Les banques ne sont pas préparées au changement climatique. Cette formule pourrait y remédier.

Finance Watch

Un nouveau rapport propose la création d’un coussin de fonds propres destiné à couvrir les expositions climatiques des banques.

Les banques traitent encore les expositions liées au changement climatique comme si le réchauffement mondial n’allait pas affecter significativement leur valeur. C’est dangereux, et le risque est systémique. Lorsque les événements météorologiques extrêmes endommagent les entreprises, les logements et les infrastructures financés par les prêts bancaires, ces actifs peuvent se dégrader et ne plus générer les flux attendus. Lorsque les gouvernements accélèrent la sortie des énergies fossiles, les financements accordés aux activités intensives en carbone peuvent perdre de la valeur. Ces risques ne frappent pas les banques une par une. Ils s’accumulent dans l’ensemble du système financier, et l’ampleur des expositions bancaires constitue une menace sérieuse pour la stabilité financière.

Finance Watch propose une formule destinée à modifier cette approche. Elle permettrait de constituer pour les banques un coussin de sécurité contre les pertes futures liées au changement climatique.

Thomas Larible, Research and Advocacy Officer chez Finance Watch, déclare :

« Le changement climatique s’accélère, mais les modèles de risque des banques reposent sur des données historiques qui donnent une image artificiellement rassurante des pertes à venir.

C’est comme si les banques naviguaient dans un champ de glace avec un radar défectueux. Le danger est bien présent, mais son ampleur est masquée. Notre formule permettrait de renforcer la coque avant l’impact. Elle donne aux superviseurs un chiffre indiquant le niveau de capital supplémentaire dont les banques ont besoin pour devenir résilientes face au climat. Autrement dit, nous proposons un coussin de fonds propres capable d’absorber les pertes et qui reconnaît réellement l’intensification des risques liés au changement climatique. »

Les méthodes actuelles de gestion des risques projettent un passé connu sur un avenir de plus en plus imprévisible. Or, le risque climatique est cumulatif et dépend notamment de points de bascule dont nous nous rapprochons rapidement. Le monde est actuellement sur une trajectoire de réchauffement de 2,8 °C d’ici la fin du siècle, et le seuil de 1,5 °C pourrait être dépassé dès 2029. Les modèles de risque bancaires ne capturent pas correctement ce qui se prépare.

Près des deux tiers des expositions des banques de l’Espace économique européen aux entreprises non financières sont liées à des activités contribuant au changement climatique, tandis que les plus grandes banques mondiales détiennent plus de 1 600 milliards de dollars d’expositions de crédit à des actifs liés aux énergies fossiles. Ces actifs sont susceptibles de subir de fortes dépréciations à mesure que la transition s’accélère.

Dans le même temps, les bilans bancaires contiennent de nombreux actifs exposés aux événements météorologiques extrêmes, depuis les crédits immobiliers résidentiels jusqu’aux prêts aux entreprises. À mesure que les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses s’intensifient, ces expositions seront affectées. Et lorsque plusieurs institutions sont touchées simultanément, la menace devient systémique. L’ensemble du système financier est exposé, alors même que les modèles bancaires ne permettent pas d’anticiper correctement ces risques. Ceux-ci continuent donc de s’accumuler.

Thomas Larible poursuit :

« Les autorités financières imposent déjà des coussins de fonds propres pour certaines expositions immobilières, parce qu’elles reconnaissent que l’accumulation de risques dans un secteur peut menacer l’ensemble du système financier. Le changement climatique relève exactement de cette catégorie de risque, à une échelle plus importante encore et avec une modélisation plus complexe. Notre formule traite le changement climatique comme le risque systémique qu’il est déjà et offre aux superviseurs un moyen opérationnel de renforcer la résilience du système financier. »

Les superviseurs reconnaissent désormais que le risque climatique ne peut pas être traité uniquement banque par banque. Un instrument à l’échelle du système financier est nécessaire. Finance Watch estime avoir conçu un tel outil.

La formule proposée calcule le risque additionnel provenant, d’une part, d’une transition climatique brutale et, d’autre part, de l’ampleur du dépassement du réchauffement mondial par rapport à l’objectif de 1,5 °C.

Appliquée aux expositions des banques aux énergies fossiles, cette méthodologie conduirait les établissements à constituer environ 20,5 % de capital supplémentaire absorbant les pertes, soit approximativement 18 milliards d’euros de fonds propres additionnels dans l’ensemble du secteur bancaire de l’Union européenne.

Ce coussin serait mis en place progressivement et ne s’appliquerait pas aux expositions contribuant à réduire le risque climatique, comme le financement des énergies renouvelables.

Finance Watch appelle les régulateurs européens à adopter cette approche, en commençant par les expositions aux énergies fossiles, avant de l’étendre progressivement à d’autres secteurs fortement carbonés.

Notes à l’attention des rédactions

Le Financial Stability Board estime qu’une approche macroprudentielle pourrait compléter les dispositifs de gestion des risques propres aux banques. La BCE et le Comité européen du risque systémique ont également indiqué qu’un outil couvrant l’ensemble du système pourrait permettre de mieux appréhender les risques susceptibles de se propager à travers le secteur financier et de produire des effets de retour sur l’économie réelle.

Les expositions des banques de l’Espace économique européen aux entreprises appartenant à des secteurs contribuant significativement au changement climatique représentent environ deux tiers de leurs expositions totales aux entreprises concernées, contre environ 23 % pour l’immobilier. Pourtant, plusieurs États membres appliquent déjà des coussins macroprudentiels spécifiques à l’immobilier, bien que ce secteur représente une part d’exposition plus faible.

Le monde se dirige actuellement vers un réchauffement d’environ 2,8 °C d’ici 2100, avec un niveau de confiance de 90 % sur la base des engagements climatiques nationaux actuels. Le seuil de 1,5 °C pourrait être franchi dès 2029, soit treize ans plus tôt que ce qu’indiquait une projection comparable réalisée en 2015, au moment de la signature de l’Accord de Paris.

Les pertes économiques annuelles moyennes causées par les catastrophes climatiques dans les États membres de l’Union européenne sont passées d’une moyenne sur trente ans de 14,6 milliards d’euros en 2015 à 22 milliards d’euros en 2024, soit une hausse d’environ 50 %.

Le coussin proposé comprend deux composantes.

La première concerne le risque de transition. Elle repose sur l’écart entre la pondération de risque actuellement attribuée par les banques à une exposition et la pondération qu’elle devrait supporter au regard des connaissances climatiques, une fois intégré le risque d’actifs échoués.

La seconde concerne le risque physique. Elle évoluerait automatiquement en fonction de l’écart entre la trajectoire projetée du réchauffement mondial et l’objectif de 1,5 °C.

Le rapport propose de commencer par les expositions aux énergies fossiles, car elles sont les plus faciles à identifier, puis d’élargir progressivement le mécanisme aux autres secteurs fortement émetteurs qui ne disposent pas d’un plan de transition crédible.

Selon Finance Watch, la proposition nécessiterait environ 18 milliards d’euros de capital supplémentaire au niveau du secteur bancaire européen, soit environ 1 % du total des fonds propres de base. Ce montant serait appliqué spécifiquement aux expositions aux énergies fossiles et constitué progressivement sur plusieurs années.

Finance Watch appelle enfin le Comité européen du risque systémique, en coordination avec l’Autorité bancaire européenne et la Banque centrale européenne, à élaborer une méthodologie commune. Les superviseurs nationaux pourraient ensuite mettre en œuvre cette approche dans le cadre existant des coussins pour risque systémique.

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