Fonds ESG en 2025 : le grand retournement d’un marché sous pression mondiale

fonds ESG

Pendant plusieurs années, l’investissement durable s’est imposé comme l’un des piliers de la finance moderne. Portés par l’urgence climatique, les attentes sociétales et l’évolution des réglementations, les fonds ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont connu une croissance rapide depuis la fin des années 2010. Pourtant, l’année 2025 marque une rupture historique. Pour la première fois depuis le début du suivi par Morningstar, les fonds durables mondiaux ont enregistré des sorties nettes annuelles massives.

Selon l’analyse publiée par Morningstar Sustainalytics début 2026, le marché a subi un choc majeur, avec 84 milliards de dollars de retraits sur l’ensemble de l’année 2025. Ce retournement brutal contraste fortement avec les flux positifs observés en 2024 et remet en question certaines certitudes sur l’avenir de la finance durable.

Derrière ces chiffres se cachent des évolutions profondes : arbitrages institutionnels, tensions géopolitiques, recul réglementaire, controverses autour du greenwashing, performances inégales et montée des discours anti-ESG. Pourtant, paradoxalement, les encours globaux continuent de progresser, soutenus par les marchés financiers.

Cet article propose une analyse approfondie de cette transformation du paysage ESG en 2025, en explorant ses causes, ses dynamiques régionales, ses conséquences pour les investisseurs et les perspectives pour les années à venir.

Une année charnière pour les fonds durables à l’échelle mondiale

Des sorties nettes inédites depuis 2018

L’année 2025 restera comme un tournant dans l’histoire récente de l’investissement responsable. Sur l’ensemble des douze mois, les fonds durables ouverts et les ETF ESG ont enregistré environ 84 milliards de dollars de sorties nettes. Ce chiffre tranche radicalement avec les 38 milliards de dollars de souscriptions nettes observées en 2024.

Le quatrième trimestre 2025 illustre particulièrement cette tendance. Malgré un ralentissement des retraits par rapport au trimestre précédent, les fonds ont encore perdu environ 27 milliards de dollars. Ces résultats confirment un affaiblissement structurel de l’appétit des investisseurs pour les produits labellisés durables.

Ce phénomène n’est pas ponctuel. Il s’inscrit dans une dynamique progressive de désengagement, amorcée dès 2022, mais amplifiée en 2024 et 2025 sous l’effet de multiples facteurs défavorables.

Le rôle déterminant des investisseurs institutionnels

Une part importante de ces sorties ne correspond pas nécessairement à un abandon pur et simple de l’ESG. Dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni, de grands investisseurs institutionnels ont transféré leurs capitaux depuis des fonds mutualisés vers des mandats ESG personnalisés.

Ces mandats sur mesure permettent aux fonds de pension et aux assureurs de mieux contrôler leurs stratégies, leurs indicateurs d’impact et leurs contraintes réglementaires. Toutefois, ces transferts apparaissent statistiquement comme des sorties, car ils ne sont pas intégrés dans la base de données des fonds ouverts.

Ce phénomène explique en partie l’ampleur apparente des retraits, mais il ne suffit pas à masquer un recul réel de la demande globale.

Une comparaison défavorable avec les fonds traditionnels

Alors que les fonds ESG subissaient ces sorties massives, l’ensemble du marché des fonds traditionnels enregistrait près de 1 700 milliards de dollars d’entrées nettes en 2025. L’écart est frappant.

Cette divergence montre que les investisseurs n’ont pas déserté les marchés financiers. Ils ont simplement réorienté leurs capitaux vers des stratégies perçues comme plus rentables, plus lisibles ou moins exposées aux controverses politiques.

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Des vents contraires multiples : les facteurs du désengagement

Fonds ESG en 2025 : le grand retournement d’un marché sous pression mondiale

Introduction

Pendant plusieurs années, l’investissement durable s’est imposé comme l’un des piliers de la finance moderne. Portés par l’urgence climatique, les attentes sociétales et l’évolution des réglementations, les fonds ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ont connu une croissance rapide depuis la fin des années 2010. Pourtant, l’année 2025 marque une rupture historique. Pour la première fois depuis le début du suivi par Morningstar, les fonds durables mondiaux ont enregistré des sorties nettes annuelles massives.

Selon l’analyse publiée par Morningstar Sustainalytics début 2026, le marché a subi un choc majeur, avec 84 milliards de dollars de retraits sur l’ensemble de l’année 2025. Ce retournement brutal contraste fortement avec les flux positifs observés en 2024 et remet en question certaines certitudes sur l’avenir de la finance durable.

