
GREEN FINANCE PREMIUM | ANALYSE INTERNATIONALE | 15 OCTOBRE 2026
À quelques jours d’intervalle, deux rendez-vous majeurs de la diplomatie environnementale vont réunir gouvernements, institutions financières, multinationales, scientifiques et organisations non gouvernementales. Du 19 au 30 octobre, la COP17 sur la biodiversité se tiendra à Erevan, en Arménie. Du 9 au 20 novembre, la COP31 sur le climat prendra le relais à Antalya, en Turquie. Deux conférences souvent confondues, mais aux missions distinctes et complémentaires. Derrière les discours sur la protection de la planète, les négociations promettent d’être particulièrement financières, politiques et controversées.
COP17 — Biodiversité19–30 octobre 2026 · Erevan, Arménie
COP31 — Climat9–20 novembre 2026 · Antalya, Turquie
Deux COP, mais de quoi parle-t-on exactement ?
Le terme COP est l’acronyme anglais de Conference of the Parties, que l’on traduit par « Conférence des Parties ».
Concrètement, il s’agit d’une grande réunion internationale au cours de laquelle les pays ayant adhéré à une convention des Nations unies se retrouvent pour négocier, évaluer leurs engagements et décider des prochaines actions communes.
Mais il existe plusieurs COP, car toutes ne traitent pas du même sujet.
La COP31 concerne le changement climatique : comment limiter le réchauffement de la planète, réduire les émissions de gaz à effet de serre et financer l’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique ?
La COP17 concerne la biodiversité : comment empêcher la disparition des espèces animales et végétales, protéger les forêts, les océans et les écosystèmes, et financer la restauration de la nature ?
La distinction est fondamentale : protéger le climat ne signifie pas automatiquement protéger la biodiversité. Une plantation industrielle d’arbres peut, par exemple, contribuer au stockage du carbone tout en appauvrissant la diversité biologique locale si elle remplace un écosystème naturel.
À l’inverse, préserver une forêt ancienne permet simultanément de protéger des milliers d’espèces, de stocker du carbone, de réguler l’eau et de limiter certains effets du réchauffement.
Les deux conférences en un coup d’œil
| COP17 | COP31 | |
|---|---|---|
| Thématique | Biodiversité | Climat |
| Ville | Erevan | Antalya |
| Pays | Arménie | Turquie |
| Dates | 19–30 octobre | 9–20 novembre |
| Durée | 12 jours calendaires | 12 jours calendaires |
| Convention | Convention sur la diversité biologique | Convention-cadre sur les changements climatiques |
| Enjeu central | Protéger et restaurer la nature | Réduire les émissions et renforcer l’adaptation |
| Horizon stratégique | 2030 | 2030 et 2050 |
Ces dates sont confirmées par les secrétariats des conventions des Nations unies.
1. COP17 : Erevan face à l’urgence de sauver le vivant
Du 19 au 30 octobre 2026, la capitale arménienne accueillera la dix-septième Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique.
La cérémonie d’ouverture est programmée dès le 18 octobre, tandis que les négociations officielles commenceront le lendemain.
Cette COP17 constituera le premier grand examen collectif de la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté en décembre 2022.
Le grand objectif : protéger 30 % de la planète d’ici 2030
En 2022, les États ont adopté un cadre international comprenant 23 cibles à atteindre d’ici 2030.
La plus emblématique est connue sous le nom de « 30×30 » : conserver efficacement au moins 30 % des terres, des eaux intérieures et des espaces marins et côtiers de la planète d’ici 2030.
Cela ne signifie pas qu’il suffira de colorier 30 % de la carte du monde en vert.
Une aire protégée n’est réellement utile que si elle bénéficie d’une gestion efficace, d’une protection durable et de moyens suffisants pour préserver ses espèces et ses habitats.
Or, les progrès restent très insuffisants.
Selon les évaluations publiées à la veille de la conférence, environ 20 % des terres et eaux intérieures sont actuellement protégées, tandis que les engagements nationaux pourraient porter cette proportion à 27 % d’ici 2030. Dans les océans, la situation apparaît encore plus préoccupante : environ 10 % sont protégés et les engagements existants ne permettraient d’atteindre qu’environ 12 % en 2030.
