
La 19e édition de PRODURABLE se tient les 30 septembre et 1er octobre 2026 au Palais des Congrès de Paris, autour du fil vert « Cultiver les équilibres – Des trajectoires durables dans un monde en transition ». Après avoir parcouru le programme, nous avons repéré quatre conférences officielles qui forment une véritable colonne vertébrale financière à cette édition. Toutes se tiennent dans l’amphi Havane, toutes relèvent du parcours Finance / Reporting / Gouvernance, et toutes posent la même question sous des angles différents : qui décide, qui paie, et selon quels critères. L’événement promet beaucoup, et la rédaction de Green Finance sera sur place pour le couvrir.
Organisé par le Groupe AEF, PRODURABLE s’est imposé depuis 2007 comme le plus grand rendez-vous européen de l’économie durable. L’édition 2026 annonce 250 conférences et ateliers, plusieurs centaines d’intervenants et une fréquentation qui se compte en dizaines de milliers de visiteurs, dont une large majorité de décideurs. Autant dire qu’un programme de cette ampleur exige de faire des choix.
Le nôtre s’est porté sur les quatre tables rondes qui traitent frontalement du financement et du pilotage de la transition. Ce n’est pas un hasard si elles occupent toutes le même amphithéâtre et les mêmes créneaux d’ouverture de journée : elles constituent le fil directeur que le salon consacre aux questions de capital, de valeur et de gouvernance. Pour un média de finance durable, c’est le cœur du sujet.
Le fil vert de cette édition mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête un instant. « Cultiver les équilibres » n’est pas un slogan neutre. Il acte quelque chose que le secteur a mis du temps à formuler : la durabilité ne se joue plus dans l’affirmation d’objectifs, mais dans l’arbitrage entre des exigences qui se contredisent. Rentabilité et impact. Court terme et long terme. Souveraineté et coopération. Adaptation et atténuation. Le mot « équilibre » signale un changement de registre, d’une logique d’engagement vers une logique de compromis assumé. C’est plus honnête, et c’est aussi beaucoup plus difficile à mettre en œuvre.
Voici le détail des quatre sessions, les intervenants annoncés, et ce que nous y chercherons.
Construire les équilibres de demain : gouverner dans un monde sous contraintes
Mercredi 30 septembre, 9h00-10h15, amphi Havane. Conférences officielles, parcours Finance / Reporting / Gouvernance.
C’est la conférence d’ouverture du fil financier, et le cadrage est ambitieux. Le propos part d’un constat d’accumulation : raréfaction des ressources et limites planétaires, instabilité géopolitique, pression économique, exigences climatiques renforcées, inflation des risques, fragmentation et polarisation du monde. Dans ce contexte, gouverner ne consiste plus à choisir entre des options, mais à arbitrer entre des contraintes multiples, parfois contradictoires, avec des marges de manœuvre qui se réduisent.
Les questions posées par les organisateurs sont exigeantes, et elles ont le mérite de ne pas être rhétoriques. Quels cadres de décision inventer pour concilier nuance, performance, résilience et préservation du vivant ? Comment prioriser sans renoncer ? Comment décider dans l’incertitude sans fragiliser la cohésion sociale et économique ? Entre planification et adaptation permanente, une nouvelle culture de la décision émerge — reste à savoir si nos institutions et nos organisations sont prêtes à assumer cette gouvernance des arbitrages, et à en tirer un cap collectif.
Les intervenants
- François Jullien, philosophe, helléniste et sinologue, ouvrira par une keynote de dix minutes
- Jean-Marc Jancovici, cofondateur de Carbone 4
- Hélène Valade, présidente de l’Observatoire de la RSE (ORSE) et directrice développement durable groupe de LVMH
- Modération : Emmanuelle Parra-Ponce, directrice générale adjointe du Groupe AEF
Ce que nous y chercherons
Le plateau est le plus intéressant des quatre, et pour une raison qui n’a rien d’évident au premier regard : il fait dialoguer trois langages qui ne se parlent presque jamais.
François Jullien a consacré une œuvre entière à la manière dont la pensée chinoise conçoit l’efficacité — non comme l’application d’un plan à une réalité, mais comme l’exploitation de la propension des choses, de ce qui est déjà en train d’advenir. C’est très exactement le débat qui traverse la transition : faut-il fixer une trajectoire et s’y tenir, ou apprendre à composer avec des dynamiques qu’on ne maîtrise pas ? Dix minutes, c’est court, mais placer un philosophe en ouverture d’une conférence de gouvernance est un choix de programmation qui dit quelque chose.
