Marchés émergents et durabilité : quand l’ESG devient un critère clé de l’investissement

marchés émergents

Longtemps, les marchés émergents ont été regardés avant tout pour leur potentiel de croissance. Démographie dynamique, classes moyennes en expansion, rattrapage économique rapide. Mais cette lecture purement économique ne suffit plus. Aujourd’hui, la solidité d’un pays se mesure aussi à la qualité de ses institutions, à sa trajectoire environnementale et à sa cohésion sociale. Pour les investisseurs, intégrer la durabilité dans l’analyse de la dette souveraine n’est plus un supplément d’âme. C’est devenu un outil essentiel pour mieux comprendre les risques, mais aussi pour identifier des opportunités de long terme dans des économies en pleine transformation.

Les marchés émergents : un potentiel réel, des fragilités structurelles

Les économies émergentes attirent par leur dynamisme. Leur population est en moyenne plus jeune que celle des pays développés. Leur croissance est souvent plus rapide. Leur rôle dans l’économie mondiale ne cesse de s’affirmer. Pourtant, cette promesse s’accompagne de vulnérabilités bien connues. Institutions parfois fragiles. Inégalités sociales marquées. Pressions environnementales fortes. Gouvernance inégale selon les pays.

Se limiter aux indicateurs classiques, comme la dette publique ou le taux de croissance, donne une vision incomplète. Un pays peut afficher de bons chiffres à court terme et rester exposé à des risques profonds. Manque de transparence. Faiblesse de l’État de droit. Retards dans l’éducation ou la santé. Autant de facteurs qui pèsent sur la stabilité à long terme et, donc, sur la crédibilité financière d’un État.

C’est pour cette raison que la durabilité est devenue un prisme d’analyse central. Elle permet de mieux lire la trajectoire réelle d’un pays. Pas seulement là où il est aujourd’hui, mais là où il se dirige.

Pourquoi intégrer l’ESG dans l’analyse de la dette souveraine

Appliquer les critères ESG à la dette souveraine revient à élargir le champ de vision de l’investisseur. On ne regarde plus uniquement les comptes publics. On s’intéresse aussi à la qualité des institutions, à la capacité d’un pays à protéger son capital humain et naturel, et à sa faculté à gérer les transitions économiques et sociales.

Cette approche repose sur plusieurs piliers complémentaires. La gouvernance d’abord. Transparence, qualité démocratique, solidité des contre-pouvoirs. L’environnement ensuite. Gestion des ressources, exposition aux risques climatiques, stratégie de transition énergétique. Viennent ensuite l’éducation et l’innovation, qui conditionnent la compétitivité future. Enfin, les dimensions sociales, comme la santé, la démographie et la répartition des richesses, qui influencent directement la stabilité et la cohésion d’un pays.

L’objectif n’est pas d’écarter mécaniquement les pays en difficulté. Il est de comprendre leurs points faibles. De mesurer leurs progrès. Et d’anticiper les risques qui ne sont pas visibles dans une analyse strictement financière. Cette lecture plus large affine l’évaluation du couple risque-rendement, surtout sur des horizons de moyen et long terme.

Un classement pour suivre les trajectoires dans le temps

Pour rendre cette analyse opérationnelle, un classement de durabilité des pays émergents a été construit à partir d’un large univers de référence. Il couvre plusieurs dizaines de pays disposant d’un marché de dette souveraine, en monnaie locale ou en devise forte. L’évaluation repose sur un grand nombre d’indicateurs quantitatifs issus de sources internationales reconnues.

Ce travail ne se limite pas à une photo figée. Il intègre une dimension dynamique. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de savoir où se situe un pays aujourd’hui. Il s’agit aussi de comprendre s’il progresse, stagne ou recule. Cette approche évite de pénaliser automatiquement les économies en transition. Elle permet au contraire de valoriser les efforts de réforme et les améliorations graduelles, même lorsqu’elles partent de loin.

Dans un monde où les trajectoires comptent autant que les niveaux absolus, cette lecture dans le temps devient un outil précieux pour juger de la crédibilité d’un pays et de sa capacité à renforcer sa résilience.

L’Inde, un cas d’école pour l’analyse ESG

Parmi les grands pays émergents, l’Inde occupe une place particulière. Son poids démographique est immense. Son rôle économique mondial s’affirme. Son marché de dette souveraine attire de plus en plus l’attention des investisseurs internationaux. Et surtout, son profil ESG illustre bien la complexité des trajectoires émergentes.

Ces dernières années, les indicateurs globaux montrent une amélioration progressive. Cette évolution reflète des avancées concrètes. Croissance soutenue. Recul de la pauvreté. Progrès dans certains domaines sociaux et démographiques. Le pays ne figure pas encore parmi les meilleurs élèves. Mais la tendance est positive, ce qui est déjà un signal important dans une analyse de long terme.

Cette progression reste toutefois inégale selon les dimensions de la durabilité. Sur le plan social, la jeunesse de la population est un atout. L’accès aux services de base s’améliore. Le marché du travail évolue. Mais des fragilités persistent. Qualité des emplois. Importance de l’économie informelle. Inégalités territoriales et de genre. Ces tensions rappellent que la croissance ne se traduit pas automatiquement par une amélioration uniforme des conditions de vie.

Environnement et gouvernance : les grands défis à venir

Le défi environnemental est majeur. Les émissions par habitant restent relativement contenues. Mais la dépendance au charbon et la hausse rapide de la demande énergétique compliquent la transition. Les investissements dans les énergies renouvelables vont dans le bon sens. Ils doivent encore monter en puissance pour accompagner durablement la croissance du pays.

La gouvernance constitue l’autre point de vigilance central. Le cadre démocratique existe. Mais des questions sensibles demeurent sur la protection des libertés, la liberté de la presse et l’alignement sur les standards internationaux. Ces éléments ne sont pas secondaires. Ils influencent directement la confiance, la stabilité institutionnelle et, à terme, le risque souverain.

C’est précisément cette combinaison de progrès économiques, d’avancées sociales et de fragilités persistantes qui fait de l’Inde un cas emblématique. Elle montre pourquoi l’analyse ESG est devenue indispensable pour comprendre les marchés émergents. Non pas pour porter un jugement figé, mais pour lire les trajectoires, mesurer les tensions et mieux apprécier les risques comme les opportunités sur le long terme.

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Rappel des laits infantiles : une crise sanitaire qui révèle les failles du contrôle

laits infantiles

Le rappel massif de laits infantiles contaminés ne se résume pas à un incident industriel isolé. Il met en lumière une chaîne entière de dysfonctionnements. Des failles de contrôle. Des retards de réaction. Et surtout, un manque de transparence qui alimente l’inquiétude des familles.

Dans ce type de crise, les consommateurs attendent une chose simple. Des explications claires. Des décisions rapides. Et une parole publique crédible. Or, ce sont précisément ces éléments qui semblent avoir manqué. Les informations sont arrivées au compte-gouttes. Les responsabilités ont été diluées. Et la confiance s’est érodée.

Car au-delà du produit concerné, c’est la capacité du système à protéger les plus vulnérables qui est questionnée. Quand il s’agit d’alimentation infantile, l’exigence devrait être absolue. Zéro approximation. Zéro zone grise.

Ceci est un extrait d’une interview, sélectionné par votre média Green Finance, qui donne la parole à tous, même si cela peut vous déplaire et nous déclinons toutes responsabilités sur la source et les propos de cet extrait.

Le rôle central des autorités sanitaires dans la sécurité alimentaire

Les autocontrôles ne peuvent pas tout remplacer

Depuis plusieurs années, les industriels s’appuient sur des systèmes d’autocontrôle pour sécuriser leur production. Ces dispositifs reposent sur l’analyse des risques à chaque étape de fabrication. Ils visent à prévenir plutôt qu’à corriger. Sur le papier, le principe est solide.

Mais dans les faits, ces mécanismes ne peuvent pas se substituer au contrôle public. Tester uniquement les produits finis ne suffit pas. Les contaminations microbiologiques sont parfois rares, aléatoires, et difficiles à détecter par simple échantillonnage. Il faudrait des volumes de tests irréalistes pour garantir une sécurité totale.

C’est précisément pour cette raison que les autorités existent. Leur mission n’est pas seulement de constater. Elle est de vérifier la solidité du système. D’évaluer les procédures. De s’assurer que les équipes sont formées. Et que les moyens sont à la hauteur des volumes produits.

Contrôler la compétence, pas seulement les murs

Un contrôle moderne ne se limite pas à inspecter des locaux propres ou des documents bien remplis. Il doit répondre à une question centrale : l’entreprise est-elle réellement capable de gérer ses risques sanitaires ?

Cela implique d’examiner la formation du personnel. La culture interne. La liberté de signaler les problèmes. La qualité de la traçabilité. Et la capacité à réagir vite en cas d’incident.

Un audit efficace cherche les failles avant qu’elles ne deviennent des crises. Il ne se contente pas de photographier une situation à un instant donné. Il évalue la solidité du système dans la durée.

