Dyson Farming : pourquoi le géant des aspirateurs s’est lancé dans l’agriculture high-tech

dyson farming

Quand on pense à Dyson, on pense immédiatement aux aspirateurs sans sac, aux sèche-cheveux ou encore aux ventilateurs équipés de technologies de pointe. Mais beaucoup moins à… des fraises.

Et pourtant, derrière les appareils électroménagers de la marque britannique se cache une activité pour le moins surprenante : Dyson Farming, une immense exploitation agricole qui expérimente une nouvelle manière de produire de la nourriture.

Dans le Lincolnshire, au Royaume-Uni, des millions de plants de fraises poussent ainsi sous une gigantesque serre. Ils sont éclairés par des LED, alimentés par une partie de l’énergie produite directement sur l’exploitation et surveillés grâce à des technologies de pointe.

Et ce n’est pas tout. Des robots peuvent désormais participer à la récolte, tandis que d’autres technologies permettent de limiter les traitements chimiques et d’optimiser l’utilisation de l’eau, de la lumière et de l’énergie.

Derrière cette ferme étonnante se trouve un projet beaucoup plus ambitieux qu’une simple diversification pour le milliardaire britannique James Dyson. Son objectif : appliquer à l’agriculture la même logique que celle qui a fait le succès de son entreprise technologique.

Produire mieux, avec davantage de précision et en utilisant moins de ressources.

Alors, pourquoi James Dyson s’est-il lancé dans l’agriculture ? Comment fonctionne cette ferme futuriste ? Et surtout, cette approche pourrait-elle réellement transformer notre manière de produire notre alimentation ?

Dyson Farming, une ferme pas comme les autres

L’histoire commence officiellement en 2012, lorsque Dyson Farming est créée comme entreprise agricole. Quelques années plus tard, l’activité prend une ampleur considérable. Aujourd’hui, Dyson Farming s’étend sur environ 36 000 acres, soit près de 14 600 hectares, répartis dans plusieurs régions d’Angleterre, notamment le Lincolnshire, l’Oxfordshire, le Gloucestershire et le Somerset.

L’entreprise produit notamment du blé, de l’orge, des pommes de terre, des pois, de la betterave sucrière et des cultures destinées à produire de l’énergie. Elle possède également des élevages de bovins et de moutons.

Dyson Farming est ainsi devenue l’une des plus grandes entreprises agricoles du Royaume-Uni. Mais ce qui rend le projet particulièrement intéressant n’est pas uniquement sa taille. C’est surtout la manière dont James Dyson envisage l’agriculture.

Pour lui, une exploitation agricole peut être considérée comme un système de production dans lequel la technologie permet d’améliorer progressivement chaque étape. Une approche qui ressemble finalement beaucoup à celle utilisée dans l’industrie.

James Dyson explique lui-même considérer l’agriculture comme une forme de fabrication, dans laquelle l’ingénierie et la précision peuvent permettre d’obtenir de meilleurs résultats.

Cette philosophie explique en grande partie pourquoi les ingénieurs de Dyson travaillent désormais aux côtés des agronomes et des équipes agricoles. L’objectif n’est donc pas simplement de posséder des terres. Il s’agit de transformer l’exploitation en véritable laboratoire à ciel ouvert.

Pourquoi Dyson s’est-il lancé dans l’agriculture ?

La question mérite d’être posée. Après avoir bâti une entreprise mondiale spécialisée dans la technologie, pourquoi investir des sommes considérables dans… des champs et des fraises ?

La réponse est en réalité liée à plusieurs enjeux. Le premier est celui de la sécurité alimentaire.

Le Royaume-Uni importe une partie importante de son alimentation, notamment certains fruits et légumes. Or, cette dépendance peut devenir problématique lorsque les chaînes d’approvisionnement sont perturbées ou lorsque les conditions climatiques affectent les récoltes.

Les fruits rouges sont particulièrement concernés. Les fraises britanniques sont traditionnellement produites durant une période limitée de l’année. Pendant les mois les plus froids, le pays dépend davantage des importations.

