
Le financement des cleantech françaises entre dans une nouvelle phase. Au premier semestre 2026, 946 millions d’euros ont été investis dans les entreprises de la transition écologique et énergétique, à travers 67 opérations. Si le montant recule de 25 % sur un an, le nombre d’opérations reste quasiment stable. Surtout, le marché rebondit nettement par rapport au second semestre 2025.
Publié par la Commission Industrie & Transition Écologique de France Invest avec GreenUnivers et EY, le baromètre du premier semestre 2026 dessine ainsi un marché plus sélectif. Les investisseurs continuent de financer les technologies de transition, mais leurs exigences évoluent. La capacité à industrialiser, à commercialiser et à construire un modèle économique solide devient aussi déterminante que la technologie développée.
Les investissements repartent après un second semestre 2025 difficile
Le premier chiffre à retenir est celui des 946 millions d’euros investis au premier semestre 2026. Ce montant représente une baisse de 25 % par rapport aux 1,26 milliard d’euros enregistrés sur la même période en 2025.
Cette comparaison annuelle doit toutefois être nuancée. Au second semestre 2025, les investissements étaient tombés à 659 millions d’euros. En six mois, le marché a donc progressé de 44 %. Le niveau du premier semestre 2026 traduit ainsi davantage une reprise par rapport au point bas de 2025 qu’un décrochage généralisé du financement des cleantech.
Le nombre d’opérations confirme cette relative stabilisation. 67 opérations ont été recensées au premier semestre, contre 70 un an plus tôt et 56 au second semestre 2025. Le marché réalise donc presque autant d’opérations qu’un an auparavant, malgré un contexte de financement plus exigeant.
Le baromètre met ainsi en évidence un changement de régime. Après les niveaux d’investissement particulièrement élevés observés dans les années qui ont suivi la crise sanitaire, les capitaux sont désormais davantage concentrés sur les entreprises et les projets capables de démontrer une trajectoire industrielle et commerciale crédible.
Les énergies renouvelables restent le principal secteur financé
Avec 253 millions d’euros investis, les énergies renouvelables arrivent en tête des secteurs étudiés. Elles représentent 27 % des montants engagés au cours du semestre, soit plus d’un quart du financement total des cleantech françaises.
Cette première place est notamment liée à plusieurs opérations significatives. Parmi elles, la levée de 130 millions d’euros réalisée par Amarenco constitue la plus importante opération du semestre. Le producteur d’énergies renouvelables figure ainsi en tête du classement des principales opérations recensées par le baromètre.
Le nouveau nucléaire apparaît également parmi les secteurs qui concentrent les capitaux. Le financement de 75 millions d’euros obtenu par newcleo illustre cette dynamique. L’entreprise développe des réacteurs modulaires avancés et s’inscrit dans le développement de nouvelles technologies nucléaires.
Autre opération majeure : ARVERNE a levé 70 millions d’euros auprès de plusieurs investisseurs, parmi lesquels Rgreen, Bpifrance, Eiffel Essentiel, Ademe Investissement et Crédit Mutuel Equity. L’entreprise développe notamment des solutions liées à la géothermie et aux ressources géothermales
Ces trois opérations constituent le Top 3 des opérations du premier semestre 2026 présenté dans le baromètre France Invest x GreenUnivers x EY.
L’AgTech se distingue par le nombre d’opérations
Le classement change lorsqu’on regarde non plus les montants investis, mais le nombre d’opérations.
L’AgTech arrive alors en première position avec 12 opérations réalisées au premier semestre, soit 18 % du total. Le secteur devance ainsi les énergies renouvelables en nombre de transactions, alors même que celles-ci restent largement devant en matière de capitaux mobilisés.
Cette dynamique traduit l’intérêt persistant des investisseurs pour les solutions destinées à accompagner la transformation du secteur agricole. Les entreprises financées développent notamment des technologies et services destinés à répondre aux enjeux de transition agroécologique.
Le baromètre souligne toutefois un contexte difficile pour le monde agricole, confronté à la hausse des coûts de l’énergie et aux conséquences du changement climatique. Les financements se concentrent donc principalement sur des entreprises en phase d’innovation et de commercialisation de solutions susceptibles d’accompagner cette transformation.