Quand les contrôles échouent, les drames se répètent

Des précédents qui auraient dû alerter

Ces dernières années, plusieurs affaires graves ont déjà mis en cause la sécurité alimentaire. Des contrôles ont eu lieu. Mais leur efficacité pose question. Car malgré ces inspections, des produits dangereux ont continué à circuler. Parfois avec des conséquences dramatiques.

Le problème n’est pas seulement le nombre de contrôles. C’est leur qualité. Un contrôle rare mais intelligent peut être plus utile que des visites fréquentes mais superficielles. Ce qui compte, c’est la capacité à détecter les faiblesses structurelles.

Quand un système échoue plusieurs fois, ce n’est plus un accident. C’est un signal. Un signal qui indique que la méthode de surveillance doit être repensée en profondeur.

Une chaîne d’approvisionnement devenue mondiale

Aujourd’hui, la production alimentaire est globale. Les ingrédients viennent de plusieurs continents. Les chaînes logistiques sont longues. Complexes. Parfois opaques.

Un seul produit peut contenir des matières premières issues de plusieurs pays. Cela multiplie les risques. Et cela complique la traçabilité. Dans ce contexte, la sécurité alimentaire ne peut plus être pensée uniquement à l’échelle nationale ou européenne.

Les organismes internationaux devraient jouer un rôle clé. Mais ils manquent souvent de moyens. De ressources. Et parfois de poids politique. Résultat : les alertes circulent mal. Et les leçons des crises passées sont insuffisamment partagées.

Une gestion de crise qui interroge

Des délais difficiles à comprendre

Dans cette affaire, un point choque particulièrement. Le temps écoulé entre la détection du problème et le retrait complet des produits. Plusieurs semaines. Parfois davantage.

En théorie, un système de traçabilité efficace permet d’identifier rapidement les lots concernés. En quelques heures. Ou en quelques jours tout au plus. Quand ce processus s’étire, deux hypothèses se posent. Soit la traçabilité est défaillante. Soit les décisions sont retardées pour limiter l’impact économique.

Dans les deux cas, le résultat est le même. Les consommateurs restent exposés. L’angoisse grandit. Et la crédibilité des acteurs s’effondre.

Communication de crise : entre minimisation et confusion

Autre problème majeur : le choix des mots. Parler de simple “problème de qualité” quand une toxine est en cause brouille le message. Évoquer une “mesure de précaution” alors que le danger est avéré crée de la confusion.

La communication de crise devrait être simple. Directe. Factuelle. Expliquer ce qui s’est passé. Ce qui est connu. Et ce qui ne l’est pas encore. Tout le reste alimente la suspicion.

Dans un contexte aussi sensible, chaque approximation abîme un peu plus la confiance du public.

Des conséquences sanitaires probablement sous-estimées

Des symptômes difficiles à relier immédiatement

Certaines toxines provoquent des troubles digestifs banals en apparence. Vomissements. Crampes. Fatigue. Chez les nourrissons, ces symptômes peuvent avoir de multiples causes.

Résultat : de nombreux cas passent probablement sous les radars. Les parents ne pensent pas forcément à une intoxication alimentaire. Les signalements restent incomplets. Et les statistiques officielles sous-estiment la réalité.

Les chiffres publiés varient d’un pays à l’autre. Mais ils ne reflètent sans doute qu’une partie du problème. Les enquêtes devront le préciser.

Le manque de transparence, un poison pour la confiance

Des questions restées sans réponse

Ce qui frappe, c’est l’absence d’analyse publique détaillée. Pas de chronologie claire. Pas de rapport complet facilement accessible. Peu d’explications sur l’origine exacte de la contamination. Peu d’informations sur les audits des fournisseurs. Ou sur les choix d’approvisionnement.

Pourquoi certains ingrédients viennent-ils de si loin ? Comment les contrôles sont-ils réalisés en amont ? Quels étaient les résultats des dernières inspections ? Ces questions sont légitimes. Et elles restent, pour beaucoup, sans réponse.

Dans d’autres grandes catastrophes, chaque étape a été décortiquée publiquement. Ici, le silence domine. Et ce silence nourrit la défiance.

Quand les crises s’enchaînent, la perception change

Un scandale n’arrive jamais dans le vide. Quand plusieurs affaires se succèdent, l’opinion publique devient plus sensible. Plus méfiante. Plus dure aussi.

L’histoire montre que des crises rapprochées amplifient l’impact médiatique et social. Même un incident gérable peut alors devenir un symbole. Le symbole d’un système perçu comme défaillant.

C’est exactement ce qui se produit quand les réponses tardent et que la transparence fait défaut.

Ce que les consommateurs sont en droit d’exiger

Une enquête complète et publique

La demande est simple. Un récit précis. Jour après jour. Des décisions expliquées. Des responsabilités clarifiées. Et des conclusions rendues publiques.

Sans cela, il n’y a pas de reconstruction possible de la confiance. La sécurité alimentaire repose autant sur les contrôles que sur la crédibilité de ceux qui les exercent.

Repenser la prévention plutôt que gérer l’urgence

Intervenir une fois la crise déclenchée ne suffit pas. Il faut comprendre comment les risques sont gérés en amont. Comment les entreprises fonctionnent réellement. Et quels outils les autorités utilisent pour évaluer leur fiabilité.

La prévention coûte moins cher que les scandales. Elle protège mieux. Et surtout, elle évite de transformer chaque incident en drame collectif.

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Le secteur de la santé signe son grand retour sur les marchés

secteur de la santé

Longtemps délaissé par les investisseurs, le secteur de la santé revient aujourd’hui au centre du jeu. Après plusieurs années marquées par des incertitudes politiques, une pression sur les coûts et des performances boursières décevantes, l’année 2025 a marqué un véritable point d’inflexion. Ce renouveau ne repose pas sur un simple effet de mode ou sur une recherche de valeurs défensives, mais sur une transformation plus profonde des équilibres économiques, financiers et industriels du secteur. Le quatrième trimestre a cristallisé ce changement, en propulsant la santé au rang de secteur le plus performant au niveau mondial.

Un changement de perception porté par la fin des scénarios extrêmes

Pendant longtemps, le principal frein à l’investissement dans la santé venait du risque politique, en particulier aux États-Unis. Les grandes entreprises pharmaceutiques vivaient sous la menace de mesures radicales sur les prix des médicaments, ce qui pesait lourdement sur leurs valorisations boursières. Des groupes majeurs comme Pfizer, Merck, Johnson & Johnson, Novartis ou Sanofi ont ainsi évolué dans un climat d’incertitude permanent.

À l’automne 2025, un tournant s’est opéré. Pfizer a ouvert la voie en trouvant un terrain d’entente avec les autorités américaines autour d’un modèle dit de « nation la plus favorisée ». Ce compromis associe des concessions sur les prix à des engagements d’investissement dans la recherche et la production sur le sol américain, en échange de meilleures conditions d’accès au marché et d’allègements commerciaux.

Ce qui a réellement rassuré les marchés, ce n’est pas tant le contenu précis de l’accord que la dynamique qu’il a enclenchée. Les autres grands groupes ont suivi avec des arrangements similaires. Le risque politique n’a pas disparu, mais il est devenu plus lisible, plus encadré, et donc plus facile à intégrer dans les valorisations. Cette normalisation du cadre a joué un rôle clé dans le retour de la confiance.

Des valorisations encore raisonnables malgré le rebond

Avant ce changement de climat, le secteur de la santé se négociait avec une décote importante par rapport au reste du marché, de l’ordre de 20 %. Avec l’amélioration de la visibilité politique et économique, cette décote a commencé à se réduire au cours de la fin de l’année 2025.

Pour autant, on est encore loin d’une situation d’excès. Les niveaux de valorisation restent inférieurs à leur moyenne de long terme. Autrement dit, la hausse récente ressemble davantage à un retour vers une situation plus équilibrée qu’à une bulle spéculative. Cette évolution est d’autant plus crédible qu’elle s’appuie sur des fondamentaux en amélioration, et non sur de simples anticipations optimistes.

Une croissance des bénéfices portée par la discipline et la structure du secteur

Les perspectives de résultats confirment ce changement de régime. Les analystes tablent désormais sur une progression annuelle des bénéfices proche de 9 % dans les années à venir, un rythme nettement supérieur à celui observé au cours de la décennie précédente.

Ce point est essentiel : cette croissance ne repose pas sur des hausses de prix agressives ou irréalistes. Elle s’explique surtout par deux facteurs. D’une part, la normalisation progressive des marges après les surcoûts liés à la période post-pandémique. D’autre part, l’évolution de la structure même du secteur. Les activités à faibles marges, notamment certains segments des services de santé, ont perdu du poids. À l’inverse, les entreprises positionnées sur la pharmacie innovante, la biotechnologie et les technologies médicales, généralement plus rentables, occupent désormais une place centrale.

Des groupes comme Merck, Eli Lilly ou Johnson & Johnson bénéficient pleinement de cette dynamique. Ils combinent des revenus récurrents issus de produits déjà bien établis et des portefeuilles de nouveaux traitements de plus en plus proches de la commercialisation. Cette double source de valeur renforce la solidité de leurs trajectoires financières.

