CNRACL : quand la prévention des risques professionnels devient un levier d’impact social

risques professionnels

La CNRACL renforce l’action de son Fonds national de prévention avec un nouveau programme consacré aux risques professionnels dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière. Une initiative qui rappelle que, pour les investisseurs et organismes institutionnels, la durabilité ne se joue pas uniquement dans l’allocation des actifs : elle se mesure également à l’impact social produit au cœur de leur écosystème.

La finance durable ne se résume pas au climat.

Alors que l’attention des investisseurs institutionnels reste largement concentrée sur la décarbonation des portefeuilles, les exclusions sectorielles ou le financement de la transition énergétique, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) met en lumière une autre dimension de l’ESG : la prévention des risques professionnels.

La caisse a présenté fin août un nouveau programme d’actions de son Fonds national de prévention (FNP), accompagné d’un renforcement de son dispositif d’accompagnement des employeurs publics.

L’objectif : agir davantage en amont sur les risques auxquels sont confrontés les personnels des fonctions publiques territoriale et hospitalière et accompagner les employeurs dans la structuration de leurs politiques de prévention.

Le « S » de l’ESG au-delà des portefeuilles financiers

À première vue, l’initiative se situe loin de la finance verte traditionnelle. Elle ne concerne ni obligations vertes, ni trajectoire carbone, ni financement d’infrastructures bas-carbone.

Elle relève pourtant directement d’une problématique devenue centrale en finance durable : l’impact social des institutions.

Santé et sécurité au travail, prévention des accidents, conditions d’exercice des métiers, maintien dans l’emploi et accompagnement des organisations constituent autant de composantes du pilier social de l’ESG.

Pour une caisse de retraite, cette dimension revêt une importance particulière. Son rôle ne commence pas au moment du départ à la retraite : son écosystème englobe également des populations actives dont les conditions de travail peuvent avoir des conséquences économiques et sociales à long terme.

La prévention devient alors un outil permettant d’agir avant que le risque ne se matérialise.

Prévenir plutôt que supporter le coût du risque

Cette approche rejoint une logique bien connue de la finance : le coût d’un risque peut être réduit lorsque celui-ci est identifié et traité suffisamment tôt.

Appliquée au domaine social, cette logique conduit à considérer la prévention non uniquement comme une dépense, mais comme un investissement susceptible de produire des effets durables.

Une politique efficace de prévention peut contribuer à limiter les accidents professionnels, les arrêts de travail, certaines situations d’inaptitude ou encore les désorganisations associées à l’absentéisme.

Elle peut ainsi produire un double dividende : social, en améliorant la protection des agents ; économique, en réduisant certains coûts directs et indirects associés à la matérialisation des risques professionnels.

C’est précisément cette articulation entre prévention, maîtrise du risque et impact qui rapproche le sujet des problématiques de finance durable.

Une conception plus large de l’impact institutionnel

Le programme de la CNRACL met également en évidence une distinction essentielle.

L’analyse ESG d’un investisseur institutionnel est encore souvent réalisée principalement à travers son portefeuille : empreinte carbone, exposition aux énergies fossiles, obligations durables, notation ESG des émetteurs ou politiques d’engagement actionnarial.

Ces indicateurs restent fondamentaux. Mais ils ne donnent qu’une vision partielle de l’impact d’une institution.

Pour une caisse de retraite ou un organisme de protection sociale, l’impact peut également être recherché dans son modèle d’intervention, dans les services proposés et dans la prévention des risques auxquels sont exposés ses bénéficiaires.

La frontière entre politique ESG et mission institutionnelle devient alors plus perméable.

Une institution peut ainsi contribuer aux objectifs de durabilité simultanément comme investisseur, gestionnaire de risques et acteur de protection sociale.

Le social, prochain terrain de sophistication de l’ESG ?

Après plusieurs années dominées par le climat, le pilier social pourrait progressivement gagner en profondeur dans les stratégies de durabilité.

Le défi reste cependant celui de la mesure.

La réduction des émissions financées peut être suivie à travers des tonnes de CO₂ équivalent. L’impact d’une politique de prévention est plus complexe à quantifier : évolution de la sinistralité, absentéisme évité, maintien dans l’emploi, amélioration des conditions de travail ou efficacité des dispositifs d’accompagnement constituent autant d’indicateurs possibles, mais leur attribution demeure plus délicate.

C’est précisément sur cette capacité à transformer une politique sociale en résultats objectivables que se jouera une partie de la crédibilité future du pilier « S ».

À retenir

Avec le renforcement du Fonds national de prévention, la CNRACL rappelle une dimension parfois sous-estimée de la finance durable : la création d’impact ne passe pas exclusivement par l’allocation du capital.

Pour les caisses de retraite et organismes de protection sociale, la durabilité peut également consister à investir dans la prévention, réduire l’exposition aux risques sociaux et accompagner les employeurs avant que ces risques ne se matérialisent.

L’impact ESG se joue alors sur deux tableaux : dans les actifs détenus, mais aussi dans les risques humains que l’institution contribue à prévenir.

À lire aussi sur votre média Green Finance : Harmonie Mutuelle relève son ambition climatique et place l’allocation du capital au cœur de sa stratégie