Interview de Philippe Zaouati Jury du concours Green Finance 2026

Philippe Zaouati

Pour cette nouvelle édition du concours, nous avons le plaisir d’accueillir au sein du jury Philippe Zaouati, figure incontournable de la finance durable en Europe. Fondateur de Mirova, société de gestion pionnière de l’investissement responsable, il a consacré l’essentiel de sa carrière à démontrer qu’exigence financière et impact environnemental et social pouvaient converger, plutôt que s’opposer.

Après avoir quitté la direction de Mirova, Philippe Zaouati poursuit aujourd’hui sa réflexion à la croisée de la finance, de la technologie et de l’impact, un terrain qu’il connaît d’autant mieux qu’il l’a largement contribué à défricher. C’est cette expérience, ce regard exigeant et cette conviction que la finance n’est jamais neutre, qu’il apportera au jury de notre concours.

Nous l’avons rencontré pour évoquer son parcours, sa vision des grands défis de la finance durable à l’heure de l’intelligence artificielle, et ce qu’il attendra des candidats.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous raconter votre parcours professionnel ?

Je suis financier de formation et j’ai consacré l’essentiel de ma carrière à essayer de rapprocher la finance des grands enjeux de société, en particulier environnementaux.

J’ai fait un parcours dans la gestion d’actifs de grandes banques, avant de créer Mirova, avec une conviction assez simple : l’investissement responsable ne devait pas être une niche, mais une nouvelle manière de penser la finance.

J’ai décidé de quitter la direction de Mirova pour me consacrer aux nouveaux enjeux à la croisée de la finance, de la technologie et de l’impact.

Quelles ont été les grandes étapes ou les expériences qui ont le plus marqué votre parcours et construit votre vision ?

J’ai eu la chance de démarrer ma carrière au moment où la finance intégrait les techniques quantitatives et mathématiques. Ce fut une expérience passionnante. Ensuite, j’ai participé à l’émergence de la distribution des fonds d’investissement en Europe. Mais c’est évidemment la création de Mirova qui marque le tournant le plus fort.

Ce fut le fruit d’une prise de conscience, celle que la finance n’est jamais neutre. Derrière chaque décision d’investissement, il y a une vision du monde que l’on contribue à financer. Nous avons donc voulu démontrer qu’on pouvait construire une société de gestion exigeante financièrement tout en mettant les enjeux environnementaux et sociaux au cœur de ses décisions.

Quels sont les projets, initiatives, publications, innovations ou défis qui vous mobilisent le plus en ce moment ?

Je m’intéresse à l’avenir de la finance et de l’épargne à l’heure de l’intelligence artificielle : comment mieux comprendre les intentions des épargnants et mieux relier leur argent à l’économie qu’ils souhaitent financer ? Nous avons beaucoup progressé sur la finance durable, mais nous sommes loin d’avoir réorienté les flux de capitaux à la hauteur des besoins.

Quels seront les grands enjeux de votre secteur dans les prochaines années, notamment autour de la transition écologique, de la finance durable ou de l’innovation ?

Je crois que nous entrons dans une période plus difficile, mais aussi plus intéressante, pour la finance durable.

Pendant quinze ans, notre écosystème a beaucoup travaillé sur la mesure, les méthodologies, les labels, le reporting. Tout cela était nécessaire, mais nous avons parfois perdu de vue la question essentielle : où va réellement le capital ? Or les besoins sont immenses : énergie, infrastructures, adaptation au changement climatique, industrie, biodiversité, souveraineté technologique.

En parallèle, l’intelligence artificielle bouleverse déjà la finance. Elle peut rendre le conseil plus personnalisé et redonner du pouvoir aux épargnants. Mais elle peut aussi conduire à une standardisation encore plus forte et une concentration du pouvoir entre quelques acteurs.

Le véritable enjeu sera de faire converger les transformations écologiques, technologiques et économiques.

Quelles sont les qualités qui font aujourd’hui un bon dirigeant ou un bon décideur ?

Plus que jamais, il faut savoir décider dans l’incertitude. Et pour cela, je crois beaucoup à l’importance du doute et de l’ouverture d’esprit. Savoir écouter des gens qui ne pensent pas comme nous. Accepter la contradiction, à condition qu’elle soit organisée et sincère.

Et j’ajouterais : savoir changer d’avis. Dans un monde qui évolue aussi vite, considérer que changer d’avis est une faiblesse est l’une des erreurs les plus dangereuses pour un décideur.

Si vous deviez transmettre un seul conseil aux jeunes talents et aux porteurs de projets qui souhaitent avoir un impact positif, quel serait-il ?

Commencez par résoudre un vrai problème. Le mot « impact » est tellement utilisé qu’il remplace parfois la réflexion. Un projet utile part d’un problème réel, cherche une solution efficace, trouve un modèle économique et démontre qu’il fonctionne. Si cette solution améliore la société ou l’environnement, alors elle aura de l’impact. L’impact doit être un résultat, pas seulement une intention.

En regardant votre parcours, quelle réalisation vous rend aujourd’hui le plus fier, et pourquoi ?

Evidemment Mirova. Pas seulement parce que l’entreprise a grandi, mais parce que nous avons démontré quelque chose qui était loin d’être évident : qu’on pouvait mettre les enjeux environnementaux et sociaux au cœur d’une société de gestion tout en construisant une entreprise financière solide et reconnue internationalement.

Mais ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir réuni les personnes qui ont participé à cette aventure. Une entreprise réussie, c’est celle qui crée une culture, fait grandir des collaborateurs et continue à vivre au-delà de ceux qui l’ont créée.

En tant que membre du jury, qu’attendrez-vous des candidats ? Qu’est-ce qui fera qu’un dossier retiendra immédiatement votre attention ?

Une combinaison de « génie » et d’humilité, d’expertise et de sincérité.


Nous remercions Philippe Zaouati pour le temps accordé à cet échange et sommes ravis de compter sur son regard exigeant au sein du jury de notre concours Green Finance 2026.

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