
Après les manifestations du 17 octobre, Philippe Zaouati, fondateur et ancien dirigeant de Mirova, appelle les entreprises à mesurer les conséquences économiques de la dégradation de la cohésion sociale. Dans un entretien publié le 19 octobre 2026 par Novethic, il défend une conviction forte : la stabilité sociale constitue une condition essentielle à la prospérité économique. Une réflexion qui résonne particulièrement dans l’univers de la finance durable et de l’investissement responsable.
Philippe Zaouati, un parcours au service d’une finance plus responsable
Figure reconnue de la finance durable européenne, Philippe Zaouati a consacré une grande partie de sa carrière à rapprocher les exigences de performance financière des enjeux environnementaux et sociaux.
Diplômé de l’ENSAE et issu du monde de la gestion d’actifs, il a exercé différentes responsabilités au sein de grandes institutions financières, notamment la Caisse des Dépôts, le Crédit Agricole et Natixis.
Son parcours prend une dimension particulière avec la création de Mirova, société de gestion spécialisée dans l’investissement responsable, qu’il a contribué à faire émerger comme un acteur de référence de la finance durable.
Sa conviction repose sur une idée fondamentale : les décisions d’investissement ne sont jamais neutres. Elles orientent les capitaux vers certains modèles économiques et participent, directement ou indirectement, à façonner la société de demain.
Philippe Zaouati s’est également investi dans la structuration de la finance durable à l’échelle française et européenne. Cofondateur de Finance for Tomorrow, devenu l’Institut de la Finance Durable, il a notamment participé aux travaux du groupe d’experts de haut niveau de la Commission européenne sur la finance durable.
Son engagement dépasse ainsi la seule gestion d’actifs pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur le rôle de la finance dans les grandes transformations économiques et sociétales.
C’est dans cette continuité qu’il poursuit aujourd’hui ses engagements, notamment comme membre du jury du Concours Green Finance 2026, consacré à la valorisation d’initiatives innovantes et responsables.
Novethic met en lumière un enjeu économique encore largement sous-estimé
Dans un entretien particulièrement éclairant publié le 19 octobre 2026, le média spécialisé Novethic donne la parole à Philippe Zaouati sur les conséquences économiques de la dégradation de la cohésion sociale.
L’article, signé Marina Fabre Soundron, directrice de la rédaction, fait suite aux manifestations du 17 octobre et à une prise de position de Philippe Zaouati sur LinkedIn, dans laquelle il évoquait le coût de l’inaction face aux tensions sociales.
Avec cet entretien, Novethic poursuit son travail de décryptage des grandes transformations économiques, environnementales et sociales.
Depuis de nombreuses années, le média s’attache à éclairer les interactions entre les entreprises, les marchés financiers, les politiques publiques et les enjeux de durabilité. Une approche éditoriale particulièrement pertinente à une époque où les risques ESG occupent une place croissante dans les stratégies des investisseurs institutionnels et des grandes entreprises.
En choisissant d’aborder la cohésion sociale sous l’angle de ses conséquences économiques, Novethic met en lumière un sujet essentiel, encore trop peu présent dans le débat financier.
Car derrière les mouvements sociaux, les inégalités ou la défiance envers les institutions se pose une question fondamentale : une économie peut-elle durablement prospérer lorsque les équilibres sociaux qui la soutiennent se fragilisent ?
La cohésion sociale, un préalable à l’activité économique
Dans son entretien, Philippe Zaouati souligne que les dirigeants ont naturellement tendance à privilégier les indicateurs traditionnels de performance : croissance, chiffre d’affaires, compétitivité, fiscalité ou maîtrise des coûts.
Ces paramètres demeurent indispensables à la gestion des entreprises. Mais cette lecture ne permet pas toujours d’appréhender l’ensemble des facteurs nécessaires à leur développement.
La stabilité sociale en fait partie.
Les tensions sociales peuvent entraîner des perturbations de l’activité, des destructions d’actifs, des difficultés d’approvisionnement ou une dégradation de l’environnement commercial.
Plus largement, une société marquée par des inégalités croissantes, une précarisation de l’emploi et une perte de confiance dans ses institutions peut voir son potentiel économique s’affaiblir.
