Auris Gestion face aux réquisitions de l’AMF : derrière le discours ESG, l’épreuve de la preuve

Auris Gestion

Le Collège de l’Autorité des marchés financiers a requis 1,5 million d’euros de sanctions pécuniaires au total contre Auris Gestion et deux de ses dirigeants. La Commission des sanctions n’a pas encore rendu sa décision et Auris Gestion conteste les griefs. Mais l’audience soulève des questions qui dépassent largement le montant des réquisitions : traçabilité de prestations rémunérées, documentation des contrôles et intervention humaine dans la gestion de fonds présentés comme durables. Pour un acteur financier, la conformité ne se proclame pas. Elle doit pouvoir se démontrer.

Une rectification nécessaire, qui ne change rien aux questions de fond

À la suite d’une demande adressée à Green Finance par les avocats d’Auris Gestion, nous rectifions une confusion figurant dans le titre et certains passages de la version initiale de cet article.

Auris Gestion n’a pas présenté de candidature au Prix Green 2026. Il était donc incorrect de présenter la procédure AMF comme susceptible de compromettre une candidature qui n’existait pas. Nous le reconnaissons sans ambiguïté et supprimons toute mention laissant entendre le contraire. Le conseil d’Auris Gestion nous a également rappelé qu’aucune sanction n’avait encore été prononcée. Sur ce point également, soyons parfaitement précis : 1,5 million d’euros de sanctions pécuniaires ont été requis ; aucune sanction n’a encore été décidée par la Commission des sanctions. AVRIL LAW-Green Finance_05102026

Une précision supplémentaire mérite néanmoins d’être apportée puisque notre titre initial évoquait le Prix Green : Green Finance n’aurait, en tout état de cause, pas souhaité retenir une éventuelle candidature d’Auris Gestion au Prix Green 2026 tant que cette procédure demeure pendante. Il s’agit ici exclusivement d’une position éditoriale relative à notre propre concours, et non d’une appréciation anticipée de la culpabilité d’Auris Gestion. La Commission des sanctions est seule compétente pour déterminer si les griefs sont constitués.

Cette rectification factuelle étant faite, elle ne fait disparaître aucune des questions soulevées par la procédure elle-même.

1,5 million d’euros requis : ce n’est pas une sanction, mais ce n’est pas anodin

Les mots ont leur importance. Auris Gestion n’a pas été condamnée. Mais il serait tout aussi artificiel de présenter l’audience comme un simple épisode administratif dépourvu d’enjeu.

Le Collège a requis un million d’euros contre Auris Gestion, assorti d’un avertissement, 300 000 euros contre son directeur général et 200 000 euros contre son président. Auris Gestion conteste les griefs et la Commission des sanctions devra trancher. Texte collé

Green Finance ne rendra donc pas le jugement à sa place.

Mais Green Finance ne confondra pas davantage présomption avec absence de questions.

Des prestations rémunérées : où sont les preuves ?

Le premier sujet est particulièrement concret.

Selon le Collège, Auris Gestion n’aurait pas été capable de démontrer avec suffisamment de rigueur la réalité de certaines prestations de conseil réalisées par plusieurs CIF rémunérés. La représentante du Collège a notamment soutenu qu’aucune procédure permettant d’assurer cette traçabilité n’avait été mise en place avant le 10 novembre 2023. Le Collège retient 15 situations représentant environ 280 000 euros, tandis que le rapporteur n’en avait retenu que trois pour un peu plus de 30 000 euros. Texte collé

Cette divergence devra être arbitrée.

Mais derrière les chiffres demeure une question élémentaire : lorsqu’une société de gestion rémunère une prestation, doit-elle être capable de démontrer précisément ce qui a été réalisé en contrepartie ?

C’est précisément le type de question auquel une industrie financière exigeante devrait pouvoir répondre autrement que par une déclaration d’intention.

Auris Gestion répond. La Commission décidera.

La défense d’Auris Gestion conteste l’analyse des faits. Elle soutient notamment que les recommandations ont bien été réalisées, que les rémunérations auraient été supportées sur les ressources propres de la société, qu’aucune charge n’aurait été directement reportée sur les investisseurs et qu’aucun préjudice client ne serait démontré. Auris Gestion indique également avoir renforcé ses procédures. Texte collé

Ces arguments existent et doivent être rapportés.

Mais corriger après coup et démontrer ce qui existait au moment des faits sont deux questions différentes. C’est justement à la Commission qu’il appartiendra d’apprécier les éléments produits et de déterminer si les griefs sont ou non constitués.

Et puis il y a l’ESG

C’est probablement le volet que Green Finance regardera avec le plus d’attention.

Selon les éléments relatés dans l’article initial, le Collège reproche également à Auris Gestion des manquements concernant la gestion de fonds présentés comme durables. La société utilisait notamment un outil algorithmique destiné à suggérer des portefeuilles répondant à différents critères ESG. Le débat porte notamment sur la capacité à retracer suffisamment l’intervention humaine dans les décisions proposées par cet outil. Texte collé

Voilà une question qui dépasse très largement Auris Gestion.

L’ESG n’est pas une décoration commerciale. Un algorithme n’est pas une gouvernance. Une méthodologie n’est pas une preuve. Et une procédure écrite ne démontre pas, à elle seule, qu’un contrôle a effectivement été réalisé.

Lorsqu’un fonds est présenté comme durable, les investisseurs sont en droit d’attendre que la chaîne de décision puisse être expliquée, documentée et contrôlée.

La finance durable doit accepter d’être examinée

Le sujet n’est donc pas de condamner Auris Gestion avant la Commission.

Le sujet est presque inverse.

Pourquoi la finance durable devrait-elle être moins questionnée précisément lorsqu’une procédure réglementaire met ses processus à l’épreuve ?

Green Finance continuera à appliquer à Auris Gestion les mêmes exigences éditoriales qu’aux autres acteurs : distinguer les faits des accusations, les réquisitions des sanctions et la défense de la décision finale.

Mais nous continuerons également à poser les questions.

Comment les prestations étaient-elles documentées ? Quels contrôles existaient effectivement ? Comment l’intervention humaine dans le processus ESG était-elle retracée ? Quelles procédures ont été renforcées depuis ? Et surtout, que dira finalement la Commission des sanctions ?

Auris Gestion a parfaitement le droit de contester les griefs.

Green Finance a parfaitement le droit de les examiner.

Rectificatif du 5 octobre 2026

À la suite d’une demande de rectification adressée par les conseils d’Auris Gestion, Green Finance précise qu’une confusion figurait dans le titre et certains développements de la version publiée le 2 octobre 2026.

Auris Gestion n’a pas présenté de candidature au Prix Green 2026. Toute formulation laissant entendre le contraire a été supprimée. Green Finance précise également que la Commission des sanctions de l’AMF n’a, à ce jour, prononcé aucune sanction dans cette affaire. Les montants mentionnés correspondent aux sanctions requises dans le cadre de la procédure, et non à une décision définitive.

Green Finance indique par ailleurs qu’indépendamment de cette erreur factuelle, une éventuelle candidature d’Auris Gestion n’aurait pas été retenue par Green Finance tant que la procédure demeure pendante. Cette précision exprime uniquement la position éditoriale de Green Finance concernant son propre concours et ne préjuge en rien de la décision de la Commission des sanctions.

À lire aussi : Cleantech : 946 millions d’euros investis en France au premier semestre 2026, un marché qui change de rythme