Derrière ces chiffres se cachent des évolutions profondes : arbitrages institutionnels, tensions géopolitiques, recul réglementaire, controverses autour du greenwashing, performances inégales et montée des discours anti-ESG. Pourtant, paradoxalement, les encours globaux continuent de progresser, soutenus par les marchés financiers.

Cet article propose une analyse approfondie de cette transformation du paysage ESG en 2025, en explorant ses causes, ses dynamiques régionales, ses conséquences pour les investisseurs et les perspectives pour les années à venir.

Une année charnière pour les fonds durables à l’échelle mondiale

Des sorties nettes inédites depuis 2018

L’année 2025 restera comme un tournant dans l’histoire récente de l’investissement responsable. Sur l’ensemble des douze mois, les fonds durables ouverts et les ETF ESG ont enregistré environ 84 milliards de dollars de sorties nettes. Ce chiffre tranche radicalement avec les 38 milliards de dollars de souscriptions nettes observées en 2024.

Le quatrième trimestre 2025 illustre particulièrement cette tendance. Malgré un ralentissement des retraits par rapport au trimestre précédent, les fonds ont encore perdu environ 27 milliards de dollars. Ces résultats confirment un affaiblissement structurel de l’appétit des investisseurs pour les produits labellisés durables.

Ce phénomène n’est pas ponctuel. Il s’inscrit dans une dynamique progressive de désengagement, amorcée dès 2022, mais amplifiée en 2024 et 2025 sous l’effet de multiples facteurs défavorables.

Le rôle déterminant des investisseurs institutionnels

Une part importante de ces sorties ne correspond pas nécessairement à un abandon pur et simple de l’ESG. Dans plusieurs pays européens, notamment au Royaume-Uni, de grands investisseurs institutionnels ont transféré leurs capitaux depuis des fonds mutualisés vers des mandats ESG personnalisés.

Ces mandats sur mesure permettent aux fonds de pension et aux assureurs de mieux contrôler leurs stratégies, leurs indicateurs d’impact et leurs contraintes réglementaires. Toutefois, ces transferts apparaissent statistiquement comme des sorties, car ils ne sont pas intégrés dans la base de données des fonds ouverts.

Ce phénomène explique en partie l’ampleur apparente des retraits, mais il ne suffit pas à masquer un recul réel de la demande globale.

Une comparaison défavorable avec les fonds traditionnels

Alors que les fonds ESG subissaient ces sorties massives, l’ensemble du marché des fonds traditionnels enregistrait près de 1 700 milliards de dollars d’entrées nettes en 2025. L’écart est frappant.

Cette divergence montre que les investisseurs n’ont pas déserté les marchés financiers. Ils ont simplement réorienté leurs capitaux vers des stratégies perçues comme plus rentables, plus lisibles ou moins exposées aux controverses politiques.

Des vents contraires multiples : les facteurs du désengagement

Un contexte géopolitique instable

L’année 2025 a été marquée par une intensification des tensions géopolitiques : conflits persistants, rivalités commerciales, recompositions d’alliances et incertitudes énergétiques. Dans ce climat, les priorités des États et des entreprises se sont recentrées sur la sécurité, la souveraineté et la compétitivité.

Ces préoccupations ont parfois pris le pas sur les engagements climatiques et sociaux. Les investisseurs ont alors redouté un affaiblissement durable des politiques environnementales, rendant certaines stratégies ESG moins crédibles à long terme.

La montée du discours anti-ESG

Aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays, les investissements responsables sont devenus un sujet politique. Des mouvements conservateurs ont accusé les gestionnaires d’actifs d’imposer une idéologie « woke » au détriment de la rentabilité.

Ce discours a trouvé un écho dans certaines institutions publiques et privées. Plusieurs États américains ont restreint l’utilisation de fonds ESG dans les retraites publiques. Cette hostilité politique a créé un climat d’incertitude, dissuadant certains investisseurs.

Le recul et la complexité réglementaire

En Europe, après une phase d’expansion réglementaire intense, les autorités ont amorcé un mouvement de simplification. La révision du SFDR, l’assouplissement de certaines exigences et l’ajustement des seuils de reporting ont réduit la pression normative.

Si ces mesures visent à préserver la compétitivité des entreprises, elles ont aussi envoyé un signal ambigu au marché. Certains investisseurs y ont vu un affaiblissement de l’ambition environnementale.

Par ailleurs, la multiplication des règles, des labels et des obligations de transparence a parfois découragé les acteurs, confrontés à une lourde charge administrative.