Pour Philippe Zaouati, les entreprises sous-estiment encore les coûts indirects associés à cette fragilisation du tissu social.
Cette analyse invite à considérer la cohésion sociale non plus uniquement comme une question relevant de la responsabilité politique ou morale, mais également comme un facteur économique susceptible d’influencer durablement la performance des organisations.
Du changement climatique aux fractures sociales : le coût de l’inaction
L’un des passages les plus intéressants de l’entretien publié par Novethic concerne le parallèle établi entre les risques climatiques et les risques sociaux.
Pendant longtemps, la transition environnementale a été présentée aux entreprises principalement comme une obligation morale ou une démarche de responsabilité collective.
Le discours a progressivement évolué lorsque les acteurs économiques ont commencé à mesurer les coûts financiers associés au changement climatique.
Les événements climatiques extrêmes, les perturbations des chaînes de production, les risques de transition énergétique ou les conséquences sur la valeur des actifs ont contribué à inscrire le climat parmi les enjeux économiques et financiers majeurs.
Philippe Zaouati estime qu’un raisonnement comparable devrait aujourd’hui être appliqué à la cohésion sociale.
La montée des inégalités, la précarisation des travailleurs et le sentiment d’exclusion d’une partie de la population peuvent générer des conséquences économiques considérables.
L’enjeu n’est donc plus seulement de déterminer si les entreprises doivent agir par responsabilité, mais de comprendre ce qu’elles risquent à ne pas agir.
Le coût de l’inaction sociale pourrait ainsi devenir un sujet d’analyse aussi structurant que celui de l’inaction climatique.
Ce rapprochement constitue un prolongement naturel des travaux menés depuis plusieurs années dans le domaine de la finance durable, où les dimensions environnementales et sociales sont progressivement intégrées aux modèles d’évaluation des risques.
Les entreprises ne peuvent pas s’exonérer de leurs responsabilités
Philippe Zaouati rappelle également que les entreprises ne sont pas de simples observatrices des transformations sociales.
Par leurs décisions, elles peuvent contribuer à renforcer ou à fragiliser la cohésion collective.
Les politiques salariales, les délocalisations, les restructurations, les conditions de travail ou encore le recours à certaines formes d’emploi précaire produisent des conséquences qui dépassent le périmètre immédiat de l’entreprise.
Une fermeture industrielle peut ainsi affecter durablement un territoire, réduire ses perspectives d’emploi et modifier ses équilibres économiques et sociaux.
À l’inverse, le maintien de l’activité, l’amélioration des conditions de travail et l’investissement dans les compétences peuvent contribuer à renforcer la stabilité économique locale.
Dans son entretien, Philippe Zaouati insiste toutefois sur la nécessité de ne pas généraliser les critiques à l’ensemble des dirigeants.
Il souligne notamment le rôle de nombreux chefs d’entreprise, en particulier dans les PME, qui s’efforcent de préserver l’emploi et d’accompagner leurs salariés.
Il cite également l’exemple de BNP Paribas et de décisions de revalorisation salariale susceptibles d’avoir un effet d’entraînement au sein du secteur bancaire.
Son propos ne consiste donc pas à opposer performance économique et responsabilité sociale, mais à rappeler que ces deux dimensions peuvent être étroitement liées.
Une réflexion qui interpelle directement la finance durable
L’analyse développée par Philippe Zaouati rejoint une question centrale pour les investisseurs institutionnels, les assureurs, les banques et les sociétés de gestion : comment intégrer davantage les facteurs sociaux dans les décisions financières ?
Les enjeux climatiques disposent aujourd’hui de méthodologies de mesure relativement structurées, notamment pour les émissions de gaz à effet de serre, les trajectoires de décarbonation ou certains risques physiques.
La mesure des impacts sociaux demeure plus complexe.
Comment évaluer la contribution d’une entreprise à la cohésion d’un territoire ? Comment mesurer les conséquences économiques d’une politique salariale, d’une restructuration ou de la précarisation de certains emplois ?
Les indicateurs traditionnels de performance sociale apportent des éléments de réponse : évolution des rémunérations, formation, sécurité de l’emploi, dialogue social, conditions de travail ou respect des droits fondamentaux.