Jancovici apporte l’autre extrémité du spectre : un diagnostic physique, chiffré, et l’idée que les contraintes énergétiques et matérielles ne se négocient pas. Hélène Valade, elle, occupe une position rare, à la fois présidente de l’ORSE et directrice développement durable d’un groupe de luxe — c’est-à-dire d’un secteur dont l’existence repose sur la désirabilité de produits non essentiels. La confrontation entre ces trois positions, si la modération l’organise plutôt que de la lisser, est ce qui peut faire de cette session un vrai moment.
Notre question, pour ce qui nous concerne : « prioriser sans renoncer » est une formule séduisante, mais est-elle autre chose qu’une manière élégante de repousser le renoncement ? Nous écouterons si quelqu’un accepte de nommer ce qu’il faut abandonner.
État, banques, investisseurs, entreprises : qui pilotera la transition ?
Mercredi 30 septembre, 16h00-17h15, amphi Havane. Conférences officielles, parcours Finance / Reporting / Gouvernance.
Cette session attaque le sujet le plus technique et, potentiellement, le plus décisif : la mesure de la valeur.
Le point de départ est que la durabilité met en cause les critères classiques de rentabilité et les modèles d’évaluation de la performance. Comment mesurer un retour sur investissement qui intègre des impacts sociaux et environnementaux ? Comment faire entrer ces externalités dans une décision d’investissement ? Quels critères appliquer à des organisations dont la taille, le secteur et l’exposition n’ont rien de comparable ? Et, question qui fâche : qui accepte de porter le coût du temps long, donc de l’incertitude ?
Le cadrage a le mérite de ne pas éluder la contrainte économique. Les critères ESG évoluent, mais la question du rendement — celui qui permet la viabilité des projets et des emplois — reste centrale. Comment concilier exigence de rentabilité et impact social, en particulier dans les territoires et les secteurs les plus exposés ? Et comment construire de la clarté et de la confiance quand les données et les cadres de référence manquent encore ? Derrière ces interrogations, c’est la définition même de la valeur qui bouge.
Les intervenants
- Sandrine Berthet, déléguée de la transition écologique, ministère de l’Économie et des Finances et Direction générale des entreprises (DGE)
- François Clément-Grandcourt, directeur général de la division briquets et membre du comité exécutif de BIC
- Julien Denormandie, chief impact officer de Sweep
- Véronique Jampy, poétesse, Collectif Les Poétiseurs
- Guillaume Richet-Bourbousse, chef du service climat entreprises de la Banque de France
- Modération : Cécile Goubet, directrice générale de l’Institut de la Finance Durable (IFD)
Ce que nous y chercherons
Le plateau réunit l’État prescripteur, le régulateur, l’industriel et le fournisseur d’outils de mesure. C’est la bonne combinaison pour éviter une conversation entre convaincus.
La présence de la Banque de France est celle qui nous intéresse le plus directement. Un chef du service climat entreprises travaille sur la cotation, l’exposition des bilans et la manière dont le risque climatique se traduit en conditions de crédit. C’est là que la durabilité cesse d’être une politique déclarative pour devenir un paramètre de financement. Nous écouterons attentivement ce qui sera dit de la dimension prudentielle et de la cotation des entreprises.
Le choix de BIC, et plus précisément du patron de la division briquets, est piquant et probablement délibéré. Difficile d’imaginer un objet plus emblématique de l’économie du jetable. Si l’intervention sort du discours attendu et aborde franchement le cas d’un produit dont le modèle repose sur le consommable, ce sera l’un des moments les plus utiles du salon. Sinon, ce sera une illustration involontaire du problème.
Julien Denormandie apporte le regard de l’outillage — Sweep travaille sur la mesure et le pilotage des données carbone — avec, en arrière-plan, son passage au ministère de l’Agriculture. Une précision utile pour les lecteurs : Cécile Denormandie, qui intervient le lendemain pour Entreprises pour l’Environnement, est une autre personne ; l’homonymie prête facilement à confusion dans les comptes rendus.
Et puis il y a la présence d’une poétesse du Collectif Les Poétiseurs au milieu d’une table ronde sur les critères de rentabilité. Nous y reviendrons plus bas, parce que ce n’est pas un accident de programmation.
Investissements dans la transition : leviers de financement et mesures incitatives
Jeudi 1er octobre, 9h00-10h15, amphi Havane. Conférences officielles, parcours Finance / Reporting / Gouvernance.
