Biodiversité en Europe : la BEI et Sienna IM débloquent 60 millions d’euros pour accélérer les projets les plus fragiles

Biodiversité en Europe

Biodiversité en Europe : la protection de la biodiversité devient progressivement un enjeu économique majeur en Europe. Face à l’érosion des écosystèmes, à la dégradation des sols, à la raréfaction des ressources naturelles et aux effets du changement climatique, les besoins de financement augmentent rapidement. Pourtant, de nombreux projets innovants peinent encore à trouver des capitaux, notamment lorsqu’ils se situent à un stade précoce ou qu’ils présentent peu de garanties financières.

C’est dans ce contexte que le Groupe Banque européenne d’investissement, par l’intermédiaire du Fonds européen d’investissement, vient d’accorder une garantie de 60 millions d’euros à Sienna Investment Managers. Cette enveloppe doit permettre de soutenir un fonds spécialisé dans la biodiversité et de faciliter l’émergence de nouvelles initiatives partout en Europe.

Une garantie européenne pour soutenir un fonds consacré à la biodiversité

Le Fonds européen d’investissement, filiale du Groupe Banque européenne d’investissement, met en place une garantie de 60 millions d’euros au bénéfice du Sienna Biodiversity Private Credit Fund. Ce fonds de dette privée a été créé pour financer des entreprises et des projets qui contribuent directement à la préservation, à la restauration ou à l’amélioration de la biodiversité sur le territoire européen.

L’objectif de cette garantie est simple : permettre au fonds d’investir plus facilement dans des structures qui n’auraient pas forcément accès aux circuits de financement classiques. Dans de nombreux cas, les projets liés à la biodiversité sont encore considérés comme trop risqués par les banques traditionnelles. Ils sont souvent portés par de petites entreprises, des acteurs locaux ou des sociétés en phase de lancement, qui disposent de peu d’actifs à mettre en garantie.

Grâce au soutien du FEI, jusqu’à 70 % du risque de crédit lié aux petites et moyennes entreprises financées par le fonds pourra être couvert. Cette protection réduit fortement l’exposition des investisseurs et donne à Sienna IM une plus grande capacité pour financer des initiatives ambitieuses.

Pourquoi les projets de biodiversité ont encore du mal à se financer ?

Malgré l’urgence environnementale, les investissements consacrés à la biodiversité restent encore très insuffisants en Europe. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

Des projets jugés trop risqués

Les projets liés à la restauration des écosystèmes, à l’agriculture régénératrice, à la dépollution des sols ou à la protection des espèces produisent souvent leurs effets sur le long terme. Leur rentabilité immédiate est parfois limitée, ce qui rend les investisseurs prudents.

Par ailleurs, il est souvent plus difficile d’évaluer financièrement la valeur d’un projet de biodiversité que celle d’une infrastructure classique ou d’une entreprise industrielle. Les bénéfices environnementaux existent, mais ils ne se traduisent pas toujours rapidement en revenus mesurables.

Des garanties financières limitées

Beaucoup d’entreprises qui interviennent dans la biodiversité sont encore jeunes. Elles disposent rarement d’un historique financier solide ou d’actifs importants pouvant servir de garantie. Cela réduit leur accès au crédit, alors même qu’elles ont besoin de capitaux pour lancer leurs projets.

La nouvelle garantie européenne vise précisément à répondre à cette faiblesse. En prenant en charge une partie du risque, elle doit permettre de débloquer des financements pour des initiatives qui, sans ce mécanisme, resteraient à l’arrêt.

Un fonds de 200 millions d’euros destiné aux entreprises de la transition écologique

Le Sienna Biodiversity Private Credit Fund ambitionne d’atteindre une taille totale de 200 millions d’euros. Avant même l’intervention du FEI, le fonds avait déjà reçu un premier engagement important de la part du groupe français Malakoff Humanis, à hauteur de 100 millions d’euros.

Cette nouvelle garantie européenne constitue donc une étape supplémentaire dans la montée en puissance du fonds. Elle doit lui permettre d’attirer davantage d’investisseurs privés et d’augmenter sa capacité d’intervention.

Sur une période de 36 mois, Sienna IM prévoit de financer plusieurs catégories d’acteurs :

  • des entreprises qui restaurent des milieux naturels dégradés ;
  • des projets agricoles limitant l’impact sur les sols et les écosystèmes ;
  • des sociétés développant des solutions de dépollution ou de gestion durable des ressources ;
  • des entreprises qui cherchent à réduire fortement leur empreinte environnementale.

L’idée n’est pas seulement de financer des activités « vertes », mais de soutenir des projets capables de démontrer un effet concret et mesurable sur le capital naturel.

Mesurer l’impact réel des investissements

L’un des éléments les plus importants du fonds mis en place par Sienna IM repose sur la mesure précise de l’impact environnemental.

Chaque financement accordé intégrera des critères et des indicateurs permettant d’évaluer les progrès réalisés. Les entreprises soutenues devront ainsi démontrer, de manière chiffrée, les effets positifs de leurs actions sur la biodiversité.

Des indicateurs intégrés dans les contrats

Les investissements du fonds seront accompagnés de clauses spécifiques. Celles-ci pourront par exemple porter sur :

  • la surface de milieux naturels restaurés ;
  • la réduction de l’usage de pesticides ou d’intrants polluants ;
  • l’amélioration de la qualité des sols ;
  • la protection de certaines espèces ;
  • la diminution de l’empreinte carbone ou de la pression sur les ressources naturelles.

Cette approche doit permettre de rendre les projets plus transparents et plus crédibles auprès des investisseurs. Elle vise également à créer un précédent sur un marché encore peu structuré.

Un fonds classé article 9

Le fonds de Sienna IM est classé « article 9 » au sens du règlement européen SFDR. Il s’agit du niveau le plus exigeant en matière de finance durable. Cette classification est réservée aux produits d’investissement dont l’objectif principal est d’avoir un impact environnemental ou social mesurable.

Ce positionnement renforce la crédibilité du fonds et devrait contribuer à attirer de nouveaux investisseurs institutionnels sensibles aux enjeux climatiques et environnementaux.

Une réponse à une biodiversité européenne sous pression

L’Europe fait face à une dégradation rapide de ses écosystèmes. Les pressions sont nombreuses et concernent l’ensemble du continent.

La pollution des sols et de l’eau, l’intensification agricole, l’urbanisation, le changement climatique ou encore la surexploitation des ressources naturelles fragilisent la biodiversité européenne. À cela s’ajoute la prolifération d’espèces invasives, qui modifient les équilibres naturels et menacent les espèces locales.

Dans ce contexte, la restauration de la biodiversité n’est plus seulement une question environnementale. Elle devient un enjeu stratégique pour l’économie européenne.

Un enjeu économique autant qu’environnemental

La biodiversité joue un rôle essentiel dans de nombreux secteurs : agriculture, alimentation, eau, énergie, santé ou encore industrie. La disparition progressive des écosystèmes pourrait avoir des conséquences directes sur la sécurité alimentaire, la disponibilité des ressources et la résilience des territoires face aux événements climatiques.

Soutenir financièrement des projets de biodiversité permet donc non seulement de protéger la nature, mais aussi de sécuriser des activités économiques essentielles à long terme.

InvestEU, un levier pour faire venir davantage de capitaux privés

L’opération menée entre le FEI et Sienna IM s’inscrit dans le cadre du programme InvestEU. Ce dispositif européen a été conçu pour mobiliser davantage d’investissements privés grâce à une garantie publique.

Le principe est de réduire le risque supporté par les investisseurs afin d’encourager le financement de projets innovants ou considérés comme plus difficiles. Le programme InvestEU dispose d’une garantie budgétaire européenne de 26,2 milliards d’euros, capable de générer plus de 372 milliards d’euros d’investissements supplémentaires.

Dans le cas du fonds de Sienna IM, cette logique joue pleinement. La garantie de 60 millions d’euros ne constitue pas seulement un soutien financier direct. Elle agit aussi comme un signal fort envoyé au marché. En rassurant les investisseurs, elle augmente les chances d’attirer de nouveaux capitaux privés vers la biodiversité.

Le Groupe BEI renforce sa stratégie verte

Cette opération illustre également l’évolution du rôle du Groupe Banque européenne d’investissement. Depuis plusieurs années, l’institution européenne cherche à orienter davantage de financements vers les projets liés à la transition écologique.

En 2025, le Groupe BEI a accordé 100 milliards d’euros de nouveaux financements et missions de conseil. Parmi ses priorités figurent l’action climatique, l’environnement, l’innovation, l’agriculture durable et la bioéconomie.

Le secteur agricole et celui de la bioéconomie ont particulièrement bénéficié de cette dynamique. L’année dernière, les financements du Groupe BEI dans ces domaines ont atteint 7,7 milliards d’euros, soit une progression de 22 % par rapport à l’année précédente.

