L’intelligence artificielle a soif : les enjeux hydriques du numérique

enjeux hydriques du numérique

L’intelligence artificielle et les technologies numériques révolutionnent nos usages, mais leur empreinte environnementale soulève de nouveaux défis. L’un des plus méconnus ? Leur dépendance massive à l’eau. Dans un monde où les ressources se raréfient, la pression hydrique générée par les centres de données et les usines de semi-conducteurs devient un enjeu stratégique, mais aussi une opportunité d’investissement.

L’eau : la ressource invisible de l’ère numérique

De ChatGPT aux smartphones, tous les objets connectés reposent sur une infrastructure invisible mais essentielle : les semi-conducteurs. Leur fabrication nécessite une quantité d’eau colossale. Une usine moyenne consomme autant d’eau qu’une ville de 58 000 habitants.

ChatGPT consomme en moyenne un demi-litre d’eau toutes les 20 requêtes.
Le commerce de l’eau virtuelle (l’eau utilisée pour produire des biens et services) est 400 fois plus élevé que celui du pétrole.

L’eau est partout dans l’industrie tech : dans le refroidissement des centres de données, le nettoyage des circuits électroniques, ou encore la fabrication de composants à haute précision.

Une empreinte hydrique croissante et concentrée

Les plus grands acteurs des semi-conducteurs et du cloud affichent des consommations annuelles d’eau considérables, notamment dans des zones touchées par des sécheresses chroniques (Californie, Taïwan, Corée du Sud, Israël…). Ces implantations stratégiques exposent l’ensemble de la chaîne technologique à un risque croissant : la raréfaction de l’eau.

Un marché en expansion… et une pression sur les ressources

Alors que la demande mondiale en semi-conducteurs explose, les investissements privés dans de nouvelles usines sont estimés à 2,27 milliards de dollars. Parmi ces montants, entre 110 et 180 milliards de dollars seront consacrés aux infrastructures hydriques (traitement, recyclage, dessalement…).

Opportunité pour les investisseurs : les entreprises développant des technologies de traitement de l’eau sont au cœur de la transformation durable du secteur tech.

Eau ultrapure : l’or invisible des semi-conducteurs

Dans ce secteur, la pureté de l’eau est critique. Plus de 75 % de l’eau utilisée sert à nettoyer les composants électroniques entre chaque étape de fabrication.

  • L’eau ultrapure ne contient que des traces infimes de contaminants.
  • Les systèmes de traitement d’eau ultrapure représentent entre 1 et 6 % du coût total d’une nouvelle usine.
  • Une eau non conforme peut entraîner une défaillance sur des milliers de puces électroniques.

Des technologies de traitement de l’eau de plus en plus performantes

Pour limiter leur empreinte hydrique, les fabricants déploient des solutions de filtration et de recyclage sophistiquées :

  • Microfiltration, ultrafiltration, nanofiltration
  • Osmose inverse : la méthode la plus répandue, assurant la meilleure rétention d’impuretés

Certaines usines parviennent aujourd’hui à réutiliser jusqu’à 90 % de leur eau, réduisant leur dépendance aux réseaux publics.

Réutilisation et dessalement : réponses aux tensions hydriques

Face aux risques de pénurie, le secteur explore de nouvelles sources d’approvisionnement :

  • Réutilisation des eaux usées municipales : une solution de plus en plus répandue
  • Dessalement de l’eau de mer : plusieurs usines sont déjà opérationnelles à proximité des centres de production

Ces alternatives permettent d’alléger la pression sur les ressources locales et d’assurer la résilience des sites industriels.

Les chiffres à retenir :

Une opportunité stratégique pour l’investissement durable

L’eau, souvent négligée dans les analyses ESG, est pourtant au cœur des défis environnementaux liés à l’essor des nouvelles technologies. Pour les investisseurs, c’est un levier d’impact autant qu’un segment de croissance : infrastructures hydriques, technologies de traitement, économie circulaire…

Entre 110 et 180 milliards de dollars d’opportunités sont identifiées dans les infrastructures liées à l’eau dans l’industrie des semi-conducteurs.

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