
La bataille de l’additionnalité devient le nouveau front stratégique de la finance à impact.
La finance durable européenne entre progressivement dans une phase beaucoup plus exigeante. Pendant plusieurs années, les marchés se sont largement focalisés sur la croissance des encours ESG, la multiplication des labels ou encore les engagements climat affichés par les gestionnaires d’actifs. Mais une question devient désormais centrale : un investisseur responsable crée-t-il réellement un impact supplémentaire, ou se contente-t-il simplement d’investir dans des actifs déjà considérés comme vertueux ?
C’est précisément autour de cette notion d’« additionnalité » que l’Institut de la Finance Durable (IFD) vient de publier un panorama consacré aux pratiques de la Place de Paris.
Ecofi figure parmi les études de cas mises en avant par l’IFD
Notamment à travers son fonds Ecofi Agir pour le Climat.
Ce sujet peut paraître technique, presque académique. Pourtant, il est probablement l’un des enjeux les plus structurants de la prochaine décennie pour la finance ESG européenne.
Car derrière cette notion d’additionnalité se cache une remise en question profonde du fonctionnement même de la finance durable. Pendant longtemps, une grande partie des approches ESG consistait essentiellement à sélectionner les « meilleurs élèves » d’un point de vue environnemental, social ou de gouvernance. Autrement dit, les investisseurs privilégiaient déjà les entreprises les mieux notées ou les secteurs considérés comme plus vertueux.
Le problème est que cette logique ne démontre pas nécessairement que l’investisseur contribue réellement à transformer l’économie réelle.
L’IFD rappelle ainsi que la finance à impact ne peut plus se limiter au simple financement d’actifs jugés « positifs ».
Elle doit désormais démontrer la contribution spécifique de l’investisseur lui-même.
Autrement dit, la question devient beaucoup plus ambitieuse : l’investisseur modifie-t-il réellement les comportements des entreprises, accélère-t-il certaines transitions, influence-t-il les stratégies industrielles ou améliore-t-il concrètement les pratiques ESG des émetteurs ?
Cette évolution est loin d’être anodine. Elle marque le passage d’une finance ESG principalement déclarative vers une finance de plus en plus orientée démonstration, preuve et mesurabilité.
Le panorama publié par l’Institut de la Finance Durable s’appuie sur cinq grands leviers d’additionnalité ainsi que sur onze études de cas issues de la Place financière parisienne. Ecofi y apparaît comme un acteur illustrant cette volonté de structurer une finance à impact plus exigeante, plus documentée et potentiellement plus crédible.
Cette reconnaissance intervient dans un contexte où l’ensemble du marché européen traverse une phase de tension croissante autour de la crédibilité ESG. Entre accusations de greenwashing, complexité réglementaire, fragmentation des méthodologies et remise en cause de certains labels, les investisseurs institutionnels deviennent de plus en plus attentifs à la capacité réelle des sociétés de gestion à démontrer leur impact.
Le sujet devient également stratégique pour les régulateurs européens.
Avec SFDR, la Taxonomie européenne et désormais la CSRD, la finance durable est progressivement entrée dans une logique de normalisation de la donnée extra-financière. Les investisseurs doivent désormais justifier leurs approches, documenter leurs méthodologies et démontrer la cohérence de leurs stratégies ESG.
Dans ce contexte, la notion d’additionnalité pourrait devenir l’un des futurs critères centraux de différenciation entre les acteurs de la gestion d’actifs.
Le cas Ecofi est intéressant car il illustre une approche relativement complète de cette transformation.
Le document met notamment en avant le renouvellement du label Greenfin pour le fonds Ecofi Agir pour le Climat, qui reste présenté comme le seul fonds de la Place de Paris cumulant les trois labels français ISR, Greenfin et Finansol. Cette accumulation de labels traduit une volonté de démontrer à la fois une cohérence environnementale, sociale et de gouvernance.
Mais au-delà des labels, le document insiste surtout sur la structuration méthodologique de la démarche ESG.
Ecofi rappelle notamment le rôle central de sa méthodologie propriétaire PRISME, qui détermine l’univers d’investissement éligible pour les gérants à partir de plusieurs dimensions : notation ESG, exclusions et analyse des controverses.
