France : le rebond du climat des affaires ne suffit pas à dissiper les inquiétudes économiques

Climat et croissance

Après plusieurs mois de ralentissement, le climat des affaires français a enregistré une légère amélioration en octobre 2026. Une évolution encourageante, portée principalement par le redressement de l’industrie et de certains secteurs des services. Toutefois, cette embellie intervient dans un environnement particulièrement instable. Les tensions sociales, la remontée des taux d’intérêt, les difficultés du marché du travail et la dégradation des finances publiques continuent de peser sur les perspectives économiques. Pour Charlotte de Montpellier, experte macroéconomique chez ING France, les indicateurs positifs observés en octobre doivent donc être interprétés avec prudence. D’autant que les dernières évolutions politiques et sociales pourraient rapidement inverser cette tendance.

Le climat des affaires retrouve quelques couleurs, mais les signaux restent contrastés

L’indicateur du climat des affaires s’est établi à 97 points en octobre, soit une progression d’un point par rapport au mois précédent. Cette amélioration, bien que modeste, constitue une surprise dans un contexte marqué par la remontée des taux d’intérêt français depuis septembre. L’indice reste néanmoins inférieur à sa moyenne historique. Il ne traduit donc pas encore un véritable retour de la confiance des entreprises.

C’est essentiellement l’industrie qui tire cet indicateur vers le haut. Son climat des affaires gagne quatre points pour atteindre 105. Cette progression s’explique principalement par la bonne orientation du secteur des matériels de transport. Les entreprises concernées font notamment état d’une amélioration de leurs carnets de commandes, en particulier à l’international. Les autres composantes industrielles évoluent également dans le bon sens, mais de manière plus limitée.

Dans les services, la progression est plus modérée. L’indicateur gagne un point et atteint 99. Cette évolution repose sur des anticipations plus favorables concernant l’activité et la demande. Les services administratifs et de soutien affichent notamment un redressement marqué. À l’inverse, le commerce de détail et le secteur du bâtiment connaissent une dégradation de leur climat économique. Les perspectives restent donc très différentes selon les branches d’activité.

Du côté des prix, l’enquête ne révèle pas de nouvelle pression inflationniste. Les intentions de hausse des prix diminuent dans l’industrie. Elles demeurent stables dans les services et la construction. Cette évolution suggère que les entreprises ne prévoient pas, à ce stade, d’accélération généralisée de leurs tarifs.

L’emploi et l’incertitude économique fragilisent les perspectives

Malgré ces premiers signes d’amélioration, plusieurs indicateurs viennent nuancer le tableau. L’incertitude ressentie par les entreprises progresse fortement. Dans les services, elle atteint même son niveau le plus élevé depuis la crise sanitaire. Cette évolution témoigne des difficultés rencontrées par les acteurs économiques pour anticiper leur activité dans un environnement particulièrement imprévisible.

Le marché du travail constitue une autre source d’inquiétude. Le climat de l’emploi recule de trois points en octobre pour s’établir à 95. Cette baisse s’explique notamment par le net recul des intentions d’embauche dans les services, hors travail intérimaire. Les entreprises semblent ainsi adopter une posture plus prudente dans leurs décisions de recrutement.

Cette dégradation pourrait avoir des conséquences directes sur la consommation des ménages. Des perspectives d’emploi moins favorables limitent les possibilités de progression des revenus et renforcent les comportements d’épargne de précaution. Les dépenses des ménages risquent donc de rester contenues au cours des prochains trimestres. Or, la consommation constitue un moteur important de l’activité française.

Il faut également tenir compte du calendrier de l’enquête. Les données ont été recueillies entre la fin du mois de septembre et le début du mois d’octobre. Elles intègrent donc déjà les premières tensions sur les marchés financiers français, mais pas les violences et les mouvements sociaux survenus durant le week-end suivant. Le redressement observé ne reflète ainsi qu’une partie de la situation. Il pourrait rapidement perdre de sa pertinence face aux derniers événements.

Les tensions sociales font peser un nouveau risque sur l’activité économique

La dégradation du climat social ajoute une dimension supplémentaire aux difficultés économiques françaises. Jusqu’à présent, les inquiétudes portaient principalement sur le ralentissement de l’activité, le renchérissement du crédit et la situation budgétaire. Les récents épisodes de violences et de tensions sociales élargissent désormais les risques à la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs.

Le coût économique de ces événements ne se limite pas aux dommages matériels directement constatés. Les dégradations et les pillages représentent une partie seulement des pertes potentielles. Les fermetures temporaires de commerces, la diminution de la fréquentation des centres-villes et les ventes qui ne pourront pas être rattrapées peuvent également affecter les entreprises. Certains secteurs, notamment le commerce, l’hôtellerie et la restauration, sont particulièrement exposés à ces perturbations.

La durée des tensions sera déterminante pour mesurer leur véritable impact. Un épisode ponctuel et géographiquement limité devrait avoir des conséquences macroéconomiques relativement contenues. En revanche, une situation qui s’installe pourrait modifier durablement les comportements. Les consommateurs pourraient éviter certaines zones commerciales, les touristes reporter leurs déplacements et les entreprises repousser leurs projets d’investissement. La perte de confiance risquerait alors de transformer une perturbation temporaire en véritable frein à la croissance.

À ces conséquences économiques s’ajoute une difficulté politique majeure. Les tensions sociales interviennent au moment où le gouvernement doit parvenir à faire adopter un budget particulièrement contraint. Ses marges de manœuvre sont réduites pour répondre aux revendications par de nouvelles dépenses publiques ou des allègements fiscaux. Dans le même temps, les mesures nécessaires au redressement des finances publiques sont difficiles à faire accepter dans un contexte social dégradé. La France se retrouve ainsi confrontée à une double contrainte : engager un ajustement budgétaire tout en évitant d’accentuer les tensions.

