
Mai 68 bis ? École dégradée, dette publique vertigineuse, violences, récupération politique : une génération que l’on disait désengagée vient brutalement de se réveiller. Et elle pourrait bien bouleverser les certitudes de ceux qui prétendent la représenter.
Green Finance | Analyse — 8 octobre 2026
Une génération sacrifiée… mais pas forcément exemplaire
On lui reproche de ne plus croire en rien. De préférer TikTok aux livres, les influenceurs aux enseignants, l’argent rapide au travail, les réseaux sociaux à l’engagement politique. On lui reproche son individualisme, son impatience, son désintérêt pour les institutions et parfois même son manque d’ambition.
Mais quel modèle lui avons-nous proposé ?
Un médecin consacre près de dix années à sa formation. Un entrepreneur peut travailler soixante heures par semaine sans garantie de réussite. Un enseignant doit composer avec des classes surchargées, des rémunérations contestées et une reconnaissance sociale parfois défaillante.
Pendant ce temps, les réseaux sociaux exposent quotidiennement des influenceurs promettant la fortune en quelques semaines, des vendeurs de formations miracles, des créateurs monétisant leur intimité sur OnlyFans et des entrepreneurs autoproclamés expliquant qu’il suffit de vouloir pour devenir millionnaire.
Évidemment, cette caricature numérique ne représente pas toute une génération. Mais elle révèle quelque chose de notre époque : nous avons progressivement construit une société dans laquelle la visibilité peut sembler plus rentable que la compétence, et l’apparence de réussite plus importante que sa construction.
Puis nous nous étonnons que les jeunes interrogent la valeur du travail, de l’effort et des institutions.
Cette génération porte ses contradictions. Elle dénonce les excès de consommation tout en participant à une économie numérique particulièrement énergivore. Elle s’inquiète du dérèglement climatique tout en subissant les injonctions permanentes à consommer. Elle réclame davantage de justice sociale, mais peine parfois à croire aux mécanismes collectifs capables de la produire.
Et soudain, cette jeunesse supposément désengagée descend dans la rue.
Pas pour réclamer un nouveau réseau social, un revenu universel ou la fin du capitalisme.
Elle réclame des professeurs, des toilettes et des salles de classe dignes de ce nom.
Ils ne réclament pas la révolution. Ils réclament des professeurs.
Depuis septembre, les mobilisations lycéennes se multiplient à travers la France. Parties notamment de difficultés rencontrées dans plusieurs établissements franciliens, elles dénoncent les absences non remplacées, les classes surchargées, la dégradation des bâtiments et les inégalités entre établissements.
Les revendications sont parfois d’une banalité déconcertante : disposer d’enseignants devant les élèves, de sanitaires correctement entretenus, de personnels de santé scolaire, de locaux chauffés l’hiver et supportables pendant les épisodes de chaleur.
Ce ne sont pas des exigences révolutionnaires. Ce sont les conditions élémentaires d’un service public d’éducation.
Le mouvement s’est progressivement étendu, mobilisant lycéens, étudiants, enseignants et parents. Le 6 octobre, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté selon les décomptes disponibles.
Une question s’impose alors
Comment la septième puissance économique mondiale en est-elle arrivée à voir sa jeunesse manifester pour des besoins aussi fondamentaux ?
Car derrière cette mobilisation scolaire se cache une interrogation beaucoup plus profonde.
Cette génération hérite de deux dettes qu’elle n’a pas elle-même contractées : une dette financière et une dette écologique.
La première figure dans les comptes publics. La seconde se mesure dans l’atmosphère, les sols, les océans et la biodiversité.
Et les deux auront un coût.
3 595 milliards d’euros de dette : qui paiera la facture ?
À la fin du deuxième trimestre 2026, la dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon les chiffres officiels de l’Insee publiés le 29 septembre.
Un niveau considérable, qui illustre l’ampleur des engagements financiers accumulés par les générations successives.
La dette publique n’est pas en elle-même une anomalie. Elle permet notamment de financer des infrastructures, des équipements et des investissements dont bénéficieront plusieurs générations.
