
Mirova, l’affilié de Natixis Investment Managers spécialisé dans l’investissement durable, a annoncé le 10 septembre la création d’une équipe dédiée aux actifs privés au sein de Natixis IM Australia. Basée à Sydney, elle accompagnera le développement de la plateforme Infrastructures de transition énergétique du gestionnaire dans un pays où il a déjà déployé l’équivalent de 450 millions d’euros. L’annonce est modeste par sa taille — trois personnes — mais elle dit quelque chose d’intéressant sur la circulation des capitaux de la transition.
L’équipe sera composée dans un premier temps d’un Investment Director, d’un Investment Manager et d’un Investment Analyst, ce dernier poste relevant du dispositif de Volontariat international en entreprise. Sa mission : l’origination, l’évaluation et le suivi des investissements de la plateforme d’infrastructures de transition de Mirova, ainsi que le développement des relations avec les investisseurs, les développeurs de projets et les acteurs sectoriels locaux.
Sur le plan juridique, la structure est celle d’un conseil : l’équipe est employée par Natixis Investment Managers Australia et fournit des conseils en investissement à Mirova dans le cadre de ses activités sur les marchés privés. Une architecture courante pour un affilié étendant sa couverture géographique sans y créer d’entité de gestion.
Une antériorité de 450 millions d’euros dans la région
L’ouverture ne part pas de zéro. Mirova avait jusqu’ici couvert la zone depuis son hub Asie-Pacifique de Singapour, et avait déjà engagé plus de 700 millions de dollars australiens — environ 450 millions d’euros au 30 juin 2026 — en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Trois participations sont citées, et leur composition dessine assez bien une thèse d’investissement :
- TagEnergy, dans l’énergie propre
- JET Charge, spécialiste des infrastructures de recharge pour véhicules électriques
- Yanara Australia, société d’énergies renouvelables
Production renouvelable d’un côté, infrastructure d’électrification de l’autre : le couple classique des portefeuilles de transition, appliqué à un marché où la ressource solaire et éolienne est abondante.
Le gestionnaire justifie son intérêt pour l’Australie par une combinaison de facteurs : les ressources renouvelables du pays, un portefeuille de projets d’infrastructures en croissance, un cadre réglementaire jugé favorable et une demande croissante de capitaux privés pour financer la bascule vers une économie bas carbone. Il avance également un argument plus directement financier — une diversification géographique obtenue avec un profil risque-rendement qu’il estime comparable à celui des marchés européens.
C’est l’affirmation la plus discutable du communiqué, et celle qui mériterait d’être étayée. Un actif d’infrastructure australien partage certes avec son équivalent européen la stabilité contractuelle des revenus de long terme, mais il n’en partage ni la devise, ni le régime de prix de l’électricité, ni l’exposition aux aléas physiques — un pays qui a connu les mégafeux de 2019-2020 ne présente pas le même profil de risque climatique physique que l’Europe de l’Ouest.
Un bureau à double sens
Le point le plus révélateur de l’annonce se lit dans l’écart entre les deux déclarations qui l’accompagnent.
Côté australien, Danny King, Managing Director et Head of Australia and New Zealand de Natixis Investment Managers Australia, met en avant la demande des investisseurs australiens et néo-zélandais pour des opportunités d’investissement dans les infrastructures de transition en Europe. La présence locale sert selon lui à rapprocher l’expertise parisienne de Mirova d’une clientèle qui cherche à déployer davantage de capitaux sur le continent européen.
Côté Mirova, Raphaël Lance, Deputy General Manager et Global Head of Private Assets, décrit l’Australie comme un marché devenu stratégique pour la plateforme d’actifs privés du gestionnaire, et l’une des régions les plus dynamiques au monde en matière d’investissement dans la transition énergétique. Pour lui, le bureau de Sydney doit renforcer les capacités d’origination et approfondir les relations avec les acteurs du marché local.
Les deux propos ne se contredisent pas, mais ils décrivent deux flux opposés. D’un côté, de l’épargne australienne — dont on connaît l’abondance, portée par le système de retraite par capitalisation des superannuation funds — qui cherche des actifs de transition européens. De l’autre, du capital géré depuis Paris qui cherche des projets australiens. Le bureau de Sydney est conçu pour servir les deux mouvements simultanément : distribution dans un sens, origination dans l’autre.
Cette bidirectionnalité est plus intéressante qu’une simple implantation commerciale. Elle suggère que le marché des infrastructures de transition commence à fonctionner comme un marché véritablement global, où les investisseurs d’une zone financent les actifs d’une autre pour des raisons de diversification, et non plus seulement de proximité.
Ce que l’annonce dit, et ce qu’elle ne dit pas
Gardons la mesure des choses. Trois recrutements, dont un contrat de volontariat international, ne constituent pas un changement d’échelle : c’est une tête de pont, pas une plateforme régionale. Aucun montant d’engagement futur n’est annoncé, aucun objectif de collecte auprès des institutionnels australiens n’est chiffré, et aucun véhicule dédié à la région n’est mentionné.
Le recrutement de Kim Nguyen comme directrice d’investissement, en charge des activités basées à Sydney, est en revanche un signal plus substantiel. Forte de plus de vingt ans d’expérience dans les infrastructures, l’énergie et les marchés privés, elle occupait précédemment le poste d’Executive Director, Investments au sein de l’Energy Security Corporation du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud, après avoir dirigé les activités australiennes de Foresight Group.
Ce parcours n’est pas anodin. Recruter chez un investisseur public d’État, c’est acquérir une connaissance fine des mécanismes de soutien, des files d’attente de raccordement au réseau et des appels d’offres publics — soit, très concrètement, ce qui détermine la bancabilité d’un projet renouvelable en Australie. Pour une maison qui affiche une ambition d’origination locale, c’est le bon profil.
Pour les investisseurs institutionnels français, l’annonce vaut surtout comme indicateur. Quand un gestionnaire de la place ouvre un bureau d’origination à 17 000 kilomètres pour ses stratégies de transition, c’est que la concurrence sur les actifs d’infrastructure verte européens est devenue suffisamment vive pour justifier d’aller chercher du deal flow ailleurs. Une information qui en dit peut-être autant sur l’état du marché européen que sur celui du marché australien.








