Tourisme à impact : et si l’avenir des territoires se jouait aussi dans nos vacances ?

tourisme à impact

À l’occasion de la Semaine européenne du développement durable, qui se tient du 18 septembre au 8 octobre, la question du tourisme ne se limite plus aux seuls enjeux environnementaux. Dans un contexte où les territoires cherchent à renforcer leur attractivité, à soutenir leur économie locale et à mieux répartir les flux de visiteurs, les vacances apparaissent de plus en plus comme un véritable levier de développement territorial.

Comment construire un tourisme qui profite réellement aux territoires plutôt qu’à quelques destinations déjà saturées ? Comment générer davantage de retombées économiques locales ? Et de quelle manière répartir plus équitablement les visiteurs sur l’ensemble du territoire national ? Damien Duval, Directeur Général de Capfrance, premier réseau de villages vacances et d’hôtels clubs indépendants en France, apporte son éclairage sur ces questions.

Du surtourisme à la répartition des flux : un changement de regard nécessaire

Pendant longtemps, le débat public autour du tourisme s’est concentré sur la notion de surtourisme, associée à la saturation de certains sites emblématiques et à leurs conséquences sur les habitants comme sur l’environnement. Cette focalisation, si elle reste légitime pour les destinations concernées, tend cependant à masquer un enjeu plus structurel : celui de la répartition géographique des flux touristiques à l’échelle du pays.

En France, une part importante de la fréquentation touristique demeure concentrée sur un nombre restreint de destinations, tandis que de nombreux territoires disposant d’un réel potentiel d’accueil restent en retrait. Le véritable enjeu ne consiste donc plus uniquement à limiter la fréquentation dans les zones déjà saturées, mais à orienter une partie de cette demande vers des territoires capables d’en tirer un bénéfice économique et social durable.

Cette approche renouvelée invite à considérer le tourisme non plus comme un flux à contenir, mais comme une ressource à mieux distribuer, au service d’un développement plus équilibré des territoires.

Le tourisme comme outil de développement et d’attractivité territoriale

Envisagé sous cet angle, le tourisme dépasse sa seule fonction récréative pour devenir un véritable outil d’aménagement du territoire. Une fréquentation touristique mieux répartie peut en effet contribuer à plusieurs dynamiques essentielles pour les territoires ruraux ou périphériques :

  • le maintien, voire la création, d’emplois locaux non délocalisables ;
  • le soutien à des filières économiques de proximité, de l’agriculture à l’artisanat ;
  • le financement indirect d’équipements et de services qui bénéficient également aux habitants à l’année ;
  • le renforcement de l’attractivité résidentielle et économique du territoire au-delà de la seule saison touristique.

Dans cette perspective, accueillir des visiteurs ne constitue plus une fin en soi, mais un moyen de consolider le tissu économique local et de renforcer l’attractivité globale d’un territoire, y compris pour ses habitants.

Les villages vacances, un maillon souvent sous-estimé de l’économie locale

Parmi les différentes formes d’hébergement touristique, les villages vacances occupent une place particulière dans cette équation. Contrairement à des modèles davantage tournés vers l’hébergement pur, ces structures s’appuient structurellement sur un ancrage territorial fort, qui se traduit par des collaborations directes avec l’écosystème économique local.

Ce modèle repose en grande partie sur des partenariats noués avec :

  • des producteurs et exploitants agricoles locaux, pour l’approvisionnement en restauration ;
  • des artisans et commerçants de proximité ;
  • des prestataires d’activités de loisirs et de découverte du territoire ;
  • des acteurs touristiques locaux, offices de tourisme et structures institutionnelles.

Cette organisation en réseau permet de capter et de redistribuer localement une part significative de la valeur générée par l’activité touristique, plutôt que de la voir captée par des acteurs extérieurs au territoire. Elle contribue ainsi directement au maintien de l’emploi et de l’activité économique dans des zones parfois fragilisées par la saisonnalité ou l’éloignement des grands bassins d’emploi.