Les normes européennes ESRS, notamment leurs composantes sociales S1 à S4, participent également à la structuration de ces informations.
Mais la disponibilité de données ne suffit pas.
Encore faut-il être capable de les relier aux risques financiers, à la résilience des modèles économiques et aux perspectives de création de valeur à long terme.
Pour les investisseurs, cette évolution pourrait conduire à intégrer plus systématiquement les dimensions sociales dans les analyses de matérialité, les politiques d’engagement actionnarial et les processus de sélection des investissements.
Elle rappelle surtout que la finance durable ne peut être réduite à la seule transition énergétique ou à la diminution des émissions carbone.
Le rôle des entreprises dans le débat public
L’entretien publié par Novethic aborde enfin une autre dimension : la place des entreprises dans le débat démocratique.
Philippe Zaouati distingue clairement la responsabilité sociétale des entreprises de leur éventuel engagement partisan.
Les grandes organisations réunissent des salariés, des clients, des partenaires et des fournisseurs aux sensibilités politiques diverses. Leur rôle n’est pas nécessairement de soutenir un courant politique particulier.
En revanche, elles peuvent contribuer au débat public en rappelant l’importance des conditions économiques et sociales indispensables à leur activité.
Les entreprises expriment régulièrement des attentes relatives à la fiscalité, à la simplification administrative, à la compétitivité ou à la réglementation.
Philippe Zaouati considère qu’elles pourraient également faire entendre leur voix sur la nécessité de préserver la cohésion sociale, la qualité de l’éducation et les perspectives offertes aux générations futures.
Cette approche ne suppose pas que les entreprises se substituent aux pouvoirs publics.
Elle invite plutôt à reconnaître que la stabilité sociale constitue un intérêt partagé entre l’État, les citoyens et les acteurs économiques.
Vers une approche plus complète de la performance économique
À travers cet entretien, Novethic met en perspective un enjeu fondamental pour l’avenir de la finance durable : la nécessité d’élargir l’analyse de la performance économique aux conditions sociales qui la rendent possible.
La croissance, la rentabilité et la compétitivité restent indispensables. Mais elles ne peuvent être durablement dissociées de la qualité de l’emploi, de la confiance collective, de l’éducation et de la stabilité des territoires.
La réflexion portée par Philippe Zaouati s’inscrit dans une évolution plus générale de la pensée financière : celle qui consiste à reconnaître que les facteurs environnementaux et sociaux peuvent produire des conséquences économiques réelles, parfois insuffisamment prises en compte par les modèles traditionnels.
Elle prolonge également une conviction qu’il défend depuis la création de Mirova
La finance ne se limite pas à accompagner l’économie telle qu’elle existe, elle contribue aussi à orienter celle de demain.
La cohésion sociale pourrait ainsi s’imposer progressivement comme une dimension incontournable de la résilience économique et de la création de valeur à long terme.
En donnant la parole à des personnalités capables de relier les enjeux de société aux réalités économiques. Novethic apporte une contribution précieuse à la qualité du débat sur la finance durable.
Un travail journalistique de fond qu’il convient de saluer, tant ces sujets exigent de dépasser les approches traditionnelles et les oppositions simplificatrices.
Car, au-delà des indicateurs financiers et des obligations réglementaires, une question demeure : quelle valeur peut réellement créer une économie si elle contribue, dans le même temps, à fragiliser les fondements sociaux dont elle dépend ?
Source et crédits : article de Marina Fabre Soundron, directrice de la rédaction de Novethic, publié le 19 octobre 2026 : « 17 octobre : Le monde économique ne peut pas se dédouaner de la crise de la cohésion sociale, selon Philippe Zaouati ».
Article original : https://www.novethic.fr/
Analyse et mise en perspective éditoriale pour Green Finance. Les propos de Philippe Zaouati sont synthétisés et contextualisés à partir de l’entretien original accordé à Novethic.
Le parcours de Philippe Zaouati et sa participation au jury sont également documentés par l’Institut de la Finance Durable et Green Finance.
À lire aussi : Jury du concours Green Finance 2026 : Philippe Dutertre








