Chute du marché immobilier Chinois

Marchés immobilier en Chine

Le 29 janvier dernier, le géant du marché immobilier chinois Evergrande a fait faillite, entraîné par une dette astronomique de 300 milliards de dollars. Les “trois lignes rouges” imposées par la Chine en 2020 ont conduit à son effondrement financier, accentué par des mesures restrictives sur le financement bancaire.

Chute d’un titan du marché immobilier Chinois

Le 29 janvier dernier, le mastodonte du marché immobilier chinois, Evergrande (China Evergrande Group), s’est effondré. Déposant le bilan suite à la pression du groupe ad hoc des détenteurs d’obligations offshore. Jadis leader incontesté parmi les promoteurs immobiliers en Chine. Evergrande est aujourd’hui englouti par une dette astronomique de 300 milliards de dollars américains. Tandis que ses actifs se limitent à 240 milliards.

Les problèmes financiers d’Evergrande prennent racine dans l’impitoyable campagne de désendettement orchestrée par les autorités chinoises. En 2020, elles ont édicté les “trois lignes rouges” (ou “3RL regulation”) imposant aux promoteurs immobiliers des limites strictes. Un actif ne pouvant dépasser 70 % du passif, des fonds propres devant excéder 100 % de la dette nette, une trésorerie devant couvrir impérativement à 100 % la dette à court terme. Depuis la mise en place de ces règles, Evergrande n’a jamais réussi à s’y conformer.

En parallèle, les banques ont subi des mesures draconiennes. Encadrant le financement des prêts et imposant des règles strictes de dispersion des risques. L’effondrement d’Evergrande résonne comme un avertissement retentissant dans les cercles financiers internationaux.

En 2021, Evergrande a défrayé la chronique en faisant défaut sur sa dette en dollars. La plaçant en faillite aux États-Unis. Cette débâcle a entraîné d’autres promoteurs immobiliers chinois. Son cours de bourse a plongé de 26 à 15 centimes de dollar de Hong Kong. La suspension de sa cotation boursière a été confirmée par un tribunal de Hong Kong. Mettant ainsi un terme à cette saga financière.

L’entreprise la plus surendétée

Evergrande est maintenant tristement célèbre en tant que société la plus surendettée du monde. Elle symbolise de manière frappante l’éclatement de la bulle immobilière en Chine. Ce secteur, qui constituait environ 30 % du PIB, s’est enlisé dans une crise persistante depuis la pandémie. Devenant un puissant agent perturbateur de la croissance chinoise. Les transactions immobilières déclinantes, les prix en chute libre, ainsi que la prolifération d’immeubles inoccupés ou à l’abandon. Cela peigne un sombre tableau de la déliquescence du marché immobilier chinois.

D’importantes conséquences sur l’économie


En 2023, la croissance du PIB chinois ait légèrement dépassé la cible fixée à 5 % par les autorités. Elle demeure bien en deçà du niveau absolu enregistré au cours de la décennie précédente. Cependant, le fait le plus frappant est l’enfoncement de la Chine dans la déflation. Une situation singulière par rapport aux autres pays développés.

La chute d’Evergrande s’inscrit dans une crise de confiance profonde qui ronge le pays depuis plusieurs mois. Marquée par la contre-performance flagrante de la bourse chinoise. Les investisseurs étrangers remettent en question la pertinence de cette zone géographique en tant qu’option d’investissement. Malgré les multiples annonces de mesures par les autorités budgétaires et monétaires pour soutenir le secteur immobilier et l’économie en général, les retombées concrètes tardent à se faire ressentir. Il est impératif de souligner que la majeure partie de la richesse des ménages chinois est liée à l’immobilier. Et la dépréciation de ces actifs amplifie un effet de richesse négatif, exacerbant ainsi l’instabilité d’une situation déjà précaire.

Entre ambiguïtés stratégiques et défis économiques

Depuis 2020, l’économie chinoise s’est engagée dans une transition ardue visant à réorienter son modèle économique en faveur d’une réduction de l’endettement et d’une augmentation de la consommation domestique. Toutefois, la clarté de cette stratégie est parfois obscurcie par des déclarations contradictoires. Telles que le discours pro-mondialisation des autorités chinoises à Davos. Juxtaposé à la volonté de dérisquage affichée par les pays occidentaux. Dans ce contexte, il est à noter que la Chine a réussi à étendre significativement sa part de marché dans l’industrie des véhicules électriques. Grâce à une mise en œuvre efficace de ses plans industriels.

La perspective sur l’avenir économique de la Chine depuis 2022 a été marquée par la prudence. Parfois en désaccord avec le consensus, comme en témoigne notre positionnement en début d’année 2023. Nous considérons que les défis persistants dans le secteur immobilier continuent d’exercer des pressions contraires sur le profil de l’activité économique chinoise. Cependant, une incertitude substantielle subsiste quant aux mesures futures de relance budgétaire et monétaire. Comme en témoigne la récente baisse inattendue du taux des réserves réglementaires requises pour les banques commerciales.

Quelles conséquences pour les marchés financiers ?

Actuellement, on estime à environ 23 milliards de dollars les dettes d’Evergrande détenues par des investisseurs étrangers. Notamment à travers des véhicules de gestion active spécialisés dans la dette émergente.

La question cruciale à l’heure actuelle concerne la mise en œuvre de la décision de justice de la cour de Hong Kong en Chine continentale. Où 90% des actifs de la société sont localisés. Cette mise en œuvre pourrait impliquer la saisie de ces actifs pour rembourser les détenteurs d’obligations offshore.

Le risque associé au secteur financier demeure principalement restreint aux banques chinoises. Une observation étayée par les déclarations de dirigeants de banques occidentales. Ainsi que par des bases de données et des analyses d’experts. Bien que l’évaluation précise de l’exposition des institutions financières non chinoises demeure délicate, elle semble rester marginale. Dans le passé, la Banque centrale européenne avait signalé que l’exposition des banques européennes à Evergrande était minime.

Avec son expertise en finance verte, Bruno Boggiani souligne les risques potentiels que la crise d’Evergrande peut engendrer. Mettant en avant des inquiétudes légitimes quant à la durabilité financière du marché immobilier chinois.

Dans un contexte où les investisseurs étrangers détiennent une part substantielle des dettes d’Evergrande. Il émet des réserves quant à la manière dont la décision de justice de la cour de Hong Kong sera exécutée en Chine continentale. Il souligne le défi de saisir les actifs d’Evergrande pour rembourser les détenteurs d’obligations offshore, ajoutant une couche de complexité aux implications financières de la crise.

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