La recherche redevient un moteur stratégique de long terme

Le caractère durable de la reprise se voit aussi dans l’effort massif consenti en matière de recherche et développement. Les quinze plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux ont augmenté leurs budgets de R&D de plus de 50 % en cinq ans, et ce malgré des périodes de pression sur les marges.

AstraZeneca, Eli Lilly, Merck, Roche ou encore Johnson & Johnson figurent parmi les acteurs les plus actifs dans ce domaine. Ces investissements ne restent plus théoriques. Ils se traduisent aujourd’hui par des avancées concrètes, notamment en oncologie, dans les traitements cardiovasculaires et dans les nouvelles thérapies métaboliques.

Le cas d’Eli Lilly est particulièrement révélateur. L’entreprise profite bien sûr du succès des traitements GLP-1, mais elle a surtout construit un pipeline diversifié. Cette stratégie réduit la dépendance à quelques produits vedettes, un point qui inquiétait historiquement les investisseurs et qui renforce désormais la crédibilité de son modèle à long terme.

Les technologies médicales, un pilier souvent sous-estimé

Le dynamisme du secteur ne se limite pas à la pharmacie. Les technologies médicales jouent elles aussi un rôle de plus en plus important. Des entreprises comme Abbott, Medtronic, Boston Scientific ou Stryker ont renforcé leurs efforts en recherche et bénéficient de tendances structurelles puissantes, comme le développement des procédures mini-invasives et le vieillissement de la population.

L’acquisition d’Exact Sciences par Abbott en 2025 illustre bien cette stratégie. Elle montre la volonté de combiner croissance organique et acquisitions ciblées pour renforcer les positions sur des segments à fort potentiel, notamment dans le diagnostic et les dispositifs médicaux de nouvelle génération.

Le retour en force des fusions-acquisitions, signe de confiance retrouvée

Enfin, la reprise spectaculaire des opérations de fusions-acquisitions constitue un signal fort. Sur le seul second semestre 2025, plus de 150 milliards de dollars de transactions ont été annoncés dans le secteur de la santé. Des opérations impliquant Novartis, Merck, Pfizer ou encore Genmab montrent que les grands acteurs sont à nouveau prêts à investir massivement pour sécuriser l’innovation.

Cette offensive est rendue possible par des bilans particulièrement solides. Les grands groupes pharmaceutiques et de technologies médicales disposent ensemble de plus de 600 milliards de dollars de capacité d’acquisition. Ce niveau de ressources financières laisse entrevoir une poursuite de la consolidation du secteur et un intérêt durable pour les sociétés innovantes, petites ou moyennes, qui alimentent le renouvellement des portefeuilles de produits.

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Glyphosate à la frontière libanaise

Glyphosate

Quand l’allégation de “crime environnemental” devient un risque ESG majeur

Le Liban accuse Israël d’avoir pulvérisé du glyphosate sur son territoire, le long de la frontière sud. 

Au-delà de la charge politique, l’affaire met surtout en lumière un sujet qui intéresse directement la finance durable : la contamination environnementale en zone de conflit et ses effets en cascade sur l’agriculture, la santé publique, la valeur des terres, la stabilité sociale… et donc le risque pays, le risque de chaîne d’approvisionnement et le risque juridique.

Selon les autorités libanaises (ministères de l’Agriculture et de l’Environnement), des échantillons de sol prélevés dans la zone frontalière auraient révélé la présence de glyphosate, avec certains niveaux annoncés “20 à 30 fois supérieurs à la moyenne” locale. 

Le président libanais Joseph Aoun parle d’une atteinte à la souveraineté et d’un “crime environnemental et sanitaire”. Sollicitée, l’armée israélienne n’a pas commenté dans l’immédiat.

L’alerte de la FINUL : un signal faible… devenu signal fort

Un élément clé du dossier est venu de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban). 

Celle-ci indique avoir été informée d’une opération de pulvérisation d’une “substance chimique” près de la frontière, et précise que ses Casques bleus ont dû s’éloigner et s’abriter, entraînant l’annulation de plusieurs opérations. 

La FINUL juge l’opération “inacceptable” et pointe le risque d’impacts sur les terres agricoles et sur le retour à long terme des civils, donc sur les moyens de subsistance.

Autrement dit : on n’est pas seulement sur un épisode médiatique, mais sur un sujet où des acteurs institutionnels évoquent des externalités durables.

Pourquoi la finance durable doit regarder ce dossier de près

1) Agriculture : perte de productivité, dépréciation d’actifs, assurance en tension

Si la fertilité des sols et la production agricole sont affectées, on parle de dégradation d’actifs réels (terres, exploitations) et d’un risque de long terme sur la sécurité alimentaire locale. Cela peut rejaillir sur :

la bancabilité de projets agricoles,

les garanties collatérales,

le coût de l’assurance (ou son retrait),

le risque de défaut des emprunteurs agricoles.

2) Risque sanitaire : passifs juridiques et réputationnels

Dès qu’un événement touche potentiellement la santé des populations, il crée un terrain propice aux litiges, aux demandes d’indemnisation, et à une pression accrue sur les autorités et les entreprises (y compris celles exposées indirectement : logistique, agro-industrie, importateurs, distributeurs).

3) Risque géopolitique + risque environnemental = “double matérialité” en accéléré

Cette affaire illustre parfaitement la double matérialité :

Impact : atteinte aux écosystèmes, aux sols, à la biodiversité, aux populations.

Financier : perturbation économique, tensions sociales, instabilité territoriale, incertitude réglementaire et contentieuse.

Dans un monde “ESG”, le risque n’est plus linéaire : il se propage.

Mise en perspective : la lecture d’Anne-Catherine Husson-Traoré.

Ce qui rend ce débat particulièrement intéressant, c’est la façon dont Anne-Catherine Husson-Traoré (Experte finance durable et risques) relie ce fait d’actualité à un sujet plus large : la place des pesticides et des substances controversées dans l’arbitrage public.

Dans son post linkedin, elle adopte une grille de lecture typique des professionnels du risque :

  • compréhension scientifique de la toxicité (et donc des externalités),
  • enjeu de politique publique (cadre juridique, interdictions, réintroduction),
  • effet mobilisation (pétitions, opinion, calendrier électoral),
  • et désormais dimension internationale (l’écho libanais).

Son expertise se voit dans la structure implicite de son raisonnement : 

Identifier la substance, donc qualifier l’impact, donc évaluer l’acceptabilité, et ainsi anticiper les effets systémiques (agri, santé, société, décision publique).

C’est exactement ce que cherchent à faire les investisseurs, banques, assureurs et directions des risques quand un sujet environnemental quitte le champ “technique” pour devenir un risque stratégique.

Ce que ça change concrètement côté Green Finance (à surveiller)

Due diligence renforcée sur les zones sensibles : agriculture, eau, sols, retour des populations.

Stress tests sur les portefeuilles exposés à des régions frontalières instables (agri, infrastructures, logistique).

Exigences de traçabilité et clauses contractuelles (provenance, conformité, responsabilité).

Risque réputationnel : l’opinion publique tolère de moins en moins les zones grises sur les substances controversées, encore moins en contexte de conflit.

À ce stade, il s’agit d’accusations et d’éléments rapportés par les autorités libanaises et la FINUL, mais la conclusion est d’ores et déjà clair : quand une pollution supposée touche les sols, l’agriculture et la santé dans une zone de tension, elle devient immédiatement un risque ESG à haute intensité, avec des effets financiers potentiellement durables.

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La Banque Africaine de Développement

Alors que le monde oscille entre urgences climatiques, contraintes budgétaires et transitions énergétiques parfois chaotiques, la Banque Africaine de Développement (BAD) s’impose progressivement comme l’un des acteurs les plus structurants de la finance verte sur le continent. Loin d’un discours incantatoire ou purement normatif, la BAD développe une vision de la transition qui conjugue réalisme économique, souveraineté africaine et justice climatique.

Une banque de développement qui assume le climat comme priorité stratégique

Ces dernières semaines, une série de décisions et d’initiatives récentes confirme une ligne directrice claire : pour la BAD, le climat n’est pas une politique annexe, mais un pilier de sa mission de développement. Avec plusieurs milliards de dollars alloués chaque année au financement climatique, l’institution se positionne parmi les bailleurs les plus actifs en matière d’adaptation et d’atténuation en Afrique.

Cette posture traduit une conviction forte : le continent africain, bien que faiblement émetteur de gaz à effet de serre, est en première ligne face aux impacts du changement climatique. Il ne s’agit donc pas seulement de réduire des émissions, mais de renforcer la résilience des économies, des infrastructures et des populations.

Soutenir une transition énergétique juste et inclusive

Lors de la récente COP, la BAD, à travers son fonds dédié aux énergies durables en Afrique, a joué un rôle clé en mobilisant près de 50 millions d’euros de nouveaux engagements pour accompagner une transition énergétique dite « juste ». Cette notion est centrale dans la philosophie de la Banque : la décarbonation ne peut pas se faire au détriment du développement, de l’accès à l’énergie ou de l’industrialisation africaine.

