
Face à l’urgence climatique, nos habitudes évoluent. Nous faisons davantage attention à notre alimentation, à nos déplacements ou encore à notre consommation d’énergie. Pourtant, une question reste encore largement oubliée : que finance notre épargne ?
Chaque euro placé sur un livret, une assurance vie ou un produit d’épargne retraite peut contribuer au financement d’entreprises et de projets. Ces investissements peuvent avoir des conséquences environnementales et sociales importantes. Pourtant, la majorité des Français connaît encore mal l’utilisation de son argent une fois celui-ci confié à un établissement financier.
Ceci est un extrait d’une interview, sélectionné par votre média Green Finance, qui donne la parole à tous, même si cela peut vous déplaire et nous déclinons toutes responsabilités sur la source et les propos de cet extrait
Tout sur l’épargne durable de Préfon
C’est précisément ce manque de transparence que souhaite contribuer à combler le site Tout sur l’épargne durable, lancé par Préfon. Son ambition est simple : donner au grand public les clés pour comprendre la finance durable et mieux identifier les placements qui correspondent à ses convictions.
Mais dans un contexte marqué par le recul de certaines politiques environnementales, la persistance des investissements dans les énergies fossiles et les nouveaux débats autour du financement de la défense, quelle place reste-t-il à la finance responsable ?
La finance durable traverse une période de remise en question
La finance responsable connaît aujourd’hui une période paradoxale. D’un côté, les enjeux climatiques deviennent de plus en plus visibles. De l’autre, les politiques environnementales et certaines ambitions en matière d’investissement responsable connaissent un ralentissement.
Ce phénomène est souvent désigné sous le terme de « backlash écologique ». Aux États-Unis notamment, plusieurs initiatives politiques ont cherché à limiter l’influence des considérations climatiques dans la gestion financière. Certains États ont même pris des mesures visant des sociétés de gestion considérées comme trop engagées sur ces questions.
Pour Michel Argievich, président de la commission ISR de Préfon, cette situation ne signifie pourtant pas que la finance durable est condamnée à disparaître. Elle marque plutôt une entrée dans une phase plus exigeante.
Un engagement qui doit désormais faire ses preuves
Pendant plusieurs années, l’investissement responsable a bénéficié d’une dynamique très favorable. De nombreuses entreprises et institutions financières ont intégré les critères ESG dans leurs stratégies. Mais lorsque les contraintes économiques et politiques deviennent plus fortes, les engagements sont davantage mis à l’épreuve.
Cette période permet donc aussi de distinguer les démarches réellement engagées des stratégies plus opportunistes. Les acteurs qui considèrent l’ESG comme une composante durable de leur modèle continuent de faire évoluer leurs pratiques.
Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance restent ainsi présents dans les décisions d’investissement. Les entreprises sont notamment poussées à mieux prendre en compte leur impact environnemental, leur gouvernance et les conditions sociales liées à leur activité.
Le mouvement est donc moins spectaculaire qu’il y a quelques années. Il n’a toutefois pas disparu. Il semble plutôt s’inscrire dans une transformation progressive du monde économique.
Énergies fossiles : le grand paradoxe de la finance durable
La question du financement des énergies fossiles illustre parfaitement les contradictions actuelles du secteur financier.
Un rapport consacré au financement bancaire des énergies fossiles a récemment mis en évidence l’importance des sommes encore consacrées au charbon, au pétrole et au gaz. Les montants restent considérables, malgré les engagements pris en faveur de la transition écologique.
Cette situation peut naturellement alimenter la méfiance des épargnants. Comment croire aux promesses de la finance durable lorsque des sommes aussi importantes continuent de financer les énergies fossiles ?
Il faut toutefois distinguer plusieurs réalités. Toutes les banques qui financent les énergies fossiles ne prétendent pas nécessairement pratiquer une finance durable. Certaines poursuivent des activités traditionnelles sans revendiquer une stratégie particulièrement engagée sur le plan environnemental.
La difficulté apparaît lorsque les engagements affichés par un acteur financier ne correspondent pas réellement à ses pratiques. C’est précisément là que la question de la transparence devient essentielle.
Le risque de greenwashing reste un enjeu majeur
Pour l’épargnant, il ne suffit donc pas de voir apparaître les mots « vert », « responsable » ou « durable » sur un produit financier.
Il faut comprendre ce qui se trouve réellement derrière ces appellations. Quels actifs sont financés ? Quels secteurs sont exclus ? Quels critères sont utilisés ? Qui contrôle les informations communiquées ?