Emprunter pour construire une école, moderniser un réseau ferroviaire ou développer une infrastructure énergétique peut être parfaitement rationnel.
Mais emprunter durablement pour financer des dépenses courantes sans préserver suffisamment les capacités productives futures pose une question beaucoup plus délicate.
Que transmettons-nous exactement à nos enfants : des actifs qui justifient la dette ou simplement la facture de nos choix ?
Le débat est d’autant plus essentiel que la dette écologique obéit à une logique différente.
Un État peut refinancer ses obligations. Il peut étaler ses remboursements, modifier sa fiscalité ou restructurer ses dépenses.
En revanche, une espèce disparue ne se refinance pas. Un écosystème détruit ne se reconstitue pas nécessairement à l’échelle d’une génération. Une tonne de CO₂ émise aujourd’hui peut contribuer au réchauffement pendant très longtemps.
La dette écologique ne possède ni échéancier obligataire ni mécanisme universel de restructuration.
Et contrairement à la dette financière, elle ne peut pas toujours être compensée par une croissance économique future.
C’est ici que la finance durable devrait retrouver sa véritable raison d’être.
Non pas simplement produire des rapports ESG toujours plus sophistiqués, mais contribuer à orienter les capitaux vers des activités capables de préserver les conditions économiques, sociales et environnementales des générations futures.
Car une économie qui transmet simultanément ses dettes financières et ses dommages environnementaux finit par hypothéquer deux fois le même avenir.
Où va l’argent ? La question que personne ne devrait esquiver
La France ne manque pas de dépenses publiques. Elle manque surtout d’un consensus sur leurs priorités, leur efficacité et leurs résultats.
Chaque année, des arbitrages sont réalisés entre l’éducation, la santé, la défense, les retraites, les infrastructures, la transition énergétique, les aides aux entreprises, le soutien international et le service de la dette.
Ces choix ne sont pas uniquement comptables. Ils sont politiques.
Le soutien français à l’Ukraine, par exemple, répond à des considérations diplomatiques, stratégiques et de sécurité européenne. Il peut être défendu comme un investissement dans la stabilité du continent.
Mais cela ne dispense pas les pouvoirs publics d’expliquer les montants engagés, leur financement et les arbitrages qu’ils impliquent.
De la même manière, les dépenses sociales peuvent protéger les populations les plus vulnérables, tandis que certaines aides économiques peuvent soutenir l’investissement et l’emploi. Encore faut-il évaluer leur efficacité réelle.
Le débat ne consiste donc pas à opposer artificiellement les lycéens aux retraités, les enseignants aux militaires ou les écoles françaises à l’Ukraine.
Il consiste à demander pourquoi certains besoins fondamentaux demeurent insuffisamment satisfaits malgré des décennies de dépenses publiques considérables.
Dans son ouvrage Le Casse du siècle, publié en septembre 2026, Sarah Knafo développe une critique particulièrement offensive de la dépense publique et de la fiscalité française. Ses conclusions relèvent d’une lecture politique contestable et contestée, mais la question de l’efficacité de la dépense publique mérite d’être examinée indépendamment des affiliations partisanes.
Car augmenter les budgets ne garantit pas automatiquement de meilleurs résultats.
Mais réduire les budgets sans mesurer les besoins réels ne constitue pas davantage une politique publique.
L’enjeu est de savoir ce que chaque euro permet effectivement de produire.
Combien d’heures de cours assurées ? Combien de remplacements réalisés ? Combien d’établissements rénovés ? Combien d’élèves accompagnés ? Quels résultats éducatifs, sociaux et économiques à long terme ?
Ces indicateurs devraient être aussi importants que les milliards annoncés lors des conférences budgétaires.
Gouverner, c’est arbitrer.
Et lorsqu’un État explique qu’il ne peut pas satisfaire certains besoins élémentaires de son école, chaque milliard consacré ailleurs devient légitimement une question de priorité publique.
Cela ne signifie pas que toute autre dépense est illégitime.
Cela signifie que chaque dépense doit pouvoir être expliquée.