Ces chiffres illustrent le décalage entre les ambitions diplomatiques et les politiques effectivement engagées.
Une biodiversité en déclin malgré les engagements
Le dernier bilan mondial présente une réalité contrastée.
Certaines espèces bénéficient d’efforts de conservation efficaces. Mais, à l’échelle mondiale, le WWF relève une diminution moyenne de 73 % de la taille des populations de vertébrés sauvages suivies sur une période de 52 ans. Ce chiffre ne signifie pas que 73 % des animaux ont disparu : il mesure l’évolution moyenne d’un ensemble de populations étudiées.
La déforestation, l’agriculture intensive, la pollution, la surexploitation des ressources et le changement climatique continuent de fragiliser les écosystèmes.
L’enjeu est également économique. Sans pollinisateurs, certaines productions agricoles deviennent plus coûteuses. Sans zones humides, les risques d’inondation augmentent. Sans sols vivants, les rendements agricoles et la sécurité alimentaire sont menacés.
La biodiversité n’est donc pas uniquement une question environnementale : elle constitue une infrastructure naturelle sur laquelle repose une partie de l’économie mondiale.
Le véritable bras de fer : les milliards de la biodiversité
Financements à mobiliser d’ici 2030
200 Md$
Par an, de toutes sources, pour la biodiversité
Subventions néfastes à réduire
500 Md$
Par an, au minimum, d’ici 2030
Objectifs des cibles 18 et 19 du Cadre mondial de Kunming-Montréal.
Le financement sera l’un des sujets les plus sensibles de cette COP17.
Les États se sont engagés à mobiliser au moins 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour la biodiversité, dont au moins 30 milliards de dollars par an de flux financiers internationaux destinés aux pays en développement.
Mais un autre chiffre est encore plus révélateur : environ 2 600 milliards de dollars par an de financements publics et d’incitations économiques soutiendraient des activités dommageables pour la nature, selon les estimations mises en avant à la veille du sommet.
Autrement dit, les États tentent de financer la protection de la biodiversité tout en continuant à soutenir financièrement des pratiques qui contribuent à sa destruction.
Cette contradiction pourrait devenir l’une des principales controverses d’Erevan.
Plus de 130 entreprises et institutions financières, représentant 4 700 milliards de dollars d’actifs sous gestion, ont d’ailleurs appelé les gouvernements à accélérer la réforme des incitations économiques défavorables à la nature.
Quelles personnalités seront au cœur de la COP17 ?
Hambardzum Matevosyan — Président désigné de la COP17
Ministre arménien de l’Environnement, il pilotera politiquement la conférence. Son rôle sera de rechercher des compromis entre États sur les objectifs de biodiversité, les financements et la mise en œuvre des engagements.
Astrid Schomaker — Secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique
Elle occupe une fonction centrale dans la préparation et le suivi institutionnel des négociations internationales.
Les ministres de l’Environnement et les représentants d’organisations internationales seront particulièrement attendus lors du segment politique de haut niveau des 27 et 28 octobre. Un sommet de dirigeants est également prévu le 16 octobre, avant l’ouverture des négociations. Les listes nominatives complètes des chefs d’État et personnalités effectivement présents ne sont pas encore toutes confirmées publiquement.
À quels résultats peut-on s’attendre ?
La COP17 devra produire un premier bilan mondial de l’application des engagements de 2022. Les délégations chercheront notamment à faire avancer les stratégies nationales, la mobilisation de capitaux privés et les mécanismes de financement.
Un sujet technique mais potentiellement explosif concernera le Cali Fund, un mécanisme destiné à encourager les entreprises qui tirent une valeur commerciale des informations génétiques numériques à contribuer au financement de la biodiversité.
Ce dispositif, né dans le prolongement de la COP16, peine pour l’instant à mobiliser les sommes espérées. Selon Reuters, il n’avait recueilli qu’environ 6 000 dollars à la veille de la COP17, très loin des ambitions initiales.
La question sera donc simple : comment transformer des engagements volontaires en contributions suffisamment importantes, prévisibles et transparentes ?
Pour les investisseurs, l’enjeu dépasse largement les dons philanthropiques. Il concerne l’émergence de nouveaux marchés : obligations biodiversité, dette liée à des objectifs de restauration, financements de solutions fondées sur la nature, crédits biodiversité et instruments de partage des risques.