Cette approche illustre bien l’évolution actuelle des marchés ESG. La sélection d’actifs ne repose plus uniquement sur des scores extra-financiers génériques mais de plus en plus sur des mécanismes combinant exclusions, engagement actionnarial, analyse des controverses et suivi des trajectoires de transition.
Le document fournit également plusieurs exemples très concrets de cette logique d’analyse dynamique.
Certaines entreprises deviennent éligibles aux fonds Ecofi après amélioration de leurs pratiques ESG, tandis que d’autres en sortent en raison de controverses, de faiblesses climatiques ou de problèmes de gouvernance.
Cette approche est particulièrement visible dans les cas présentés autour de Siemens Energy, Starbucks, Canon Electronics ou encore Canada Goose. Ces exemples montrent que l’ESG devient progressivement une mécanique d’évaluation continue et non plus une simple photographie statique.
La montée en puissance de l’engagement actionnarial.
Ecofi insiste sur sa volonté de contribuer à « l’amélioration des pratiques responsables des émetteurs et de la Place » à travers sa politique de vote et de dialogue.
Cette dimension devient aujourd’hui essentielle dans la finance à impact. Car si l’investisseur veut démontrer son additionnalité, il doit pouvoir prouver qu’il influence réellement les comportements des entreprises dans lesquelles il investit.
Le document illustre cette logique avec plusieurs engagements récents particulièrement significatifs.
Ecofi a notamment signé une initiative demandant un renforcement des exclusions fossiles dans le cadre de la réglementation SFDR. La société de gestion a également rejoint une démarche collective autour des risques liés aux droits humains concernant certaines activités de Capgemini aux États-Unis.
La remise en question des méthodologies actuelles de calcul du Scope 2 du GHG Protocol.
Ecofi soutient ici une approche plus exigeante visant à mieux refléter la réalité des réseaux électriques et des consommations énergétiques.
Ce point est loin d’être anecdotique.
Car derrière ces débats techniques sur les scopes carbone se joue en réalité une partie importante de la crédibilité future des stratégies net zéro. Une méthodologie trop permissive peut permettre à certaines entreprises d’afficher artificiellement des performances climatiques plus favorables qu’elles ne le sont réellement.
L’enjeu devient donc celui de la robustesse méthodologique.
Cette évolution explique également pourquoi les sociétés de gestion investissent désormais massivement dans les outils ESG, les équipes spécialisées, les modèles de données et les capacités d’analyse extra-financière.
La finance durable devient progressivement une industrie de la donnée, de la traçabilité et de la preuve.
Le rapport d’impact 2025 publié par Ecofi s’inscrit précisément dans cette logique. La société de gestion explique avoir regroupé ses anciens rapports d’engagement et solidaires dans un document unique afin de mieux quantifier ses actions, mesurer les résultats obtenus et assurer davantage de transparence.
Cette évolution est représentative d’un changement beaucoup plus large du marché européen.
Les investisseurs institutionnels, les régulateurs et même les clients finaux ne se contentent plus d’engagements génériques. Ils réclament désormais des indicateurs mesurables, des trajectoires documentées et des preuves concrètes d’impact.
Cette pression pourrait profondément transformer la hiérarchie future des acteurs ESG.
Les sociétés capables de démontrer méthodologiquement leur contribution réelle pourraient progressivement renforcer leur crédibilité auprès des investisseurs institutionnels. À l’inverse, les approches ESG trop marketing ou insuffisamment documentées pourraient devenir de plus en plus vulnérables aux critiques de greenwashing.
L’enjeu dépasse donc largement le cas d’Ecofi lui-même.
Ce que révèle ce panorama de l’Institut de la Finance Durable, c’est probablement l’entrée progressive de la finance durable dans une phase de maturité beaucoup plus exigeante. Une phase où l’important ne sera plus uniquement d’afficher des ambitions ESG, mais de démontrer précisément comment l’investisseur contribue réellement à transformer l’économie réelle.
La bataille de la prochaine décennie ne portera probablement plus seulement sur la taille des encours durables. Elle portera sur la capacité des acteurs financiers à prouver leur utilité concrète dans la transition économique, climatique et sociale.
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