Mesurer l’impact du tourisme au-delà du seul nombre de visiteurs

L’un des enjeux majeurs soulevés par cette réflexion concerne les indicateurs utilisés pour évaluer la réussite d’une destination touristique. Historiquement, la performance touristique d’un territoire a surtout été mesurée à travers des indicateurs de volume : nombre de visiteurs, nombre de nuitées, taux d’occupation.

Ces indicateurs, bien qu’utiles, ne rendent toutefois que partiellement compte de la valeur réellement créée pour un territoire. Un nombre élevé de visiteurs ne garantit pas nécessairement des retombées économiques proportionnelles pour les acteurs locaux, ni une répartition équitable des bénéfices entre les différents secteurs d’activité.

Une approche plus qualitative du tourisme à impact suppose donc de compléter ces indicateurs de fréquentation par des critères davantage tournés vers la valeur économique et sociale générée localement, tels que :

  • la part des dépenses touristiques effectivement captée par les acteurs économiques du territoire ;
  • le nombre d’emplois locaux directement ou indirectement soutenus par l’activité touristique ;
  • la diversité et la pérennité des partenariats noués avec les filières locales ;
  • la contribution du tourisme au maintien de services et de commerces de proximité à l’année.

Une demande touristique en quête d’authenticité et de proximité

Ce repositionnement du tourisme vers une logique d’impact territorial trouve également un écho du côté de la demande. Les vacanciers expriment aujourd’hui des attentes de plus en plus tournées vers l’authenticité, la proximité et la connexion réelle avec les territoires visités, en rupture avec des modèles plus standardisés de consommation touristique.

Cette évolution des attentes se traduit notamment par un intérêt croissant pour :

  • des destinations moins connues, offrant une expérience perçue comme plus sincère ;
  • des séjours favorisant la rencontre avec les habitants, les producteurs et les acteurs locaux ;
  • une offre touristique clairement ancrée dans l’identité et les ressources spécifiques d’un territoire ;
  • des vacances plus proches du domicile, dans une logique de sobriété et de praticité.

Cette convergence entre les attentes des voyageurs et les besoins des territoires constitue une opportunité pour développer un modèle touristique plus équilibré, où la recherche d’authenticité par les visiteurs rejoint directement les enjeux de développement économique local.

Le regard de Damien Duval, Directeur Général de Capfrance

Fort de plus de 75 ans d’existence et d’un réseau de plus de 80 établissements répartis sur l’ensemble du territoire français, Capfrance illustre cette approche du tourisme fondée sur l’ancrage local. Damien Duval, Directeur Général du groupe, résume ainsi la philosophie qui sous-tend ce modèle :

« Le succès touristique ne peut plus être mesuré uniquement au nombre de visiteurs accueillis, mais aussi à la valeur créée dans les territoires. Avec plus de 80 établissements répartis partout en France, Capfrance porte depuis plus de 75 ans un modèle fondé sur l’ancrage local. En travaillant avec les producteurs, artisans, commerçants, prestataires d’activités et acteurs touristiques de proximité, nos villages soutiennent l’économie et l’emploi locaux, tout en favorisant une découverte plus authentique et plus équilibrée de la France. Le véritable tourisme à impact est celui qui profite autant aux habitants qu’aux voyageurs. »

Cette prise de position illustre la manière dont un acteur historique du secteur des villages vacances entend repositionner son modèle économique au cœur des enjeux de développement territorial, à l’occasion de la Semaine européenne du développement durable.

Un enjeu qui dépasse le seul secteur touristique

À travers ces différentes questions, c’est bien la place du tourisme dans les stratégies de développement territorial qui se trouve interrogée. Loin de se limiter à une problématique environnementale ou à la seule gestion des flux dans les zones les plus fréquentées, le tourisme à impact invite à repenser la manière dont les territoires peuvent tirer parti de leur attractivité touristique pour consolider leur économie locale, maintenir l’emploi et préserver leur dynamisme sur le long terme.

Dans cette perspective, les acteurs capables de démontrer un ancrage local réel, à l’image des réseaux de villages vacances, apparaissent comme des relais potentiels pour accompagner cette transition vers un tourisme plus équilibré, à la fois pour les visiteurs et pour les territoires qui les accueillent.

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