Encore faudra-t-il démontrer que les projets financés produisent des bénéfices écologiques réels, additionnels et mesurables.
2. COP31 : Antalya, ou le moment de vérité pour les engagements climatiques
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Du 9 au 20 novembre 2026, la Turquie accueillera la COP31 au centre d’exposition d’Antalya.
Un sommet des chefs d’État et de gouvernement est programmé les 11 et 12 novembre.
Cette trente et unième conférence s’inscrit dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, adoptée en 1992, et des négociations associées à l’Accord de Paris de 2015.
Le but : empêcher un réchauffement climatique incontrôlé
L’Accord de Paris vise à maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale nettement en dessous de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, tout en poursuivant les efforts pour limiter cette hausse à 1,5 °C.
Pourquoi cette différence de quelques dixièmes de degré est-elle aussi importante ?
Parce que chaque fraction de degré supplémentaire accroît les risques de vagues de chaleur, de sécheresses, d’inondations, de pertes agricoles et de dommages aux infrastructures.
Pour limiter ces risques, les États doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, notamment celles liées au charbon, au pétrole et au gaz naturel.
Mais la COP31 ne sera pas seulement consacrée à la réduction des émissions. Elle devra aussi répondre à une question essentielle : qui paiera pour adapter les territoires aux conséquences climatiques déjà inévitables ?
Une présidence inédite entre la Turquie et l’Australie
Murat Kurum — Président désigné de la COP31
Ministre turc chargé de l’Environnement et du Climat, il présidera la conférence et portera la responsabilité politique du sommet.
Chris Bowen — Président des négociations
Le ministre australien du Changement climatique conduira les négociations, selon un partage des responsabilités inédit avec la présidence turque.
Ce dispositif est né d’un compromis diplomatique après une rivalité entre Ankara et Canberra pour accueillir la conférence.
L’Australie souhaitait notamment mettre les États insulaires du Pacifique au premier plan. La Turquie tenait à organiser le sommet sur son territoire.
La formule retenue répartit les responsabilités, sans supprimer les divergences possibles entre les priorités des deux pays.
Le cas des petites îles du Pacifique sera particulièrement emblématique. Lors de la réunion préparatoire organisée aux Fidji début octobre, Murat Kurum a souligné l’urgence de limiter le réchauffement pour préserver des territoires menacés par la montée des eaux, comme Tuvalu.
Les quatre grandes batailles attendues à Antalya
Première bataille : la sortie des énergies fossiles.
Depuis la COP28 de Dubaï, les pays ont reconnu la nécessité d’une transition hors des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques. Mais la traduction de cette orientation en calendrier, en politiques nationales et en investissements reste politiquement conflictuelle.
Les États producteurs d’hydrocarbures, les pays émergents et les grandes économies industrialisées n’ont ni les mêmes ressources ni les mêmes contraintes.
La COP31 pourrait donc voir réapparaître les tensions autour d’une feuille de route internationale plus précise sur le charbon, le pétrole et le gaz.
Deuxième bataille : les financements climatiques.
Les pays en développement réclament davantage de ressources pour financer leur transition énergétique et se protéger contre les catastrophes climatiques.
La difficulté ne consiste pas seulement à annoncer des montants importants. Il faut déterminer quelle part prendra la forme de subventions, de prêts concessionnels, de garanties publiques ou de capitaux privés.
Un prêt commercial accordé à un pays très endetté ne présente évidemment pas le même intérêt qu’une subvention destinée à financer une infrastructure résiliente.
Troisième bataille : la crédibilité des engagements nationaux.
Chaque pays présente des contributions déterminées au niveau national, ou NDC, qui décrivent ses objectifs et ses politiques climatiques.
La COP31 devra pousser les États à traduire ces engagements en trajectoires opérationnelles : infrastructures électriques, rénovation des bâtiments, décarbonation industrielle, transports et adaptation.
Quatrième bataille : l’adaptation et les pertes et préjudices.
Certains dommages climatiques ne peuvent plus être totalement évités.
Les pays vulnérables demanderont donc des financements accessibles et prévisibles pour protéger leurs populations, reconstruire après des catastrophes et répondre aux pertes irréversibles.
