
Policier depuis 1998, secrétaire national du syndicat UN1TÉ, et depuis juin 2025 président du conseil d’administration de l’IRCANTEC : le parcours de Jean-Christophe Couvy n’est pas celui qu’on croise le plus souvent dans la finance durable. C’est précisément ce qui rend son regard précieux au sein du jury du Concours Green Finance 2026. Il a accepté de répondre à nos questions.
À la tête du conseil d’administration de l’IRCANTEC, la caisse de retraite complémentaire des agents contractuels de la fonction publique et des élus, Jean-Christophe Couvy pilote les orientations d’un régime qui compte 3,24 millions d’actifs cotisants, 2,41 millions d’allocataires et près de 20 milliards d’euros de réserves.
Une masse financière qui fait de l’institution un acteur institutionnel scruté sur ses choix d’investissement. Et l’IRCANTEC y assume une position singulière : elle est aujourd’hui le seul investisseur institutionnel à avoir fait labelliser ISR l’intégralité de ses fonds dédiés cotés sur le périmètre entreprises, soit 60 % de ses réserves.
Dans les prochaines semaines, il portera la voix de la France aux PRI à Amsterdam puis aux IPE à Londres. Le 4 novembre, il organise un colloque ISR consacré à une question qui mérite qu’on s’y arrête : comment investir dans un monde de post-croissance.
Nous le remercions chaleureusement d’avoir pris le temps de répondre à notre questionnaire. Voici ses réponses, dans leur intégralité.
1. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous raconter votre parcours professionnel ?
Je m’appelle Jean-Christophe Couvy, j’ai 55 ans, fait des études commerciales et obtenu un Bachelor International Business Administration à l’Université de Northumbria, en Grande-Bretagne. J’ai rejoint la police nationale en 1998, intégré le conseil d’administration de l’IRCANTEC en 2019 afin de représenter Force Ouvrière, et élu président de ce conseil en juin 2025. Actuellement, je suis secrétaire national du syndicat de police UN1TÉ, chargé des partenariats et des médias.
2. Au fil de votre carrière, quelles ont été les grandes étapes ou les expériences qui ont le plus marqué votre parcours et construit votre vision ?
J’ai fait le choix très tôt de quitter le milieu familial afin de me consacrer à mes études universitaires à La Rochelle et à Newcastle, où j’ai pu parfaire mon anglais et apprendre à vivre en autonomie, tout en découvrant d’autres cultures. Quand je suis entré à l’école de police, le 2 février 1998, un des officiers m’a dit, et ça m’a marqué toute ma carrière, que je n’aurai plus jamais le même regard sur les gens et sur la société à partir de ce jour.
J’ai côtoyé la misère sociale, la détresse humaine, la violence, mais aussi pu entrevoir la petite lueur d’humanité et d’espoir qu’il y a en chaque personne. Souvent, pour changer de vie, il faut un déclic, une main tendue.
3. Vous évoluez aujourd’hui au sein de l’IRCANTEC. Pouvez-vous nous présenter cette organisation, sa mission et ses ambitions ?
Aujourd’hui, je suis président du conseil d’administration de l’IRCANTEC, qui est une caisse de retraite des contractuels de la fonction publique et des élus.
L’IRCANTEC, c’est 4,79 Md€ de cotisations encaissées, 4,57 Md€ de retraites et capitaux versés, 3,24 millions d’actifs cotisants en 2024, 2,41 millions d’allocataires, et enfin pratiquement 20 Md€ de réserves.
L’IRCANTEC a pour ambition d’être un régime solide et responsable, avec un engagement social renforcé.
4. Quel est précisément votre rôle au sein de cette structure, et quelles sont les principales missions que vous y portez au quotidien ?
Mon rôle est d’animer et diriger les réunions du conseil d’administration, qui regroupe représentants des employeurs, des salariés, et personnalités qualifiées.
Je supervise les orientations de gestion, le pilotage technique à long terme et l’équilibre financier du régime.
Je veille à la stratégie de placement des réserves financières de l’institution, en conciliant performance et investissement socialement responsable.
