FINANCE ISLAMIQUE : LE FONDS « CHARIA » DE HSBC INVESTIT PLUS DE 130 MILLIONS DE DOLLARS DANS DES ENTREPRISES LIÉES À L’ARMEMENT

FINANCE ISLAMIQUE

Palantir, Raytheon, Honeywell, Rolls-Royce… Un fonds d’investissement présenté comme conforme aux principes de la finance islamique détient des participations dans plusieurs entreprises impliquées dans des activités militaires. Une contradiction qui soulève une question fondamentale : jusqu’où peut aller la promesse éthique d’un placement financier lorsque les méthodologies d’investissement autorisent des activités contestées par les épargnants eux-mêmes ?

Un fonds conforme à la charia qui investit dans l’industrie militaire : le paradoxe qui secoue HSBC

Et si votre épargne, présentée comme éthique, contribuait indirectement à vous exposer aux bénéfices d’entreprises dont les activités sont précisément celles que vous pensiez exclure ?

C’est la question particulièrement dérangeante soulevée par les révélations concernant le HSBC Islamic Global Equity Index Fund, l’un des principaux fonds d’actions internationales conformes à la charia accessibles aux investisseurs britanniques.

Selon les enquêtes publiées les 13 et 14 octobre 2026 par les médias Hyphen et Middle East Eye, ce fonds a investi, au premier semestre 2026, plus de 130 millions de dollars dans cinq entreprises présentant des liens avec les activités militaires israéliennes.

Parmi elles figurent Palantir Technologies, société spécialisée dans l’intelligence artificielle, le traitement des données et les applications de défense, ainsi que RTX Corporation, maison mère du groupe d’armement Raytheon.

Le contraste est saisissant : d’un côté, un produit financier commercialisé sur le principe du respect des règles de la finance islamique ; de l’autre, des investissements dans des entreprises impliquées, directement ou indirectement, dans les technologies militaires.

Pour autant, parler automatiquement d’illégalité ou de violation démontrée de la charia serait prématuré. La controverse porte précisément sur les critères retenus pour qualifier un investissement de conforme.

Ce dossier révèle une question bien plus vaste que le seul cas HSBC : quelle est la valeur réelle d’une promesse d’investissement éthique lorsque le filtrage des entreprises repose sur des classifications sectorielles qui ne reflètent pas toujours leurs activités effectives ?

Plus de 130 millions de dollars : que détient réellement le fonds HSBC ?

Les investigations de Hyphen et de Middle East Eye, reprises par plusieurs médias internationaux, ont identifié différentes participations dans des entreprises liées à des chaînes d’approvisionnement militaires.

Les montants ci-dessous correspondent principalement aux achats rapportés au premier semestre 2026. Ils ne doivent pas être confondus avec la valeur actuelle des positions, qui varie avec les cours et les transactions.

EntrepriseMontant rapportéActivités et liens militaires
Palantir Technologies38,3 M$IA, renseignement, analyse de données et applications militaires
RTX / Raytheon35,7 M$Systèmes de défense, missiles et technologies militaires
Analog Devices20,3 M$Semi-conducteurs et composants utilisés notamment dans des équipements de défense
Honeywell18,9 M$Technologies industrielles, aéronautiques et de défense
Rolls-Royce17,6 M$Motorisations et équipements destinés notamment à des applications militaires
Total des cinq entreprises130,8 M$Montants arrondis issus des enquêtes de presse

Des participations dans BAE Systems, groupe britannique de défense, sont également évoquées, notamment dans les publications relayées sur les réseaux sociaux. Un montant voisin de 9,4 millions de dollars circule, mais il doit être vérifié dans les documents détaillés du portefeuille avant d’être additionné au total principal.

Ces investissements présentent toutefois des profils différents.

Raytheon et BAE Systems sont des acteurs directement identifiés à l’industrie de défense.

Palantir commercialise des solutions logicielles et d’intelligence artificielle utilisées aussi bien dans des contextes civils que militaires.

Analog Devices et Honeywell disposent de nombreuses activités industrielles, dont certaines applications sont liées à la défense.

Cette distinction est essentielle : détenir des actions d’une entreprise proposant des technologies à usage militaire ne signifie pas nécessairement financer directement un contrat d’armement précis.

Elle ne supprime cependant pas les interrogations éthiques sur la composition du portefeuille.

130 millions de dollars : une somme considérable, mais quel poids dans le fonds ?