La présidence turque entend précisément présenter Antalya comme une conférence de mise en œuvre, davantage orientée vers les réalisations concrètes que vers de nouvelles déclarations générales.
Les personnalités attendues et les grands acteurs des négociations
Simon Stiell — Secrétaire exécutif d’ONU Climat
Figure centrale de la diplomatie climatique, il défend notamment l’accélération des investissements et la mobilisation de capitaux publics et privés.
André Corrêa do Lago — Président de la COP30
Son équipe assure la continuité des travaux engagés à Belém, notamment sur les feuilles de route concernant les énergies fossiles, les forêts et le financement climatique.
António Guterres — Secrétaire général des Nations unies
Sa voix demeure majeure dans la mobilisation politique internationale pour le climat. Sa participation physique aux différentes séquences d’Antalya reste à distinguer d’une présence officiellement confirmée.
Au-delà de ces personnalités, les représentants de l’Union européenne, de la Chine, de l’Inde, des pays producteurs d’hydrocarbures et des États insulaires auront une influence déterminante.
La présence exacte des chefs d’État, notamment celle des dirigeants des grandes puissances, devra être confirmée à l’approche du sommet.
3. Pétroliers, sponsors et lobbying : les polémiques qui poursuivent les COP
Depuis plusieurs années, les conférences climatiques font face à une critique récurrente : comment négocier la réduction des émissions de gaz à effet de serre lorsque des acteurs économiques directement dépendants des hydrocarbures participent aux discussions ?
La controverse ne concerne pas uniquement les sponsors officiels. Elle porte également sur les accréditations, les délégations nationales, les prestations de communication et les conflits d’intérêts potentiels.
COP28 : un dirigeant pétrolier à la présidence
En 2023, la COP28 organisée à Dubaï avait suscité une importante polémique en raison de sa présidence assurée par Sultan Al Jaber, également dirigeant de la compagnie pétrolière nationale ADNOC.
Ses défenseurs considéraient qu’il était nécessaire d’associer les producteurs d’énergie à la transition. Ses détracteurs dénonçaient un conflit d’intérêts entre l’objectif de réduction des combustibles fossiles et les intérêts économiques de l’industrie pétrolière.
COP29 : une conférence organisée dans un État producteur d’hydrocarbures
En 2024, l’Azerbaïdjan, pays fortement dépendant du pétrole et du gaz, accueillait la COP29 à Bakou.
Le choix du pays hôte avait alimenté les accusations d’incohérence entre diplomatie climatique et politique énergétique.
COP30 : les pétroliers absents des sponsors directs, mais présents dans les négociations
La COP30 de Belém, au Brésil, a illustré une situation plus complexe.
Contrairement à une idée parfois relayée, Petrobras ne figurait pas parmi les sponsors officiels directs recensés. En revanche, plusieurs établissements financiers liés au financement des hydrocarbures figuraient parmi les partenaires de l’événement.
Le sujet principal était ailleurs : l’influence des représentants de l’industrie fossile dans les négociations.
Selon la coalition Kick Big Polluters Out, plus de 1 600 représentants liés aux intérêts des énergies fossiles avaient obtenu une accréditation, soit environ un participant sur 25.
Présence estimée des représentants liés aux énergies fossiles lors des précédentes COP
Estimations de la coalition Kick Big Polluters Out, selon les critères de comptage de chaque édition. Ce ne sont pas des nombres de sponsors.
Chiffre COP30 arrondi, correspondant à « plus de 1 600 ».
Une analyse publiée par Transparency International en septembre 2026 a également identifié 63 représentants liés aux intérêts fossiles dans neuf délégations nationales européennes à la COP30, dont 26 dans la délégation française, selon sa méthodologie.
La question n’est donc pas seulement de savoir quelles entreprises financent les COP, mais aussi qui accède aux négociateurs, dans quelles conditions et avec quel degré de transparence.
COP31 : une polémique déjà engagée autour de la communication
La COP31 n’a pas encore commencé que la question des liens avec l’industrie fossile a déjà refait surface.
En septembre 2026, une enquête de DeSmog a mis en cause le recours à l’agence de communication Teneo pour accompagner l’organisation de la conférence turque.
Cette agence a notamment travaillé pour des entreprises du secteur des hydrocarbures et était déjà intervenue dans la communication des COP28 et COP29.