La garantie accordée au fonds de Sienna IM marque une nouvelle étape dans cette stratégie. Il s’agit du premier fonds garanti par le FEI entièrement consacré à la biodiversité. Cette initiative pourrait ouvrir la voie à d’autres mécanismes similaires dans les années à venir.

Sienna IM veut devenir un acteur de référence sur le financement de la biodiversité

Avec ce nouveau fonds, Sienna Investment Managers entend se positionner parmi les acteurs européens les plus engagés dans le financement de la transition environnementale.

Le gestionnaire d’actifs, qui administre près de 33 milliards d’euros d’actifs, affirme vouloir appliquer des critères particulièrement stricts avant chaque investissement. Les projets financés devront faire l’objet d’analyses approfondies, d’audits préalables et d’un suivi régulier.

Sienna IM souhaite ainsi démontrer qu’il est possible de concilier rentabilité financière et impact environnemental concret. Si cette stratégie fonctionne, elle pourrait contribuer à structurer un véritable marché européen du financement de la biodiversité, encore largement émergent aujourd’hui.

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Intelligence artificielle et emploi : comment l’automatisation redessine les métiers de demain

Intelligence artificielle et emploi

Intelligence artificielle et emploi : l’intelligence artificielle transforme progressivement le monde du travail. Plus de trois ans après l’arrivée de ChatGPT dans le grand public, ses effets restent encore peu visibles dans les grandes statistiques de l’emploi. Pourtant, des changements commencent déjà à apparaître dans certains secteurs, notamment parmi les postes de début de carrière et les métiers les plus exposés aux outils d’automatisation.

La nouveauté ne réside pas seulement dans l’ampleur du phénomène, mais dans sa nature. Les précédentes vagues d’automatisation concernaient principalement les tâches manuelles, répétitives ou industrielles. Désormais, ce sont des activités intellectuelles, complexes et qualifiées qui se retrouvent en première ligne. Fonctions administratives, finance, informatique, droit, ingénierie ou métiers créatifs : autant de domaines qui semblaient jusqu’ici relativement protégés.

Cette évolution pourrait modifier en profondeur l’organisation du travail, la hiérarchie des compétences, les équilibres économiques et même la valeur accordée aux diplômes.

Une nouvelle façon de mesurer l’impact réel de l’IA sur les métiers

Pour comprendre quels métiers sont les plus concernés, il ne suffit plus d’observer une profession dans son ensemble. Deux personnes exerçant le même métier peuvent accomplir des tâches très différentes, avec un niveau d’exposition à l’IA très variable.

C’est pourquoi l’étude s’appuie sur une méthode beaucoup plus détaillée. Chaque profession est découpée en une série de tâches précises. Ces tâches sont ensuite elles-mêmes divisées en actions élémentaires, décrites sous la forme d’un verbe, d’un objet et d’un contexte.

Une analyse à l’échelle des gestes professionnels

Au total, 923 professions ont été examinées. Pour chacune d’elles, les chercheurs ont identifié les différentes actions réalisées au quotidien.

Par exemple, un juriste ne se contente pas de « travailler dans le droit ». Son activité comprend plusieurs dimensions : analyser un contrat, rechercher une jurisprudence, rédiger un document, préparer un argumentaire ou encore conseiller un client. Certaines de ces tâches peuvent être largement assistées par l’intelligence artificielle, tandis que d’autres restent difficiles à automatiser.

Cette approche permet d’éviter les généralisations trop rapides. Un métier n’est pas condamné ou protégé dans son ensemble. Tout dépend de la part de ses tâches qui peut être automatisée.

Une méthode plus fiable et plus prospective

L’étude cherche également à dépasser les limites des analyses classiques. Jusqu’à présent, de nombreuses estimations reposaient sur l’avis d’experts ou sur des évaluations elles-mêmes produites par des systèmes d’IA. Ces approches manquaient souvent de cohérence et étaient difficiles à reproduire.

La nouvelle méthodologie repose au contraire sur des règles explicites, identiques pour tous les métiers. Chaque action élémentaire est évaluée selon des critères précis et vérifiables.

L’autre intérêt majeur de cette méthode est qu’elle ne se limite pas à une photographie du présent. Elle prend en compte plusieurs étapes possibles du développement de l’intelligence artificielle. Autrement dit, elle ne mesure pas seulement ce que l’IA est capable de faire aujourd’hui, mais ce qu’elle pourrait accomplir demain si ses performances continuent de progresser.

L’IA ne remplace plus seulement les tâches répétitives

L’un des principaux enseignements de l’étude est que l’intelligence artificielle marque une rupture avec les précédentes technologies d’automatisation.

Les robots industriels et les logiciels avaient surtout remplacé des tâches répétitives, standardisées et physiques. L’IA, elle, cible de plus en plus des activités fondées sur le raisonnement, le traitement de l’information, la rédaction ou l’analyse.

Cela signifie que les métiers qualifiés ne sont plus nécessairement les plus protégés.

Les professions les plus exposées à l’automatisation

Dans le scénario le plus avancé étudié, environ un métier sur huit dépasse le seuil de 30 % de tâches automatisables. Ce niveau est considéré comme suffisamment élevé pour entraîner une transformation profonde du métier concerné.

Il ne s’agit pas forcément d’une disparition totale des postes. En revanche, le contenu du travail pourrait être profondément modifié, avec moins de tâches réalisées directement par les salariés et davantage d’activités supervisées ou coordonnées.

Les métiers intellectuels en première ligne

Les professions les plus exposées appartiennent principalement aux secteurs où le travail repose sur l’information et les connaissances.

Parmi les domaines les plus concernés figurent :

  • l’ingénierie ;
  • l’informatique ;
  • les fonctions administratives ;
  • la finance ;
  • le droit ;
  • les métiers créatifs ;
  • certaines activités de conseil et d’analyse.

Dans ces professions, l’IA peut déjà produire des textes, rédiger des comptes rendus, synthétiser des données, programmer, analyser des documents ou proposer des recommandations.

Les métiers administratifs particulièrement fragilisés

Les fonctions administratives apparaissent comme l’un des premiers secteurs susceptibles d’être bouleversés.

Une grande partie de ces métiers repose sur le traitement de documents, la saisie d’informations, la rédaction de courriers, la préparation de rapports ou la gestion de procédures standardisées. Or, ce sont précisément des tâches sur lesquelles les outils d’intelligence artificielle progressent très rapidement.

Les emplois d’assistants, de gestionnaires ou de support administratif pourraient donc évoluer fortement dans les prochaines années. Les postes de début de carrière semblent particulièrement exposés, car ils concentrent souvent les tâches les plus routinières.

Les métiers encore protégés par leur dimension humaine

À l’inverse, certains secteurs restent relativement préservés. Ce sont généralement des métiers qui nécessitent une présence physique, une forte capacité d’adaptation ou une relation humaine difficile à reproduire.

Les professions liées à la construction, à la maintenance, au transport, à la restauration, au nettoyage ou encore à la production industrielle demeurent moins exposées.

Les métiers du soin, de l’accompagnement et de l’éducation occupent une position intermédiaire.

Pourquoi certaines professions résistent mieux

Dans les services à la personne, les interactions humaines jouent un rôle essentiel. Un infirmier, un éducateur, un enseignant ou un aide à domicile ne se limite pas à appliquer une procédure.

Ces professions mobilisent l’écoute, l’empathie, le jugement, la compréhension d’une situation et la capacité à réagir à des contextes imprévus.

L’intelligence artificielle peut éventuellement assister ces métiers, par exemple en automatisant certaines tâches administratives ou en aidant à la préparation d’un diagnostic. Mais elle ne remplace pas facilement la relation humaine qui se trouve au cœur de ces professions.

Plus d’un quart du travail pourrait être automatisé dans certains secteurs

L’étude ne se contente pas d’évaluer les métiers individuellement. Elle mesure également le poids réel des tâches automatisables dans l’ensemble du marché du travail.

Lorsqu’on rapporte la part des tâches automatisables au nombre de salariés présents dans chaque profession, certaines familles de métiers apparaissent particulièrement vulnérables.

Plus d’un quart du contenu du travail pourrait ainsi être automatisé dans :

  • le management et l’administration ;
  • les métiers créatifs ;
  • la finance et le droit ;
  • l’ingénierie et l’informatique.

À l’inverse, les services en présentiel, l’artisanat, les métiers techniques et la production industrielle restent globalement sous le seuil des 10 %.

Cette différence montre que l’automatisation ne touchera pas tous les secteurs au même rythme. Certaines branches pourraient connaître des réorganisations très rapides, tandis que d’autres évolueraient plus lentement.

Des écarts importants entre les pays européens

Tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Le niveau d’automatisation dépend avant tout de la structure de l’économie et de la nature des emplois qui y sont les plus présents.

Les pays où les activités de bureau, les services financiers, le conseil ou les métiers de la connaissance occupent une place importante apparaissent davantage concernés.

