
Le septième Baromètre de l’investissement responsable, publié par CPRAM et Insight AM le 15 octobre 2026, met en lumière une transformation du marché de l’investissement climat. Si la proportion d’épargnants déclarant détenir des fonds ESG ou climat diminue sensiblement, les investisseurs déjà engagés conservent leurs positions et poursuivent leurs souscriptions. Cette évolution traduit un marché qui perd en nombre de participants, mais gagne en intensité auprès de son noyau le plus convaincu. L’étude, réalisée par OpinionWay auprès de 1 029 épargnants français, souligne également l’importance croissante des critères financiers, du conseil et de la transparence. Elle identifie enfin plusieurs leviers susceptibles de relancer l’intérêt pour ces placements, notamment les labels et la souveraineté énergétique.
L’investissement climat se recentre sur les épargnants les plus convaincus
Le marché de l’investissement responsable connaît un recul de sa détention déclarée en 2026. Selon le baromètre, seuls 27 % des épargnants interrogés déclarent posséder des fonds ESG généralistes, contre 41 % en 2025. La tendance est similaire pour les fonds consacrés au climat, dont la détention passe de 38 % à 25 % en un an. Cette diminution de 14 points pour les fonds ESG et de 13 points pour les fonds climat témoigne d’un ralentissement de la diffusion de ces solutions auprès du grand public.
Toutefois, cette évolution masque une réalité plus nuancée. Le recul concerne principalement les investisseurs qui consacrent une part limitée de leur patrimoine à ces placements, soit moins de 5 % de leurs encours. À l’inverse, la proportion d’épargnants leur attribuant une allocation supérieure à ce seuil reste stable. Le marché ne se désengage donc pas uniformément. Il se concentre davantage autour d’investisseurs qui affichent une conviction plus forte et maintiennent une exposition significative aux stratégies responsables.
Cette concentration s’accompagne d’une évolution des comportements. Les épargnants semblent privilégier des démarches plus concrètes et sélectives, plutôt qu’une adhésion générale aux principes de l’investissement responsable. L’enjeu n’est plus uniquement de proposer des produits labellisés ESG ou climat, mais de démontrer leur pertinence financière et environnementale.
Un clivage générationnel qui redessine le profil des investisseurs
L’âge apparaît comme l’un des principaux facteurs de différenciation dans l’adoption des fonds climat. Les moins de 35 ans sont particulièrement présents sur ce marché : 62 % déclarent détenir ce type de placement, contre seulement 25 % pour l’ensemble des répondants. À l’opposé, cette proportion tombe à 12 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus.
Ce contraste générationnel révèle une appropriation très différente des enjeux climatiques selon les profils d’épargnants. Les jeunes actifs, notamment ceux qui disposent d’un niveau de diplôme élevé et d’une bonne connaissance des produits financiers, constituent aujourd’hui le principal moteur du marché. Les consommateurs engagés dans des démarches durables et les investisseurs accompagnés par des professionnels figurent également parmi les populations les plus représentées.
À l’inverse, les retraités, les investisseurs les moins familiers avec les notions d’investissement responsable et les épargnants qui privilégient une gestion autonome de leur patrimoine restent davantage en retrait. Cette situation pose la question de l’élargissement de la clientèle. Pour dépasser le cercle des investisseurs déjà sensibilisés, les acteurs financiers devront adapter leur discours et rendre les solutions climatiques plus accessibles à des publics aux attentes et aux connaissances très différentes.
Des investisseurs fidèles, mais des exigences financières toujours déterminantes
Malgré le recul de la détention globale, les souscriptions témoignent d’une dynamique plus favorable parmi les investisseurs déjà présents sur ce marché. En 2025, 15 % des épargnants interrogés déclarent avoir souscrit à des fonds climat, dont 7 % pour la première fois. Si le nombre de nouveaux entrants diminue légèrement, l’activité des détenteurs existants progresse nettement.
Parmi les épargnants possédant déjà des fonds ESG ou climat, 45 % déclarent avoir réalisé une nouvelle souscription, contre 36 % lors de la précédente édition. Cette proportion atteint même 54 % chez les détenteurs de fonds climat, contre 42 % auparavant. Le marché perd ainsi en largeur, mais gagne en profondeur : les nouveaux investisseurs sont moins nombreux, tandis que les détenteurs les plus convaincus renforcent leur exposition.