L’idée de Dyson Farming est donc relativement simple : produire des fraises britanniques pendant une période où il est normalement beaucoup plus difficile de le faire.

Mais James Dyson voit également dans l’agriculture un terrain d’expérimentation idéal pour les nouvelles technologies. L’exploitation permet de tester des systèmes d’irrigation, des robots, des systèmes d’éclairage, de nouvelles méthodes de culture ou encore des technologies de collecte de données.

Dyson Farming dispose d’ailleurs aujourd’hui de sa propre activité de recherche. Son centre de recherche agricole s’étend sur environ 1 000 acres et mène des expérimentations sur différentes pratiques agricoles.

Autrement dit, les champs deviennent un peu l’équivalent d’un laboratoire Dyson.

Une serre géante de plus de 10 hectares

C’est probablement l’installation la plus spectaculaire de Dyson Farming. À Carrington, dans le Lincolnshire, une immense serre accueille aujourd’hui environ 1,25 million de plants de fraises.

Le complexe couvre 26 acres, soit environ 10,5 hectares. Pour donner une idée de sa taille, imaginez plusieurs dizaines de terrains de football réunis sous une même structure.

La serre a été construite en deux phases. La première partie a été achevée en 2021, avant qu’une extension ne permette d’augmenter considérablement la capacité de production.

Aujourd’hui, Dyson Farming annonce une production d’environ 1 250 tonnes de fraises par an. Et surtout, ces fraises peuvent être produites pendant toute l’année, y compris durant les mois d’hiver.

C’est là que la technologie devient particulièrement intéressante. Car le problème n’est pas simplement de mettre des plants dans une serre. Il faut recréer des conditions permettant aux fraises de pousser lorsque les températures et la luminosité extérieures ne sont normalement pas suffisantes.

Et c’est précisément là que le système énergétique de Dyson Farming entre en jeu.

Le méthaniseur qui chauffe les fraises

À quelques mètres de la serre se trouve une autre installation essentielle : un méthaniseur, également appelé unité de digestion anaérobie.

Son fonctionnement repose sur un principe assez simple. Certaines matières organiques, notamment des cultures produites sur l’exploitation, sont introduites dans des digesteurs. Des micro-organismes décomposent cette matière et produisent du biogaz.

Ce biogaz peut ensuite être utilisé pour produire de l’électricité. Mais le système génère également de la chaleur. Et plutôt que de laisser cette chaleur se perdre, Dyson Farming l’utilise pour chauffer la gigantesque serre.

C’est l’un des principes fondamentaux de ce que l’entreprise appelle son modèle d’agriculture circulaire.

Les cultures servent à produire de l’énergie. L’énergie permet notamment de faire fonctionner les installations agricoles et de chauffer la serre. Les résidus issus de la digestion, appelés digestats, peuvent ensuite être utilisés comme fertilisant sur les terres agricoles.

Le système crée ainsi une boucle entre agriculture, énergie et fertilisation.

L’installation produit suffisamment d’énergie pour représenter l’équivalent de la consommation de plus de 10 000 foyers selon Dyson Farming. La serre ne dépend donc pas uniquement d’une source d’énergie extérieure pour fonctionner. Elle est intégrée à un système énergétique beaucoup plus large.

Des fraises qui poussent même en hiver

Produire des fraises en plein hiver au Royaume-Uni demande toutefois plus que de la chaleur. Il faut également compenser le manque de lumière naturelle.

C’est pourquoi Dyson Farming utilise des éclairages LED afin de compléter la lumière du jour lorsque cela est nécessaire. La lumière joue évidemment un rôle fondamental dans la croissance des plantes. Mais l’objectif n’est pas de simplement allumer les lampes en permanence.

Tout l’enjeu consiste à fournir la bonne quantité de lumière au bon moment. C’est ici que l’approche technologique devient particulièrement intéressante.