À l’inverse, les économies où l’emploi reste largement orienté vers le commerce, les services à la personne, la construction ou les transports sont un peu moins vulnérables.

Les pays les plus exposés

Le Royaume-Uni figure parmi les pays européens les plus concernés, avec près de 20 % du contenu du travail potentiellement automatisable.

Les Pays-Bas, l’Irlande et le Luxembourg présentent également un niveau d’exposition élevé. Ces économies concentrent de nombreux emplois liés à la gestion, à la finance, aux sièges sociaux ou aux activités numériques.

La France dans une position intermédiaire

La France se situe dans une position médiane, avec environ 16 % du contenu du travail potentiellement automatisable.

Son profil est relativement particulier. Le pays dispose d’un nombre important de métiers qualifiés liés aux fonctions de direction, à l’ingénierie ou aux services aux entreprises. Mais il conserve également une forte présence de métiers industriels, de construction et de production.

Cette double caractéristique place la France entre les économies très tertiarisées du nord de l’Europe et les pays plus orientés vers les activités manuelles ou les services de proximité.

Une fracture territoriale entre les grandes villes et les zones plus rurales

L’exposition à l’intelligence artificielle varie aussi fortement d’un territoire à l’autre.

Les grandes métropoles et les principaux bassins d’emploi apparaissent comme les zones les plus concernées. Paris, Lyon, Toulouse, Lille ou encore les grands pôles tertiaires concentrent davantage de métiers liés au numérique, à la finance, au conseil ou aux fonctions administratives.

Ces territoires pourraient donc être les premiers à connaître une transformation rapide du travail.

À l’inverse, les zones davantage tournées vers l’agriculture, l’artisanat, le tourisme ou les activités de proximité bénéficient d’une forme de protection structurelle. Leur économie repose davantage sur des métiers encore difficiles à automatiser.

Une révolution du travail encore inachevée

L’intelligence artificielle n’est plus une technologie périphérique. Elle commence désormais à transformer des métiers qui reposaient jusqu’ici sur des compétences considérées comme difficilement remplaçables : analyser, rédiger, décider, concevoir ou interpréter. Contrairement aux précédentes vagues d’automatisation, elle ne vise plus seulement les tâches physiques ou répétitives. Elle s’attaque aussi au cœur des activités intellectuelles.

Pour autant, cette évolution ne signifie pas la disparition massive et immédiate des emplois. Dans la plupart des cas, les métiers ne vont pas disparaître, mais se recomposer. Certaines tâches seront automatisées, d’autres deviendront plus importantes, et de nouvelles fonctions apparaîtront autour de la supervision, de l’interprétation et de l’usage de l’IA.

Les prochaines années seront donc décisives. Les entreprises devront adapter leurs organisations. Les salariés devront développer de nouvelles compétences. Les États devront repenser la formation, la fiscalité et la protection sociale. Car derrière la question de l’emploi, c’est tout l’équilibre économique et social qui pourrait être redéfini.

L’enjeu n’est plus de savoir si l’intelligence artificielle transformera le travail. La véritable question est désormais de déterminer comment cette transformation sera accompagnée, afin qu’elle profite au plus grand nombre plutôt qu’à une minorité d’acteurs.

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ChangeNOW 2026 : comment CNP Assurances fait de l’inclusion un moteur de transformation sociale

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À l’occasion de l’édition 2026 de ChangeNOW, organisée du 30 mars au 1er avril sous la verrière du Grand Palais à Paris, CNP Assurances affirme avec force sa vision d’une société plus juste et plus ouverte. Partenaire du sommet international consacré aux solutions innovantes pour la transition sociale et environnementale, le groupe mettra en avant une conviction simple : l’inclusion ne peut plus être considérée comme un sujet secondaire. Elle doit devenir un levier central de cohésion, de performance et d’innovation.

Durant trois jours, CNP Assurances présentera plusieurs actions concrètes menées aux côtés d’acteurs engagés sur le terrain. L’entreprise souhaite montrer qu’un assureur peut agir bien au-delà de son cœur de métier, en soutenant des initiatives qui facilitent l’accès aux droits, à l’emploi, à la santé ou encore à l’autonomie.

Une présence à ChangeNOW pensée comme un espace d’engagement

Au sein du Grand Palais, CNP Assurances déploiera un espace entièrement consacré aux enjeux de l’inclusion. Ce lieu a été imaginé comme un véritable hub de rencontres et d’échanges entre entreprises, associations, innovateurs sociaux et visiteurs.

L’objectif n’est pas uniquement de présenter des projets. Le groupe souhaite aussi créer une dynamique collective autour des grands défis sociaux contemporains : exclusion économique, accès à l’assurance, intégration des personnes vulnérables, diversité en entreprise ou encore accompagnement des aidants.

Cet espace mettra également en lumière l’action de la Fondation CNP Assurances. Déjà engagée depuis plusieurs années dans la prévention et la santé des plus jeunes, la fondation portera une attention particulière aux questions de santé physique et mentale chez les enfants et les adolescents. Dans un contexte marqué par une fragilisation croissante de la jeunesse, cet engagement apparaît comme un prolongement naturel de la démarche d’inclusion défendue par le groupe.

Une campagne participative au profit de Handicap International

Pour donner une dimension concrète et participative à sa présence sur le salon, CNP Assurances proposera aux visiteurs de prendre une photo sur son stand puis de la publier sur LinkedIn avec le mot-clé #CNPForInclusion.

Chaque publication donnera lieu à un don versé par l’entreprise à Handicap International. Cette opération permet d’associer directement le public à une action de solidarité. Elle traduit également la volonté du groupe de transformer la sensibilisation en engagement réel.

En mobilisant les réseaux sociaux, CNP Assurances cherche à faire rayonner plus largement les enjeux liés à l’inclusion. L’entreprise mise sur l’effet de diffusion des messages pour encourager davantage d’acteurs à s’engager à leur tour.

Quatre initiatives concrètes pour illustrer une inclusion en action

CNP Assurances profitera de ChangeNOW 2026 pour mettre en avant quatre projets soutenus par le groupe. Chacun répond à une problématique spécifique, mais tous poursuivent le même objectif : permettre à des publics souvent éloignés des dispositifs classiques de trouver leur place dans la société.

Faciliter l’accès à l’assurance avec Entrepreneurs de la Cité

Le premier projet mis à l’honneur est porté par Entrepreneurs de la Cité. Cette structure développe des solutions de micro-assurance destinées aux travailleurs précaires et aux microentrepreneurs.

De nombreuses personnes exerçant une activité indépendante ne disposent pas des protections nécessaires pour faire face à un accident, une maladie ou une interruption d’activité. Faute de moyens ou d’informations, elles restent souvent exclues des offres d’assurance traditionnelles.

Pour répondre à cette réalité, Entrepreneurs de la Cité a créé la « Trousse Première Assurance », un dispositif conçu pour rendre les premières protections plus accessibles. Cette initiative permet à des milliers de microentrepreneurs de sécuriser leur activité et de limiter les risques de précarisation.

À travers ce partenariat, CNP Assurances montre qu’il est possible de rapprocher l’assurance de celles et ceux qui en sont habituellement éloignés.

Soutenir une économie durable en Amazonie avec Idesam

Le groupe valorisera également les actions menées par Idesam au Brésil. Cette organisation agit en Amazonie pour développer une bioéconomie durable, tout en créant des revenus pour les familles locales.

Le projet repose sur une idée forte : protéger les ressources naturelles ne peut fonctionner durablement que si les populations concernées trouvent elles-mêmes un intérêt économique à cette préservation.

Idesam accompagne ainsi des communautés locales dans le développement d’activités respectueuses de la forêt. Agriculture durable, valorisation des ressources naturelles ou circuits économiques locaux : plusieurs solutions sont mises en place afin de concilier développement économique et protection de l’environnement.

Pour CNP Assurances, ce partenariat illustre le lien étroit entre inclusion sociale et transition écologique. Une société plus durable passe aussi par une meilleure répartition des opportunités économiques.

Favoriser la diversité en entreprise grâce à Têtu Connect

Autre initiative mise en avant : Têtu Connect, un programme qui agit pour renforcer la place de toutes les diversités dans le monde professionnel.

L’organisation accompagne les entreprises dans leurs politiques de recrutement et de sensibilisation afin de créer des environnements de travail plus ouverts. Une attention particulière est portée aux personnes LGBTQIA+, encore confrontées à des discriminations ou à des freins dans leur parcours professionnel.

Têtu Connect intervient notamment à travers des ateliers, des actions de sensibilisation et des dispositifs de recrutement inclusif. L’objectif est de permettre à chacun de travailler dans un cadre respectueux de son identité.

En soutenant cette démarche, CNP Assurances rappelle que la diversité ne doit pas être uniquement un principe affiché. Elle doit se traduire par des actions concrètes, capables de transformer durablement la culture des organisations.

