
Il est un peu plus de 10 heures lorsque la salle du Centre de rencontres internationales Adenauer, au cœur de la Cité internationale universitaire de Paris, achève de se remplir. Diplomates chinois, parlementaires français, dirigeants de banques et de groupes industriels, universitaires, journalistes : la salle rassemble ce matin-là un monde qui se croise peu, réuni pour un même exercice, la publication de la deuxième édition du Rapport sur le développement durable des entreprises chinoises en France. Un mot revient avant même l’ouverture officielle : « responsabilité ».
Un rapport né d’un premier geste, en 2024
C’est China General Nuclear Power Group (CGN), par sa filiale CGN Europe Energy, qui a pris l’initiative de ce document, en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Chine en France (CCICF). Un rapport avait déjà été publié en 2024, une première pour les entreprises chinoises implantées en France. Cette deuxième édition, disponible en chinois, anglais et français, réunit cette fois les pratiques de douze groupes chinois présents en France parmi lesquels Bank of China, ICBC, CCB, China Eastern Airlines, China Mobile International, SANY, Sinoma, COSCO Shipping ou encore la raffinerie de Lavéra, filiale française de PetroChina et d’INEOS.
Wu Yunjing anime la matinée. Son propos liminaire rappelle que le rendez-vous survient alors que « la promotion du développement durable est devenue un consensus international », et que les entreprises chinoises installées en France entendent y répondre par « une gestion pragmatique » plutôt que par la seule déclaration d’intention.
Le poids d’un contexte qui a changé
Wang Dong, ministre-conseiller pour les affaires économiques et commerciales à l’ambassade de Chine en France, rappelle que la Chine reste, pour la neuvième année consécutive, l’un des trois premiers investisseurs directs à l’étranger au monde, et que les investissements chinois en France ont progressé de plus de 200 % en 2025. Plus de deux cents entreprises chinoises sont aujourd’hui implantées dans le pays, pour environ 24 000 emplois directs : des secteurs traditionnels (finance, distribution, transport, industrie) à des filières plus récentes : e-commerce, batteries, cloud, robotique. Il cite Xi Jinping, pour qui les économies française et chinoise forment « une relation de symbiose où l’une porte l’autre » ; il rappelle aussi que le commerce bilatéral a été multiplié par huit cents depuis l’établissement des relations diplomatiques, entrées selon lui, depuis 2025, « dans un nouveau cycle de soixante ans ».
« La responsabilité n’est pas un supplément d’âme »
C’est sur ce mot que revient longuement Xiao Lijun, président de la CCICF et directeur général de Bank of China Paris. Il décline la responsabilité en quatre volets : l’ancrage local, la transition verte, les salariés et la société d’accueil, le respect des règles et de la durée et martèle une idée : « le développement durable ne doit pas être à côté de l’activité de l’entreprise, il doit en faire partie ». Il cite un exemple très concret, presque technique : Bank of China Paris vient d’accompagner la filiale française d’un groupe chinois de matériaux de construction en lui délivrant une garantie bancaire liée aux nouvelles exigences européennes sur le carbone aux frontières, la preuve, dit-il, que « les règles évoluent, les besoins des entreprises évoluent, et nos services doivent évoluer avec eux ».
La parole est aussi donnée à des voix françaises. Vincent Louault, vice-président du groupe d’amitié France-Chine au Sénat, salue l’approfondissement du dialogue économique bilatéral. La maire d’une petite commune du Tarn, Myriam Vigroux, vient raconter, sans grandiloquence, une histoire de terrain : deux parcs éoliens de vingt mégawatts rachetés par CGN en 2017, un sentier de randonnée pédagogique « des éoliennes aux moulins », des journées portes ouvertes qui ont accueilli cette année encore, en avril, près de cent trente écoliers venus découvrir biodiversité et énergie. « Ces actions donnent de la visibilité à la commune », dit-elle, en formant le vœu que le partenariat se poursuive.
Huang Chao, directeur adjoint des affaires publiques de CGN, referme ce premier temps en détaillant le contenu du rapport : décarbonation industrielle, finance verte, protection de la biodiversité autour des parcs éoliens, formation des talents locaux, sécurité au travail, conformité et lutte anticorruption — quatre chapitres qui tentent de faire tenir ensemble le vocabulaire du reporting ESG et celui, plus politique, de l’amitié sino-française.
Une table ronde à huit voix
Le format se resserre ensuite autour d’une table ronde animée par le consultant Stéphane Bondoux, au panel volontairement hétéroclite : le député de la Vienne Sacha Houlié, membre du groupe d’amitié France-Chine à l’Assemblée ; Li Wenguo, secrétaire général de la CCICF ; Liu Haiping, de China Eastern Airlines Europe ; He Jiang, de PetroChina International (London), maison mère de la raffinerie de Lavéra ; le biologiste marin Benjamin Denjean, cofondateur du Paysan Marin, venu porter la voix de l’aquaculture régénérative et des passerelles possibles avec la Chine ; Christophe Philipp, à la tête du pôle nucléaire chinois d’EDF, partenaire historique de CGN sur le site de Taishan ; Audrey Léandri, de Sinoma France ; et Jérôme Dion, responsable de la gestion globale des risques à Bank of China Paris. Un plateau qui, à lui seul, résume l’ambition du rapport : montrer que la responsabilité sociétale des entreprises chinoises en France se joue autant dans les salles de conseil que sur le terrain, entre un parc éolien du Tarn et un tunnel alpin.
Des chevaux et un air d’opéra chinois
Puisque 2026 est l’année du Cheval dans le calendrier chinois, c’est une figurine équestre que Wang Dong, Vincent Louault, Huang Chao et les représentants des douze entreprises viennent, dans un compte à rebours partagé, poser sur des colonnes lumineuses pour sceller la publication du rapport. Moment plus inattendu, des salariés français de CGN Europe Energy et de Bank of China Paris montent sur scène pour interpréter Le Protagoniste, standard de l’opéra qinqiang du Shaanxi, une manière de rappeler que « chaque personne qui se bat peut devenir le héros de sa propre histoire ».