L’objectif n’est pas de reproduire un modèle de transition conçu pour l’Europe ou l’Amérique du Nord, mais d’inventer une trajectoire propre au continent : mix énergétique progressif, investissements dans les renouvelables, mais aussi modernisation des infrastructures existantes et soutien aux économies locales.

Financer le verdissement de l’industrie africaine

La BAD ne se limite pas aux grandes déclarations internationales : elle agit concrètement sur le terrain.

En Tunisie, elle a récemment validé un financement de 110 millions de dollars pour moderniser écologiquement le Groupe Chimique Tunisien, acteur industriel majeur du pays. Derrière ce projet, il y a une conviction claire : l’industrie africaine doit rester compétitive, mais elle doit aussi réduire sa pollution et améliorer son efficacité énergétique. La transition ne doit pas être punitive, mais accompagnée.

Au Maroc, la Banque a également approuvé une garantie de 450 millions d’euros pour soutenir le programme d’investissement vert du groupe OCP, l’un des leaders mondiaux des engrais. Là encore, la logique est pragmatique : accompagner les grands champions industriels africains vers des modèles plus durables plutôt que de les marginaliser.

Mobiliser le secteur privé pour accélérer la finance verte

Un autre axe fort de la BAD est sa volonté de faire jouer le levier du secteur privé. L’exemple du partenariat avec KCB Bank au Kenya, via une ligne de financement de 150 millions de dollars dédiée au « green lending », illustre cette stratégie.

Plutôt que de tout financer directement, la BAD cherche à structurer des marchés, réduire le coût du capital et inciter les banques commerciales à intégrer le climat dans leurs décisions de crédit. C’est une approche systémique : transformer l’écosystème financier africain plutôt que multiplier des projets isolés.

La Grande Muraille Verte : un projet emblématique au-delà du symbole

Parmi les initiatives soutenues par la BAD, la Grande Muraille Verte occupe une place particulière. Bien plus qu’un projet environnemental, il s’agit d’un programme de restauration écologique, de sécurité alimentaire et de développement rural à l’échelle du Sahel.

En appelant récemment à un financement accru pour cette initiative, la BAD rappelle que la lutte contre la désertification est aussi une lutte contre l’instabilité, la pauvreté et les migrations forcées. Ici, l’action climatique est indissociable du développement humain.

Une banque qui relie climat et conflits

Un aspect souvent négligé du rôle de la BAD est son attention aux pays fragiles ou touchés par des conflits. L’institution insiste de plus en plus sur le fait que la finance climatique doit aussi bénéficier aux zones les plus vulnérables.

Dans ces contextes, les investissements verts ne sont pas seulement une question d’environnement, mais de reconstruction, de résilience et de stabilité. La BAD défend ainsi une vision du climat comme facteur de paix et de développement, et non comme une contrainte supplémentaire.

Pour Bruno Boggiani, expert en finance verte et observateur attentif des institutions financières internationales, la dynamique actuelle de la BAD marque un tournant :

« La Banque Africaine de Développement est en train de se démarquer clairement sur la scène internationale. Là où beaucoup d’institutions parlent encore principalement de cadres, de standards ou de reporting ESG, la BAD agit avec une approche résolument opérationnelle et stratégique. Elle combine vision de long terme, souveraineté africaine et capacité réelle de mobilisation de capitaux. Le potentiel est immense : si cette trajectoire se confirme, la BAD pourrait devenir l’un des architectes majeurs de la transition climatique globale, et pas seulement africaine. »

Conclusion : une vision africaine de la finance verte

À travers ces différentes initiatives, la BAD dessine progressivement une doctrine cohérente : une finance verte africaine, ancrée dans les réalités locales, tournée vers l’industrialisation durable et articulée autour de partenariats publics-privés.

Contrairement à certaines institutions qui privilégient des logiques de normes et de reporting, la BAD mise avant tout sur des investissements concrets, mesurables et alignés avec les priorités de développement du continent.

En ce sens, elle ne se contente pas d’accompagner la transition : elle contribue à en définir les contours pour l’Afrique du XXIe siècle.

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Banque de France

Le départ anticipé de François Villeroy de Galhau de la Banque de France, annoncé pour 2026 alors que son mandat courait jusqu’à fin 2027, a d’abord été présenté comme un choix personnel : prendre la présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. L’explication est plausible et respectable.

Pourtant, il serait réducteur de s’en tenir à cette seule dimension. Dans un contexte politique incertain, à un an d’une présidentielle potentiellement très disputée, cette sortie “en avance de phase” ouvre surtout une fenêtre décisive : celle qui permet à Emmanuel Macron de nommer le prochain gouverneur avant 2027.

Or, à la Banque de France, un gouverneur n’est pas un simple administrateur. Il coiffe l’ACPR (supervision des banques et assurances), participe aux décisions sur la stabilité financière, dialogue avec la BCE, et pèse de plus en plus sur l’intégration des risques climatiques et environnementaux dans la régulation. En clair : ce choix façonnera la trajectoire de la finance durable française pour six ans.

Un départ “personnel”… ou un verrou institutionnel ?

Officiellement, rien ne relie ce départ à une stratégie politique. Mais l’incitation est trop évidente pour être ignorée : en nommant maintenant, l’Élysée s’assure qu’un futur président, quel qu’il soit, héritera d’un gouverneur déjà installé, pour un mandat long.

Si l’on pousse l’hypothèse, on peut lire ce timing comme un coup préventif : éviter qu’une alternance, notamment si elle venait du Rassemblement National, puisse placer à la tête de la Banque de France une personnalité plus critique vis-à-vis de l’euro, de la BCE ou des exigences ESG européennes.

Dans cette lecture, Macron chercherait moins à “politiser” l’institution qu’à sécuriser sa doctrine économique et financière au-delà de son propre quinquennat.

Qui pourrait remplacer Villeroy ? 

4 scénarios (risqués, mais plausibles)

À ce stade, aucun nom n’est officiel. Mais si l’on anticipe le calcul macronien , pro-européen, technocratique, rassurant pour les marchés, et compatible avec une transition climatique “ordonnée”, quatre profils se détachent comme hypothèses crédibles.

1) Agnès Bénassy-Quéré — le choix “crédibilité + climat”

(Sous-gouverneure de la Banque de France, économiste reconnue)

C’est sans doute le profil le plus cohérent avec une Banque de France moderne, consciente des risques climatiques et alignée sur la BCE.

Pourquoi Macron pourrait la choisir ?

Elle incarne la compétence technique et l’indépendance. Elle est respectée à Francfort et dans les cercles académiques. Et elle donnerait une image très “sérieuse” et européenne de la France.

Impact probable sur la Green Finance :

  • Renforcement des stress tests climatiques.
  • Exigences plus claires sur la gouvernance ESG des banques et assureurs.
  • Moins de politique, plus de régulation.

Scénario préféré si Macron veut laisser une empreinte durable sur la supervision verte.

2) Denis Beau — le choix “maison Banque de France”

(Autre sous-gouverneur, très proche des dossiers prudentiels)

Ici, l’idée serait la continuité totale : même culture institutionnelle, même ligne générale, mais avec une touche personnelle.

Pourquoi Macron pourrait le préférer ?

  • Zéro risque de rupture.
  • Parfaitement accepté par les équipes internes.
  • Profil discret, mais solide.

Impact Green Finance :

  • Pas de révolution, mais une consolidation des dispositifs existants.
  • Approche prudente, progressive, sans bras de fer avec les banques.
  • Scénario de stabilité maximale.

3) Bertrand Dumont — le choix “Bercy / État stratège”

(Directeur général du Trésor)

C’est le profil le plus “politico-économique” de la short-list implicite.

Pourquoi Macron pourrait miser sur lui ?

  • Coordination parfaite avec Bercy.
  • Vision macroéconomique claire, maîtrise de la dette et des marchés.
  • Capacité à arbitrer entre stabilité financière et financement de la transition.

Impact Green Finance :

  • Transition climatique encadrée par des critères financiers stricts.
  • Moins d’idéologie, plus de pragmatisme budgétaire et macro.
  • Scénario du technocrate d’État, loyal et efficace.

4) Benoît Cœuré — le choix “BCE + stature internationale”

(Ancien membre du directoire de la BCE, aujourd’hui à l’Autorité de la concurrence)

C’est le profil le plus “eurosystème”.

Pourquoi Macron pourrait l’adosser à ce poste ?

  • Crédibilité maximale à Francfort et auprès des marchés.
  • Parfaite lisibilité internationale.
  • Capacité à peser dans les débats européens sur finance et climat.

Impact Green Finance :

  • Alignement fort avec les cadres européens (BCE, EBA, EIOPA).
  • Standardisation accrue des règles prudentielles vertes.
  • Scénario du choix le plus “géopolitique” et européen.

Le pari possible de Macron (si l’on accepte l’hypothèse politique)

En nommant avant 2027, Macron pourrait chercher à :

1. Verrouiller l’orthodoxie financière française : garantir une Banque de France pro-européenne, indépendante et compatible avec la BCE.