Le président impulse et suit les actions de solidarité en faveur des allocataires les plus fragiles : maintien à domicile, aide aux aidants, lien social.
Enfin, je porte modestement la voix de l’institution auprès des pouvoirs publics, des partenaires et des millions d’affiliés et de retraités.
5. Votre actualité est particulièrement riche. Quels sont les projets, initiatives, publications, innovations ou défis qui vous mobilisent le plus en ce moment ?
Dans les prochaines semaines, je vais me rendre aux PRI à Amsterdam, ainsi qu’aux IPE à Londres, afin de porter la voix de la France et démontrer que l’on peut obtenir des résultats financiers performants en respectant les critères ESG.
Le 4 novembre prochain, je suis très fier de pouvoir organiser un colloque ISR sur la thématique « Comment investir dans un monde de post-croissance ».
6. Selon vous, quels seront les grands enjeux de votre secteur dans les prochaines années, notamment autour de la transition écologique, de la finance durable ou de l’innovation ?
Aujourd’hui, il est nécessaire de garder le cap dans un contexte plus large de remise en cause des objectifs de durabilité.
J’ai deux filles, et je me refuse de leur laisser un monde dégradé.
Alors il faut aller au bout de ses convictions, savoir affronter certains vents contraires et tenir le cap de la finance durable et responsable.
L’IRCANTEC doit servir de boussole et montrer le chemin. Nous sommes les seuls investisseurs institutionnels à avoir fait labelliser ISR nos fonds dédiés cotés sur le périmètre « entreprises », ce qui représente 60 % des 20 Md€ de réserves. Il est nécessaire de se rapprocher des acteurs ISR et de se fédérer autour de nos valeurs : c’est la force du collectif.
7. Au regard de votre expérience, quelles sont les qualités qui font aujourd’hui un bon dirigeant ou un bon décideur ?
Il faut savoir écouter, observer, s’appuyer sur une équipe et convaincre.
Faire son introspection, regarder l’horizon, pas dans les rétroviseurs.
Surtout, ne pas écouter son mental, mais ses ressentis. Savoir poser ses intentions, laisser infuser comme une bonne tisane, et souvent la solution vient d’elle-même quand on ne s’y attend pas.
8. Si vous deviez transmettre un seul conseil aux jeunes talents et aux porteurs de projets qui souhaitent avoir un impact positif, quel serait-il ?
La vie m’a appris trois choses :
- Ce que je veux, je peux.
- Respecter la loi universelle de cause à effet : tout effet a une cause, tout effet intelligent a une cause intelligente.
- Avant de vouloir changer le monde, commence par changer ton propre monde et celui qui t’entoure.
9. En regardant votre parcours, quelle réalisation vous rend aujourd’hui le plus fier, et pourquoi ?
Je me dis que la vie est surprenante et surtout, qu’elle vous amène là où elle a besoin de vous.
Rien ne me prédisposait à être policier, syndicaliste et maintenant président d’une caisse de retraite qui a pour étendard l’investissement socialement responsable.
J’ai appris les valeurs du collectif, de l’engagement et du respect grâce à mon sport, le rugby.
Toutes ces expériences de vie me servent aujourd’hui, et j’essaie de les transmettre autour de moi.
10. En tant que membre du jury, qu’attendrez-vous des candidats ? Quels éléments feront qu’un dossier retiendra immédiatement votre attention et saura vous convaincre ?
J’attends de l’innovation, mais surtout je veux comprendre ce qui a amené à croire en un projet et à le porter jusqu’au bout.
J’ai envie que l’on me raconte une histoire, comprendre le déclic, j’ai besoin d’être transporté par le narratif : pourquoi ce projet et pas un autre ?
J’attends de la sincérité, de l’authenticité. Il faut parfois parler avec ses tripes pour convaincre et emporter une décision.
On n’a souvent qu’une seule occasion de faire une bonne impression, alors go !
Les candidatures au Concours Green 2026 sont ouvertes du 2 septembre au 30 novembre 2026, pour près de 78 000 € de dotations.