Selon l’enquête, ses prestations liées à la COP28 avaient représenté 1,6 million de dollars, financés par l’intermédiaire de Masdar, acteur des énergies renouvelables lié à ADNOC.
Il convient de distinguer trois réalités : être sponsor officiel d’une COP, être prestataire de son organisation et représenter des intérêts économiques dans les négociations. Ces situations ne sont pas équivalentes et ne constituent pas, à elles seules, la preuve d’une influence indue.
Elles alimentent néanmoins une interrogation légitime sur la transparence de la gouvernance climatique.
4. Les cinq controverses auxquelles il faut s’attendre en 2026
1. Des pays organisateurs encore dépendants des énergies fossiles.
La Turquie demeure fortement dépendante des énergies fossiles, notamment du charbon. L’Australie est, quant à elle, un grand exportateur de charbon et de gaz.
Les deux pays devront démontrer que leur rôle dans les négociations est compatible avec une accélération crédible de la transition énergétique. Cette contradiction a déjà été soulevée lors de la réunion préparatoire d’octobre.
2. Le retour du débat sur les sponsors et les lobbyistes.
L’identité des sponsors officiels, les liens économiques des prestataires et la composition des délégations seront scrutés. Les ONG pourraient exiger des règles plus strictes de déclaration des intérêts et d’accès aux négociations.
3. Le risque de greenwashing institutionnel.
Les annonces d’investissements verts seront nombreuses. Mais toutes ne correspondront pas nécessairement à de nouveaux financements ou à des réductions mesurables des impacts environnementaux.
Une institution pourrait, par exemple, présenter comme financement climatique un portefeuille déjà existant sans démontrer de contribution supplémentaire à la transition.
4. Les désaccords entre pays riches et pays en développement.
Les économies émergentes pourraient dénoncer une répartition injuste des efforts, en rappelant la responsabilité historique des pays industrialisés dans les émissions de gaz à effet de serre.
À la COP17, une tension comparable pourrait opposer les pays riches en biodiversité, qui demandent des ressources pour protéger leurs écosystèmes, aux pays disposant des principales capacités de financement.
5. La financiarisation de la nature.
Les crédits carbone et les futurs crédits biodiversité soulèvent une question sensible : peut-on attribuer une valeur financière à un écosystème sans encourager des mécanismes de compensation contestables ?
Les partisans de ces instruments y voient une possibilité de mobiliser des capitaux privés. Leurs critiques craignent qu’ils permettent à certaines entreprises de poursuivre des activités dommageables en finançant des projets de protection ailleurs.
Cette controverse devrait prendre une importance croissante, particulièrement lors de la COP17.
5. Green Finance : les marchés financiers au centre des deux conférences
Pour les banques, les assureurs, les sociétés de gestion et les investisseurs institutionnels, ces deux rendez-vous pourraient constituer un accélérateur de transformation.
La COP31 sera particulièrement suivie pour ses implications en matière de financement de la transition énergétique, d’adaptation climatique et de gestion des risques physiques.
La COP17 devrait renforcer l’attention portée aux dépendances économiques à la nature, aux risques liés à la dégradation des écosystèmes et au financement de leur restauration.
| Instruments et enjeux | COP17 | COP31 |
|---|---|---|
| Obligations vertes | Projets de restauration et conservation | Énergie, transports, infrastructures |
| Sustainability-linked bonds | Indicateurs liés à la biodiversité | Objectifs de décarbonation |
| Fonds d’investissement | Stratégies nature-positive | Transition énergétique et climat |
| Assurance | Risques écosystémiques et agricoles | Risques climatiques physiques |
| Financement mixte | Conservation et restauration | Adaptation et transition |
| Données ESG | Impacts et dépendances à la nature | Émissions, trajectoires et résilience |
Ces instruments ne sont pas nécessairement créés par les COP. Leur développement dépendra des réglementations nationales, des standards de marché, de la qualité des données et de l’appétit des investisseurs.
Une ambition climatique à 1 300 milliards de dollars par an
La COP29 avait fixé un objectif de financement climatique d’au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 à destination des pays en développement, dans le cadre d’une mobilisation plus large.
En parallèle, les États ont appelé à porter les flux financiers climatiques publics et privés à au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035.