La serre permet de contrôler de nombreux paramètres de l’environnement des plants : température, lumière, irrigation ou encore apport en CO₂. Le but est de créer des conditions de croissance aussi précises que possible.

Cette maîtrise permet notamment de prolonger la saison britannique des fraises et d’obtenir des fruits pendant l’automne, l’hiver et le printemps.

Le résultat est assez spectaculaire : alors qu’une fraise britannique dépend normalement fortement des conditions météorologiques et de la saison, celles de Dyson Farming peuvent être produites dans un environnement beaucoup plus contrôlé.

Des robots pour récolter les fraises

Et c’est probablement la partie qui ressemble le plus à l’image d’une ferme du futur.

Dyson Farming expérimente depuis plusieurs années la récolte robotisée des fraises. Pourquoi est-ce si compliqué ? Parce qu’une fraise est un produit fragile.

Un robot ne peut pas simplement attraper mécaniquement tous les fruits présents devant lui. Il doit être capable de distinguer une fraise mûre d’une fraise qui doit encore rester sur le plant. Il doit ensuite la saisir suffisamment délicatement pour ne pas l’abîmer.

Les systèmes développés avec des spécialistes de la robotique utilisent donc notamment des technologies de vision permettant d’identifier les fruits.

Les robots peuvent analyser les fraises présentes dans les rangées, déterminer lesquelles sont suffisamment mûres puis procéder à leur récolte.

Les essais menés avec le robot Dogtooth Gen 5 ont permis d’augmenter fortement la vitesse de récolte : Dyson Farming indique que les performances sont passées d’environ une à deux fraises par minute à plus de sept fraises par minute lors des essais.

La robotisation n’est toutefois pas encore synonyme d’une ferme totalement autonome. Des salariés restent indispensables pour superviser la culture, contrôler la qualité, intervenir sur les plants et gérer les nombreuses opérations qui entourent la production.

L’objectif est plutôt de déléguer progressivement aux machines certaines tâches répétitives et difficiles à automatiser manuellement à grande échelle.

Et les pesticides dans tout ça ?

La technologie ne sert pas uniquement à récolter les fraises. Elle peut également permettre de réduire certains traitements chimiques.

Dans une serre, les conditions sont beaucoup plus contrôlées qu’en plein champ. Les équipes peuvent surveiller précisément les cultures et intervenir rapidement lorsqu’un problème apparaît.

Dyson Farming utilise notamment des méthodes biologiques pour lutter contre certains ravageurs. L’idée est surprenante : plutôt que de systématiquement utiliser des pesticides, pourquoi ne pas introduire des organismes capables de lutter naturellement contre les parasites ?

Des insectes prédateurs peuvent ainsi être utilisés pour s’attaquer notamment aux pucerons. Le système permet de s’appuyer sur les interactions naturelles entre différentes espèces pour protéger les cultures.

Les robots peuvent également intervenir dans la lutte contre les moisissures. Dyson indique utiliser des robots équipés de systèmes capables de traiter certaines zones affectées grâce à la lumière ultraviolette.

On retrouve donc une nouvelle fois la même logique : détecter précisément le problème et intervenir uniquement là où cela est nécessaire.

C’est une approche très différente de celle consistant à traiter uniformément une parcelle entière.

Même l’eau est récupérée

L’énergie n’est pas la seule ressource que Dyson Farming cherche à optimiser. L’eau fait également partie du système.

La toiture gigantesque de la serre permet de récupérer l’eau de pluie. Cette eau est ensuite stockée avant d’être utilisée pour l’irrigation des plants.

L’irrigation est elle-même contrôlée par des systèmes conçus pour fournir aux fraisiers ce dont ils ont besoin. Cette précision est essentielle.

Dans une agriculture traditionnelle, une partie de l’eau peut être perdue parce qu’elle s’infiltre dans le sol ou s’évapore. Dans une culture sous serre, il devient possible de contrôler beaucoup plus précisément les apports.

Dyson Farming utilise également des systèmes de culture hors-sol avec des gouttières suspendues. Cela permet de mieux contrôler l’environnement des racines et de déplacer les plants pour optimiser l’espace disponible.