Accompagner les salariés fragilisés avec Wecare@work

Enfin, CNP Assurances présentera le dispositif Wecare@work. Cette solution associe accompagnement humain et outils numériques pour soutenir les collaborateurs confrontés à la maladie ou engagés auprès d’un proche dépendant.

Dans de nombreuses entreprises, les salariés aidants ou malades peinent encore à concilier vie professionnelle et difficultés personnelles. Ils sont souvent isolés, mal informés ou peu accompagnés.

Wecare@work apporte des réponses concrètes : conseils, orientation, suivi personnalisé, ressources pratiques et soutien aux équipes. Le dispositif s’adresse également aux managers et aux collègues afin de favoriser une meilleure compréhension des situations vécues.

À travers ce projet, CNP Assurances défend une conception plus humaine du travail. L’inclusion ne se limite pas à l’embauche. Elle implique aussi de créer des environnements où chacun peut continuer à évoluer malgré les fragilités qu’il traverse.

Deux prises de parole pour défendre une vision engagée de l’entreprise

Au-delà de son stand, CNP Assurances participera activement au programme officiel de ChangeNOW 2026. Deux interventions viendront porter la voix du groupe sur les enjeux d’inclusion.

Marie-Aude Thépaut : faire de l’inclusion une priorité économique et sociétale

Le 1er avril 2026, Marie-Aude Thépaut, directrice générale de CNP Assurances, prendra part à une table ronde consacrée à la place de l’inclusion dans l’entreprise.

Cette rencontre réunira plusieurs acteurs engagés autour d’une question devenue incontournable : pourquoi les entreprises doivent-elles considérer l’inclusion comme une priorité stratégique ?

La dirigeante y défendra l’idée qu’un assureur peut jouer un rôle majeur dans la construction d’une société plus équitable. Selon elle, les entreprises ont la responsabilité de développer des solutions adaptées à tous les parcours de vie, y compris ceux marqués par la précarité, la maladie ou la vulnérabilité.

Elle rappellera également que la diversité et l’équité constituent des facteurs de performance durable. Une entreprise plus inclusive est aussi une entreprise plus innovante, plus attractive et plus résiliente.

Handicap et entreprise : un atelier pour passer à l’action

Le 30 mars 2026, Agathe Sanson, directrice du dialogue avec les parties prenantes, de la communication et du mécénat de CNP Assurances, participera à un atelier consacré à l’inclusion des personnes en situation de handicap.

Aux côtés de représentants de Handicap International, elle mettra en avant les bénéfices humains, sociaux et économiques d’une meilleure intégration des personnes concernées dans le monde du travail.

L’atelier insistera sur une idée essentielle : l’inclusion n’apparaît jamais spontanément. Elle suppose des choix, des politiques internes, des outils et une volonté durable.

Les intervenants présenteront plusieurs actions concrètes déjà mises en œuvre par CNP Assurances et Handicap International pour favoriser l’accès à l’emploi et améliorer la place des publics vulnérables au sein des entreprises.

Une stratégie d’inclusion qui dépasse le cadre de l’événement

La participation de CNP Assurances à ChangeNOW 2026 s’inscrit dans une stratégie plus globale. Le groupe revendique une responsabilité particulière en tant qu’assureur, investisseur et employeur.

Présent dans 17 pays et protégeant plusieurs dizaines de millions de personnes, CNP Assurances dispose d’une capacité d’action importante. Son ambition consiste à mettre cette puissance au service d’une société plus inclusive et plus durable.

Cette orientation se retrouve dans ses investissements, dans ses partenariats et dans les produits qu’il développe. Le groupe souhaite notamment faciliter l’accès à l’assurance pour les publics les plus fragiles, soutenir les initiatives à impact positif et promouvoir une culture de la diversité au sein de ses équipes.

À travers sa présence à ChangeNOW, CNP Assurances veut donc envoyer un message clair : l’inclusion n’est pas un sujet périphérique. Elle constitue désormais l’une des conditions essentielles pour bâtir une société plus solidaire, plus équilibrée et plus durable.

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TotalEnergies : quand la transition recule face au réalisme économique et politique

La décision de TotalEnergies d’abandonner ses projets d’éolien offshore aux États-Unis pour réallouer près d’un milliard de dollars vers le gaz naturel liquéfié et l’amont pétrolier illustre une évolution plus large que le simple repositionnement d’un acteur. Elle révèle un moment de tension dans la transition énergétique, où les contraintes économiques, politiques et financières reprennent le dessus sur certaines ambitions climatiques.

Depuis plusieurs années, les majors énergétiques tentaient de construire un récit équilibré, combinant développement des renouvelables et maintien d’activités fossiles. Ce modèle reposait sur une hypothèse implicite : la transition serait progressive, soutenue par des politiques publiques stables et un accès au capital relativement fluide pour les projets bas carbone.

Or, le contexte américain récent a profondément changé la donne. L’incertitude réglementaire, les arbitrages politiques et la rentabilité parfois fragile de certains projets d’éolien offshore ont conduit à une remise en question de ces investissements. Dans ce cadre, la décision de TotalEnergies apparaît moins comme une rupture que comme un ajustement pragmatique.

Mais cet ajustement a des implications majeures pour la finance extra-financière. Il s’agit d’une réallocation de capital significative, qui envoie un signal clair aux marchés. Lorsque les conditions économiques et politiques deviennent défavorables, les investissements dans la transition peuvent être ralentis, voire abandonnés, au profit d’activités jugées plus rentables ou plus sécurisées à court terme.

Ce choix met en lumière un angle mort de l’ESG souvent sous-estimé. Les trajectoires de transition ne sont pas linéaires. Elles dépendent fortement des conditions de marché, des coûts du capital, des incitations publiques et des équilibres géopolitiques. Une entreprise peut afficher des objectifs ambitieux tout en ajustant ses investissements de manière opportuniste en fonction du contexte.

Pour les investisseurs, cela pose une question centrale de crédibilité. Comment évaluer la robustesse d’une stratégie de transition si celle-ci peut être révisée à la baisse dès que les conditions deviennent moins favorables. Le risque n’est pas seulement environnemental. Il devient stratégique et financier. Il concerne la cohérence entre discours et allocation réelle du capital.

Ce mouvement s’inscrit également dans une dynamique plus large. Le gaz naturel liquéfié, souvent présenté comme une énergie de transition, bénéficie actuellement d’un regain d’intérêt, notamment en Europe et en Asie. Les tensions géopolitiques et la sécurité énergétique redonnent de la valeur aux actifs fossiles, ce qui renforce leur attractivité financière à court terme.

Le paradoxe est évident. Plus la transition devient urgente sur le plan climatique, plus les contraintes économiques et géopolitiques peuvent ralentir sa mise en œuvre. Cette tension crée un environnement complexe pour les investisseurs, pris entre des objectifs de décarbonation et des réalités de marché.

La décision de TotalEnergies illustre donc une phase de rééquilibrage. Elle ne signifie pas la fin de la transition, mais elle rappelle que celle-ci n’est ni automatique ni irréversible. Elle dépend d’un ensemble de facteurs, dont certains échappent largement aux entreprises elles-mêmes.

Au fond, ce mouvement pose une question plus large pour la finance durable. La transition énergétique est-elle un scénario inéluctable ou une trajectoire conditionnelle, dépendante des cycles économiques et des choix politiques. À court terme, les marchés semblent privilégier le réalisme. À long terme, la question reste ouverte.

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La décision de la Cour suprême du Maryland de rejeter des poursuites climatiques visant des majors pétrolières comme ExxonMobil, BP ou Chevron marque un moment charnière dans la trajectoire du contentieux climatique. Depuis plusieurs années, ces actions judiciaires étaient perçues comme l’un des leviers les plus puissants pour internaliser le coût du carbone dans les modèles économiques des groupes fossiles. L’idée sous-jacente était simple : si les États et collectivités parvenaient à faire reconnaître la responsabilité financière des entreprises dans les dommages climatiques, cela pourrait profondément reconfigurer les valorisations et les flux de capitaux.

Cette décision vient rappeler une réalité plus nuancée. Le risque juridique climatique reste élevé dans le discours politique et médiatique, mais sa traduction judiciaire demeure incertaine, fragmentée et dépendante des juridictions. Autrement dit, le marché fait face à un risque asymétrique, difficile à modéliser. Les investisseurs doivent intégrer un scénario où certaines procédures aboutissent à des condamnations majeures, tandis que d’autres échouent, parfois sur des bases techniques ou de compétence juridictionnelle.

Ce flou crée un effet paradoxal. À court terme, le rejet de ces poursuites peut être interprété comme un soulagement pour le secteur fossile. Il réduit la probabilité immédiate de charges financières massives liées à des indemnisations ou à des obligations de réparation. Cela peut soutenir les valorisations et retarder certaines décisions d’allocation de capital en faveur de la transition.