C’est la session la plus opérationnelle des quatre, et celle qui rassemble le plus de capital autour d’une même table.
Le constat de départ est admis par tous : la transition exige des volumes d’investissement massifs, et sa réussite dépend de la mobilisation des capitaux à l’échelle nationale et européenne. Cultiver les équilibres implique donc de structurer des mécanismes financiers à la hauteur. Quels leviers activer pour renforcer l’attractivité et orienter durablement les capitaux ? Les incitations publiques sont-elles au niveau des transformations attendues ? Planification écologique, subventions, fiscalité verte : les États réinvestissent le champ économique, mais ces dispositifs sont-ils suffisamment ciblés et efficaces ? Et comment éviter les effets de dépendance ou les distorsions de concurrence qu’ils peuvent engendrer ?
Les intervenants
- Cécile Denormandie, déléguée générale d’Entreprises pour l’Environnement (EPE)
- Sophie Flak, membre du directoire et responsable développement durable, impact et technologie d’Eurazeo
- Yves Perrier, président de l’Institut de la Finance Durable (IFD)
- Olivier Sichel, directeur général du Groupe Caisse des Dépôts (CDC)
- Sylvain Waserman, président de l’ADEME
- Modération : Emmanuelle Parra-Ponce, directrice générale adjointe du Groupe AEF
Ce que nous y chercherons
Sur le papier, c’est la table ronde la plus lourde du programme financier. La Caisse des Dépôts est le principal investisseur public de long terme du pays ; l’ADEME distribue et évalue les aides à la transition ; Eurazeo représente le capital-investissement, donc l’argent qui prend du risque sur des actifs non cotés ; l’IFD fédère la place financière française ; EPE réunit de grandes entreprises sur les sujets environnementaux.
La vraie question de cette session n’est pas celle du volume, sur laquelle tout le monde sera d’accord, mais celle de l’efficacité marginale de l’argent public. Le cadrage l’aborde avec une franchise rare : effets de dépendance, distorsions de concurrence. C’est le débat sur la subvention qui finance ce qui se serait fait de toute façon, et sur l’aide qui crée une rente plutôt qu’une transformation. Nous verrons si l’ADEME et la CDC acceptent de le traiter en public.
Deuxième point d’attention : l’articulation entre capital public et capital privé. Le discours habituel est celui de l’effet de levier — un euro public en mobilise plusieurs privés. Dans les faits, le partage du risque et de la rémunération entre les deux est le nerf de l’affaire, et c’est rarement explicité. La présence simultanée d’Eurazeo et de la Caisse des Dépôts est l’occasion de rendre cette mécanique visible.
Enfin, la question du fléchage. Orienter les capitaux suppose de savoir vers quoi : taxonomie, critères d’éligibilité, définition de ce qui compte comme transition. C’est le terrain où les débats européens en cours sur la simplification du reporting auront des conséquences directes, et nous serons attentifs à ce qui en sera dit.
Déséquilibres des pouvoirs : quels leaders dans un monde risqué ?
Jeudi 1er octobre, 15h30-16h45, amphi Havane. Conférences officielles, parcours Finance / Reporting / Gouvernance.
La dernière session referme le cycle sur la question humaine et organisationnelle.
Le cadrage est le plus ouvert des quatre. Face à l’instabilité, les modèles de leadership sont remis en cause. Faut-il des dirigeants plus autoritaires, plus collaboratifs, plus responsables ? Comment gouverner dans un monde où les pouvoirs se fragmentent, et où cette fragmentation redéfinit les modes de gouvernance comme les outils d’aide à la décision ? Quels leaderships pour naviguer dans l’incertitude ? Là encore, cultiver les équilibres suppose de tenir ensemble vision, responsabilité, dialogue et capacité d’action collective.
Les intervenants
- Vincent Avanzi, poète, Collectif Les Poétiseurs
- Carine de Boissezon, directrice de la direction Impact d’EDF
- Pierre-Antoine Marti, directeur d’études de Futuribles
- Nils Pedersen, délégué général du Pacte mondial de l’ONU – Réseau France
- Hélène Le Teno, présidente de Heart Leadership University
- Modération : Clément Fournier, journaliste économie durable, Novethic
Ce que nous y chercherons
C’est la session où le risque de généralités est le plus élevé, et où le plateau peut néanmoins produire quelque chose de précis.