Et c’est justement sur cette optimisation de l’espace que les ingénieurs Dyson travaillent actuellement.

Des « roues » géantes pour faire pousser davantage de fraises

L’une des innovations les plus étonnantes développées par Dyson est le Hybrid Vertical Growing System, ou HVGS.

Le concept paraît presque sorti d’un film de science-fiction. Plutôt que de disposer toutes les fraises horizontalement sur une seule hauteur, Dyson a conçu de gigantesques structures verticales qui ressemblent à des roues de grande taille.

Les plants sont installés sur ces structures, qui tournent lentement. Pourquoi ? Pour utiliser non seulement la surface au sol, mais également la hauteur disponible dans la serre.

Les plantes peuvent ainsi bénéficier d’une exposition optimisée à la lumière naturelle, tandis que les LED complètent l’éclairage lorsque cela est nécessaire.

Les premiers essais ont donné des résultats particulièrement impressionnants. Selon Dyson, le système a permis d’obtenir jusqu’à 2,5 fois plus de rendement par rapport au système conventionnel utilisé dans la serre.

L’entreprise indique également que cette technologie permettrait de produire jusqu’à trois fois plus de récolte dans un même espace tout en réduisant fortement certains besoins énergétiques.

Le principe est donc assez simple : si l’on manque de surface au sol, pourquoi ne pas exploiter l’espace vertical ?

C’est exactement le genre de raisonnement que l’on pourrait retrouver dans un laboratoire d’ingénierie.

Pourquoi produire des fraises aussi technologiques ?

Une question se pose alors : est-ce vraiment nécessaire de mettre autant de technologie derrière une simple fraise ?

Après tout, une fraise reste une fraise. On peut en cultiver en plein champ, sous serre traditionnelle ou dans différents pays bénéficiant de conditions climatiques favorables.

Mais le projet de Dyson Farming répond à plusieurs problématiques.

La première est celle de la disponibilité. Grâce à la serre, les consommateurs britanniques peuvent trouver des fraises locales à des périodes où elles sont habituellement beaucoup moins disponibles.

La deuxième concerne la régularité. Une culture sous environnement contrôlé est moins directement exposée aux variations météorologiques.

La troisième concerne la proximité. Produire au Royaume-Uni permet de réduire la dépendance aux importations pendant certaines périodes de l’année et les distances parcourues par les fruits.

Mais cela ne signifie pas nécessairement que les fraises britanniques sont automatiquement plus écologiques dans tous les cas.

La production sous serre nécessite elle-même des infrastructures importantes et de l’énergie. Toute la logique du projet repose donc sur la capacité à utiliser cette énergie efficacement, notamment grâce au système de méthanisation et à la récupération de chaleur.

C’est cette combinaison qui est au cœur du modèle Dyson.

Des fraises premium… et forcément plus chères ?

C’est probablement l’une des principales limites du modèle.

Une fraise cultivée au Royaume-Uni dans une serre technologique de plusieurs hectares n’a pas le même coût de production qu’une fraise cultivée dans une région bénéficiant naturellement de températures et de conditions plus favorables.

Il faut financer la serre, les systèmes de chauffage, les éclairages LED, les robots, les systèmes d’irrigation, la main-d’œuvre, la recherche et l’ensemble des infrastructures nécessaires au fonctionnement du site.

Le produit final peut donc difficilement rivaliser uniquement sur le prix avec les fraises importées provenant de régions où les coûts de production sont plus faibles.

C’est pourquoi les fraises Dyson Farming se positionnent davantage sur un marché premium.

Elles misent sur plusieurs arguments : une origine britannique, une production locale, une disponibilité hors saison traditionnelle, une qualité recherchée et une production utilisant des technologies destinées à réduire certains intrants.

Dyson Farming vend notamment ses fraises à travers des enseignes britanniques comme M&S et Sainsbury’s, tandis que la marque est également présente chez Ocado.