Les labels peuvent constituer un premier repère. Ils permettent de s’appuyer sur des critères et des méthodologies définis. Ils ne remplacent toutefois pas une bonne compréhension du produit.
L’enjeu est donc de permettre à chacun de passer d’une finance durable présentée comme une promesse à une finance durable que l’on peut réellement examiner.
Finance durable et défense : un nouveau débat pour l’investissement responsable
La guerre en Europe a également fait émerger une question particulièrement sensible : peut-on financer l’industrie de la défense tout en revendiquant une démarche d’investissement responsable ?
Pendant longtemps, de nombreuses stratégies ISR ont exclu les activités liées à l’armement. Le contexte géopolitique actuel remet cependant en question cette approche.
La question n’est plus seulement celle de l’exclusion. Elle porte également sur la capacité de l’Europe à assurer sa sécurité et à protéger ses démocraties.
Pour Préfon, le financement de certaines activités de défense peut être compatible avec une approche responsable sous certaines conditions. Le respect du droit international et l’exclusion des armes non conventionnelles sont notamment considérés comme des éléments déterminants.
Cette évolution témoigne d’une réalité importante : la finance durable ne peut pas être déconnectée des transformations du monde. Les critères environnementaux restent essentiels, mais les enjeux sociaux, géopolitiques et économiques prennent eux aussi une place croissante.
Finance solidaire et finance durable : deux notions à ne pas confondre
Autre confusion fréquente : finance durable et finance solidaire ne désignent pas exactement la même chose.
La finance solidaire vise notamment à orienter une partie de l’épargne vers des entreprises, associations ou projets ayant une utilité sociale ou environnementale. Elle peut également prendre la forme de mécanismes permettant de reverser une partie des revenus à des associations.
La finance durable est plus large. Elle intègre notamment les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les décisions d’investissement.
Les deux approches peuvent donc se rejoindre, mais elles répondent à des logiques différentes.
Une logique de long terme
Le fonctionnement de l’épargne retraite permet toutefois de créer un point de rencontre entre ces différentes approches.
Un organisme comme Préfon doit avant tout assurer la capacité de son système à répondre aux engagements pris envers ses affiliés. La recherche de rendement et de sécurité reste donc indispensable.
Mais l’épargne retraite possède une caractéristique particulière : elle s’inscrit dans le temps long.
Cette perspective modifie la manière de considérer le risque. Une entreprise qui néglige son environnement, ses salariés ou sa gouvernance peut être exposée à des risques importants à long terme.
Prendre en compte les critères ESG ne revient donc pas uniquement à rechercher un impact positif. Cela peut aussi permettre de mieux identifier certains risques susceptibles d’affecter la valeur d’un investissement dans la durée.
Pourquoi Préfon lance un site consacré à l’épargne durable ?
C’est dans ce contexte que Préfon a choisi de lancer Tout sur l’épargne durable, un site destiné au grand public.
L’objectif affiché n’est pas de proposer un nouveau catalogue de produits financiers. Le site cherche plutôt à répondre à une question beaucoup plus fondamentale : comment comprendre ce que fait notre argent ?
Cette démarche part d’un constat simple. Les informations consacrées à la finance durable existent déjà. Elles sont cependant souvent destinées à des professionnels ou à des personnes qui disposent déjà de connaissances financières.
Pour un épargnant qui souhaite placer quelques milliers d’euros, le parcours peut être beaucoup moins évident.
Le site cherche donc à rendre les concepts accessibles. Il s’appuie sur des questions concrètes et propose d’expliquer différents sujets liés à l’épargne et à la finance durable.
Une démarche revendiquée comme pédagogique
Préfon assume également une question importante : comment garantir l’indépendance d’un site pédagogique lorsqu’il est financé par un acteur de l’épargne ?
La réponse apportée repose notamment sur l’absence de démarche commerciale directe. Le site ne cherche pas à vendre un livret ou un produit d’épargne particulier.
Il s’agit plutôt de fournir des informations permettant à l’épargnant de mieux comprendre les mécanismes de la finance durable.
Cette transparence sur l’origine du site est essentielle. L’objectif est de montrer qu’une institution financière peut porter une conviction tout en proposant un espace consacré à la pédagogie.
Comment vérifier qu’une épargne est réellement responsable ?
Pour l’épargnant, la question reste très concrète : comment savoir où va son argent ?