La satisfaction confirme cette fidélité. Parmi les épargnants ayant acquis des fonds climat en 2025, 76 % se déclarent satisfaits de leur investissement. Ce résultat reste toutefois plus fragile chez les primo-souscripteurs, dont le taux de satisfaction atteint 66 %. L’insatisfaction y est trois fois plus importante que la moyenne, ce qui souligne l’importance de la première expérience dans la construction d’une relation durable avec ces produits.
Les raisons de cette satisfaction montrent également que les considérations financières conservent une place centrale. La stabilité du placement et sa performance constituent les principaux facteurs d’appréciation, devant la mesure de son impact environnemental. À niveau de risque équivalent, 50 % des répondants privilégient exclusivement le rendement financier. Parallèlement, 39 % souhaitent accorder une importance équivalente à la performance et à l’impact positif, tandis que 10 % placent la contribution environnementale au premier rang de leurs priorités.
Pour les sociétés de gestion, le défi consiste donc à concilier deux exigences. Les fonds doivent apporter une contribution environnementale crédible, sans renoncer aux attentes de rendement et de maîtrise du risque. La capacité à fidéliser les nouveaux investisseurs dépendra notamment de la cohérence entre les objectifs annoncés et les résultats financiers effectivement observés.
Le conseil financier, un relais de développement encore insuffisamment mobilisé
L’accompagnement professionnel occupe une place grandissante dans les décisions d’investissement. En 2026, 58 % des épargnants déclarent solliciter un tiers pour les aider à choisir leurs placements, soit une progression de quatre points en un an. Les banques, les assureurs, les conseillers en gestion de patrimoine et les banquiers privés constituent ainsi des interlocuteurs importants dans la diffusion des solutions responsables.
Pourtant, cette progression du recours au conseil ne se traduit pas par une augmentation des propositions commerciales. Seuls 25 % des répondants indiquent avoir déjà reçu une recommandation portant sur un produit d’investissement responsable. La proportion était de 28 % en 2025. Plus précisément, 13 % déclarent avoir été orientés vers un fonds climat et 12 % vers un fonds ESG généraliste.
Ce décalage révèle un potentiel de développement encore inexploité. Les épargnants sollicitent davantage les professionnels, mais les solutions responsables restent relativement peu présentes dans les recommandations qui leur sont adressées. Le phénomène concerne notamment les profils plus âgés et les investisseurs qui maîtrisent moins les caractéristiques de ces placements. Ces publics pourraient pourtant bénéficier d’un accompagnement renforcé pour comprendre les mécanismes de l’investissement climat et identifier les produits adaptés à leurs objectifs.
Les conseillers en gestion de patrimoine et les banquiers privés disposent notamment d’un rôle stratégique. Les données montrent que 32 % des acquéreurs de fonds climat ont été accompagnés par ces professionnels, contre 20 % dans l’ensemble de l’échantillon. Leur capacité à expliquer les stratégies d’investissement, à présenter les risques et à clarifier les objectifs environnementaux peut ainsi contribuer à transformer l’intérêt des épargnants en décisions concrètes.
Les labels retrouvent leur place dans les décisions d’investissement
La lisibilité des produits constitue un autre enjeu majeur pour le développement du marché. Dans ce contexte, les labels responsables regagnent progressivement la confiance des épargnants. Près d’un répondant sur deux, soit 49 %, estime qu’un label, notamment le label ISR, pourrait l’inciter à investir dans un fonds climat. Cette proportion était de 44 % en 2025.
Le regain d’intérêt est encore plus marqué chez les investisseurs déjà familiarisés avec ces solutions. Parmi les détenteurs de fonds ESG et climat, 75 % considèrent les labels comme un élément susceptible d’orienter leur décision. Ce chiffre atteint 84 % chez les primo-souscripteurs de fonds climat.
Cette progression traduit un besoin de repères dans un univers financier où les appellations, les méthodologies et les objectifs environnementaux peuvent parfois sembler complexes. Les labels permettent aux épargnants de disposer d’un premier niveau d’information pour comparer les produits et mieux comprendre leurs caractéristiques.
Ils ne suffisent toutefois pas à garantir l’adhésion. Les investisseurs attendent également des informations précises sur la composition des portefeuilles, les entreprises financées et les résultats obtenus. La transparence des reportings reste d’ailleurs un point d’amélioration identifié par l’étude. Pour les sociétés de gestion, l’enjeu consiste donc à associer la reconnaissance des labels à une communication claire et documentée sur les engagements réellement mis en œuvre.