Le capital-innovation concentre l’essentiel des financements
Autre enseignement majeur du semestre : les investisseurs privilégient nettement le capital-innovation.
685 millions d’euros ont été investis dans 62 opérations relevant de cette catégorie. Parmi elles, 34 correspondent à des premiers tours, pour un montant total de 192 millions d’euros.
À l’inverse, le capital-développement marque un net ralentissement. Seulement cinq opérations ont été recensées, pour un montant cumulé de 261 millions d’euros.
Cette répartition révèle une difficulté persistante du marché français : faire passer les entreprises de la phase d’innovation à celle de l’industrialisation à grande échelle. Le financement des premières étapes reste actif, mais les capitaux nécessaires pour construire des usines, recruter massivement ou accélérer le déploiement commercial sont plus difficiles à mobiliser.
C’est l’un des principaux enjeux identifiés par le baromètre. La transition écologique ne dépend plus uniquement de la capacité à faire émerger de nouvelles technologies. Elle dépend aussi de la capacité à leur permettre de changer d’échelle.
Une dynamique qui dépasse largement l’Île-de-France
La géographie des investissements apporte un autre enseignement important.
Contrairement à une lecture qui concentrerait l’activité cleantech autour de Paris, 55 % des montants investis au premier semestre 2026 l’ont été en dehors de l’Île-de-France. Les opérations réalisées hors de la région représentent également 57 % du total.
La transition écologique s’appuie donc largement sur les territoires. Les sites industriels, les infrastructures, les ressources énergétiques et les compétences nécessaires au développement des technologies sont répartis dans différentes régions françaises.
L’Île-de-France conserve néanmoins une place importante dans l’écosystème. Elle concentre 423 millions d’euros à travers 29 opérations sur la période, mais les données montrent que les investissements ne se limitent pas au principal bassin économique français.
Cette dimension territoriale devient particulièrement importante pour les secteurs nécessitant des infrastructures physiques. Dans les énergies renouvelables, par exemple, le développement de nouvelles capacités de production doit être accompagné par des investissements dans les réseaux, le stockage et la flexibilité.
En Europe, le financement des cleantech reste sous pression
La tendance française s’inscrit dans un mouvement européen plus large.
Au premier semestre 2026, 4,9 milliards d’euros ont été investis en capital-investissement dans les cleantech au sein de l’Union européenne. Le montant est inférieur de 8 % à celui enregistré au premier semestre 2025.
Le nombre d’opérations atteint surtout son niveau le plus bas depuis neuf ans. La France et l’Allemagne représentent à elles seules plus de 40 % des opérations réalisées sur la période.
L’écart avec les États-Unis reste également important. Sur le semestre, les entreprises cleantech américaines ont attiré environ 10 milliards d’euros d’investissements en capital-investissement, soit plus du double du montant observé dans l’Union européenne.
Le financement des entreprises en phase de croissance constitue donc un enjeu majeur à l’échelle européenne. Le baromètre souligne notamment l’importance des financements par la dette, des modèles de financement mixtes et des garanties publiques pour accompagner les technologies propres lorsqu’elles atteignent des phases plus matures.
Du financement de l’innovation au passage à l’échelle
Les chiffres du premier semestre 2026 dessinent finalement un marché moins marqué par la course aux montants que par la sélection des projets.
Les investisseurs continuent de financer les entreprises cleantech. Mais l’enjeu se déplace progressivement vers leur capacité à passer du prototype à l’industrialisation, puis de l’industrialisation au marché.
Cette évolution pose plusieurs questions très concrètes : accès aux infrastructures, raccordement aux réseaux, obtention des permis, coût du financement, sécurisation des chaînes d’approvisionnement ou encore accès à une demande suffisante en Europe.
Pour les énergies renouvelables comme pour les autres technologies de transition, la disponibilité des capitaux ne constitue donc qu’une partie de l’équation. La capacité à transformer ces financements en capacités industrielles et en solutions déployées à grande échelle devient désormais déterminante.
Avec 946 millions d’euros investis au premier semestre, la filière française conserve une activité significative. Le prochain enjeu sera de transformer cette dynamique de financement en véritable capacité industrielle et commerciale.
Le baromètre France Invest x GreenUnivers x EY montre ainsi un marché qui ne disparaît pas, mais qui entre dans une phase plus exigeante : celle du passage de l’innovation à l’exécution.
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