Des performances financières décevantes

En 2025, les indices ESG ont sous-performé les indices traditionnels. Seuls 26 % des indices durables ont fait mieux que leurs équivalents non ESG, contre 45 % en 2024.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • la forte concentration des performances sur les grandes capitalisations technologiques,
  • la bonne tenue des secteurs énergétiques et industriels,
  • la sous-exposition des fonds ESG à certaines industries stratégiques, comme la défense.

Dans un marché dominé par l’intelligence artificielle et les mégacapitalisations, de nombreuses stratégies durables ont peiné à suivre le rythme.

Une résilience paradoxale : la progression continue des encours

Une hausse soutenue par les marchés financiers

Malgré les sorties nettes, les actifs mondiaux des fonds durables ont progressé d’environ 4 % au quatrième trimestre 2025, atteignant près de 3 900 milliards de dollars.

Cette hausse s’explique principalement par l’appréciation des marchés boursiers. Les portefeuilles ont bénéficié de la hausse des valorisations, compensant partiellement les retraits.

Depuis 2018, les encours ESG ont été multipliés par plus de six, passant d’environ 600 milliards à près de 4 000 milliards de dollars. Cette croissance historique témoigne de l’ancrage durable de ces stratégies dans le paysage financier.

Une domination européenne persistante

L’Europe concentre près de 86 % des actifs mondiaux des fonds durables. Cette domination s’explique par :

  • un cadre réglementaire favorable,
  • une culture d’investissement responsable ancienne,
  • une forte demande institutionnelle,
  • un tissu dense de gestionnaires spécialisés.

Les fonds durables représentent environ 20 % de l’ensemble des fonds européens, contre seulement 1 % aux États-Unis. Cet écart illustre des différences culturelles et politiques profondes.

L’Europe : entre maturité, restructuration et incertitudes

Des sorties importantes mais ciblées

Au quatrième trimestre 2025, les fonds européens ont enregistré environ 20 milliards de dollars de retraits. Sur l’ensemble de l’année, les sorties ont atteint 62 milliards.

La majorité de ces flux négatifs provient de grands investisseurs britanniques transférant leurs actifs vers des mandats personnalisés. En dehors de ces opérations, les sorties auraient été plus limitées.

Les fonds actifs ont été les plus touchés, tandis que les fonds passifs ont légèrement résisté.

Une structure d’actifs dominée par les actions

À fin 2025, les fonds actions représentaient environ 63 % des encours ESG européens, suivis par les obligations (24 %) et les fonds diversifiés (10 %).

Cette orientation vers les actions renforce la sensibilité du marché aux cycles boursiers et aux performances relatives.

Le ralentissement des lancements et la hausse des fermetures

En 2025, le nombre de nouveaux fonds ESG lancés en Europe est tombé à un niveau historiquement bas. Seuls 22 fonds ont vu le jour au quatrième trimestre.

Parallèlement, 117 parts de fonds ont été fermées, fusionnées ou liquidées. Cette tendance reflète une phase de consolidation naturelle du marché. Les stratégies peu performantes ou insuffisamment attractives disparaissent progressivement.

L’impact des nouvelles normes européennes

Les lignes directrices de l’ESMA sur les noms de fonds ont provoqué une vague de changements. Près de 1 600 fonds ont modifié leur appellation depuis 2024.

Cette évolution vise à lutter contre le greenwashing, mais elle a aussi contribué à semer le doute chez certains investisseurs, confrontés à une offre en constante mutation.

Les États-Unis : un rejet politique et structurel

Treizième trimestre consécutif de sorties

Les fonds ESG américains ont enregistré des retraits pour le treizième trimestre consécutif en 2025. Sur l’année, les sorties ont atteint environ 21 milliards de dollars.

Ce phénomène est unique parmi les grandes régions et reflète un malaise structurel.

Le poids de l’environnement politique

L’arrivée d’une administration ouvertement hostile à l’ESG a profondément modifié le climat. Les initiatives climatiques ont été affaiblies, et plusieurs réglementations ont été remises en cause.

Dans ce contexte, de nombreux gestionnaires ont adopté une posture défensive, réduisant leur communication sur la durabilité.

Une fracture entre gestion active et passive

Les fonds actifs ont subi l’essentiel des retraits, avec plus de 22 milliards de dollars de sorties en 2025. À l’inverse, les fonds passifs ont légèrement progressé.

Cette évolution traduit une préférence croissante pour des produits simples, peu coûteux et perçus comme moins idéologiques.