La comparaison avec une fraise importée au prix le plus bas n’est donc pas forcément la plus pertinente. Dyson essaie plutôt de vendre une autre proposition de valeur : une fraise britannique produite localement, toute l’année et grâce à un système agricole fortement technologique.

Une ferme qui ressemble de plus en plus à une usine

C’est peut-être finalement le point le plus intéressant du projet. Dyson Farming brouille la frontière entre agriculture et industrie.

Dans une usine, on cherche à optimiser chaque étape du processus. On mesure. On teste. On collecte des données. On automatise. On améliore. On recommence.

C’est exactement la logique que Dyson veut appliquer à l’agriculture.

Les équipes agricoles travaillent avec des ingénieurs, des spécialistes de la donnée, des chercheurs et des experts de la robotique. La ferme devient alors un système complexe dans lequel les différents éléments interagissent.

Les cultures produisent de l’énergie. L’énergie chauffe la serre. La serre produit des fraises. Les déchets agricoles peuvent retourner dans le système énergétique. Les digestats issus de la méthanisation peuvent être utilisés sur les terres. La pluie est récupérée pour l’irrigation. Les robots prennent en charge certaines tâches. Les données permettent d’améliorer les rendements.

On n’est donc plus simplement face à une exploitation agricole traditionnelle. On se rapproche d’une boucle de production agricole intégrée.

Dyson Farming veut-il révolutionner toute l’agriculture ?

C’est là que le projet devient particulièrement intéressant.

Il serait évidemment exagéré de dire qu’un modèle comme celui de Dyson Farming pourrait remplacer toutes les formes d’agriculture. Les cultures céréalières, l’élevage ou les productions maraîchères n’ont pas les mêmes contraintes. Et toutes les exploitations agricoles n’ont évidemment pas les moyens d’investir des sommes considérables dans les infrastructures et la recherche.

Mais le véritable intérêt de Dyson Farming est peut-être ailleurs.

L’entreprise peut tester des technologies à grande échelle et observer ce qui fonctionne réellement. Son centre de recherche mène ainsi des expérimentations sur les sols, les cultures, la robotique et différentes techniques permettant de réduire les intrants ou d’améliorer les rendements.

Certaines innovations peuvent ensuite être adaptées à d’autres cultures ou inspirer d’autres agriculteurs. Le projet constitue donc également une forme de laboratoire pour l’agriculture du futur.

Produire plus avec moins

C’est finalement le fil conducteur de toute l’aventure Dyson Farming.

Produire davantage sur une surface donnée. Utiliser moins d’eau. Limiter certains produits chimiques. Valoriser les déchets. Récupérer la chaleur. Produire de l’énergie localement. Automatiser les tâches répétitives. Améliorer les rendements grâce à la donnée.

Et surtout, essayer de rendre l’ensemble du système plus efficace.

Le système vertical développé pour les fraises illustre parfaitement cette philosophie. Si une structure peut permettre de multiplier le rendement sans multiplier proportionnellement la surface nécessaire, le potentiel est considérable.

Dyson affirme que son Hybrid Vertical Growing System a permis de multiplier les rendements par 2,5 lors des essais.

À terme, ce type de technologie pourrait dépasser le simple cas de la fraise. C’est d’ailleurs l’une des questions que soulève cette expérimentation : si l’on peut repenser complètement la manière dont les plants sont disposés dans une serre, pourquoi ne pas appliquer le même raisonnement à d’autres cultures ?

Le véritable pari de James Dyson

Derrière les robots et les gigantesques serres, il y a donc un pari beaucoup plus large.

James Dyson mise sur l’idée que l’agriculture peut bénéficier de la même révolution technologique que de nombreux secteurs industriels.

Mais il ne s’agit pas simplement de remplacer les agriculteurs par des machines. Au contraire, Dyson Farming insiste sur l’importance des compétences agricoles, de l’expertise agronomique et de la connaissance du terrain.

La technologie vient compléter ces compétences.