Plus de 6 600 interpellations : le spectre des Gilets jaunes
L’ampleur de la mobilisation ne se mesure plus uniquement au nombre d’établissements concernés.
Elle se mesure également à celui des interpellations.
Au 8 octobre, plus de 6 600 personnes avaient été interpellées depuis le début des manifestations, selon les chiffres rapportés par Associated Press. Une grande partie des personnes concernées sont mineures.
Ce chiffre interpelle.
Il rappelle inévitablement le mouvement des Gilets jaunes, qui avait profondément marqué la France entre 2018 et 2019.
Un rapport parlementaire recensait 7 582 interpellations et 6 736 gardes à vue entre novembre 2018 et septembre 2019, sur le périmètre étudié. Les périodes et méthodes de comptabilisation ne sont pas strictement comparables, mais l’ordre de grandeur mérite attention.
En quelques semaines, la mobilisation lycéenne a donc déjà atteint un niveau d’interpellations qui rappelle celui de plusieurs mois de crise sociale majeure.
Faut-il y voir la conséquence d’une multiplication des violences, une évolution des pratiques de maintien de l’ordre ou la volonté d’empêcher qu’une nouvelle contestation nationale ne s’installe ?
Les chiffres seuls ne permettent pas de trancher.
Mais la question mérite d’être posée.
La France a connu les Gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites, les mobilisations agricoles et désormais une contestation lycéenne d’ampleur nationale.
À chaque crise, le même scénario semble se reproduire : une revendication initiale, une mobilisation croissante, des incidents, une polarisation médiatique et une confrontation politique.
Puis viennent les accusations réciproques.
Les manifestants dénoncent la répression. Le gouvernement dénonce les violences. Les partis se disputent la légitimité du mouvement.
Et la revendication initiale risque progressivement de disparaître derrière les images d’affrontements.
Une démocratie devrait pourtant être capable d’entendre une colère avant que celle-ci ne devienne une crise de maintien de l’ordre.
Police : ni punching-ball, ni permis de blesser
Les images de ces dernières semaines sont difficiles à regarder.
Un adolescent de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade lors d’une mobilisation à Lens. D’autres jeunes ont subi de graves blessures au visage, notamment un adolescent de 14 ans atteint à la mâchoire.
À la suite du drame de Lens, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé, le 7 octobre, la suspension de l’utilisation des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen. Des enquêtes ont été ouvertes pour établir les circonstances de plusieurs interventions.
Ces blessures doivent être documentées, les responsabilités établies et les éventuelles fautes sanctionnées.
Mais une autre réalité mérite exactement la même attention.
Les forces de l’ordre ont elles aussi subi des violences importantes.
Les bilans communiqués début octobre faisaient état de plus de 700 policiers et gendarmes blessés, ainsi que de centaines d’élèves et de dizaines de personnels éducatifs touchés. Les chiffres ont évolué au fil des journées de mobilisation.
Ces policiers et gendarmes ne sont pas des abstractions statistiques.
Ce sont des femmes et des hommes chargés de maintenir l’ordre, parfois confrontés à des jets de projectiles, des incendies, des agressions et des situations extrêmement dangereuses.
Respecter la police n’est pas facultatif.
Frapper un policier n’est pas manifester. Incendier du mobilier urbain n’est pas défendre l’école. Entraver volontairement l’intervention des secours, lorsque cela est établi, n’est pas un acte militant.
La liberté de manifester ne confère aucun droit à la violence.
Mais l’inverse est tout aussi vrai.
Une agression contre un policier ne donne pas automatiquement à celui-ci le droit d’employer n’importe quel niveau de force. La réponse doit rester nécessaire et proportionnée.
Un uniforme n’autorise pas tout. Une carte de lycéen non plus.
Il faut également interroger la manière dont les violences sont racontées.
Une vidéo montrant un adolescent grièvement blessé suscite naturellement l’indignation. Mais si une séquence antérieure révèle une agression, celle-ci doit être examinée avec la même rigueur. Elle ne justifie pas nécessairement la blessure, mais elle peut être déterminante pour comprendre les circonstances.