2. Sécuriser la trajectoire climatique du secteur financier : éviter qu’un futur gouvernement remette en cause les exigences ESG prudentielles.

3. Rassurer les marchés : montrer que, quoi qu’il arrive politiquement, la France restera “prévisible” sur la régulation bancaire.

Dans cette logique, le choix le plus cohérent serait sans doute Agnès Bénassy-Quéré ou Benoît Cœuré : deux profils très lisibles, très européens, et très crédibles sur les risques climatiques.

Plus de Green pour Agnès Bénassy-Quéré et plus de docilité Europeen pour Benoît Cœuré. ( vu le niveau de Green de la Macronie, Benoît Cœuré prend la tête du classement )

Ce que cela change pour la Green Finance

Quel que soit le nom retenu, la succession aura des conséquences concrètes sur :

  • la rigueur des stress tests climatiques,
  • les exigences de gouvernance ESG pour banques et assureurs,
  • la place de la France dans la régulation financière européenne,
  • et la manière dont la transition écologique sera financée (marchés vs État).

En conclusion

Derrière une succession apparemment administrative se joue peut-être une partie bien plus stratégique : celle de l’orientation du système financier français face aux chocs climatiques, géopolitiques et économiques à venir.

Si Macron a effectivement voulu “prendre les devants”, alors son geste dépasse le simple calcul politique : il engage, volontairement ou non, la trajectoire de la finance durable française pour la prochaine décennie.

À lire aussi : Epstein et le foulard rouge

Epstein et le foulard rouge

Epstein

Répétons-le encore une fois, comme un mantra médiatique, comme un battement de tambour destiné à couvrir tous les autres bruits : Epstein, Epstein, Epstein…, pas par fascination morbide, mais parce que c’est exactement ainsi que fonctionne l’économie de l’attention.

L’affaire Epstein est devenue le parfait foulard rouge

On l’agite, le public suit du regard, et pendant ce temps, le taureau charge ailleurs. Dans le langage de la finance et du risque, on appellerait cela un biais de distraction systémique : l’incapacité collective à prioriser ce qui engage réellement notre avenir économique, politique et climatique.

Or, pendant que nous disséquons des réseaux d’influence et des carnets d’adresses compromettants, trois transformations majeures, bien plus structurantes que n’importe quel scandale, redessinent le monde.

Premier foulard rouge : le climat, le rapport qu’on préfère lire en diagonale

Derrière le vacarme Epstein se cache un document qui devrait être sur le bureau de tous les ministres des finances et de tous les dirigeants : 

Le Rapport 2024 de l’OMM — State of the Global Climate.

Ce rapport n’est pas une opinion, c’est un constat : températures globales à des niveaux inédits, événements extrêmes devenus structurels, océans saturés de chaleur et d’acidité, systèmes agricoles sous stress permanent,chaînes d’approvisionnement fragilisées. Et, pour la finance, une accumulation de risques climatiques systémiques qui menacent la valeur des actifs, la solvabilité des États et la stabilité des marchés.

En langage financier : le climat n’est plus un « risque ESG », c’est un risque macroéconomique central.

Mais ce n’est pas spectaculaire. Pas assez cliquable. Pas assez sensationnel. Alors on publie des communiqués policés, on fait des panels COP avec de jolis slides verts, et on retourne à l’actualité people-politique du jour.

Le foulard rouge fonctionne à merveille.

Deuxième foulard rouge : la crise des droits humains et la dérive autoritaire mondiale

Pendant que l’on scrute Epstein à la loupe, un autre rapport, beaucoup moins viral, décrit une réalité qui devrait pourtant nous glacer : le recul généralisé des droits humains.

Partout, ou presque, on observe : une érosion des libertés civiles, une montée des États sécuritaires, une pression accrue sur les médias indépendants, un affaiblissement des contre-pouvoirs. Et une instrumentalisation du droit au service du pouvoir.

Pourquoi est-ce crucial pour la Green Finance ? Parce qu’il n’y a pas de transition écologique crédible sans État de droit, sans société civile forte, sans transparence et sans responsabilité politique.

Une finance verte dans un monde autoritaire, c’est du greenwashing institutionnalisé. Point final.

Troisième foulard rouge : la guerre Ukraine–Russie : le miroir que l’Europe refuse de regarder

C’est ici que le discours doit devenir clair, sans euphémisme.

La guerre en Ukraine est évidemment une tragédie humaine et une agression militaire inacceptable. Mais elle est aussi, et surtout, le révélateur d’une défaite stratégique majeure.

D’abord, la défaite de Macron et von der Leyen. Soyons explicites : cette guerre marque l’échec cuisant de la stratégie européenne telle qu’incarnée par Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen.

Pourquoi ? Parce que : l’Europe n’a pas su construire une véritable autonomie énergétique ; elle s’est retrouvée dépendante des États-Unis au moment critique ; elle n’a pas été capable de peser diplomatiquement comme bloc souverain. Et elle a réagi en ordre dispersé plutôt qu’en puissance coordonnée.

Résultat : l’Union européenne sort de ce conflit plus dépendante, plus divisée et plus fragilisée qu’avant. Ce n’est pas une victoire, c’est une défaite stratégique enveloppée dans une rhétorique morale.

Ensuite, la défaite des États-Unis

Les États-Unis ne « gagnent » pas non plus cette guerre. Ils y voient certes un affaiblissement militaire russe, mais ils y perdent sur le plan géopolitique : leur leadership est contesté, leurs ressources militaires sont étirées, et surtout, ils ont contribué à accélérer un basculement du monde vers un ordre multipolaire qu’ils ne contrôlent plus.

La vraie conséquence : le renforcement de l’axe Chine–Russie

C’est là le point central que l’on préfère masquer derrière le drame ukrainien : cette guerre a solidifié une alliance sino-russe plus étroite que jamais. Sur le plan énergétique, financier, technologique et militaire, Moscou et Pékin ont renforcé leur coopération. Ils construisent : des systèmes financiers alternatifs, des chaînes d’approvisionnement parallèles, et une architecture géopolitique qui réduit l’hégémonie occidentale.

Autrement dit : la guerre en Ukraine n’est pas seulement un conflit régional, c’est un accélérateur de la recomposition du pouvoir mondial. Et sur ce terrain, l’Occident recule.

Quatrième foulard rouge : les autres bombes à retardement

Pendant que nous suivons le spectacle, trois crises silencieuses avancent : l’effondrement de la biodiversité, une menace directe pour la sécurité alimentaire, la stabilité économique et la résilience des sociétés humaines. Le risque de nouvelles pandémies. Le monde n’a pas vraiment corrigé ses failles sanitaires structurelles. La prochaine crise pourrait être pire.

L’intelligence artificielle non régulée : un potentiel gigantesque… et un risque tout aussi gigantesque en termes d’inégalités, de désinformation et de concentration du pouvoir.

Le foulard rouge n’est jamais là où se joue l’histoire

Dans l’arène médiatique comme dans les marchés financiers, la règle est simple : regardez où l’on agite le foulard rouge, et vous manquerez l’essentiel. Epstein capte l’attention, mais le climat transforme le monde. Il choque, mais la dérive autoritaire redessine nos sociétés. Epstein fascine, mais la guerre en Ukraine révèle l’affaiblissement de l’Europe et des États-Unis, tout en cimentant l’alliance Chine, Russie.

Alors souvenez-vous : ne regardez pas où le foulard rouge s’agite. Regardez ce qu’il cherche à cacher.

« Il est temps de passer à autre chose », a lancé Donald Trump à propos de l’affaire Epstein, et, pour une fois, difficile de lui donner totalement tort…

À lire aussi : « Du pétrole dans vos huiles » : quand l’expertise publique danse avec l’industrie

L’ERAFP lance un appel d’offres pour la gestion de portefeuilles multi-actifs innovants

ERAFP
ERAFP

L’Établissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique (ERAFP) renforce sa stratégie d’investissement en lançant un appel d’offres pour sélectionner des prestataires spécialisés dans la gestion de portefeuilles multi-actifs de type fonds de fonds. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du renouvellement de ses mandats de gestion, visant à allier performance financière et responsabilité sociale et environnementale. L’objectif : offrir aux affiliés du régime une croissance durable de leurs retraites additionnelles tout en maîtrisant les risques liés aux marchés financiers.

Dans cet article, nous vous présentons les détails de cet appel d’offres, la stratégie d’investissement de l’ERAFP, ses principes ISR, ainsi que l’importance de cette démarche dans le paysage des fonds de pension publics.

Un appel d’offres pour des mandats stratégiques de gestion

L’ERAFP a décidé de confier la gestion de ses portefeuilles multi-actifs à des prestataires externes par le biais d’un appel d’offres structuré. Trois mandats sont concernés : un mandat actif et deux mandats dits “stand-by”, qui pourront être activés selon les besoins pour optimiser la diversification des risques.

Le mandat principal, d’un montant prévisionnel d’environ un milliard d’euros, repose sur la recherche d’une performance maximale tout en garantissant la sécurité du portefeuille. Les prestataires sélectionnés devront démontrer leur capacité à mettre en œuvre une allocation d’actifs flexible, dynamique et opportuniste. Cette approche implique de sélectionner des fonds diversifiés en termes de classes d’actifs et de stratégies, et de gérer activement les risques pour limiter les pertes annuelles.