Mais à moyen et long terme, l’incertitude elle-même devient un facteur de risque. L’absence de cadre juridique clair ne signifie pas l’absence de risque, mais plutôt son imprévisibilité. Or, les marchés financiers détestent l’incertitude plus que le risque lui-même. Un risque quantifiable peut être intégré dans un modèle. Un risque instable et juridiquement mouvant tend à augmenter les primes de risque et à compliquer les arbitrages.

Cette situation met également en lumière une tension plus profonde dans la finance durable. Le climat a progressivement été intégré dans les modèles d’analyse via des scénarios, des stress tests et des trajectoires d’émissions. Mais la dimension juridique, elle, reste encore mal intégrée. Pourtant, elle pourrait devenir un catalyseur majeur de réallocation de capital si certaines décisions faisaient jurisprudence.

Le signal envoyé par cette décision américaine est donc double. D’un côté, il ralentit temporairement la pression judiciaire sur les majors. De l’autre, il rappelle que le cadre global du risque climatique reste incomplet, ce qui complique la lecture pour les investisseurs et brouille la hiérarchisation des risques ESG.

Dans ce contexte, la question centrale pour les marchés n’est plus seulement de savoir si les entreprises sont exposées au risque climatique, mais comment ce risque se matérialisera. Par la réglementation, par la technologie, par le marché… ou par les tribunaux. Et pour l’instant, la réponse reste incertaine.

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Asselineau : Moyen-Orient, déclencheur d’une crise financière majeure

Asselineau

François Asselineau : une lecture systémique du conflit au Moyen-Orient comme déclencheur d’une crise financière majeure

La vision portée par François Asselineau s’inscrit dans une grille d’analyse globale, où les événements géopolitiques, énergétiques et financiers ne sont pas indépendants mais profondément imbriqués. Dans son intervention, il développe l’idée que la guerre au Moyen-Orient, et en particulier les tensions autour de l’Iran, ne doivent pas être lues comme un simple conflit régional, mais comme un facteur déclencheur potentiel d’une crise financière systémique de grande ampleur .

Son raisonnement repose d’abord sur une articulation directe entre conflit militaire et choc énergétique. Selon lui, toute escalade dans la région entraîne mécaniquement une hausse du prix du pétrole, avec des scénarios évoquant un baril pouvant atteindre des niveaux extrêmes. Cette hausse ne serait pas seulement conjoncturelle mais structurelle, car elle s’inscrit dans un contexte de tensions durables sur les flux énergétiques mondiaux. Il insiste sur le fait que l’Europe, fortement dépendante des importations, serait particulièrement exposée à ce choc, contrairement aux États-Unis qui disposent d’une relative autonomie énergétique.

Dans cette logique, l’énergie devient le premier canal de transmission de la crise. Une flambée durable des prix du pétrole aurait des effets en chaîne sur l’ensemble de l’économie réelle, en renchérissant les coûts de transport, de production et de consommation. Asselineau évoque des conséquences très concrètes, allant de la hausse du prix des carburants à un ralentissement brutal de secteurs entiers comme le tourisme ou l’industrie. Cette dynamique inflationniste alimenterait à son tour une dégradation des équilibres macroéconomiques.

Mais son analyse va plus loin en identifiant un second canal, qu’il juge encore plus critique : celui des taux d’intérêt. Il souligne que la remontée des taux souverains constitue un signal d’alerte majeur. L’augmentation des rendements obligataires, notamment sur la dette française, traduirait selon lui une perte de confiance progressive des marchés et une anticipation d’un risque systémique. Il insiste particulièrement sur l’élargissement des spreads entre pays européens, interprété comme un signe avant-coureur de tensions financières graves.

Dans ce contexte, la dette publique devient un point de fragilité central. Asselineau met en avant le poids croissant du service de la dette, qui absorberait une part de plus en plus importante des finances publiques. Il alerte sur une trajectoire qu’il juge insoutenable à moyen terme, avec une augmentation rapide des charges d’intérêts susceptible de conduire à une crise de financement. Cette situation, combinée à la hausse des taux, pourrait selon lui déboucher sur un véritable krach obligataire.

Ce risque financier est renforcé par ce qu’il décrit comme des déséquilibres structurels au sein de la zone euro. Il considère que l’architecture même de l’Union européenne amplifie les crises au lieu de les absorber. En uniformisant les politiques économiques tout en maintenant des divergences profondes entre États, le système créerait des vulnérabilités systémiques. Il développe l’idée que lorsqu’une mauvaise décision est prise à l’échelle européenne, ses effets se diffusent à l’ensemble des pays, sans possibilité d’ajustement différencié.

Cette critique s’inscrit dans une vision plus large de la construction européenne, qu’il compare à des systèmes historiques centralisés ayant fini par s’effondrer. Il met en avant une perte de souveraineté des États et une incapacité croissante à adapter les politiques économiques aux réalités nationales. Selon lui, cette rigidité structurelle rend l’Europe particulièrement vulnérable face aux chocs externes, qu’ils soient énergétiques, financiers ou géopolitiques.

Parallèlement, Asselineau développe une lecture géopolitique du conflit, qu’il relie à des enjeux monétaires globaux. Il évoque la remise en cause progressive du rôle du dollar comme monnaie dominante. Selon lui, des pays comme la Chine, la Russie ou l’Iran chercheraient à contourner le système du pétrodollar en développant des alternatives, notamment à travers les BRICS. Cette évolution représenterait une menace directe pour la puissance économique américaine, historiquement fondée sur la capacité à émettre une monnaie de réserve mondiale.

Dans cette perspective, la guerre au Moyen-Orient ne serait pas seulement une guerre pour les ressources ou l’influence régionale, mais aussi un affrontement indirect autour du système monétaire international. Il suggère que les tensions actuelles pourraient accélérer les dynamiques de dédollarisation, en incitant certains pays à commercer en monnaies alternatives. Ce basculement, s’il se confirmait, aurait des conséquences majeures sur les équilibres financiers mondiaux.

Un autre élément central de son analyse concerne le rôle des États-Unis et leur stratégie internationale. Asselineau évoque plusieurs hypothèses sur les motivations américaines, allant de considérations géopolitiques classiques à des logiques plus opportunistes liées aux marchés financiers. Il souligne notamment que certaines décisions politiques peuvent avoir des effets immédiats sur les prix du pétrole et les marchés boursiers, créant des opportunités de gains considérables pour des acteurs bien informés.

Cette lecture alimente une critique plus large du fonctionnement des systèmes occidentaux, qu’il juge de plus en plus marqués par le cynisme et la perte de repères. Il établit un lien entre les crises politiques, les scandales financiers et les décisions géopolitiques, qu’il interprète comme les symptômes d’un système en fin de cycle. L’affaire Epstein, évoquée en toile de fond, est présentée comme un révélateur de ces dérives, illustrant selon lui l’imbrication entre pouvoir, finance et influence.

Sur le plan militaire, il insiste également sur la montée en puissance de l’Iran, qu’il considère comme sous-estimée par les puissances occidentales. Il met en avant les capacités technologiques du pays, notamment en matière de missiles et de drones, ainsi que sa stratégie de long terme. Cette résilience militaire viendrait compliquer toute tentative de résolution rapide du conflit, renforçant le risque d’enlisement.

L’un des points marquants de son analyse est la remise en cause de la perception traditionnelle des alliances. Il évoque l’idée que les partenaires des États-Unis pourraient se retrouver exposés plutôt que protégés, notamment dans le Golfe. Cette évolution pourrait, selon lui, conduire à une reconfiguration des équilibres géopolitiques, avec une perte d’influence américaine dans certaines régions stratégiques.

Enfin, Asselineau conclut sur une vision particulièrement sombre des perspectives économiques. Il évoque la possibilité d’un enchaînement de crises, combinant choc énergétique, crise obligataire et récession économique. Il alerte sur le risque de mesures exceptionnelles, telles que des restrictions de consommation ou des formes de “confinement énergétique”, en réponse à des pénuries ou à une hausse incontrôlée des prix.

Dans cette lecture, le conflit au Moyen-Orient apparaît comme un catalyseur plutôt que comme une cause unique. Il accélère des dynamiques déjà à l’œuvre, révélant des fragilités profondes du système économique et financier mondial. La crise ne serait donc pas un accident, mais l’aboutissement logique de déséquilibres accumulés.

La vision d’Asselineau s’inscrit ainsi dans une approche globale, où géopolitique, énergie et finance convergent vers un point de tension critique. Elle propose une interprétation du moment actuel comme celui d’un basculement historique, où les équilibres hérités de l’après-guerre seraient remis en cause. Dans cette perspective, la question n’est plus de savoir si une crise surviendra, mais d’en anticiper l’ampleur et les conséquences.

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Ukraine, une lecture radicale de Xavier Moreau

Xavier Moreau Ukraine

Xavier Moreau : une lecture radicale de la guerre en Ukraine et du basculement géopolitique mondial

La prise de position de Xavier Moreau sur la guerre en Ukraine s’inscrit dans une vision globale qui dépasse largement le seul cadre militaire. Elle propose une lecture systémique du conflit, mêlant démographie, économie, géopolitique et transformation des équilibres mondiaux. Cette analyse, structurée et cohérente dans ses enchaînements, repose sur une idée centrale : la guerre en Ukraine ne serait pas seulement un affrontement régional, mais le symptôme d’un basculement historique entre deux blocs.