La hausse des taux d’intérêt accentue le risque d’un cercle vicieux

Les marchés financiers réagissent déjà à cette accumulation d’incertitudes. Le rendement de l’obligation assimilable du Trésor (OAT) française à dix ans a dépassé le seuil des 5 %. Dans le même temps, l’écart de rendement avec l’emprunt allemand de référence, le Bund, s’est creusé au-delà de 160 points de base, contre 137 points quelques jours auparavant.

Cette progression traduit les inquiétudes des investisseurs concernant la situation politique et financière du pays. Ils s’interrogent notamment sur la capacité du prochain gouvernement à faire adopter les réformes nécessaires et à mettre en œuvre les économies annoncées. Les perspectives de croissance, déjà peu encourageantes, alimentent également cette défiance.

Le problème est que la hausse des taux peut elle-même aggraver les difficultés économiques. En renchérissant le coût du financement, elle réduit les possibilités d’investissement des entreprises et pèse sur les conditions d’emprunt des ménages. Elle augmente aussi progressivement la charge de la dette publique. Les conditions financières deviennent donc moins favorables au moment même où l’économie aurait besoin de retrouver un peu de dynamisme.

ING anticipe une croissance du produit intérieur brut (PIB) de seulement 0,3 % en 2026, puis de 0,6 % en 2027. Ces prévisions restent particulièrement faibles et les risques sont désormais orientés vers une nouvelle révision à la baisse. Cette perspective contraste avec les hypothèses retenues par le gouvernement pour construire sa trajectoire budgétaire.

L’exécutif table en effet sur une croissance de 0,5 % en 2026 et de 1 % en 2027 pour ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027. Ces objectifs reposent donc sur une activité économique plus soutenue que celle envisagée par ING. Si la croissance se révèle inférieure aux prévisions gouvernementales, les recettes fiscales pourraient mécaniquement diminuer. Même l’adoption intégrale du projet de budget ne garantirait alors pas l’atteinte de la cible de déficit.

Moody’s pourrait abaisser la note souveraine française

La situation des finances publiques devrait également se traduire dans l’évaluation du risque souverain français. Moody’s doit réexaminer la notation du pays ce vendredi 23 octobre. Selon le scénario central d’ING, l’agence devrait abaisser la note de la France d’un cran, de Aa3 à A1, tout en maintenant une perspective stable.

Une telle décision rapprocherait la notation de Moody’s de celles attribuées par Fitch et Standard & Poor’s (S&P), qui évaluent toutes deux la France à A+ avec une perspective stable. Le maintien d’une perspective négative reste toutefois envisageable. Il constituerait un avertissement supplémentaire sur la possibilité d’un nouvel abaissement à relativement court terme.

Les préoccupations des agences de notation ne concernent pas uniquement le niveau actuel du déficit. Elles portent également sur la capacité de la France à stabiliser sa dette et à rétablir durablement ses comptes publics. Le 12 octobre, Fitch avait déjà clairement exprimé ses réserves. L’agence avait indiqué qu’une absence de progrès significatifs dans la réduction du déficit pourrait entraîner le passage de la perspective à négative. Une nouvelle augmentation importante de l’endettement pourrait, quant à elle, justifier une dégradation de la note.

Ses projections illustrent l’ampleur du défi. La dette publique française pourrait approcher 128 % du PIB à l’horizon 2030. Le déficit resterait alors proche de 5,5 % du PIB, tandis que les intérêts de la dette représenteraient jusqu’à 3,8 % du PIB. Une telle évolution réduirait considérablement les ressources disponibles pour financer les politiques publiques et soutenir l’économie.

Dans ce contexte, Fitch pourrait même intervenir avant sa prochaine échéance officielle si l’objectif gouvernemental de ramener le déficit à 5 % du PIB en 2027 apparaissait clairement inaccessible. La trajectoire budgétaire française reste donc sous étroite surveillance.

Le redressement des finances publiques dépend aussi du retour de la croissance

Une éventuelle dégradation de la note souveraine ne modifierait pas fondamentalement le diagnostic économique porté sur la France. Elle viendrait surtout formaliser des difficultés déjà largement identifiées par les marchés et les institutions financières. La question centrale reste celle de la capacité du pays à retrouver une trajectoire budgétaire crédible.

La combinaison d’une croissance faible, d’une dette élevée et de taux d’intérêt plus importants réduit progressivement les marges de manœuvre de l’État. Plus le coût de financement augmente, plus la charge de la dette absorbe une part importante des ressources publiques. Cela complique le financement des investissements et des politiques nécessaires à la transformation de l’économie.

Le redressement budgétaire ne peut donc pas reposer uniquement sur des mesures de réduction des dépenses. Il dépend également de la capacité à restaurer une dynamique économique suffisamment solide pour soutenir les recettes fiscales et l’emploi. Or, les tensions sociales, les incertitudes politiques et le durcissement des conditions financières rendent cet objectif plus difficile à atteindre.

Le rebond du climat des affaires observé en octobre apporte un signal positif, mais encore insuffisant pour inverser la tendance. Entre la fragilité du marché du travail, les inquiétudes des entreprises, les tensions sur les marchés obligataires et les contraintes budgétaires, les risques pesant sur l’économie française restent importants. La priorité sera désormais de restaurer la confiance et de rendre la trajectoire des finances publiques compatible avec une croissance encore très limitée.

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