La durée initiale des mandats est de quatre ans, avec la possibilité pour l’ERAFP de prolonger le contrat pour deux périodes supplémentaires d’un an. Le processus de sélection repose sur un dossier de consultation disponible sur la plateforme officielle des marchés publics, accessible également depuis le site Internet de l’ERAFP.

Une gestion multi-actifs orientée performance et sécurité

La stratégie d’investissement des portefeuilles multi-actifs de l’ERAFP se distingue par une approche fondamentale et sans contrainte de benchmark. Les gestionnaires devront construire les portefeuilles en appliquant un processus rigoureux d’allocation d’actifs et de sélection de fonds, en tenant compte du couple rendement/risque.

L’accent est mis sur la performance régulière plutôt que sur des gains ponctuels. Pour ce faire, la gestion doit être tactique et flexible, permettant d’ajuster les allocations en fonction des évolutions du marché. Un autre objectif clé est la limitation de la perte maximale sur une année calendaire, garantissant ainsi la protection du capital des affiliés.

L’ERAFP souligne également que la stratégie sera mise en œuvre dans le respect de ses engagements en matière d’investissement socialement responsable (ISR), intégrant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans toutes les décisions financières.

L’investissement socialement responsable au cœur de la stratégie

Depuis sa création en 2005, l’ERAFP a fait le choix de combiner performance financière et responsabilité sociale. Aujourd’hui, le fonds gère près de 54 milliards d’euros d’actifs, investis intégralement selon une démarche ISR. Ce positionnement fait de l’ERAFP l’un des plus importants investisseurs institutionnels socialement responsables en Europe.

Signataire des Principes pour l’Investissement Responsable de l’ONU et doté d’une Charte ISR depuis 2006, l’ERAFP s’appuie sur cinq valeurs fondamentales : le respect des droits de l’Homme et de l’État de droit, le progrès social, la démocratie sociale, la protection de l’environnement et la transparence de la gouvernance. Ces principes guident toutes les décisions d’investissement, garantissant que chaque placement contribue à un impact positif sur la société et l’environnement.

L’intégration de l’ISR dans la gestion multi-actifs implique une sélection rigoureuse des fonds partenaires, en privilégiant ceux qui respectent les critères ESG (environnement, social, gouvernance) et qui adoptent des pratiques durables et responsables.

L’ERAFP : un fonds de retraite public de dimension internationale

Avec près de 4,4 millions de bénéficiaires et plus de 43 000 employeurs affiliés, l’ERAFP se classe parmi les plus importants fonds de pension publics au monde. Le régime gère les droits à une retraite additionnelle pour les fonctionnaires de l’État, des collectivités territoriales et du secteur public hospitalier, fonctionnant selon un système obligatoire par points.

Chaque année, l’ERAFP collecte des cotisations s’élevant à près de 2,3 milliards d’euros, qu’il investit dans le cadre de sa stratégie ISR. L’appel d’offres pour la gestion multi-actifs s’inscrit donc dans un objectif de sécurisation et d’optimisation de ces fonds, afin d’assurer des prestations de retraite stables et durables pour des millions de bénéficiaires.

Une opportunité pour les gestionnaires de fonds

L’appel d’offres lancé par l’ERAFP représente une opportunité stratégique pour les gestionnaires de fonds souhaitant démontrer leur expertise dans la gestion multi-actifs et l’investissement responsable. Les candidats doivent prouver leur capacité à élaborer des portefeuilles diversifiés, à gérer activement les risques et à respecter les critères ISR de l’institution.

Cette démarche favorise également l’innovation dans la gestion de fonds, en encourageant les prestataires à développer des stratégies flexibles, adaptatives et performantes, tout en respectant des normes éthiques et durables strictes.

Vers une gestion durable et performante

En combinant allocation multi-actifs, gestion des risques et critères ISR, l’ERAFP se positionne comme un acteur de référence dans le domaine des fonds de pension responsables. La mise en place de mandats “stand-by” témoigne de sa volonté de diversifier ses risques et de rester agile face aux fluctuations des marchés financiers.

Cette approche intégrée permet non seulement de protéger les droits à la retraite des affiliés, mais aussi de contribuer activement au financement d’une économie plus durable et équitable.

Conclusion

L’ERAFP confirme ainsi son engagement à conjuguer performance financière, responsabilité sociale et environnementale, et sécurité pour ses affiliés. L’appel d’offres pour la gestion de portefeuilles multi-actifs est un exemple concret de cette stratégie ambitieuse, offrant aux gestionnaires de fonds la possibilité de participer à une mission à fort impact, tant pour la société que pour l’économie.

À lire aussi : Fonds ESG en 2025 : le grand retournement d’un marché sous pression mondiale

Fonds ESG en 2025 : le grand retournement d’un marché sous pression mondiale

fonds ESG

Pendant plusieurs années, l’investissement durable s’est imposé comme l’un des piliers de la finance moderne. Portés par l’urgence climatique, les attentes sociétales et l’évolution des réglementations, les fonds ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont connu une croissance rapide depuis la fin des années 2010. Pourtant, l’année 2025 marque une rupture historique. Pour la première fois depuis le début du suivi par Morningstar, les fonds durables mondiaux ont enregistré des sorties nettes annuelles massives.

Selon l’analyse publiée par Morningstar Sustainalytics début 2026, le marché a subi un choc majeur, avec 84 milliards de dollars de retraits sur l’ensemble de l’année 2025. Ce retournement brutal contraste fortement avec les flux positifs observés en 2024 et remet en question certaines certitudes sur l’avenir de la finance durable.

Derrière ces chiffres se cachent des évolutions profondes : arbitrages institutionnels, tensions géopolitiques, recul réglementaire, controverses autour du greenwashing, performances inégales et montée des discours anti-ESG. Pourtant, paradoxalement, les encours globaux continuent de progresser, soutenus par les marchés financiers.

Cet article propose une analyse approfondie de cette transformation du paysage ESG en 2025, en explorant ses causes, ses dynamiques régionales, ses conséquences pour les investisseurs et les perspectives pour les années à venir.

Une année charnière pour les fonds durables à l’échelle mondiale

Des sorties nettes inédites depuis 2018

L’année 2025 restera comme un tournant dans l’histoire récente de l’investissement responsable. Sur l’ensemble des douze mois, les fonds durables ouverts et les ETF ESG ont enregistré environ 84 milliards de dollars de sorties nettes. Ce chiffre tranche radicalement avec les 38 milliards de dollars de souscriptions nettes observées en 2024.

Le quatrième trimestre 2025 illustre particulièrement cette tendance. Malgré un ralentissement des retraits par rapport au trimestre précédent, les fonds ont encore perdu environ 27 milliards de dollars. Ces résultats confirment un affaiblissement structurel de l’appétit des investisseurs pour les produits labellisés durables.

Ce phénomène n’est pas ponctuel. Il s’inscrit dans une dynamique progressive de désengagement, amorcée dès 2022, mais amplifiée en 2024 et 2025 sous l’effet de multiples facteurs défavorables.

Le rôle déterminant des investisseurs institutionnels

Une part importante de ces sorties ne correspond pas nécessairement à un abandon pur et simple de l’ESG. Dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni, de grands investisseurs institutionnels ont transféré leurs capitaux depuis des fonds mutualisés vers des mandats ESG personnalisés.

Ces mandats sur mesure permettent aux fonds de pension et aux assureurs de mieux contrôler leurs stratégies, leurs indicateurs d’impact et leurs contraintes réglementaires. Toutefois, ces transferts apparaissent statistiquement comme des sorties, car ils ne sont pas intégrés dans la base de données des fonds ouverts.

Ce phénomène explique en partie l’ampleur apparente des retraits, mais il ne suffit pas à masquer un recul réel de la demande globale.

Une comparaison défavorable avec les fonds traditionnels

Alors que les fonds ESG subissaient ces sorties massives, l’ensemble du marché des fonds traditionnels enregistrait près de 1 700 milliards de dollars d’entrées nettes en 2025. L’écart est frappant.

Cette divergence montre que les investisseurs n’ont pas déserté les marchés financiers. Ils ont simplement réorienté leurs capitaux vers des stratégies perçues comme plus rentables, plus lisibles ou moins exposées aux controverses politiques.

Lire le rapport complet ici.

Des vents contraires multiples : les facteurs du désengagement

Fonds ESG en 2025 : le grand retournement d’un marché sous pression mondiale

Introduction

Pendant plusieurs années, l’investissement durable s’est imposé comme l’un des piliers de la finance moderne. Portés par l’urgence climatique, les attentes sociétales et l’évolution des réglementations, les fonds ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont connu une croissance rapide depuis la fin des années 2010. Pourtant, l’année 2025 marque une rupture historique. Pour la première fois depuis le début du suivi par Morningstar, les fonds durables mondiaux ont enregistré des sorties nettes annuelles massives.