Dès l’ouverture de son analyse, Moreau insiste sur un point fondamental : selon lui, l’Ukraine aurait déjà perdu la guerre, non pas nécessairement sur le plan militaire immédiat, mais sur le plan structurel. Il avance un argument démographique particulièrement frappant, estimant que la population ukrainienne serait passée d’environ 52 millions d’habitants au moment de l’indépendance à moins de 20 millions aujourd’hui . Cette contraction massive ne serait pas simplement liée aux pertes militaires, mais aussi à l’exode, à l’effondrement économique et à la fuite des forces vives.

Dans cette logique, il considère que le pays ne disposerait plus des ressources humaines nécessaires pour soutenir un effort de guerre durable. Il va plus loin en affirmant que la jeunesse ukrainienne chercherait désormais à quitter le territoire plutôt qu’à se battre, ce qui traduirait, selon lui, une perte de sens du projet national . Cette lecture conduit à une conclusion radicale : l’Ukraine ne serait plus en mesure de se reconstruire comme État viable à long terme.

Cette vision s’accompagne d’une critique directe du rôle des puissances occidentales. Moreau soutient que les États-Unis et leurs alliés européens utiliseraient l’Ukraine comme un instrument stratégique visant à affaiblir la Russie. Il décrit le pays comme une « plateforme de tir », utilisée tant que cela reste possible pour exercer une pression militaire et économique sur Moscou . Dans cette perspective, la prolongation du conflit ne viserait pas une victoire ukrainienne, mais l’usure progressive de la Russie.

Ce point constitue un pivot central de son analyse. Il estime que, même dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu, les dynamiques internes ukrainiennes conduiraient à un effondrement rapide, comparable à certains précédents historiques où des sociétés profondément déstabilisées n’ont jamais retrouvé leur équilibre démographique et économique . Il évoque notamment des analogies historiques pour illustrer des trajectoires irréversibles de déclin.

Sur le plan militaire, Moreau met en avant une transformation profonde des modes de combat. Selon lui, le conflit ukrainien marque une rupture tactique majeure, dominée par l’usage massif des drones et des unités légères motorisées. Il décrit un champ de bataille devenu extrêmement fluide, où les lignes de front traditionnelles disparaissent au profit de zones grises mouvantes, difficiles à cartographier et à contrôler .

Cette évolution technologique aurait profondément modifié la nature de la guerre. Moreau insiste sur le fait que de petits groupes, appuyés par des drones bon marché, peuvent désormais neutraliser des unités beaucoup plus importantes. Il en déduit que la supériorité ne repose plus uniquement sur la masse ou la puissance de feu, mais sur l’adaptation tactique et l’innovation. Dans cette dynamique, il considère que la Russie aurait pris l’avantage en développant des stratégies efficaces rapidement adoptées, puis copiées par les forces ukrainiennes.

Ce constat débouche sur une autre idée clé : la guerre pourrait tendre vers une forme de stabilisation, voire d’enlisement, non pas faute de moyens, mais en raison de la volonté des deux camps de préserver leurs unités les plus efficaces. La guerre deviendrait alors une confrontation d’attrition limitée, où les avancées territoriales seraient marginales mais stratégiquement ciblées.

Au-delà du terrain militaire, Moreau développe une lecture économique qui renforce sa thèse d’un basculement en faveur de la Russie. Il affirme que l’économie russe résiste, voire se renforce, malgré les sanctions. Il met en avant plusieurs éléments structurants, notamment l’abondance des ressources naturelles, la capacité industrielle, et une politique économique qu’il juge adaptée aux contraintes actuelles.

Il souligne que les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, contribuent mécaniquement à augmenter les revenus liés aux hydrocarbures, améliorant ainsi la situation budgétaire russe . Il considère également que les frappes visant les infrastructures énergétiques russes auraient un impact limité, en raison de la capacité du pays à absorber ces chocs et à ajuster ses flux commerciaux.

À l’inverse, il décrit une Europe fragilisée, confrontée à des défis structurels majeurs, notamment en matière d’énergie, d’industrie et de démographie. Dans sa vision, le continent européen serait engagé dans une trajectoire de déclin relatif, aggravée par sa dépendance stratégique et son alignement sur les positions américaines.

Cette opposition entre une Russie résiliente et une Europe affaiblie alimente une réflexion plus large sur les modèles de société. Moreau met en avant le modèle russe, qu’il décrit comme conservateur et nataliste, en opposition avec ce qu’il perçoit comme une crise démographique et identitaire en Europe. Il insiste sur l’importance des politiques familiales et de la démographie comme facteurs de puissance à long terme.

Il en tire une conclusion particulièrement forte : selon lui, l’avenir de l’Europe pourrait dépendre de sa capacité à réévaluer ses alliances et à repenser sa relation avec la Russie. Il évoque même l’idée que le continent pourrait s’enfoncer dans un déclassement durable s’il ne modifie pas sa trajectoire actuelle.

Cette analyse s’inscrit également dans une critique du paysage politique français et européen. Moreau dénonce une absence de vision stratégique autonome et une incapacité à défendre des intérêts nationaux clairement définis. Il appelle à l’émergence d’un courant souverainiste et conservateur capable de proposer une alternative, tant sur le plan intérieur qu’international.

Dans cette perspective, sa candidature aux élections consulaires apparaît comme une extension logique de son positionnement intellectuel. Elle traduit une volonté d’inscrire ses idées dans le champ politique, en réponse à ce qu’il perçoit comme une défaillance des élites traditionnelles.

Au final, la vision portée par Xavier Moreau repose sur une grille de lecture cohérente, mais fortement orientée, qui met en avant l’idée d’un monde en recomposition. Elle propose une interprétation du conflit ukrainien comme un tournant historique, où se jouent à la fois des équilibres militaires, économiques et civilisationnels.

Qu’on adhère ou non à cette analyse, elle illustre une tendance croissante à lire les conflits contemporains non plus seulement comme des affrontements locaux, mais comme des manifestations d’un changement d’ordre mondial. Dans cette lecture, la guerre en Ukraine devient moins une fin en soi qu’un révélateur des fractures profondes qui traversent le système international.

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Ecofi une mécanique industrielle

Ecofi 2025

Ecofi 2025 : quand la finance à impact devient une mécanique industrielle de transformation

La finance à impact a longtemps souffert d’un soupçon. Trop conceptuelle pour certains, trop marketing pour d’autres, elle peinait à démontrer concrètement sa capacité à transformer l’économie réelle. Le rapport d’impact 2025 d’Ecofi marque une rupture nette avec cette perception. Il ne s’agit plus de promesses ou d’intentions, mais d’une démonstration structurée, chiffrée et méthodique de ce que peut être une finance véritablement orientée vers l’impact.

Dès les premières pages, le positionnement est clair. L’impact n’est pas un supplément d’âme, ni un vernis ESG. Il est défini comme un résultat concret, mesurable, issu d’une stratégie d’investissement volontaire. Cette définition s’appuie sur trois piliers fondamentaux : l’intentionnalité, l’additionnalité et la mesurabilité. Autrement dit, investir avec impact suppose de vouloir générer un effet, d’apporter quelque chose de supplémentaire par rapport au marché, et d’être capable de le démontrer.

Ce triptyque n’est pas théorique. Il structure l’ensemble de la gestion.

Ce qui frappe dans ce rapport, c’est précisément ce passage d’une logique déclarative à une logique d’ingénierie. L’impact devient un système. Une mécanique. Presque une discipline industrielle.

La première brique de cette architecture repose sur une méthodologie propriétaire, PRISME, qui constitue le cœur du dispositif d’investissement. Derrière cet acronyme se cache une approche particulièrement exigeante, appliquée à l’ensemble des fonds ouverts. L’idée est simple en apparence, mais redoutablement structurante : orienter le capital vers les entreprises les plus avancées sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, tout en excluant systématiquement les activités incompatibles avec les transitions en cours.

La sélection ne se fait pas de manière superficielle. Elle repose sur une notation approfondie, intégrant des critères clés comme la trajectoire climatique, la biodiversité, la justice sociale ou encore la gouvernance. Cette approche permet d’identifier non pas les entreprises les moins mauvaises, mais celles qui sont réellement positionnées comme les acteurs de la transformation.

Mais la véritable force du modèle réside dans ce qu’il exclut.

Aucune exposition aux énergies fossiles. Aucune exposition aux controverses graves. Une politique d’exclusion étendue à des secteurs comme le tabac, les pesticides ou les jeux d’argent. Ce positionnement radical tranche avec certaines approches plus conciliantes du marché. Il traduit une conviction forte : l’impact ne se construit pas seulement par ce que l’on finance, mais aussi par ce que l’on refuse de financer.