Un robot peut identifier une fraise mûre. Mais il faut toujours comprendre pourquoi la plante produit plus ou moins de fruits.

Un capteur peut mesurer l’humidité. Mais il faut savoir quelle quantité d’eau apporter.

Une LED peut fournir de la lumière. Mais il faut déterminer quand l’allumer et avec quelle intensité.

L’enjeu est donc moins de créer une agriculture entièrement robotisée que de construire une agriculture plus précise et mieux pilotée.

Et demain ?

Le modèle Dyson Farming n’en est probablement qu’à ses débuts.

La serre de Carrington est déjà impressionnante, mais les expérimentations continuent. La robotisation progresse. Les systèmes de culture verticale sont encore développés. Les technologies d’éclairage et d’irrigation évoluent. Les méthodes biologiques de protection des cultures sont perfectionnées.

Et les ingénieurs cherchent continuellement de nouvelles manières d’augmenter les rendements.

La question économique restera cependant déterminante. Une technologie agricole n’a de véritable avenir que si elle permet, à terme, de produire de manière suffisamment efficace pour être économiquement viable.

Si les robots deviennent plus rapides, si les systèmes nécessitent moins d’énergie et si les rendements continuent d’augmenter, le coût de production pourrait progressivement diminuer.

C’est là que le projet pourrait devenir vraiment intéressant. Car aujourd’hui, une fraise produite dans une gigantesque serre technologique reste un produit premium.

Mais demain ?

Si l’automatisation progresse et que les installations sont capables de produire davantage sur une même surface, le modèle pourrait devenir plus compétitif.

Et si cette logique fonctionne pour les fraises, elle pourrait potentiellement être transposée à d’autres productions.

Alors, Dyson va-t-il révolutionner l’agriculture ?

C’est encore trop tôt pour l’affirmer.

Mais une chose est certaine : James Dyson ne considère pas l’agriculture comme un simple passe-temps de milliardaire.

Dyson Farming représente aujourd’hui une activité agricole à très grande échelle, avec des dizaines de milliers d’acres de terres, des centaines de salariés, des infrastructures énergétiques, un centre de recherche et une gigantesque serre dédiée aux fraises.

Et surtout, l’entreprise applique à cette activité la même philosophie qui a marqué son parcours entrepreneurial : identifier un problème, comprendre comment il fonctionne et essayer de le résoudre grâce à l’ingénierie.

Dans le cas des fraises, le problème est particulièrement concret.

Comment produire un fruit britannique de qualité en dehors de sa saison traditionnelle ? Comment utiliser moins de ressources ? Comment réduire la dépendance aux importations ? Comment améliorer les rendements ? Et comment rendre cette production suffisamment efficace pour qu’elle puisse se développer ?

Pour y répondre, Dyson a construit une ferme qui ressemble presque davantage à une usine qu’à une exploitation agricole traditionnelle.

Des millions de plants. Des kilomètres de systèmes d’irrigation. Des LED. Des méthaniseurs. Des insectes prédateurs. Des systèmes de vision. Des robots. Et même d’immenses structures rotatives qui font penser à des roues géantes.

Tout cela pour produire… des fraises.

Mais derrière ces fraises se cache peut-être une question beaucoup plus importante.

À quoi ressemblera l’agriculture de demain ?

Une agriculture davantage automatisée, pilotée par la donnée et soutenue par l’intelligence artificielle et la robotique ? Ou une agriculture qui continuera de dépendre avant tout du savoir-faire humain, du sol et des conditions naturelles ?

La réponse sera probablement un mélange des deux.

Et c’est précisément ce qui rend l’expérience de Dyson Farming intéressante à observer.

Car James Dyson ne cherche pas seulement à produire des fraises. Il cherche à démontrer qu’avec suffisamment de technologie, d’ingénierie et d’investissement, il est possible de repenser la manière dont nous produisons notre alimentation.

Alors, selon vous : James Dyson est-il en train de révolutionner l’agriculture comme il a révolutionné l’aspirateur ?

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