Selon l’analyse publiée par Morningstar Sustainalytics début 2026, le marché a subi un choc majeur, avec 84 milliards de dollars de retraits sur l’ensemble de l’année 2025. Ce retournement brutal contraste fortement avec les flux positifs observés en 2024 et remet en question certaines certitudes sur l’avenir de la finance durable.

Derrière ces chiffres se cachent des évolutions profondes : arbitrages institutionnels, tensions géopolitiques, recul réglementaire, controverses autour du greenwashing, performances inégales et montée des discours anti-ESG. Pourtant, paradoxalement, les encours globaux continuent de progresser, soutenus par les marchés financiers.

Cet article propose une analyse approfondie de cette transformation du paysage ESG en 2025, en explorant ses causes, ses dynamiques régionales, ses conséquences pour les investisseurs et les perspectives pour les années à venir.

Une année charnière pour les fonds durables à l’échelle mondiale

Des sorties nettes inédites depuis 2018

L’année 2025 restera comme un tournant dans l’histoire récente de l’investissement responsable. Sur l’ensemble des douze mois, les fonds durables ouverts et les ETF ESG ont enregistré environ 84 milliards de dollars de sorties nettes. Ce chiffre tranche radicalement avec les 38 milliards de dollars de souscriptions nettes observées en 2024.

Le quatrième trimestre 2025 illustre particulièrement cette tendance. Malgré un ralentissement des retraits par rapport au trimestre précédent, les fonds ont encore perdu environ 27 milliards de dollars. Ces résultats confirment un affaiblissement structurel de l’appétit des investisseurs pour les produits labellisés durables.

Ce phénomène n’est pas ponctuel. Il s’inscrit dans une dynamique progressive de désengagement, amorcée dès 2022, mais amplifiée en 2024 et 2025 sous l’effet de multiples facteurs défavorables.

Le rôle déterminant des investisseurs institutionnels

Une part importante de ces sorties ne correspond pas nécessairement à un abandon pur et simple de l’ESG. Dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni, de grands investisseurs institutionnels ont transféré leurs capitaux depuis des fonds mutualisés vers des mandats ESG personnalisés.

Ces mandats sur mesure permettent aux fonds de pension et aux assureurs de mieux contrôler leurs stratégies, leurs indicateurs d’impact et leurs contraintes réglementaires. Toutefois, ces transferts apparaissent statistiquement comme des sorties, car ils ne sont pas intégrés dans la base de données des fonds ouverts.

Ce phénomène explique en partie l’ampleur apparente des retraits, mais il ne suffit pas à masquer un recul réel de la demande globale.

Une comparaison défavorable avec les fonds traditionnels

Alors que les fonds ESG subissaient ces sorties massives, l’ensemble du marché des fonds traditionnels enregistrait près de 1 700 milliards de dollars d’entrées nettes en 2025. L’écart est frappant.

Cette divergence montre que les investisseurs n’ont pas déserté les marchés financiers. Ils ont simplement réorienté leurs capitaux vers des stratégies perçues comme plus rentables, plus lisibles ou moins exposées aux controverses politiques.

Des vents contraires multiples : les facteurs du désengagement

Un contexte géopolitique instable

L’année 2025 a été marquée par une intensification des tensions géopolitiques : conflits persistants, rivalités commerciales, recompositions d’alliances et incertitudes énergétiques. Dans ce climat, les priorités des États et des entreprises se sont recentrées sur la sécurité, la souveraineté et la compétitivité.

Ces préoccupations ont parfois pris le pas sur les engagements climatiques et sociaux. Les investisseurs ont alors redouté un affaiblissement durable des politiques environnementales, rendant certaines stratégies ESG moins crédibles à long terme.

La montée du discours anti-ESG

Aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays, les investissements responsables sont devenus un sujet politique. Des mouvements conservateurs ont accusé les gestionnaires d’actifs d’imposer une idéologie « woke » au détriment de la rentabilité.

Ce discours a trouvé un écho dans certaines institutions publiques et privées. Plusieurs États américains ont restreint l’utilisation de fonds ESG dans les retraites publiques. Cette hostilité politique a créé un climat d’incertitude, dissuadant certains investisseurs.

Le recul et la complexité réglementaire

En Europe, après une phase d’expansion réglementaire intense, les autorités ont amorcé un mouvement de simplification. La révision du SFDR, l’assouplissement de certaines exigences et l’ajustement des seuils de reporting ont réduit la pression normative.

Si ces mesures visent à préserver la compétitivité des entreprises, elles ont aussi envoyé un signal ambigu au marché. Certains investisseurs y ont vu un affaiblissement de l’ambition environnementale.

Par ailleurs, la multiplication des règles, des labels et des obligations de transparence a parfois découragé les acteurs, confrontés à une lourde charge administrative.

Des performances financières décevantes

En 2025, les indices ESG ont sous-performé les indices traditionnels. Seuls 26 % des indices durables ont fait mieux que leurs équivalents non ESG, contre 45 % en 2024.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • la forte concentration des performances sur les grandes capitalisations technologiques,
  • la bonne tenue des secteurs énergétiques et industriels,
  • la sous-exposition des fonds ESG à certaines industries stratégiques, comme la défense.

Dans un marché dominé par l’intelligence artificielle et les mégacapitalisations, de nombreuses stratégies durables ont peiné à suivre le rythme.

Une résilience paradoxale : la progression continue des encours

Une hausse soutenue par les marchés financiers

Malgré les sorties nettes, les actifs mondiaux des fonds durables ont progressé d’environ 4 % au quatrième trimestre 2025, atteignant près de 3 900 milliards de dollars.

Cette hausse s’explique principalement par l’appréciation des marchés boursiers. Les portefeuilles ont bénéficié de la hausse des valorisations, compensant partiellement les retraits.

Depuis 2018, les encours ESG ont été multipliés par plus de six, passant d’environ 600 milliards à près de 4 000 milliards de dollars. Cette croissance historique témoigne de l’ancrage durable de ces stratégies dans le paysage financier.

Une domination européenne persistante

L’Europe concentre près de 86 % des actifs mondiaux des fonds durables. Cette domination s’explique par :

  • un cadre réglementaire favorable,
  • une culture d’investissement responsable ancienne,
  • une forte demande institutionnelle,
  • un tissu dense de gestionnaires spécialisés.

Les fonds durables représentent environ 20 % de l’ensemble des fonds européens, contre seulement 1 % aux États-Unis. Cet écart illustre des différences culturelles et politiques profondes.

L’Europe : entre maturité, restructuration et incertitudes

Des sorties importantes mais ciblées

Au quatrième trimestre 2025, les fonds européens ont enregistré environ 20 milliards de dollars de retraits. Sur l’ensemble de l’année, les sorties ont atteint 62 milliards.

La majorité de ces flux négatifs provient de grands investisseurs britanniques transférant leurs actifs vers des mandats personnalisés. En dehors de ces opérations, les sorties auraient été plus limitées.

Les fonds actifs ont été les plus touchés, tandis que les fonds passifs ont légèrement résisté.

Une structure d’actifs dominée par les actions

À fin 2025, les fonds actions représentaient environ 63 % des encours ESG européens, suivis par les obligations (24 %) et les fonds diversifiés (10 %).

Cette orientation vers les actions renforce la sensibilité du marché aux cycles boursiers et aux performances relatives.

Le ralentissement des lancements et la hausse des fermetures

En 2025, le nombre de nouveaux fonds ESG lancés en Europe est tombé à un niveau historiquement bas. Seuls 22 fonds ont vu le jour au quatrième trimestre.

Parallèlement, 117 parts de fonds ont été fermées, fusionnées ou liquidées. Cette tendance reflète une phase de consolidation naturelle du marché. Les stratégies peu performantes ou insuffisamment attractives disparaissent progressivement.

L’impact des nouvelles normes européennes

Les lignes directrices de l’ESMA sur les noms de fonds ont provoqué une vague de changements. Près de 1 600 fonds ont modifié leur appellation depuis 2024.

Cette évolution vise à lutter contre le greenwashing, mais elle a aussi contribué à semer le doute chez certains investisseurs, confrontés à une offre en constante mutation.

Les États-Unis : un rejet politique et structurel

Treizième trimestre consécutif de sorties

Les fonds ESG américains ont enregistré des retraits pour le treizième trimestre consécutif en 2025. Sur l’année, les sorties ont atteint environ 21 milliards de dollars.

Ce phénomène est unique parmi les grandes régions et reflète un malaise structurel.

Le poids de l’environnement politique

L’arrivée d’une administration ouvertement hostile à l’ESG a profondément modifié le climat. Les initiatives climatiques ont été affaiblies, et plusieurs réglementations ont été remises en cause.

Dans ce contexte, de nombreux gestionnaires ont adopté une posture défensive, réduisant leur communication sur la durabilité.

Une fracture entre gestion active et passive

Les fonds actifs ont subi l’essentiel des retraits, avec plus de 22 milliards de dollars de sorties en 2025. À l’inverse, les fonds passifs ont légèrement progressé.

Cette évolution traduit une préférence croissante pour des produits simples, peu coûteux et perçus comme moins idéologiques.