La feuille de route dite Baku to Belém cherche à rendre cet objectif opérationnel. Elle ne constitue toutefois pas, en elle-même, une enveloppe budgétaire déjà financée.
Les montants structurants à retenir
| 200 Md$/an | Biodiversité, objectif 2030 |
| 300 Md$/an | Objectif central de financement climatique, 2035 |
| 1 300 Md$/an | Ambition globale de financement climatique, 2035 |
Ces montants correspondent à des objectifs de mobilisation distincts, et non à des fonds intégralement disponibles ou additionnables.
La question centrale pour les investisseurs ne sera donc pas seulement celle du volume des capitaux annoncés, mais celle de leur capacité à atteindre des projets économiquement viables et écologiquement efficaces.
Les banques multilatérales de développement, les institutions financières publiques, les fonds de pension et les assureurs pourraient jouer un rôle décisif dans cette transformation, notamment à travers les garanties, les financements concessionnels et les mécanismes de partage des risques.
6. À quoi ressemblerait une COP réussie ?
Le succès de ces conférences ne pourra pas se mesurer uniquement au nombre de participants, de déclarations officielles ou de milliards annoncés.
Pour la COP17, trois avancées seraient particulièrement significatives : un bilan mondial suffisamment précis pour identifier les retards, un calendrier crédible de réforme des subventions dommageables à la nature et des mécanismes de financement plus accessibles aux pays et communautés qui protègent effectivement les écosystèmes.
Pour la COP31, les résultats déterminants seraient une accélération vérifiable de la réduction des émissions, une progression des financements réellement mobilisés et des décisions opérationnelles permettant de renforcer l’adaptation des pays vulnérables.
Il faudra également observer la capacité des présidences à dépasser les désaccords sur les énergies fossiles.
La COP30 avait abouti à 56 décisions consensuelles, mais sans parvenir à intégrer une feuille de route explicite sur la sortie des énergies fossiles dans son principal accord final. La présidence brésilienne a ensuite poursuivi ce travail à travers des initiatives complémentaires.
Ce précédent montre que le consensus diplomatique peut préserver le dialogue international tout en laissant des questions essentielles sans réponse.
7. L’analyse Green Finance : 2026, l’année où les COP doivent changer de dimension
Les deux conférences de cette fin d’année interviennent à un moment charnière.
La COP17 devra mesurer la distance qui sépare les engagements de Kunming-Montréal des résultats observables sur le terrain. La COP31 devra démontrer que les décisions de Paris, Dubaï, Bakou et Belém peuvent déboucher sur une transformation réelle des systèmes énergétiques et financiers.
Le parallèle est frappant.
D’un côté, les États cherchent à mobiliser des centaines de milliards pour préserver les écosystèmes. De l’autre, ils poursuivent des politiques économiques qui peuvent encourager leur dégradation.
D’un côté, les conférences climatiques affirment vouloir réduire la dépendance mondiale aux combustibles fossiles. De l’autre, les producteurs d’hydrocarbures et les acteurs qui les financent continuent d’occuper une place importante dans l’économie et dans les débats internationaux.
Cette contradiction ne rend pas nécessairement les COP inutiles. Elle souligne leur difficulté fondamentale : obtenir un accord entre des États dont les intérêts économiques, les niveaux de développement et les priorités politiques divergent profondément.
Pour les investisseurs institutionnels, le véritable enjeu sera de distinguer les annonces politiques des transformations susceptibles de modifier durablement les flux de capitaux.
Une COP peut produire une orientation stratégique. Elle ne construit pas, à elle seule, un parc éolien, ne restaure pas une forêt et ne finance pas une digue.
Ces réalisations supposent des projets identifiés, des risques maîtrisés, des financements disponibles et des résultats vérifiables.
La question de 2026 n’est donc plus seulement de savoir si les États sont capables de se mettre d’accord pour protéger le climat et la biodiversité. Elle est de savoir s’ils sont capables de financer, d’exécuter et de mesurer leurs engagements.
Et peut-être faudra-t-il aussi poser une question plus dérangeante : combien de COP faudra-t-il encore organiser avant que la protection du vivant et du climat cesse d’être principalement une promesse diplomatique pour devenir une réalité économique ?