Cette rigueur se retrouve dans les résultats.

Les portefeuilles affichent une intensité carbone significativement inférieure à leur benchmark, une meilleure contribution aux Objectifs de Développement Durable et un alignement plus fort avec les enjeux sociaux, notamment sur la parité hommes femmes.

Mais l’impact ne se limite pas à la sélection.

Il se mesure aussi dans l’allocation du capital.

Ecofi mobilise plusieurs leviers complémentaires. La gestion ISR constitue la base. La gestion thématique vient amplifier l’impact en ciblant des secteurs clés comme les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou l’économie circulaire. Enfin, la finance solidaire apporte une dimension supplémentaire en fléchant directement une partie des investissements vers des entreprises de l’économie sociale et solidaire.

C’est sans doute l’un des points les plus intéressants du rapport.

Contrairement à de nombreux acteurs qui se limitent aux marchés cotés, Ecofi maintient un lien direct avec l’économie réelle. En 2025, 85 entreprises solidaires ont été financées, avec un encours dédié de 84 millions d’euros et un total de 835 millions d’euros sur les fonds solidaires.

Ces chiffres peuvent sembler modestes à l’échelle globale, mais leur portée est considérable. Ils traduisent une capacité à financer des projets à fort impact social, souvent ignorés par les circuits traditionnels. Insertion professionnelle, logement social, commerce équitable, microfinance, ces initiatives participent à la construction d’une économie plus inclusive.

Ce positionnement hybride, entre marchés financiers et économie sociale, constitue l’une des spécificités les plus fortes du modèle.

Mais l’impact ne s’arrête pas à l’investissement.

Il se joue aussi dans la manière d’exercer son rôle d’actionnaire.

Le rapport met en lumière une politique de vote particulièrement active, avec un taux de vote contre de 39 pour cent, nettement supérieur à la moyenne du marché. Cette posture traduit une volonté de ne pas se contenter d’accompagner les entreprises, mais de les challenger activement sur leurs pratiques.

Le contexte 2025 rend cet engagement encore plus significatif. Aux États Unis, les droits des actionnaires sur les sujets ESG ont reculé, avec une baisse du soutien aux résolutions environnementales et sociales. Dans ce climat moins favorable, maintenir une politique de vote exigeante devient un acte stratégique.

C’est une autre dimension du changement en cours.

L’ESG n’est plus un consensus.

C’est un terrain de tension.

Dans ce contexte, le dialogue actionnarial prend une importance croissante. Ecofi a mené 62 dialogues individuels et participé à 30 initiatives collectives, ciblant des enjeux clés comme le climat, les droits humains ou la gouvernance.

Ce travail de fond, souvent invisible, est pourtant essentiel. Il permet d’influencer les trajectoires des entreprises, d’améliorer leur transparence et de renforcer leur alignement avec les objectifs de transition.

Mais le rapport ne se contente pas de présenter des actions.

Il met aussi en lumière les limites.

L’un des passages les plus intéressants concerne les plans de transition climatique. Malgré l’affichage d’objectifs ambitieux, un décalage persiste entre les engagements et les résultats. Certaines entreprises continuent d’augmenter leurs émissions, notamment sur le scope 3, tandis que les contraintes opérationnelles et technologiques ralentissent la mise en œuvre.

Ce constat est lucide.

Il rappelle une réalité souvent oubliée : la transition est complexe, non linéaire, et parfois contradictoire.

Mais c’est précisément dans cette complexité que se joue le rôle de l’investisseur.

Non pas comme simple financeur, mais comme catalyseur.

Au final, ce rapport raconte une histoire plus large que celle d’un acteur.

Il illustre l’évolution de la finance elle-même.

Une finance qui ne se contente plus d’allouer du capital, mais qui cherche à orienter, influencer et transformer. Une finance qui intègre progressivement des dimensions longtemps considérées comme externes, qu’il s’agisse du climat, du social ou de la gouvernance. Une finance, enfin, qui doit composer avec des tensions croissantes, entre performance, régulation et attentes sociétales.

La question n’est plus de savoir si la finance à impact est crédible.

La question est de savoir à quelle vitesse elle peut devenir dominante.

Et à la lecture de ce rapport, une chose apparaît clairement.

Le mouvement est déjà en marche.

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NIS2 et DORA  : un sujet financier, stratégique et existentiel

NIS2 et DORA

NIS2 et DORA : la cybersécurité devient un sujet financier, stratégique et… existentiel

Pendant longtemps, la cybersécurité a été traitée comme un sujet technique, souvent cantonné aux équipes IT, parfois perçu comme un centre de coût nécessaire mais peu stratégique. Cette époque est révolue. Avec l’entrée en vigueur progressive des cadres européens NIS2 et DORA, l’Europe impose un changement profond de perspective : la sécurité des systèmes d’information et la continuité d’activité deviennent des enjeux centraux de gouvernance, de performance et, désormais, de stabilité économique.

Ce basculement ne doit rien au hasard. Il est la conséquence directe d’une transformation du risque. Les cyberattaques ne sont plus des événements isolés, artisanaux ou opportunistes. Elles sont devenues industrielles, organisées, souvent soutenues par des logiques géopolitiques, et amplifiées par l’intelligence artificielle. Dans le même temps, la dépendance des entreprises aux systèmes numériques n’a jamais été aussi forte. Une interruption, même temporaire, peut désormais paralyser une activité entière, impacter la chaîne de valeur, et générer des pertes financières immédiates.

Dans ce contexte, l’Union européenne a fait un choix clair : encadrer, structurer et responsabiliser.

NIS2 et DORA sont les deux piliers de cette nouvelle architecture.

La directive NIS2, qui élargit et renforce le cadre initial de la directive NIS, vise un spectre large d’acteurs considérés comme essentiels ou importants pour le fonctionnement de l’économie. Elle concerne notamment l’énergie, les transports, la santé, les infrastructures numériques, mais aussi de nombreux services critiques. Son objectif est simple : élever le niveau global de cybersécurité en Europe en imposant des exigences minimales en matière de gestion des risques, de gouvernance, de détection des incidents et de réponse.

DORA, de son côté, cible spécifiquement le secteur financier. Banques, assurances, sociétés de gestion, infrastructures de marché et même certains prestataires technologiques critiques sont concernés. Le texte va plus loin que NIS2 en introduisant une notion clé : la résilience opérationnelle numérique. Il ne s’agit plus seulement de prévenir les incidents, mais de garantir la capacité à continuer à fonctionner, même en situation de crise.

La différence est fondamentale.

Avec NIS2, on demande aux entreprises de se protéger correctement.

Avec DORA, on exige des institutions financières qu’elles prouvent qu’elles peuvent encaisser un choc et continuer à opérer.

Autrement dit, on passe d’une logique de sécurité à une logique de continuité.

Ce changement de paradigme a des implications très concrètes. Les entreprises doivent désormais mettre en place une gouvernance claire de la cybersécurité, avec une implication directe des dirigeants. La responsabilité ne repose plus uniquement sur les équipes techniques. Elle remonte au niveau du comité exécutif, voire du conseil d’administration. Les dirigeants peuvent être tenus responsables en cas de défaillance.

Les obligations s’articulent autour de plusieurs axes structurants. La gestion des risques devient centrale. Les organisations doivent identifier leurs actifs critiques, comprendre leurs dépendances, cartographier leurs vulnérabilités et mettre en place des mesures de protection adaptées. La détection et la gestion des incidents sont également renforcées, avec des obligations de notification rapide aux autorités en cas d’événement significatif.

Mais l’évolution la plus marquante concerne la continuité d’activité. Il ne suffit plus d’avoir des plans théoriques. Les entreprises doivent démontrer leur capacité à fonctionner en mode dégradé, à restaurer rapidement leurs systèmes et à maintenir leurs services essentiels. Cela implique des tests réguliers, des simulations de crise et une coordination étroite entre les équipes IT, les métiers et la direction.

DORA introduit même des exigences avancées en matière de tests de résilience, notamment à travers des scénarios de type stress test cyber. L’objectif est clair : ne pas découvrir ses failles le jour de l’attaque.

Un autre point clé, souvent sous-estimé, concerne la gestion des prestataires. Les entreprises doivent désormais contrôler non seulement leur propre niveau de sécurité, mais aussi celui de leurs partenaires. Dans un monde où les systèmes sont interconnectés, le risque se déplace souvent par la chaîne de sous-traitance. Une faille chez un prestataire peut devenir une faille majeure pour l’entreprise.

C’est probablement l’un des changements les plus structurants. La notion de périmètre disparaît. La sécurité devient systémique.

Cette évolution a des implications directes pour la finance et la gestion des risques. Une cyberattaque n’est plus seulement un incident technique. C’est un événement pouvant générer des pertes financières, impacter la valorisation, déclencher des sanctions réglementaires et altérer durablement la confiance des investisseurs.