La réponse dépend d’abord du produit choisi.
Pour certains livrets réglementés, les possibilités de choix sont limitées. Le fonctionnement du produit est encadré et l’épargnant ne peut pas sélectionner individuellement les investissements réalisés avec son argent.
La situation est différente pour certains contrats d’assurance vie ou produits d’épargne retraite. Les unités de compte permettent notamment d’accéder à différents supports d’investissement.
L’épargnant dispose alors de davantage de possibilités pour sélectionner des supports correspondant à ses convictions.
Les labels peuvent servir de premiers repères
Les labels constituent dans ce contexte un outil intéressant. Certains référentiels permettent d’identifier des produits répondant à des critères précis en matière environnementale ou sociale.
Ils peuvent donc aider l’épargnant à effectuer un premier tri.
Mais ils ne doivent pas être considérés comme une réponse à toutes les questions. Comprendre la composition d’un fonds, les secteurs financés et la stratégie du gestionnaire reste essentiel.
La finance durable nécessite donc davantage de transparence. Elle suppose aussi que l’épargnant puisse accéder à une information suffisamment claire pour prendre une décision.
Le LDDS montre les limites du choix individuel
Le Livret de développement durable et solidaire, ou LDDS, illustre bien les limites auxquelles peut être confronté un épargnant.
Le produit est réglementé. Son fonctionnement est donc largement défini par les pouvoirs publics. Que l’on ouvre un LDDS dans une banque ou dans une autre, on ne choisit pas directement la manière dont les sommes sont investies.
Cette situation montre une différence fondamentale avec les supports d’investissement pour lesquels l’épargnant peut sélectionner différents fonds.
La responsabilité ne repose donc pas toujours uniquement sur l’épargnant. Elle dépend également du cadre réglementaire et des décisions prises par les pouvoirs publics.
Les bonnes questions à poser avant de placer son épargne
Avant de choisir un produit financier, l’épargnant ne devrait pas uniquement demander quel rendement il peut espérer.
Plusieurs questions permettent d’avoir une vision plus complète de la proposition.
Quel est mon objectif ?
C’est la première question à se poser. Pourquoi mettre de l’argent de côté ? Préparer sa retraite ? Constituer une épargne de précaution ? Financer un projet ?
La réponse détermine le type de produit qui peut être pertinent.
Quel niveau de risque suis-je prêt à accepter ?
Un rendement potentiel plus élevé peut généralement s’accompagner d’un niveau de risque supérieur.
Le conseiller doit donc être capable d’identifier le profil de l’épargnant et de proposer une solution cohérente avec sa situation et ses objectifs.
Quels sont les frais ?
Les frais peuvent avoir un impact significatif sur la performance d’une épargne dans le temps.
Il est donc important de savoir combien coûte le produit, mais aussi combien est prélevé pour sa gestion.
Comment mes convictions sont-elles prises en compte ?
Enfin, un épargnant qui souhaite investir de manière responsable doit pouvoir demander précisément comment ses convictions sont intégrées.
Quels secteurs sont exclus ? Quels critères ESG sont utilisés ? Quels fonds sont labellisés ? Comment les entreprises sont-elles évaluées ?
Ces questions sont pertinentes quel que soit le montant investi. Une épargne de quelques centaines d’euros peut déjà être une manière de faire des choix cohérents avec ses valeurs.
L’épargne durable n’est pas réservée à une génération
La finance durable est parfois présentée comme une préoccupation essentiellement portée par les jeunes générations.
La réalité est plus complexe.
Les jeunes peuvent être particulièrement sensibles aux enjeux climatiques et sociaux. Mais ils ne sont pas les seuls à pouvoir s’intéresser à la manière dont leur argent est investi.
L’intérêt pour la finance durable peut également augmenter avec le niveau de connaissance financière. Plus un épargnant comprend les mécanismes des marchés et les risques associés à ses placements, plus la question de la composition de son portefeuille peut devenir importante.
La question n’est donc pas celle de l’âge. Elle concerne surtout la volonté de comprendre et de maîtriser ses choix financiers.
Commencer à épargner progressivement
L’épargne retraite peut également être envisagée sur le temps long.
Il n’est pas nécessaire de disposer immédiatement d’un capital important pour commencer à mettre de l’argent de côté. Une démarche progressive permet de construire une épargne au fil du temps.