De l’exclusion systématique au financement des entreprises en transition
Les attentes des épargnants évoluent également concernant la manière de sélectionner les entreprises financées par les fonds climat. L’approche fondée sur l’exclusion systématique de certains secteurs perd progressivement du terrain. L’adhésion à ce principe recule de sept points, tandis que les investisseurs se montrent davantage ouverts à une sélection reposant sur les efforts de transformation des entreprises.
Désormais, 49 % des répondants considèrent qu’une entreprise peut être intégrée à un fonds climat dès lors que sa sélection repose sur des critères clairement justifiés. Cette approche, souvent désignée sous le terme de « best-in-transition », consiste à accompagner les entreprises qui s’engagent dans une trajectoire de décarbonation crédible, y compris lorsqu’elles appartiennent à des secteurs fortement émetteurs.
Cette évolution traduit une vision plus pragmatique de la transition écologique. Plutôt que de financer uniquement les activités déjà considérées comme vertueuses, les investisseurs peuvent contribuer à transformer les secteurs dont les émissions constituent un enjeu majeur. L’industrie, l’énergie ou encore les transports représentent ainsi des terrains importants pour accélérer la décarbonation de l’économie.
Cette ouverture ne signifie cependant pas un abandon des exigences environnementales. Les investisseurs les plus engagés restent particulièrement attachés à l’exclusion de certaines activités. La transparence sur les critères de sélection et la capacité à démontrer les progrès réalisés deviennent donc essentielles pour maintenir leur confiance. Les sociétés de gestion doivent être en mesure d’expliquer pourquoi une entreprise est intégrée à un portefeuille et quels résultats sont attendus de son accompagnement.
La souveraineté énergétique, un argument capable de fédérer au-delà des convaincus
Parmi les enseignements du baromètre, la souveraineté énergétique se distingue comme l’un des principaux leviers de développement de l’investissement climat. Dans un contexte où les questions d’approvisionnement, d’indépendance énergétique et de compétitivité occupent une place importante, cet argument trouve un écho auprès d’une large partie des épargnants.
Au total, 68 % des répondants déclarent que la contribution d’un fonds climat à la souveraineté énergétique renforcerait leur intérêt pour ce type de placement. Cette proportion atteint 92 % chez les détenteurs et acquéreurs de fonds climat. Plus significatif encore, elle reste majoritaire chez les non-détenteurs, avec 60 % de réponses positives.
Cette adhésion montre que l’investissement climat peut être présenté à travers des enjeux qui dépassent la seule dimension environnementale. Le financement des énergies renouvelables, le développement des infrastructures énergétiques et la réduction de la dépendance aux ressources fossiles peuvent répondre simultanément à des objectifs économiques, industriels et stratégiques.
La souveraineté énergétique constitue ainsi un terrain de convergence entre des épargnants déjà sensibilisés aux enjeux climatiques et des profils plus éloignés de l’investissement responsable. Pour les gestionnaires d’actifs, cette dimension offre une possibilité de renouveler leur communication et de démontrer l’utilité économique des capitaux orientés vers la transition.
Des thématiques d’investissement davantage tournées vers les solutions concrètes
Les préférences exprimées par les épargnants confirment leur intérêt pour des investissements dont les bénéfices peuvent être clairement identifiés. Les énergies renouvelables arrivent en tête des thématiques privilégiées, avec 14 % des répondants qui les citent en premier choix. L’accès à l’eau et la gestion durable des ressources suivent avec 12 %.
À l’inverse, les thématiques liées à la préservation des écosystèmes terrestres et des ressources marines enregistrent un recul. Cette évolution ne traduit pas nécessairement une perte d’intérêt pour la biodiversité, mais souligne une préférence croissante pour les solutions directement associées à la transformation des infrastructures et des modes de production.
L’adaptation au changement climatique fait également son apparition parmi les préoccupations des investisseurs. Citée en premier choix par 9 % des répondants, elle se positionne en troisième place. Cette thématique recouvre notamment les investissements permettant de mieux anticiper les conséquences du réchauffement, comme la gestion du stress hydrique ou la résilience des territoires face aux événements climatiques extrêmes.