Inversement, montrer uniquement un projectile lancé contre les forces de l’ordre sans présenter les événements qui l’ont précédé peut produire une lecture tout aussi incomplète.
Une vidéo de quinze secondes ne remplace pas une enquête.
Les séquences circulant sur les réseaux sociaux, notamment celles mettant en cause certains manifestants dans des agressions ou des entraves aux secours, doivent être authentifiées et replacées dans leur chronologie avant toute conclusion.
Informer, ce n’est pas choisir les quinze secondes qui arrangent son camp. C’est montrer les faits, même lorsqu’ils dérangent.
Et cette exigence devrait s’appliquer à tous : manifestants, policiers, responsables politiques et journalistes.
Qui représente réellement les lycéens ?
Une mobilisation spontanée peut-elle rester indépendante lorsque les partis politiques commencent à s’y intéresser ?
C’est probablement l’une des questions les plus sensibles de cette crise.
La France insoumise a affiché son soutien aux manifestants. Plusieurs organisations syndicales et mouvements politiques se sont progressivement associés à la contestation.
Ce soutien peut être parfaitement légitime.
Mais il pose une question : à quel moment l’accompagnement d’une mobilisation devient-il une tentative de récupération ?
Le problème ne concerne cependant pas uniquement l’opposition.
Le cas de Nathanaël Combary, président de Renouveau lycéen, mérite une attention particulière.
Présent sur plusieurs plateaux de télévision et reçu dans le cadre des échanges avec les autorités, il a été interrogé sur son engagement politique auprès de Renaissance et ses liens avec la campagne de Gabriel Attal.
Selon Le Parisien, il a confirmé son engagement politique tout en contestant avoir cherché à le dissimuler. L’appartenance à un parti n’interdit évidemment pas de représenter une organisation étudiante ou lycéenne.
Mais elle constitue une information pertinente pour comprendre la position d’un intervenant. Lorsqu’un responsable syndical proche de LFI intervient dans un débat, son engagement doit être présenté clairement. Lorsqu’un représentant d’une organisation lycéenne est également engagé auprès de Renaissance, la même transparence devrait s’appliquer.
Le pluralisme ne consiste pas à cacher les affiliations politiques. Il consiste à permettre au public de les connaître.
La question devient plus délicate encore lorsque les médias présentent certains intervenants comme des porte-parole d’une génération entière.
Qui leur a donné ce mandat ? Combien d’adhérents représentent-ils ? Quelle est leur légitimité auprès des établissements mobilisés ? Leurs prises de position reflètent-elles les revendications des élèves ou celles de leurs organisations ?
Ces interrogations doivent s’appliquer indistinctement aux mouvements proches de la majorité présidentielle, de la gauche radicale ou de toute autre formation politique.
Un mouvement naît dans les lycées.
Quelques jours plus tard, les partis, les syndicats, les communicants et les chaînes d’information se disputent ses représentants.
À ce rythme, il ne manque plus qu’une chose : demander aux lycéens eux-mêmes qui parle en leur nom.
Il faut également distinguer les manifestants pacifiques, les militants organisés et les individus responsables de violences. Les amalgames sont dangereux.
Attribuer sans preuve des violences à une organisation politique ou suggérer l’existence de provocateurs infiltrés relève de l’accusation, pas de l’information.
En revanche, identifier les auteurs de violences, vérifier leurs éventuelles affiliations et comprendre les circonstances de leur présence constitue un travail journalistique légitime.
La récupération politique ne se démontre pas par une intuition. Elle se démontre par des faits.
La troisième dette : celle de la confiance
La dette financière se chiffre en milliards.
La dette écologique se mesure notamment en émissions, en dégradation des écosystèmes et en consommation de ressources.
Mais cette mobilisation révèle peut-être une troisième dette, moins visible et tout aussi dangereuse : la dette de confiance entre les générations et leurs institutions.
Que doit penser un adolescent lorsqu’il découvre que son établissement manque de professeurs, que les bâtiments se dégradent, que l’État accumule les déficits et que les responsables politiques lui expliquent simultanément qu’il devra travailler davantage, cotiser plus longtemps et financer la transition écologique ?