Pour les jeunes générations, l’enjeu consiste donc aussi à changer la perception de la retraite. Même si elle semble lointaine, commencer tôt peut permettre d’intégrer progressivement cette préparation dans ses habitudes financières.
L’investissement responsable peut alors devenir un moyen de donner davantage de sens à cette démarche.
Le changement climatique transforme aussi le risque financier
Les épisodes de chaleur extrême rendent désormais les conséquences du changement climatique très concrètes.
Les entreprises sont directement touchées. Certains chantiers doivent être interrompus. Les activités de livraison peuvent être perturbées. Les infrastructures peuvent subir des dommages. Les entreprises peuvent également rencontrer davantage de difficultés pour s’assurer.
Le changement climatique devient donc progressivement un sujet économique.
Le risque climatique devient un risque financier
Pour les investisseurs, ignorer ces transformations peut devenir problématique.
Une entreprise fortement exposée aux événements climatiques peut voir ses coûts augmenter. Elle peut rencontrer des difficultés d’exploitation ou faire face à des investissements importants pour adapter ses infrastructures.
Le risque climatique peut également affecter les assureurs, les banques et l’ensemble du système économique.
Cette réalité renforce l’intérêt d’une approche d’investissement qui prend en compte le long terme.
La finance durable ne consiste donc pas uniquement à chercher les entreprises les plus vertueuses. Elle consiste aussi à comprendre comment les transformations environnementales peuvent modifier les risques économiques.
Les pionniers contribuent à faire évoluer la finance
Avant même la création de nouveaux sites pédagogiques, certaines initiatives avaient déjà cherché à rendre l’impact de l’épargne plus visible.
Des entrepreneuses et entrepreneurs ont notamment développé des outils permettant aux particuliers de mieux comprendre l’impact de leurs placements.
Toutes ces initiatives ne rencontrent pas nécessairement le succès économique attendu. Elles jouent néanmoins un rôle important.
Elles permettent de tester de nouvelles façons de présenter la finance et d’éduquer les épargnants.
L’innovation fonctionne souvent ainsi. Les premiers acteurs ouvrent une voie. D’autres reprennent ensuite certaines idées et les adaptent à un public plus large.
La pédagogie financière pourrait donc progressivement devenir un enjeu central de la finance responsable.
Quel avenir pour l’épargne durable ?
À quoi pourrait ressembler l’épargne dans dix ans ?
L’un des principaux enjeux sera probablement celui du choix. L’épargnant devrait pouvoir comprendre plus facilement les produits disponibles et sélectionner ceux qui correspondent réellement à ses convictions.
Cette évolution suppose une information plus claire. Elle nécessite aussi davantage de transparence sur les investissements réalisés.
L’objectif serait que chacun puisse savoir non seulement combien son épargne peut rapporter, mais aussi ce qu’elle contribue à financer.
Cette évolution pourrait également renforcer la confiance dans la finance durable. Lorsque les critères sont compréhensibles et vérifiables, l’épargnant est mieux armé pour distinguer une véritable démarche responsable d’un simple argument marketing.
Les entreprises restent un moteur de transformation
Malgré les hésitations politiques et les reculs observés dans certains pays, les entreprises continuent pour leur part d’intégrer progressivement les enjeux environnementaux et sociaux.
Certaines le font par conviction. D’autres y voient un enjeu économique ou une manière de réduire leurs risques.
La multiplication des contentieux liés au climat et aux responsabilités des entreprises montre également que ces sujets deviennent de plus en plus structurants.
Les investisseurs ne sont donc plus les seuls à pousser à la transformation. Les entreprises, les régulateurs, les tribunaux et les consommateurs participent eux aussi à cette évolution.
Vers une finance plus lisible pour les épargnants
La finance durable traverse aujourd’hui une période de transition. Les ambitions des dernières années sont confrontées à des contraintes politiques, économiques et géopolitiques nouvelles.
Pour autant, le mouvement de fond n’a pas disparu.
Le principal défi est désormais de rendre la finance responsable plus concrète et plus accessible. L’épargnant doit pouvoir comprendre où va son argent et quelles conséquences peuvent avoir ses choix.
C’est précisément l’enjeu porté par la création de Tout sur l’épargne durable : transformer un sujet souvent perçu comme complexe en une question accessible à tous.
Car choisir une épargne durable ne signifie pas nécessairement devenir expert des marchés financiers. Cela commence simplement par une démarche : poser les bonnes questions, comprendre les réponses et vérifier que son argent correspond réellement à ses convictions.
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