Dans ce contexte, NIS2 et DORA s’inscrivent pleinement dans la logique de la finance durable. Elles participent à une redéfinition du risque extra-financier. La cybersécurité et la résilience deviennent des composantes à part entière du pilier “G” de l’ESG, mais aussi, de plus en plus, du pilier “S”, dans la mesure où elles touchent directement la continuité des services essentiels.

Une entreprise incapable d’assurer la continuité de ses activités en cas de crise numérique n’est plus seulement vulnérable. Elle devient un risque pour l’ensemble de son écosystème.

C’est ici que la perception des entreprises évolue. Longtemps considérées comme des contraintes réglementaires supplémentaires, NIS2 et DORA commencent à être perçues comme des leviers stratégiques. Être capable de démontrer sa robustesse devient un argument commercial, un facteur de différenciation et un élément de confiance pour les clients comme pour les investisseurs.

Dans certains secteurs, cette capacité à prouver sa résilience pourrait même devenir un prérequis pour accéder à certains marchés ou partenariats.

Mais cette transformation n’est pas sans difficulté. Pour de nombreuses organisations, la question du point de départ reste centrale. Les exigences sont nombreuses, les périmètres complexes et les ressources limitées. La première étape consiste généralement à réaliser un diagnostic précis de maturité, afin d’identifier les priorités et de définir une trajectoire réaliste.

Il n’existe pas de modèle unique. Une banque systémique, une société de gestion ou une entreprise industrielle n’ont pas les mêmes enjeux ni les mêmes niveaux d’exposition. L’essentiel est de passer d’une logique de conformité documentaire à une logique opérationnelle.

Car c’est bien là l’enjeu fondamental.

Être conforme ne protège pas contre une attaque.

Être résilient permet d’y survivre.

Au fond, NIS2 et DORA traduisent une évolution plus large du capitalisme européen. Dans un environnement marqué par l’incertitude, les tensions géopolitiques et la digitalisation massive, la performance ne peut plus être dissociée de la capacité à absorber les chocs.

La résilience devient une compétence clé.

Et comme souvent, la réglementation ne fait qu’accélérer une transformation déjà en cours.

Reste à savoir quelles entreprises feront le choix de la subir… et lesquelles décideront d’en faire un avantage stratégique.

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Finance durable : un marché résilient… mais en pleine désillusion stratégique

La neuvième édition du Sustainable Finance Pulse publié par ING offre une lecture particulièrement éclairante de l’état réel de la finance durable en 2025 et de ses perspectives pour 2026. Derrière des volumes encore impressionnants et une apparente résilience, le marché entre en réalité dans une phase beaucoup plus exigeante. Moins euphorique, plus sélective, et surtout beaucoup plus concrète.

En 2025, le marché mondial de la finance durable a atteint 1 557 milliards de dollars d’émissions, un niveau légèrement inférieur à celui de 2024 mais largement au-dessus des creux observés en 2023. Pour 2026, ING anticipe un rebond autour de 1 621 milliards de dollars . À première vue, les chiffres rassurent. Ils traduisent une certaine solidité du marché malgré un environnement géopolitique et économique incertain.

Mais cette lecture est incomplète. Car derrière cette stabilité apparente, les dynamiques internes ont profondément changé. Le marché n’est plus tiré par un enthousiasme généralisé pour l’ESG. Il est désormais contraint par des arbitrages économiques beaucoup plus pragmatiques.

La première fracture est géographique. L’Europe confirme son rôle de moteur, soutenue par un cadre réglementaire structurant et des politiques publiques cohérentes. La région EMEA reste dominante et devrait continuer à porter la croissance en 2026, notamment grâce aux besoins de refinancement et au déploiement des infrastructures énergétiques . À l’inverse, les États-Unis marquent un net ralentissement. Les incertitudes politiques, le recul de certaines incitations fiscales et le démantèlement partiel de cadres réglementaires ont refroidi les émetteurs. Résultat, les entreprises américaines et les institutions financières se retirent partiellement du marché des émissions durables.

Cette divergence n’est pas anodine. Elle révèle que la finance durable reste fortement dépendante de son environnement politique. Elle n’est pas encore un réflexe économique universel. Elle reste, dans de nombreux cas, une construction incitative.

La deuxième transformation concerne la nature même des produits. Les obligations liées à la durabilité et certains instruments hybrides ont clairement perdu en dynamisme. À l’inverse, les green loans s’imposent comme le produit dominant, notamment en nombre de transactions . Ce basculement est révélateur. Il traduit une préférence pour des instruments plus simples, plus lisibles et plus directement connectés à des projets tangibles.

Autrement dit, le marché se détourne progressivement des structures complexes au profit de financements concrets et traçables. L’ESG devient moins narratif et plus opérationnel.

Cette évolution est confirmée par la stratégie d’ING elle-même. La banque a mobilisé 166 milliards d’euros de financements durables en 2025, en hausse de 28 %, avec un quatrième trimestre particulièrement dynamique à 56 milliards . Mais au-delà du volume, c’est la composition qui interpelle. Les prêts verts dominent, tandis que les instruments plus sophistiqués reculent.

Ce n’est pas un hasard. Les investisseurs et les entreprises cherchent désormais à mesurer l’impact réel. Le discours ne suffit plus. La traçabilité devient centrale.

Et c’est précisément là que se joue la troisième transformation majeure du marché. La montée en puissance de la notion d’impact réel. Comme le souligne ING, les entreprises restent engagées dans leurs trajectoires de décarbonation et maintiennent leurs objectifs à horizon 2030 . Mais elles intègrent désormais de nouvelles dimensions, notamment la biodiversité et les enjeux liés à la nature.

Ce glissement est fondamental. Il marque le passage d’une logique carbone à une logique systémique. La transition énergétique ne se limite plus à la réduction des émissions. Elle englobe désormais l’ensemble des ressources naturelles et des équilibres environnementaux.

Mais cette montée en complexité pose une question clé. Comment mesurer l’impact réel de ces engagements. Et surtout, comment le traduire en performance financière.

Car le paradoxe est là. Alors même que les discours sur l’impact se multiplient, la capacité à le quantifier reste limitée. Le marché exige davantage de preuves, mais les outils restent encore imparfaits.

La quatrième dynamique concerne l’immobilier, qui apparaît comme un laboratoire avancé de cette transformation. Après la correction brutale de 2023, le marché immobilier européen a retrouvé une dynamique positive en 2025, portée par la stabilisation des valorisations et le retour de la liquidité . Mais surtout, la durabilité est devenue un critère central d’investissement.

Les actifs performants sur le plan énergétique attirent les capitaux. Les autres sont progressivement délaissés. La transition énergétique se traduit donc directement dans la valorisation des actifs.

Ce phénomène marque un tournant. L’ESG n’est plus un filtre d’investissement. Il devient un facteur de pricing. La performance énergétique, la résilience climatique et la conformité réglementaire influencent directement la valeur des actifs.

Dans ce contexte, la réglementation joue un rôle structurant. Les évolutions attendues autour de la CSRD, de la SFDR ou encore de la directive sur la performance énergétique des bâtiments renforcent la pression sur les acteurs . Mais elles apportent également de la clarté. Elles définissent un cadre commun qui permet aux investisseurs de comparer et d’arbitrer.

Toutefois, cette normalisation a un effet secondaire. Elle réduit les marges de manœuvre narratives. Les entreprises ne peuvent plus se contenter d’afficher des ambitions. Elles doivent démontrer leur conformité et leur efficacité.

Enfin, la question du risque climatique s’impose comme un facteur central. Les risques physiques, longtemps sous-estimés, deviennent un critère majeur dans l’octroi des financements. Selon les données citées par ING, ils figurent désormais parmi les principaux critères ESG pris en compte par les investisseurs .

Ce basculement est stratégique. Il signifie que le climat n’est plus seulement un sujet de transition. Il devient un risque financier direct, capable d’impacter les flux, les valorisations et les décisions d’investissement.

Au fond, cette étude met en lumière une vérité plus dérangeante qu’il n’y paraît. La finance durable ne ralentit pas. Elle change de nature.

Elle quitte progressivement une phase d’expansion portée par la réglementation et les incitations pour entrer dans une phase de maturité où seuls les projets crédibles, mesurables et rentables survivront.

Le marché devient plus exigeant. Plus sélectif. Et surtout moins tolérant aux discours creux.

Comme le résume parfaitement la dynamique observée, le chemin vers la durabilité n’est pas linéaire mais il continue de progresser . Cette progression n’est plus portée par l’enthousiasme mais par la contrainte économique, réglementaire et environnementale.

Et c’est probablement là que réside la véritable rupture. La finance durable n’est plus une promesse. Elle devient une discipline.

Reste à savoir si tous les acteurs sont prêts à jouer selon ces nouvelles règles.

Car entre une finance durable de communication et une finance durable de transformation, l’écart continue de se creuser. Et les marchés, eux, commencent sérieusement à faire la différence.

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