Le Canada, l’Asie et le Japon : des trajectoires contrastées

Le Canada : une dynamique fragile

Après plusieurs trimestres positifs, les fonds canadiens ont enregistré des sorties en fin d’année. Les fonds obligataires durables ont toutefois continué d’attirer des capitaux.

Cette situation traduit une prudence croissante des investisseurs, sans remise en cause totale du modèle ESG.

Le Japon : un désengagement prolongé

Les fonds japonais ont connu leur quatorzième trimestre consécutif de sorties en 2025. Les investisseurs locaux privilégient encore largement les fonds traditionnels.

La structure du marché, très orientée vers les fonds de fonds et les produits domestiques, limite la diffusion des stratégies durables.

L’Asie hors Japon : entre recul et opportunités

La région Asie ex-Japon a enregistré environ 1,4 milliard de dollars de sorties au quatrième trimestre. La Corée du Sud et Taïwan ont été particulièrement touchés.

À l’inverse, la Thaïlande s’est distinguée par des entrées importantes, portées par les obligations souveraines ESG.

La Chine, malgré des données incomplètes, reste un acteur majeur, notamment dans les thématiques liées aux énergies renouvelables.

Innovation produit et concentration du marché

Un ralentissement mondial des lancements

En 2025, seulement 40 nouveaux fonds durables ont été lancés à l’échelle mondiale au quatrième trimestre. Ce chiffre reflète une prudence accrue des gestionnaires.

Les raisons sont multiples :

  • saturation du marché,
  • crainte des accusations de greenwashing,
  • incertitudes réglementaires,
  • coûts de conformité élevés.

La domination des grands acteurs

BlackRock reste le leader mondial, avec plus de 450 milliards de dollars d’actifs ESG. Amundi, UBS et d’autres groupes européens complètent le podium.

Cette concentration renforce les barrières à l’entrée pour les acteurs de taille moyenne et favorise l’homogénéisation des stratégies.

Un paradoxe persistant : l’intérêt des investisseurs reste élevé

Des enquêtes toujours positives

Malgré les sorties observées, les enquêtes montrent un intérêt soutenu pour l’investissement durable. Selon Morgan Stanley, 88 % des investisseurs individuels se disent intéressés par l’ESG.

Chez les jeunes générations, cette proportion est encore plus élevée. À long terme, ce facteur démographique pourrait relancer la dynamique.

Un décalage entre intentions et comportements

Ce paradoxe s’explique par plusieurs éléments :

  • arbitrages de court terme,
  • recherche de performance immédiate,
  • manque de confiance dans certains labels,
  • complexité de l’offre.

Les investisseurs restent sensibles aux enjeux durables, mais deviennent plus exigeants et plus sélectifs.

Perspectives : vers une nouvelle phase de maturité

Une transition vers des stratégies plus ciblées

L’avenir de l’ESG ne réside probablement plus dans des approches généralistes. Les investisseurs privilégient désormais :

  • les fonds climat,
  • les obligations vertes,
  • les stratégies de transition,
  • les thématiques sociales ciblées.

Cette spécialisation pourrait redonner de la crédibilité au secteur.

Le rôle central de la donnée et de la transparence

L’amélioration des données extra-financières sera déterminante. Des indicateurs fiables, auditables et comparables permettront de restaurer la confiance.

Les réglementations en Europe, en Asie et au Royaume-Uni vont dans ce sens, malgré leurs imperfections.

Vers un ESG plus pragmatique

Après une phase d’idéalisme, le marché semble entrer dans une phase de réalisme. L’ESG devra démontrer sa capacité à concilier impact mesurable, performance financière et gestion du risque.

Les gestionnaires qui réussiront cette synthèse seront les grands gagnants des prochaines années.

Conclusion

L’année 2025 marque la fin d’un cycle pour l’investissement durable. Après une décennie d’expansion rapide, le marché entre dans une phase de consolidation, marquée par des sorties historiques, des ajustements réglementaires et une remise en question profonde.

Ce retournement ne signifie pas l’échec de l’ESG, mais plutôt sa transformation. Les investisseurs deviennent plus exigeants, plus critiques et plus attentifs à la cohérence entre discours et réalité.

Dans un monde confronté à des défis climatiques, sociaux et géopolitiques majeurs, la finance durable conserve une légitimité forte. Mais elle devra désormais prouver, chiffres à l’appui, qu’elle peut être à la fois responsable et performante.

L’avenir des fonds ESG dépendra de leur capacité à s’adapter à cette nouvelle donne, à renforcer leur crédibilité et à renouer avec la confiance des investisseurs. Après l’euphorie et le reflux, vient le temps de la maturité.

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Schroders Greencoat, CATL et Lochpine Capital : Une Alliance Stratégique pour le Stockage d’Énergie en Europe

énergies renouvelables

Stockage d’Énergie en Europe : l’avenir énergétique de l’Europe s’écrit aujourd’hui. Schroders Greencoat, acteur majeur de l’infrastructure énergétique verte, vient de conclure un protocole d’accord stratégique avec le fabricant chinois de batteries Contemporary Amperex Technology Co Ltd (CATL) et le fonds d’investissement Lochpine Capital. Cette collaboration ambitieuse vise à développer et investir dans des projets de stockage d’énergie à grande échelle sur le continent européen, contribuant ainsi à l’accélération de la transition énergétique et au déploiement des solutions renouvelables.

Une alliance stratégique au service de la transition énergétique

Le protocole d’accord signé s’inscrit dans une dynamique internationale. Richard Oldfield, directeur général de Schroders, a officialisé l’accord lors d’une visite à Pékin, dans le cadre d’une délégation commerciale britannique menée par le Premier ministre Keir Starmer. L’objectif est double : renforcer les liens commerciaux entre le Royaume-Uni et la Chine et stimuler l’investissement dans les infrastructures énergétiques durables.

Cette coopération tire parti des expertises complémentaires des trois partenaires. Schroders Greencoat apporte son expérience reconnue en infrastructures d’énergie verte, CATL fournit ses batteries de pointe et Lochpine Capital apporte son savoir-faire en gestion d’investissements dans les systèmes de stockage d’énergie à l’échelle mondiale. Ensemble, ils envisagent le développement potentiel de plus de 10 GWh de capacité de stockage d’énergie renouvelable en Europe, un pas concret vers la neutralité carbone.

Le rôle central de Schroders Greencoat

Schroders Greencoat, filiale de Schroders Capital, se positionne comme un acteur clé du stockage et de la transition énergétique en Europe. Avec des équipes réparties entre Londres, Dublin, Francfort, Copenhague et Madrid, ainsi qu’une présence internationale à New York, Chicago, Hong Kong, Pékin et Shanghai, la société gère actuellement environ 450 infrastructures d’énergie renouvelable, représentant une capacité nette totale de plus de 7,7 GW.

Cette expérience permet à Schroders Greencoat de concevoir des solutions d’investissement innovantes pour le stockage d’énergie, offrant aux investisseurs des opportunités d’accéder à des infrastructures durables tout en participant à l’expansion du marché européen des énergies propres. Richard Nourse, président de l’infrastructure chez Schroders Capital, souligne l’importance de mobiliser des capitaux significatifs pour accélérer la transition énergétique et diversifier les moyens d’investissement.

CATL : un acteur mondial en pleine expansion

CATL, leader mondial des batteries, joue un rôle stratégique dans cette collaboration. La société chinoise, cotée à Hong Kong depuis 2025, souhaite accompagner le développement international de ses solutions et soutenir la transition énergétique en Europe. James Wang, directeur des investissements de CATL, insiste sur le potentiel de croissance des marchés zéro carbone européens et sur la volonté de la société de catalyser des investissements via une plateforme spécialisée.

Cette initiative illustre également la coopération sino-européenne dans le domaine énergétique, offrant un cadre pour que les technologies de batteries de pointe puissent soutenir efficacement la transition vers une Europe neutre en carbone.

Lochpine Capital : expertise et investissements ciblés

Lochpine Capital complète l’alliance en apportant sa spécialisation dans les systèmes de stockage d’énergie et les solutions renouvelables. Son approche consiste à structurer des fonds et plateformes utilisant la technologie de CATL, afin de maximiser l’efficacité des investissements et d’assurer un retour durable pour les investisseurs.

La société se concentre sur l’acquisition et le développement d’actifs d’infrastructure énergétique à l’échelle mondiale, contribuant ainsi à la diversification des portefeuilles et au financement de projets innovants dans le domaine des énergies propres.

Une dynamique de marché et des perspectives européennes

Cet accord intervient à un moment clé pour l’Europe, où les politiques de transition énergétique et les objectifs de neutralité carbone exigent le déploiement rapide de solutions de stockage. La collaboration entre Schroders Greencoat, CATL et Lochpine Capital vise à répondre à cette demande croissante, en offrant des capacités significatives de batteries et en structurant des investissements durables.

Avec cette initiative, les acteurs européens de l’énergie peuvent espérer bénéficier d’une expertise technique et financière de pointe, favorisant le développement de projets à grande échelle et le renforcement des infrastructures énergétiques renouvelables sur le continent.

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