Les épargnants privilégient par ailleurs une approche combinant plusieurs objectifs. Ainsi, 46 % souhaitent financer à la fois la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement d’activités déjà compatibles avec une économie décarbonée. Cette préférence pour une stratégie diversifiée confirme l’intérêt porté à l’accompagnement de la transition, plutôt qu’à une concentration exclusive sur les entreprises déjà positionnées sur les activités vertes.
En matière de véhicules d’investissement, les fonds mixtes associant actions et produits de taux cotés recueillent également le plus grand intérêt, avec 49 % des répondants qui les sélectionnent. Cette préférence suggère que la diversification et la maîtrise du risque restent des éléments déterminants dans la construction d’une allocation dédiée au climat.
Le manque de connaissance reste le principal obstacle à l’élargissement du marché
Malgré les leviers identifiés, plusieurs freins continuent de limiter la diffusion de l’investissement climat. Le premier concerne la connaissance des produits. Près de la moitié des épargnants, soit 49 %, déclarent ne pas disposer des informations nécessaires pour investir dans ce type de solution. Ce manque de familiarité constitue le principal obstacle cité dans l’ensemble de la population interrogée.
La complexité de l’offre représente une autre difficulté. Les différents labels, les classifications et les méthodes d’évaluation de l’impact peuvent rendre les produits difficiles à comparer. Les investisseurs peuvent ainsi éprouver des difficultés à distinguer les fonds qui financent directement des activités vertes de ceux qui accompagnent la transformation d’entreprises issues de secteurs plus carbonés.
Les attentes évoluent toutefois selon le degré de connaissance des répondants. Chez les détenteurs de fonds ESG ou climat, le manque de clarté de l’offre devient le premier frein, cité par 44 % d’entre eux. La performance financière constitue également une préoccupation importante, mentionnée par 41 % des investisseurs déjà engagés. Autrement dit, lorsque la méconnaissance diminue, les exigences se déplacent vers la qualité des produits, leur rendement et la crédibilité de leur démarche environnementale.
Cette distinction souligne la nécessité d’adapter les réponses apportées aux différents profils. Les épargnants qui découvrent l’investissement climat ont besoin de pédagogie et d’explications accessibles. Les investisseurs expérimentés attendent davantage de transparence, de preuves d’impact et de visibilité sur les performances.
Un marché appelé à conjuguer pédagogie, performance et crédibilité environnementale
Les résultats de cette septième édition dessinent un marché de l’investissement climat en pleine évolution. Le recul de la détention globale ne traduit pas nécessairement un désintérêt généralisé, mais plutôt une concentration autour d’investisseurs plus actifs et plus exigeants. Ces derniers continuent de souscrire, tout en accordant une attention particulière aux performances financières et à la réalité des engagements environnementaux.
Pour Arnaud Faller, directeur général délégué et CIO de CPRAM, cette évolution confirme l’importance d’un accompagnement adapté. Les conseillers en gestion de patrimoine et les banquiers privés ont notamment un rôle à jouer pour mieux faire connaître ces solutions et répondre aux attentes des épargnants en matière de performance et de lisibilité.
Noémie Hadjadj-Gomes, Chief Responsible Officer et responsable de l’équipe Investment Expertises & Solutions de CPRAM, souligne également la transformation des attentes. Les investisseurs se montrent davantage disposés à financer la transition de secteurs fortement émetteurs. Cette évolution renforce le besoin de pédagogie et de transparence, auquel les labels peuvent apporter une première réponse.
À terme, le développement de l’investissement climat dépendra donc de la capacité des acteurs financiers à dépasser le cercle des investisseurs déjà convaincus. La qualité de l’accompagnement, la clarté des stratégies, la démonstration des résultats et la cohérence des performances seront déterminantes. La souveraineté énergétique et le financement de la transition des entreprises offrent, dans cette perspective, des arguments susceptibles de rapprocher les objectifs climatiques des préoccupations économiques des épargnants.
Méthodologie : cette septième édition du Baromètre de l’investissement responsable a été réalisée par OpinionWay auprès de 1 029 épargnants français âgés de 18 ans et plus. Le questionnaire en ligne a été administré du 15 au 26 juin 2026. Les répondants disposent notamment d’une assurance-vie, d’un PEA ou d’un compte-titres et/ou d’une épargne financière supérieure à 10 000 euros.
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