Carine de Boissezon parle depuis une entreprise qui concentre à elle seule presque toutes les tensions du sujet : actif industriel de très long terme, actionnariat public, contrainte climatique physique sur la production, débat politique permanent sur les prix. Une direction Impact chez EDF n’est pas un poste symbolique, et ce qu’elle dira de l’arbitrage entre horizon d’investissement et pression de court terme nous intéresse plus que n’importe quelle considération générale sur le leadership.
Futuribles apporte la méthode prospective, c’est-à-dire un outillage pour décider quand on ne sait pas — ce qui est précisément la question posée. Le Pacte mondial de l’ONU représente l’engagement volontaire des entreprises, à un moment où ce registre est contesté de toutes parts : trop peu contraignant pour ses critiques, trop lourd pour ses détracteurs de l’autre bord. Nils Pedersen sera nécessairement interrogé sur le recul de la pression normative.
Le choix de Clément Fournier à la modération est un bon signe. Novethic connaît le sujet dans le détail et n’a pas pour habitude de laisser passer les formules creuses.
Ce que la programmation dit du moment
Quatre observations transversales, une fois les quatre sessions mises côte à côte.
Le financier est devenu la colonne vertébrale du salon. Les quatre conférences sont classées dans le même parcours, se tiennent dans le même amphithéâtre, et occupent les créneaux d’ouverture des deux journées. Il y a dix ans, la RSE et la finance formaient deux mondes qui se croisaient poliment. Ce n’est plus le cas, et cette programmation l’enregistre.
L’Institut de la Finance Durable est doublement présent, avec sa directrice générale Cécile Goubet à la modération du 30 septembre et son président Yves Perrier comme intervenant le 1er octobre. Pour un organisme dont la mission est de coordonner la place financière française sur la transition, cette double présence dans les deux sessions les plus techniques est un indicateur de centralité qui mérite d’être noté.
L’État est de retour, et il est représenté par ses services techniques. DGE, Banque de France, ADEME, Caisse des Dépôts : ce ne sont pas des porte-paroles politiques mais des administrations et institutions qui instruisent, cotent, financent et évaluent. C’est cohérent avec le cadrage sur la planification et la fiscalité verte, et cela suggère un débat plus opérationnel que déclaratif.
Et il y a les poètes. Véronique Jampy et Vincent Avanzi, tous deux du Collectif Les Poétiseurs, intervenant respectivement dans la table ronde sur les critères de rentabilité et dans celle sur le leadership. Deux poètes sur quatre sessions consacrées à la finance et à la gouvernance : ce n’est pas une coquetterie, c’est un parti pris de programmation.
On peut le lire de deux façons. La lecture critique : le recours au registre poétique sert à adoucir une conversation qui, sur le fond, ne progresse pas — on ajoute de l’émotion là où manque la décision. La lecture favorable : les catégories comptables sont précisément ce que ces sessions mettent en cause, et si la définition de la valeur change, alors le langage qui la dit doit changer aussi. Nous n’avons pas d’avis arrêté, et c’est une des raisons pour lesquelles nous voulons voir ces moments en salle plutôt que d’en juger sur le programme.
Ce que nous en attendons, et ce qui reste en suspens
Le fil vert « Cultiver les équilibres » place cette édition sur un terrain plus honnête que les précédents cycles. Reconnaître qu’il faut arbitrer, c’est admettre que tout n’est pas compatible. Mais l’honnêteté du cadrage crée aussi une exigence : un équilibre qui ne désigne jamais le côté de la balance qui doit céder n’est pas un équilibre, c’est un évitement.
Trois questions nous paraissent devoir sortir de ces deux jours avec des réponses, même partielles. Qui porte le coût du temps long — le contribuable, l’actionnaire, l’assuré, le client ? Comment financer l’adaptation, dont le retour sur investissement est un coût évité et non un revenu perçu, donc invisible dans les modèles classiques ? Et que devient l’exigence de transparence dans un contexte européen de simplification du reporting, où le risque est de perdre la donnée au moment précis où elle commençait à être exploitable ?
Nous serons dans l’amphi Havane pour les quatre sessions, et nous publierons nos comptes rendus au fil du salon.
Informations pratiques. PRODURABLE, 19e édition, les 30 septembre et 1er octobre 2026 au Palais des Congrès de Paris, place de la Porte Maillot, 75017 Paris. Ouverture de 8h00 à 19h00 le mercredi et de 8h00 à 18h00 le jeudi. Accès par le métro ligne 1 et le RER C, station Porte Maillot. Le programme complet et les inscriptions sont disponibles sur produrable.com.








