Vers une maturité ESG nouvelle entre entreprises et investisseurs

Vers une maturité ESG nouvelle

Après plusieurs mois d’échanges approfondis entre mars et septembre 2025, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) publie une synthèse attendue de ses ateliers ESG réunissant huit grandes entreprises du SBF 120 et plusieurs investisseurs de premier plan. Cette initiative, menée dans un cadre confidentiel favorisant la qualité des discussions, s’inscrit dans un contexte d’intensification sans précédent du dialogue ESG entre entreprises et acteurs financiers.

Derrière cette dynamique, un constat initial partagé : si les interactions se multiplient, leur structuration reste encore insuffisante, générant parfois frustration et perte d’efficacité. L’objectif de ces ateliers était donc clair : dresser un état des lieux des pratiques et identifier les leviers d’une relation plus constructive et durable entre investisseurs et entreprises.

Un dialogue ESG en quête de profondeur et de continuité

Premier enseignement majeur : la nécessité d’un dialogue plus qualitatif, plus continu et surtout plus adapté aux réalités opérationnelles des entreprises.
Les échanges ont révélé une attente forte d’une meilleure compréhension des modèles économiques, des contraintes sectorielles et des enjeux spécifiques à chaque entreprise.

Au-delà des interactions ponctuelles, notamment lors des assemblées générales, les entreprises appellent à un engagement inscrit dans la durée, permettant de construire une véritable relation de confiance. Cette évolution marque une transition importante : passer d’un dialogue transactionnel à une relation partenariale structurée.

Le poids croissant du reporting ESG : entre nécessité et saturation

Le second axe structurant concerne la charge de reporting, devenue un point de tension majeur.

Les entreprises dénoncent :

  • la multiplication des sollicitations
  • le manque d’homogénéité des demandes
  • la redondance des informations déjà disponibles

La mise en œuvre de la CSRD, bien que porteuse d’ambitions fortes (double matérialité, approche spécifique aux entités), est perçue comme ayant introduit une complexité administrative importante, sans encore produire les gains d’efficacité attendus.

Par ailleurs, les pratiques des agences de notation ESG sont également questionnées, notamment sur :

  • l’opacité des méthodologies
  • l’hétérogénéité des approches
  • et la difficulté à corriger certaines interprétations

Un tournant vers la co-construction et la mesure de l’impact

Le troisième axe clé de cette publication réside dans l’évolution attendue du rôle des investisseurs.

Les entreprises appellent à un modèle d’engagement plus collaboratif, où les investisseurs ne se limiteraient plus à une posture d’évaluation, mais deviendraient de véritables partenaires de transformation.

En parallèle, les investisseurs eux-mêmes font face à une exigence croissante : démontrer l’impact concret de leurs actions d’engagement, dans un contexte de pression réglementaire et de standardisation des pratiques.

Commentaire expert

Au cœur de ces évolutions, une réalité s’impose : l’ESG entre dans une phase de maturité exigeante, où la qualité prime désormais sur la quantité.

Bruno Boggiani – Structured – Green Finance
« Ces travaux illustrent parfaitement le moment charnière que traverse l’ESG aujourd’hui. Après une phase d’expansion rapide, le marché entre dans une logique de structuration et d’efficacité. La capacité à instaurer un dialogue sincère, ciblé et mesurable devient un facteur clé de crédibilité. C’est dans cet équilibre entre exigence réglementaire, pragmatisme opérationnel et co-construction que se jouera la prochaine étape de la finance durable. »

Vers un nouveau modèle d’engagement actionnarial

Au-delà des constats, cette synthèse met en lumière une transformation plus profonde : celle du modèle même de l’engagement ESG.

Trois évolutions structurantes se dessinent :

  • une réduction de la « bureaucratie ESG » au profit d’actions concrètes
  • un recentrage sur les enjeux matériels et spécifiques
  • une montée en puissance de la co-construction entre investisseurs et entreprises

L’efficacité future de l’engagement actionnarial dépendra ainsi de la capacité des acteurs à structurer leurs démarches, à suivre leurs actions dans le temps et à démontrer leur contribution réelle à la transformation des entreprises.

Conclusion

Ce travail du FIR ne se limite pas à une synthèse de pratiques : il constitue une étape importante vers une meilleure compréhension mutuelle entre entreprises et investisseurs.

À l’heure où la finance durable entre dans une phase de consolidation, l’enjeu n’est plus seulement de dialoguer… mais de dialoguer mieux, avec plus de cohérence, de transparence et d’impact.

« Ces travaux illustrent parfaitement le moment charnière que traverse l’ESG aujourd’hui. Après une phase d’expansion rapide, le marché entre dans une logique de structuration et d’efficacité. La capacité à instaurer un dialogue sincère, ciblé et mesurable devient un facteur clé de crédibilité. C’est dans cet équilibre entre exigence réglementaire, pragmatisme opérationnel et co-construction que se jouera la prochaine étape de la finance durable. »

Bruno Boggiani : Structured / Green Finance

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