Données ESG : les institutions financières européennes dépendent à 79 % des fournisseurs américains

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C’est la première étude du genre basée non pas sur des déclarations, mais sur l’usage réel des données. WeeFin, plateforme positionnée au cœur des flux entre fournisseurs et utilisateurs de données ESG, publie son Observatoire 2026 et lève le voile sur une réalité que le secteur pressentait sans pouvoir la mesurer : les données ESG effectivement utilisées par les institutions financières européennes proviennent à 79 % de fournisseurs américains.

Une première étude basée sur l’usage réel, pas sur le déclaratif

L’étude porte sur l’ensemble des clients de WeeFin disposant d’un historique d’utilisation suffisant — gestionnaires d’actifs, investisseurs institutionnels, assureurs et banques — représentant collectivement 6 900 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Ces acteurs utilisent des données issues de 47 sources différentes, pour un total de 24 000 indicateurs bruts. La méthodologie distingue trois niveaux d’analyse : les données connectées (catalogue disponible), les données configurées (indicateurs paramétrés pour être affichés) et les données calculées (celles qui alimentent effectivement des calculs). À chaque étape, la répartition par origine géographique reste remarquablement stable : 79 % de fournisseurs américains, 16 % de fournisseurs européens, 5 % de sources publiques.

79 % de données américaines : une domination en volume, pas en présence

Ce chiffre brut mérite cependant d’être nuancé. Si les acteurs américains dominent en volume, les fournisseurs européens ne sont pas absents des pratiques des institutions financières : ils sont présents dans le catalogue de données de 67 % des clients sur le périmètre des données connectées, et de 62 % sur celui des données effectivement utilisées pour les calculs. Les sources publiques, quant à elles, figurent dans le catalogue de plus de 80 % des clients. Ce n’est donc pas un problème de présence de l’écosystème européen — c’est un problème de profondeur d’usage. Les fournisseurs européens et les sources publiques sont consultés, mais ils pèsent structurellement moins lourd dans les flux de données qui comptent.

Quand le choix existe, les utilisateurs préfèrent les données européennes

Le résultat le plus contre-intuitif de l’étude concerne les préférences exprimées lorsque le choix existe réellement. Quand un fournisseur américain et un fournisseur européen couvrent le même indicateur, le fournisseur européen est sélectionné en priorité dans 81 % des cas. Face aux sources de données publiques, la préférence est encore plus nette : elles sont retenues dans 86 % des situations de compétition directe. Même les indicateurs construits en interne devancent les données américaines dans 84 % des cas de concurrence directe. La conclusion s’impose : là où l’offre européenne ou publique existe et est comparable, les utilisateurs la préfèrent. Le problème n’est pas comportemental — il est structurel. L’offre européenne ne couvre tout simplement pas encore suffisamment de terrain.

Biodiversité et social : les terrains où l’Europe tient mieux la comparaison

L’analyse par cas d’usage affine encore le diagnostic. La biodiversité et le social sont les deux thématiques où les fournisseurs européens atteignent leurs parts les plus élevées, respectivement 44 % et 42 % des indicateurs configurés. Ce sont aussi les domaines qui présentent la plus grande diversité de sources, ce qui reflète le fait que ces thématiques ont été davantage investies par l’écosystème européen de la donnée ESG, en lien avec les priorités réglementaires et extra-financières du continent.

Le paradoxe du reporting réglementaire : des règles européennes, des données américaines

Le paradoxe le plus frappant de l’étude concerne le reporting réglementaire. C’est le cas d’usage le plus directement lié au cadre normatif européen — SFDR, taxonomie, CSRD — et c’est pourtant l’un de ceux où la dépendance aux données américaines est la plus forte : 72 % des indicateurs de reporting réglementaire proviennent de fournisseurs américains, contre seulement 10 % pour les fournisseurs européens. Les sources publiques y sont totalement absentes. Ce résultat illustre un décalage structurel préoccupant : les règles sont européennes, mais les données qui permettent de les appliquer sont en majorité produites outre-Atlantique. Les données liées aux controverses et à l’environnement suivent le même schéma, avec une domination américaine marquée.

Score ESG : la seule exception où l’interne prend le dessus

Une exception mérite d’être signalée. Le score ESG est le seul cas d’usage où les calculs internes dépassent les données américaines : 47 % contre 43 %. Sur ce périmètre précis, les institutions financières ont commencé à internaliser la production de la donnée pour construire leurs propres méthodologies de scoring, s’affranchissant partiellement de la dépendance externe. C’est un mouvement encore limité, mais qui signale une prise de conscience croissante des enjeux de maîtrise méthodologique.

Souveraineté des données ESG : une question qui dépasse le secteur financier

La conclusion de WeeFin ne se limite pas au constat chiffré. Elle ouvre sur une question de souveraineté qui dépasse le seul secteur financier. Ces dernières années ont vu plusieurs acteurs européens historiques de la data ESG passer sous pavillon américain : Vigeo, fondé en France en 2002, a été acquis par Moody’s en 2019 ; Carbon Delta, né en Suisse, a rejoint MSCI ; Oekom, acteur allemand de référence, fait désormais partie du groupe ISS. La concentration du marché s’est donc accélérée, et elle s’est faite au détriment de l’ancrage européen. Rééquilibrer ce paysage suppose non seulement de soutenir le développement de nouveaux acteurs locaux, mais aussi de créer les conditions réglementaires, fiscales et industrielles qui permettent à ces acteurs de rester sur le continent.

L’Observatoire de l’usage des données ESG 2026 est publié par WeeFin. L’étude est disponible sur weefin.co.

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