Que doit-il penser lorsque ses revendications scolaires deviennent un affrontement entre partis politiques ? Et que doit-il penser lorsqu’une manifestation destinée à défendre son avenir se termine par des centaines de blessés et des milliers d’interpellations ?
La réponse n’est pas nécessairement la radicalisation.
Elle peut être le découragement, le retrait ou l’indifférence.
Or une société qui décourage durablement sa jeunesse prend un risque considérable.
Car la confiance est aussi une infrastructure économique.
Sans confiance dans l’école, les institutions, les perspectives professionnelles et les règles collectives, il devient plus difficile d’encourager l’investissement de long terme, l’innovation, l’entrepreneuriat et les transformations nécessaires à la transition écologique.
La finance durable parle abondamment de matérialité, de risques de transition, de capital naturel et de gouvernance.
Elle devrait peut-être s’intéresser davantage à cette question : quelle économie peut-on construire avec une génération qui ne croit plus aux promesses de ceux qui la dirigent ?
Un indicateur ESG ne suffit pas à répondre.
2027 : une génération que personne n’avait vraiment regardée
Pendant des années, une partie du débat public a décrit la jeunesse comme politiquement désengagée.
Abstention, défiance, individualisme, consommation numérique : les diagnostics se sont multipliés.
Puis des milliers de lycéens sont descendus dans la rue.
Le mouvement a reçu un soutien important dans l’opinion. Une enquête Elabe rapportée début octobre indiquait que 72 % des personnes interrogées soutenaient les préoccupations exprimées par les lycéens, même si les opinions sur la poursuite des manifestations étaient plus partagées.
Cela ne signifie pas que tous les jeunes manifestants partagent les mêmes convictions politiques. Cela ne signifie pas non plus qu’ils voteront massivement lors de la prochaine présidentielle.
Mais cela rappelle une évidence : une génération réputée silencieuse peut soudain devenir visible. Certains des mineurs interpellés aujourd’hui auront atteint leur majorité lors des prochaines échéances électorales.
D’autres découvriront le vote dans les années suivantes. Personne ne peut prévoir les conséquences politiques de cette mobilisation. Mais les responsables publics auraient tort de considérer que cette colère disparaîtra nécessairement avec la fin des blocages.
Car les questions soulevées dépassent largement l’état des lycées.
Elles concernent le partage des ressources, la qualité des services publics, l’équité entre générations, la soutenabilité de la dette et la capacité de la France à préparer son avenir.
Une génération qui hérite des dettes d’hier devrait au minimum pouvoir participer aux décisions qui détermineront les dépenses de demain.
Conclusion : combien de fois faudra-t-il recommencer ?
On a beaucoup reproché à cette génération de ne plus croire en rien. De préférer TikTok au débat public, l’influenceur à l’entrepreneur, l’argent immédiat à la carrière, le buzz à l’engagement.
Peut-être avons-nous surtout oublié de lui demander pourquoi. Elle hérite d’une dette financière colossale et d’une dette écologique qu’elle n’a contractées ni l’une ni l’autre.
Elle découvre une école dont certains établissements réclament encore des enseignants, des infirmières, des sanitaires décents ou simplement une température supportable.
Lorsqu’elle proteste, elle rencontre les syndicats, les partis, les communicants, les casseurs et les forces de l’ordre. Chacun prétend alors expliquer sa colère à sa place.
Mais cette génération grandit.
Et avec elle grandit une interrogation que la France ne pourra pas éternellement esquiver : quel avenir sommes-nous réellement en train de financer ?
On attribue souvent à Albert Einstein cette formule : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Son attribution est très probablement apocryphe. Mais la question qu’elle soulève demeure pertinente.
Après les Gilets jaunes, après les crises sociales successives et maintenant après les lycéens, combien de fois la France peut-elle reproduire le même cycle d’abandon ressenti, de colère, de manifestations, de violences et de récupération politique en espérant que l’épisode suivant se termine autrement ?
La dette financière se rembourse. La dette écologique se répare parfois. Mais la confiance d’une génération perdue pourrait coûter beaucoup plus cher que les deux réunies.
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