Pour mesurer la portée de ces révélations, il faut replacer les montants dans leur contexte financier.

Le HSBC Islamic Global Equity Index Fund est un fonds indiciel international dont les actifs sous gestion dépassaient 8 milliards de dollars au 31 mai 2026, selon HSBC Asset Management. Sa taille était estimée autour de 9 milliards de dollars dans les publications financières d’octobre 2026.

À cette échelle, les 130,8 millions de dollars rapportés représentent, à titre d’ordre de grandeur, environ 1,5 % d’un portefeuille de 9 milliards de dollars.

Cela peut paraître marginal à l’échelle d’un grand fonds diversifié.

Mais la question change lorsque l’on raisonne en valeur absolue.

Quelques points de comparaison

  • 130,8 millions de dollars, c’est l’équivalent de 1 308 investissements de 100 000 dollars.
  • C’est un capital permettant de financer 130 entreprises à hauteur d’un million de dollars chacune.
  • À titre purement illustratif, placé à un rendement annuel de 5 %, un capital de cette taille représenterait environ 6,5 millions de dollars de revenus annuels avant frais et fiscalité.
  • Un épargnant investissant 100 000 dollars dans un portefeuille comportant une exposition de 1,5 % à ces entreprises aurait une exposition économique indirecte d’environ 1 500 dollars.

Ces exemples permettent de visualiser les montants sans assimiler les achats d’actions sur le marché secondaire à un financement direct des entreprises concernées.

Car acheter une action existante ne revient pas à verser immédiatement son prix dans la trésorerie de l’entreprise émettrice.

L’investissement contribue néanmoins à l’exposition économique du fonds, à la liquidité du titre et, plus largement, aux mécanismes de valorisation boursière.

La controverse ne porte donc pas uniquement sur l’utilisation immédiate des capitaux, mais sur la légitimité de détenir ces participations dans un produit dont la conformité religieuse et éthique constitue un argument central.

Finance islamique : de quoi parle-t-on exactement ?

La finance islamique, également appelée finance conforme à la charia, désigne l’ensemble des activités et produits financiers structurés dans le respect de principes issus du droit commercial islamique.

Elle ne constitue pas un système bancaire unique et universel. Ses modalités peuvent différer selon les pays, les institutions, les écoles juridiques et les comités de conformité religieuse.

Son principe général repose sur une conception de la finance dans laquelle les opérations doivent respecter certaines règles encadrant les intérêts, les activités économiques, les risques et les transactions.

Les cinq grands principes de la finance islamique

1. Interdiction du Riba — L’intérêt

La perception ou le paiement d’intérêts conventionnels est généralement prohibé.

Les établissements proposent donc des mécanismes contractuels alternatifs, reposant notamment sur la vente, la location, le financement d’actifs ou le partage des profits.

2. Interdiction du Gharar — L’incertitude excessive

Les transactions présentant une incertitude contractuelle excessive ou une ambiguïté majeure doivent être évitées.

L’objectif est de limiter les opérations dans lesquelles les droits, les obligations ou la nature de l’actif sont insuffisamment définis.

3. Interdiction du Maysir — Le jeu et la spéculation assimilable au hasard

Les mécanismes relevant du jeu d’argent ou du pari sont prohibés.

Cela n’interdit pas toute prise de risque économique, mais impose que celle-ci s’inscrive dans des opérations considérées comme admissibles.

4. Lien avec des activités et actifs économiques admissibles

La finance islamique privilégie les transactions liées à des actifs, services ou activités économiques licites.

Elle s’oppose notamment à l’investissement dans certains secteurs tels que l’alcool, les jeux d’argent, la pornographie ou la production porcine.

5. Partage des risques et des résultats

Plusieurs contrats de finance islamique reposent sur une répartition contractuelle des profits, des pertes ou des risques entre les parties.

Cette logique ne signifie toutefois pas que toutes les opérations de finance islamique impliquent un partage intégral et symétrique des risques.

Les principaux produits de finance islamique

ProduitDéfinition
MurabahaAchat d’un actif suivi de sa revente avec une marge connue
IjaraContrat de location ou de crédit-bail conforme aux règles applicables
MudarabaAssociation entre un apporteur de capitaux et un gestionnaire
MusharakaPartenariat reposant sur une participation au capital et aux résultats
SukukCertificats d’investissement structurés autour de droits sur des actifs ou activités économiques
TakafulMécanisme d’assurance islamique fond

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