Le Canada, l’Asie et le Japon : des trajectoires contrastées

Le Canada : une dynamique fragile

Après plusieurs trimestres positifs, les fonds canadiens ont enregistré des sorties en fin d’année. Les fonds obligataires durables ont toutefois continué d’attirer des capitaux.

Cette situation traduit une prudence croissante des investisseurs, sans remise en cause totale du modèle ESG.

Le Japon : un désengagement prolongé

Les fonds japonais ont connu leur quatorzième trimestre consécutif de sorties en 2025. Les investisseurs locaux privilégient encore largement les fonds traditionnels.

La structure du marché, très orientée vers les fonds de fonds et les produits domestiques, limite la diffusion des stratégies durables.

L’Asie hors Japon : entre recul et opportunités

La région Asie ex-Japon a enregistré environ 1,4 milliard de dollars de sorties au quatrième trimestre. La Corée du Sud et Taïwan ont été particulièrement touchés.

À l’inverse, la Thaïlande s’est distinguée par des entrées importantes, portées par les obligations souveraines ESG.

La Chine, malgré des données incomplètes, reste un acteur majeur, notamment dans les thématiques liées aux énergies renouvelables.

Innovation produit et concentration du marché

Un ralentissement mondial des lancements

En 2025, seulement 40 nouveaux fonds durables ont été lancés à l’échelle mondiale au quatrième trimestre. Ce chiffre reflète une prudence accrue des gestionnaires.

Les raisons sont multiples :

  • saturation du marché,
  • crainte des accusations de greenwashing,
  • incertitudes réglementaires,
  • coûts de conformité élevés.

La domination des grands acteurs

BlackRock reste le leader mondial, avec plus de 450 milliards de dollars d’actifs ESG. Amundi, UBS et d’autres groupes européens complètent le podium.

Cette concentration renforce les barrières à l’entrée pour les acteurs de taille moyenne et favorise l’homogénéisation des stratégies.

Un paradoxe persistant : l’intérêt des investisseurs reste élevé

Des enquêtes toujours positives

Malgré les sorties observées, les enquêtes montrent un intérêt soutenu pour l’investissement durable. Selon Morgan Stanley, 88 % des investisseurs individuels se disent intéressés par l’ESG.

Chez les jeunes générations, cette proportion est encore plus élevée. À long terme, ce facteur démographique pourrait relancer la dynamique.

Un décalage entre intentions et comportements

Ce paradoxe s’explique par plusieurs éléments :

  • arbitrages de court terme,
  • recherche de performance immédiate,
  • manque de confiance dans certains labels,
  • complexité de l’offre.

Les investisseurs restent sensibles aux enjeux durables, mais deviennent plus exigeants et plus sélectifs.

Perspectives : vers une nouvelle phase de maturité

Une transition vers des stratégies plus ciblées

L’avenir de l’ESG ne réside probablement plus dans des approches généralistes. Les investisseurs privilégient désormais :

  • les fonds climat,
  • les obligations vertes,
  • les stratégies de transition,
  • les thématiques sociales ciblées.

Cette spécialisation pourrait redonner de la crédibilité au secteur.

Le rôle central de la donnée et de la transparence

L’amélioration des données extra-financières sera déterminante. Des indicateurs fiables, auditables et comparables permettront de restaurer la confiance.

Les réglementations en Europe, en Asie et au Royaume-Uni vont dans ce sens, malgré leurs imperfections.

Vers un ESG plus pragmatique

Après une phase d’idéalisme, le marché semble entrer dans une phase de réalisme. L’ESG devra démontrer sa capacité à concilier impact mesurable, performance financière et gestion du risque.

Les gestionnaires qui réussiront cette synthèse seront les grands gagnants des prochaines années.

Conclusion

L’année 2025 marque la fin d’un cycle pour l’investissement durable. Après une décennie d’expansion rapide, le marché entre dans une phase de consolidation, marquée par des sorties historiques, des ajustements réglementaires et une remise en question profonde.

Ce retournement ne signifie pas l’échec de l’ESG, mais plutôt sa transformation. Les investisseurs deviennent plus exigeants, plus critiques et plus attentifs à la cohérence entre discours et réalité.

Dans un monde confronté à des défis climatiques, sociaux et géopolitiques majeurs, la finance durable conserve une légitimité forte. Mais elle devra désormais prouver, chiffres à l’appui, qu’elle peut être à la fois responsable et performante.

L’avenir des fonds ESG dépendra de leur capacité à s’adapter à cette nouvelle donne, à renforcer leur crédibilité et à renouer avec la confiance des investisseurs. Après l’euphorie et le reflux, vient le temps de la maturité.

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